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	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>Absence et disparition dans le film La Comtesse aux pieds nus </title>
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		<dc:date>2008-11-28T22:07:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Mankiewicz</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte date de 1998, d'une approche de ce film de Mankiewicz au terme d'une r&#233;flexion sur le cin&#233;ma dans le cadre d'un s&#233;minaire dirig&#233; par Daniel Serceau, puis Christian Delage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le cin&#233;ma de Mankiewicz trottait dans la t&#234;te depuis longtemps. Pour diverses raisons qu'on &#233;num&#233;rera pas ici. Juste apr&#232;s ce travail, on retrouvera Mankiewiecz avec la lecture de Tanguy Viel et son Cin&#233;ma, paru en 1999... et plus tard, la r&#233;flexion men&#233;e sur ce livre dont on trouve trace ici. &lt;br class='autobr' /&gt; Le texte mis en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;1998&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot21" rel="tag"&gt;Mankiewicz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte date de 1998, d'une approche de ce film de Mankiewicz au terme d'une r&#233;flexion sur le cin&#233;ma dans le cadre d'un s&#233;minaire dirig&#233; par Daniel Serceau, puis Christian Delage.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma de Mankiewicz trottait dans la t&#234;te depuis longtemps. Pour diverses raisons qu'on &#233;num&#233;rera pas ici. Juste apr&#232;s ce travail, on retrouvera Mankiewiecz avec la lecture de Tanguy Viel et son &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt;, paru en 1999... et plus tard, la r&#233;flexion men&#233;e sur ce livre dont on trouve trace &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/tnc/spip.php?article89&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte mis en ligne a &#233;t&#233; l&#233;g&#232;rement retouch&#233;, et m&#233;riterait de nouveaux &#233;claircissements. Par ailleurs, on esp&#232;re pouvoir mettre en ligne prochainement le chantier de notes prises au cours des premiers visionnages du films. En attendant, voici ce texte.&lt;br class='autobr' /&gt;
#####&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;#####&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_117 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L480xH250/comtesse_affiche-7ab81.jpg?1750659549' width='480' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Comtesse aux pied nus&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;The Barefoot Contessa&lt;/i&gt;, 1954), c'est d'abord le myst&#232;re d'une femme, myst&#232;re que ce film tente de percer, de saisir. Le personnage central s'appelle Maria. Elle est cette &#171; comtesse aux pieds nus &#187; interpr&#233;t&#233;e par Ava Garner, cet &#234;tre qui &#233;chappe au sens. Au terme du film, que saura-t-on de Maria ? Que le myst&#232;re reste intact, que cette femme &#233;chappera &#224; tout sens, qu'elle restera ind&#233;finissable, et infiniment perdue dans une impossibilit&#233;.&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;La Comtesse aux pieds nus&lt;/i&gt; pose le probl&#232;me g&#233;n&#233;ral de l'illusion &#8211; un th&#232;me au c&#339;ur de l'&#339;uvre de Mankiewicz. Dans ce film, le r&#233;alisateur multiplie ces enjeux tant au niveau de la narration que de l'image, de l'ench&#226;ssement des r&#233;cits, de la repr&#233;sentation du cin&#233;ma hollywoodien ou de l'amour. &lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interrogation porte ici sur Maria, ou plus exactement sur ce qui appara&#238;t de Maria. Elle est le personnage central, certes, mais appara&#238;t-elle dans le film ? Que voit-on de Maria ? Et tout simplement voit-on Maria ? Ce que l'on voudrait avancer c'est l'id&#233;e que Maria n'appara&#238;t jamais dans le film. Son mode d'apparition est d'abord celui de la disparition. Car il est tout bonnement impossible de voir Maria. Ce que l'on voit d'elle, c'est le r&#233;cit d'une disparition, d'un &#233;videment et d'une impossible apparition. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;LE RECIT DE L'EVIDEMENT&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La disparition inaugurale&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Comtesse aux pieds nus&lt;/i&gt; est un r&#233;cit de la disparition. La premi&#232;re s&#233;quence nous l'apprend. Elle d&#233;bute apr&#232;s l'ouverture au noir par un plan fixe sur deux personnages devant un gisant : un homme et un enfant entour&#233;s de nombreuses statues mortuaires. Nous savons imm&#233;diatement o&#249; nous sommes. Un cimeti&#232;re. Le travelling arri&#232;re ascendant fait prendre de la hauteur et du recul. Ce recul est la tentative &#224; venir de ce film : d&#233;couvrir et comprendre le destin de celle qu'on enterre, Maria Vargas-Damata morte comtesse Torlato-Favrini. C'est ce que la narration va prendre en charge, ne parvenant finalement qu'&#224; rendre plus opaque encore le myst&#232;re de cette femme. &lt;br/&gt;
Cette s&#233;quence d'ouverture constitue le temps-&#233;talon du film. Il embrasse la totalit&#233; du r&#233;cit, &#224; la fois ouverture et cl&#244;ture mais il sera &#233;galement le temps qui permettra de relayer les diff&#233;rents points de vue qui se succ&#233;deront pour tenter d'apprendre qui &#233;tait cette femme que l'on enterre. Un des termes de l'&#233;talonnage cin&#233;matographique est musical. On y reviendra.&lt;br/&gt;
Cette premi&#232;re s&#233;quence pr&#233;sentative souligne nettement l'opposition entre le foule compacte, en noir, avec leurs grands parapluies (signe d'&#233;crasement) et le personnage de Dawes en retrait, seul, v&#234;tu d'un imperm&#233;able clair, sans parapluie. Cette opposition est clairement soulign&#233;e par la bande-son et la bande-image. La voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; que l'on entend depuis le d&#233;but du travelling arri&#232;re initial se r&#233;v&#232;le &#234;tre celle du personnage interpr&#233;t&#233; par Humphrey Bogart. Cette information est mise en valeur par la construction de l'image. Au moment o&#249; la voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; dit : &#171; &lt;i&gt;My name is Harry Dawes&lt;/i&gt; &#187; nous passons &#224; un plan moyen sur ce personnage. Le travelling avant qui d&#233;bute alors permet d'identifier ce personnage comme l'&#233;metteur des paroles &lt;i&gt;off&lt;/i&gt;. Ce personnage que l'on d&#233;couvre tremp&#233; de pluie a d&#233;j&#224; une fonction de passeur. C'est par son interm&#233;diaire que l'on acc&#232;de &#224; la statue, par l'interm&#233;diaire de ses paroles et de son regard-cam&#233;ra que l'on d&#233;couvre cet enterrement. Apr&#232;s un court panorama, son regard se fixe sur la statue de face (alors que la fin du travelling arri&#232;re avait seulement permis de voir une partie de cette statue, de dos, en surplomb de l'assembl&#233;e.) &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un lien s'&#233;tablit entre ces deux entit&#233; par le jeu des cam&#233;ra ainsi que par le syst&#232;me des couleurs (le clair et sombre soulignant les liens et les oppositions) : la clart&#233; de la statue, le beige clair de l'imperm&#233;able de Dawes contre la masse sombre de la foule. Ce que l'on voit d'abord, ce qui se montre, c'est la blancheur fig&#233;e de cette statue que le narrateur Harry Dawes identifie pour le spectateur. Il annonce ensuite qu'il va en raconter l'histoire. &lt;br/&gt;
Le r&#233;cit s'annonce comme r&#233;cit du deuil, s'appuyant sur les formes classiques de la disparition (cimeti&#232;res, enterrements, gisants, statue mortuaire et bient&#244;t m&#233;moire, r&#233;cit).&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la statue au tombeau&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me du tombeau appara&#238;t &#224; l'image avec une &#233;vidence. Elle permet d'envisager le personnage de Maria comme une occurrence absente, une apparition impossible.&lt;br/&gt;
La statue, repr&#233;sentant Maria, souligne l'&#233;vidence du corps vid&#233; de sa vie. On pourrait, en reprenant le terme d&#233;velopp&#233; par Georges Didi-Huberman dans &lt;i&gt;Ce que nous voyons, ce qui nous regarde&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parler d'&#233;videment. L'&#233;videment est le processus qui consiste &#224; refuser la visibilit&#233; du cadavre pour le remplacer par autre chose. La statue constitue un premier &#233;l&#233;ment de cet &#171; autre chose &#187;. &lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; La sculpture des tombeaux tend &#224; d&#233;porter &#8212;lat&#233;ralement, en biais ou en hauteur &#8212; les repr&#233;sentations des corps par rapport au lieu r&#233;el qui contient le cadavre.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Didi-Huberman, Ibid., page 23&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette statue, repr&#233;sentant le corps de Maria, aper&#231;ue de biais, de dos, puis de face, cette statue, vue en fragment s'impose progressivement au regard. La statue est ce glissement du regard loin du tombeau, ce lieu r&#233;el que l'on rejette. Et c'est ce rejet-l&#224; qui oblige &#224; construire &lt;i&gt;autre chose&lt;/i&gt;, &#224; r&#233;inventer le temps et l'histoire. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; L'homme de la croyance pr&#233;f&#232;re vider les tombeaux de leur chair pourrissantes, d&#233;sesp&#233;r&#233;ment informes, pour les remplir d'images corporelles, sublimes, &#233;pur&#233;es, faites pour conforter et informer &#8212;c'est-&#224;-dire fixer&#8212; nos m&#233;moires, nos craintes et nos d&#233;sirs.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., page 25.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On retrouve dans &lt;i&gt;La Comtesse aux pieds nus&lt;/i&gt; ce processus d'&#233;videment dans la fragmentation et le d&#233;tournement du regard qui engendre la n&#233;cessit&#233; de faire un r&#233;cit. Mais d'abord une statue blanche qui surplombe l'assembl&#233;e, signe du de deuil et de l'&#233;chec (celui de Dawes entre autres). Elle &#233;tablit d&#232;s le d&#233;part un rapport objet-statue avec Maria. Le r&#233;cit qui advient est celui d'une femme &#171; immortelle mais sans vie &#187;. C'est-&#224;-dire une objectalisation qui parcourt tout le film : Maria, objet de d&#233;sir, image insaisissable, danseuse mondaine toujours ailleurs jamais avec le corps des autres ni avec le sien ; ce corps que les hommes veulent poss&#233;der sans jamais y parvenir : c'est par exemple, Bravano, play-boy milliardaire, qui, &#224; force d'&#234;tre &#233;conduit, laissera &#233;clater sa frustration dans une violente altercation. Il l'accuse de ne pas &#234;tre &#224; la hauteur du prix pay&#233; (&#171; &lt;i&gt;I pay for your company&lt;/i&gt; &#187;), et surtout de ne pas m&#234;me &#234;tre un corps : &#171; &lt;i&gt;You're not a woman&lt;/i&gt; (&#8230;)&lt;i&gt; You are the body of an animal, a dead animal&lt;/i&gt;. &#187;. Du &lt;i&gt;no body&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;nobody&lt;/i&gt;, du d&#233;sir au pouvoir, en passant par le d&#233;sir de possession, Maria est envisag&#233;e comme un objet que l'on veut prendre, mais qui r&#233;siste. &lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_118 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L340xH258/Ava_Comtesse_corps-59901.jpg?1750659550' width='340' height='258' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, l'image de l'objectalisation se construit sur le plan des images par la synecdoque du pied et sa f&#233;tichisation. Pour Giorgio Agamben, la synecdoque est la trope qui se rapproche le plus au &#171; processus mental de type f&#233;tichiste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gorgio Agamben, Stanze, traduction Yves Hersant, Paris, Rivages poche, 1998, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les multiples plans-synecdoques du pied se rapprochent in&#233;vitablement au th&#232;me de la pantoufle de vair. Dans le conte, elle est image de d&#233;sir alors que dans &lt;i&gt;la Comtesse aux pieds nus&lt;/i&gt; les chaussures vides renvoient tout comme les pieds nus &#224; l'image de l'absence, au d&#233;sir qui ne sait s'incarner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'impossible acc&#232;s pour le Comte &#224; ce sens du pieds &#224; la fois f&#233;tiche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le f&#233;tichisme, s'il peut renvoyer au f&#233;erique, il se rapporte plus essentiellement au facere latin dont l'&#233;tymologie signifie d'abord &#171; faire un sacrifice &#187; avant de signifier factice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour compl&#233;ter les informations concernant l'&#233;tymon de F&#233;tiche, facere, nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La f&#233;tichisation du pied de Maria est &#224; la fois symbole de son sacrifice (la mise en abyme des images des pieds au moment de sa mort : pieds de la statue et chaussures enlev&#233;es par Dawes) et sa facticit&#233;, son impossible devenir-femme. L'image &#233;rotique initiale du pied nu de la jeune danseuse inconnue cach&#233; derri&#232;re un rideau avec son amant pouvait donner l'impression et l'espoir d'un amour possible. Mais la construction du film dit imm&#233;diatement le contraire. Les deux premi&#232;res s&#233;quences (cimeti&#232;re et danse) soulignent l'ab&#238;me et le poids des regards sur un objet de d&#233;sir. Maria pourtant r&#234;ve de cet amour qui transpercerait toutes les concupiscences, toutes les ind&#233;cences masculines, allant jusqu'&#224; plonger dans l'illusion mortif&#232;re du prince charmant et son impossible mariage.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#####&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;DU REFUS DE L'EVIDEMENT&lt;br/&gt;
AU RECIT DE LA DISPARITION&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Multiplication des points de vue&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;videment est insupportable car c'est la visibilit&#233; de la mort. D&#232;s lors, contre l'angoisse, raconter une histoire c'est-&#224;-dire de refuser l'horreur du vide en le refoulant, en mettant en place un r&#233;cit qui bouche les trous et souligne le refus de la visibilit&#233; de l'&#233;videment. C'est, Didi-Huberman, pour un d&#233;passement imaginaire et la cr&#233;ation d'un &#171; mod&#232;le fictif o&#249; tout &#8212; volume et vide, corps et mort &#8212; pourrait se r&#233;organiser, substituer, continuer de vivre &#224; l'int&#233;rieur d'un grand r&#234;ve &#233;veill&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Didi-Huberman, Op.cit., page 20&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ce qui est &#224; l'origine de la construction narrative de &lt;i&gt;La Comtesse aux pieds nus&lt;/i&gt;. Le &#171; d&#233;passement &#187; est pris en charge par la construction narrative du film qui multiplie les points de vue et les entrelace. Mankiewicz poursuit avec ce film une probl&#233;matique cin&#233;matographique d&#233;j&#224; utilis&#233;e en 1950 dans &lt;i&gt;All about Eve&lt;/i&gt;. Si la r&#233;partition des points de vues dans Eve &#233;tait beaucoup plus fluide, la construction plus rigide de &lt;i&gt;The Barefoot Contessa&lt;/i&gt; r&#233;pond &#224; la construction &#233;talonn&#233;e par la premi&#232;re s&#233;quence et dispositif d'&#233;videment.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le multiplication des points de vue (jusque dans la mise en abyme du propre r&#233;cit de Maria &#224; l'int&#233;rieur du r&#233;cit final de Dawes) ne conduit qu'&#224; une suite d'&#233;checs. En effet, les narrateurs successifs ne parlent finalement que d'eux-m&#234;mes puisqu'ils ne savent pas percer le myst&#232;re cette femme. Le cas le plus &#233;vident est le r&#233;cit d'Oscar Muldoon, ce dernier commence par dire qu'il n'a jamais rien compris &#224; cette femme&#8230; peut-&#234;tre parce qu'il ne sait pas penser autrement qu'en agent artistique dont le plus grand regret est finalement de n'avoir pu organiser et g&#233;rer autrement cet enterrement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On retrouve cette m&#234;me impossibilit&#233; lorsque Muldoon &#233;voque le proc&#232;s du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;chec narratif est soulign&#233; d&#232;s le d&#233;part par Dawes lui-m&#234;me d&#232;s la premi&#232;re s&#233;quence du film&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; I suppose when you spent most of your life one profession, you developp (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La primaut&#233; fondamentale de l'incertitude et de la &lt;i&gt;d&#233;formation&lt;/i&gt; de la subjectivit&#233; est &#224; l'origine de ce r&#233;cit. Et c'est dans le retour de la voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; de Dawes lors du premier&lt;i&gt; flash back&lt;/i&gt;, apr&#232;s la s&#233;quence de la danse dans le caf&#233; madril&#232;ne, que l'on peut comprendre que ce r&#233;cit, marque du refoulement, ne pourra faire l'&#233;conomie de l'&#233;videment et devra souligner sa facticit&#233;, son caract&#232;re fictionnel et son principe d'incertitude. Les quatre personnages (Dawes, Muldoon, Edwards et Myrna) s'installent &#224; une table. La voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; de Dawes avant de les pr&#233;senter et afin de pr&#233;ciser l'analepse commence par dire :&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;So, once upon a time, three years ago&lt;/i&gt;&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;So&lt;/strong&gt; (donc) est l'adverbe-connecteur logique qui &#233;tablit le lien avec ce qui pr&#233;c&#232;de et souligne la lisibilit&#233; de l'analepse.&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Once upon a time&lt;/strong&gt; est la marque de la fiction par excellence puisque c'est la formule canonique des contes, le &#171; il &#233;tait une fois &#187; inaugurale. C'est cette formule qui d&#233;signe le fictionnel et qui affiche ce r&#233;cit comme une fiction et plus pr&#233;cis&#233;ment comme un conte. Mankiewicz lui-m&#234;me avait clairement souhait&#233; que ce film f&#251;t &#171; une version am&#232;re de Cendrillon &#187;. Cette amertume d&#233;place l'enjeu du conte et signifie imm&#233;diatement une fin malheureuse (un cimeti&#232;re est rarement une bonne augure). En outre, ce th&#232;me de Cendrillon structure le personnage de Maria ainsi que ses rapports avec Harry Dawes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les th&#232;mes de Cendrillon : la crasse, le pied f&#233;tiche, la d&#233;fense du p&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Three years ago&lt;/strong&gt; (il y a trois ans) confirme d&#233;finitivement l'analepse et d&#233;signe le temps qui s&#233;pare Maria de sa statufication-destruction.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la danse comme disparition&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuser le deuil, la visibilit&#233; de l'&#233;videment, c'est abandonner un processus pour un imaginaire qui r&#233;instaure finalement l'image de la disparition. La sublimation par le r&#233;cit est imm&#233;diatement battue en br&#232;che par le remords de Dawes. C'est le remords de l'illusion contre le principe de r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire l'opposition entre le script et la vie, opposition r&#233;currente dans le discours de Dawes. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instauration d'une image de disparition est soulign&#233;e d&#232;s l'apparition de Maria. Dawes doit rencontrer Maria. Il va dans sa loge, frappe et entre. Il d&#233;couvre une pi&#232;ce vide. Enfin presque. Maria est cach&#233;e derri&#232;re un rideau (elle n'est d&#233;j&#224; pas visible). Seuls ses pieds sont nus sont visibles. C'est son identit&#233; charnelle et la marque probl&#233;matique de son d&#233;sir. A c&#244;t&#233; d'elle, un homme, reconnaissable par ses chaussures. Dawes prend les chaussures de Maria et les laisse tomber par terre pour signaler, avec insistance, sa pr&#233;sence. Maria appara&#238;t en ouvrant largement le rideau. &lt;br/&gt;
Cette apparition par le rideau tir&#233; renvoie &#224; une image de th&#233;&#226;tre : elle appara&#238;t comme sur une sc&#232;ne. Elle est d&#232;s le d&#233;part plac&#233;e dans l'illusion th&#233;&#226;trale de sa propre apparition (apparition dans son propre d&#233;sir et son &#233;rotisation mais surtout dans l'arr&#234;t, l'interdiction de l'&#233;panouissement de ce d&#233;sir). Le rideau dans l'univers dramatique d&#233;finit le r&#244;le de chacun selon la place qu'il occupe entre le com&#233;dien et le spectateur, et souligne plus g&#233;n&#233;ralement le &lt;i&gt;theatrum mundi&lt;/i&gt;. C'est un code d'attente, attente d'un d&#233;voilement, un d&#233;voilement que l'on sait d'ores et d&#233;j&#224; illusionniste. Derri&#232;re le rideau, son opacit&#233;, se cache un secret que l'on ne verra pour ainsi dire pas. &lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_120 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L450xH300/Comtesse_rideau-de0b3.jpg?1750659550' width='450' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans cette dialectique de l'apparition-disparition, on se penchera sur deux s&#233;quences de danse de ce film afin de montrer pr&#233;cis&#233;ment ce processus. Dans la deuxi&#232;me s&#233;quence du film, Maria danse dans un cabaret espagnol (on ne la voit pas &#224; l'&#233;cran) ; dans la vingti&#232;me s&#233;quence du film, elle danse dans un campement gitan. &lt;br/&gt;
Dans l'article &#171; la danse comme m&#233;taphore de la pens&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Badiou, Petit manuel d'inesth&#233;tique, Paris, Seuil, 1998, pages 91 &#224; 111&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , Alain Badiou pr&#233;sente la danse non pas comme un simple rapport du corps &#224; l'espace, ni comme une gesticulation, mais comme le jaillissement d'une forme, &#171; (d') un corps avant le corps (&#8230;) un corps qui oublie son astreinte, son poids. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.92.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Soulignant l'innocence fondamentale de ce corps, Alain Badiou s'appuie sur Nietzsche pour &#233;voquer l'intensit&#233; du mouvement de ce corps envisag&#233; comme incarnation m&#233;taphorique de l'id&#233;e de la pens&#233;e. Avec ce corps innocent (car ce corps est non contraint, d&#233;sob&#233;issant &#224; l'impulsion) s'offrirait la pens&#233;e dans son moment vibratoire de l' &#171; ind&#233;cid&#233; &#187;, l' &#171; infix&#233; &#187;. Loin de suivre d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale la philosophie de Badiou, cet article offre pourtant un espace de pens&#233;e pour saisir les enjeux de &lt;i&gt;La Comtesse aux pieds nus&lt;/i&gt;. Le philosophe avance six &#171; principes de la danse &#187; :&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; 1- l'obligation de l'espace&lt;br/&gt;
2- l'anonymat du corps&lt;br/&gt;
3- l'omnipr&#233;sence effac&#233;e des sexes&lt;br/&gt;
4- la soustraction &#224; soi-m&#234;me&lt;br/&gt;
5- la nudit&#233;&lt;br/&gt;
6- le regard absolu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., page 100.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous int&#233;ressant plus particuli&#232;rement au principe du &lt;i&gt;regard absolu&lt;/i&gt; comme principe de la danse, on peut comprendre les m&#233;canismes d'apparition-disparition de Maria. Ce regard absolu concerne le spectateur d&#233;fini comme &#171; ne pouvant d'aucune fa&#231;on &#234;tre la singularit&#233; de celui qui regarde. &#187;&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; En effet, si quelqu'un regarde la danse, il est in&#233;vitablement le voyeur. Ce point r&#233;sulte des principes de la danse (omnipr&#233;sence effac&#233;e des sexes, nudit&#233;, anonymat des corps, etc.). Ces principes ne peuvent devenir effectifs que si le spectateur renonce &#224; tout ce que son regard peut comporter de singularit&#233; ou de d&#233;sirant.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., page 106.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de relire les deux s&#233;quences de danse du film &#224; partir de ces &#233;l&#233;ments. &lt;br class='autobr' /&gt;
La deuxi&#232;me s&#233;quence du film montre une danse et une danseuse qu'on ne voit pas. Pour Pascal M&#233;rigeau, cette invisibilit&#233; n'est que la marque d'une simple disjonction narrative. sur cette s&#233;quence semble un peu rapide et relative puisqu'il la r&#233;sume &#224; une simple disjonction narrative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ainsi ne voit-on pas Maria danser dans le cabaret madril&#232;ne, puisqu'Harry (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'il ne s'agissait que de ne pas montrer ce que Harry ne voit pas, comment justifier cette s&#233;quence qui, si elle ne montre pas Maria (sinon de mani&#232;re allusive), montre avec force de d&#233;tails le public ? En effet, cette sc&#232;ne de danse ne nous montre jamais la danseuse. Nous ne voyons qu'un halo de lumi&#232;re, une ombre furtive, des mains portant des castagnettes. Par cette ellipse visuelle, le personnage de Maria (ou plut&#244;t celle que l'on d&#233;couvrira &#234;tre la danseuse Maria Vargas) est d&#233;j&#224; soulign&#233; comme insaisissable, d&#233;j&#224; dans sa propre disparition. Elle flirte avec la cam&#233;ra, le cadre, sans jamais s'y installer. Elle est dans la fuite, impossible &#224; cerner. La seule chose que l'on puisse voir, c'est le d&#233;sir qu'elle suscite. Ceci explique le renversement du rapport de d&#233;sir : on voit le spectateur-voyeur dans la jouissance de son voyeurisme, sa frustration ou son transfert sur autrui mais jamais l'&lt;i&gt;objet&lt;/i&gt; du regard. Sans doute est-ce l&#224; le premier indice qui permet de dire que Maria refuse d'&#234;tre r&#233;sum&#233;e &#224; un seul objet de d&#233;sir mais qu'elle souhaite plus fondamentalement un rapport d'alt&#233;rit&#233; dans lequel elle serait reconnue comme un &#234;tre &#224; part enti&#232;re et non plus ni&#233;e dans l'objectalisation d&#233;sirante d'un corps. Or, cette s&#233;quence est une multiplication des r&#233;cits du d&#233;sir (de l'enfant p&#233;trifi&#233; aux femmes subjugu&#233;es en passant par les hommes frissonnants ou haletants). Son d&#233;part (marqu&#233; &#224; l'image par le mouvement du rideau&#8230; d&#233;j&#224;) provoque les applaudissements et le d&#233;lire des spectateurs. &lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;quence a une double fonction : elle montre d'abord Maria dans sa disparition. La danse ne remplit pas le principe fondamental du &#171; regard absolu &#187;. Ceci est bien soulign&#233; par l'ensemble des regards voyeurs et surtout induit dans le passage de la premi&#232;re &#224; la deuxi&#232;me s&#233;quence, passage de la statue (symbole de mort et d'absence) &#224; la main de la danseuse, synecdoque de la disparition (et objet f&#233;tiche)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le montage consiste &#224; raccorder deux ou plusieurs plans de telle sorte que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et r&#244;le du &lt;i&gt;flash back&lt;/i&gt; comme espace des fant&#244;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est l'objet d'une r&#233;flexion en cours.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . &lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs cette s&#233;quence deux en s'opposant &#224; l'autre s&#233;quence de danse lui donne &#233;galement un tout autre &#233;clairage.&lt;br/&gt;
La s&#233;quence vingt est un r&#233;cit du comte. Dans un &lt;i&gt;flash back&lt;/i&gt;, ce dernier raconte sa rencontre avec Maria. Apr&#232;s une errance en voiture, le comte s'arr&#234;te pr&#232;s d'une &#171; foire vulgaire &#187; pour y demander de l'eau pour son automobile. Il d&#233;couvre Maria dansant au milieu des gitans. Il la voit. Nous le voyons la voyant. Nous la voyons. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_119 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L300xH226/t-BarefootContessa_Danse_gitans-83cd7.jpg?1750659550' width='300' height='226' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi lui la voit-il danser ? E pourquoi pas les autres ? Les plans indiquent sans ambigu&#239;t&#233; qu'il la voit danser par un plan large de l'assembl&#233;e o&#249; la cam&#233;ra montre dans un m&#234;me axe le comte de dos regardant Maria danser. Ce moment de visibilit&#233; semble &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; incompr&#233;hensible. S'il y a ce moment de visibilit&#233;, c'est bien pour nous annoncer la disparition, l'invisibilit&#233; radicale et &#224; venir de Maria. En effet, dans cette s&#233;quence, le contrat du spectateur &lt;i&gt;absolu&lt;/i&gt; est rempli. D&#232;s lors, toute l'ambigu&#239;t&#233; de la position du comte est induite. Il la voit danser car son d&#233;sir dysfonctionne ; car ce d&#233;sir est d&#233;j&#224; d&#233;truit autant qu'il sera destructeur. C'est pour cela qu'il peut voir Maria danser, que le spectateur peut le voir la voyant parce que le d&#233;sir du comte est interdit, annul&#233; par sa castration, sa blessure de guerre. C'est &#233;galement pour cela qu'il ne peut pas ni voir, ni comprendre l'importance de Maria dansant pieds nus. La vacuit&#233;, le refoulement du d&#233;sir du comte rendent impossible toute f&#233;tichisation. Ainsi, constatant la pr&#233;sence effective du &#171; regard absolu &#187;, on peut avancer que cette s&#233;quence de danse au milieu des gitans anticipe et annonce l'id&#233;e du d&#233;sastre. Il ne peut y avoir avec le comte l'alt&#233;rit&#233; r&#234;v&#233;e par Maria car il ne peut y avoir de jouissance. Le comte d&#233;finitivement sans sexe ni sexualit&#233; est entr&#233; dans le monde des images&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;la galerie de portraits des anc&#234;tres du comte qu'il fait visiter &#224; Maria (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; alors m&#234;me que Maria, elle, veut quitter le monde des images c'est-&#224;-dire le monde qui est absence de monde, absence de place et de lieu. Maria voudrait &#233;chapper &#224; ce poids, du &lt;i&gt;no body&lt;/i&gt; surdimensionn&#233; par le cin&#233;ma hollywoodien. Car le corps de Maria est un corps devenu absent dans sa visibilit&#233; m&#234;me. Un espace utopique qui serait celui du corps, une &lt;i&gt;usomatopique&lt;/i&gt; en quelque sorte, un corps priv&#233; de tout lieu. Or, ce non-lieu du corps qui est le corps m&#234;me, c'est le cadavre. On retrouve cette notion dans le le soma grec : &lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; La d&#233;nomination unitaire du &lt;i&gt;soma&lt;/i&gt; appara&#238;t chez Hom&#232;re uniquement &#224; propos du &lt;i&gt;cadavre&lt;/i&gt;, o&#249; l'&#339;il qui ne voit pas, la jambe qui ne marche pas, le c&#339;ur qui ne bat pas sont de simples objets, des choses qui n'ont plus aucun rapport avec les possibilit&#233;s du corps. &lt;br/&gt; Ce terme r&#233;appara&#238;tra dans le langage platonicien dans sa densit&#233; expressive lorsque, en examinant l'hypoth&#232;se de ceux qui pr&#233;tendent que &#171; le corps (&lt;i&gt;soma&lt;/i&gt;) est le tombeau (&lt;i&gt;s&#232;ma&lt;/i&gt;) de l'&#226;me &#187;, (&lt;i&gt;Crat.&lt;/i&gt;, 400b-c), Platon avoue ne pas trouver le rapprochement incongru, ajoutant m&#234;me que l'&#226;me &#171; y est ensevelie pendant cette vie &#187;. En employant le mot &lt;i&gt;soma&lt;/i&gt;, c'est donc bien au cadavre et non pas au corps que pense Platon. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Umberto Galimberti, Les raisons du corps, Paris, Grasset-Mollat, 1998, page 30.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment de visibilit&#233; signifie le passage du corps s'incarnant en id&#233;e dans cette danse &#224; celui du cadavre par le seul regard du comte. Le &lt;i&gt;soma&lt;/i&gt; grec trouve dans ce personnage l'accomplissement de sa tension entre &#171; le corps &#187; et le &#171; cadavre &#187;. Cette tentative &#171; d'images corporelles sublimes &#187; &#233;voqu&#233;e par Georges Didi-Huberman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;choue car elle ne r&#233;v&#232;le qu'un corps labyrinthique, une impasse qui conduit &#224; la destruction. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Figures de la disparition&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le personnage de Maria s'&#233;labore sur une d&#233;clinaison de la disparition. La premi&#232;re, esquiss&#233;e, est celle de l'invisibilit&#233;. Plus g&#233;n&#233;ralement, les questions de l'ext&#233;riorit&#233; et de la visibilit&#233; interdite soulignent cette disparition. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le regard de Maria est constamment tourn&#233; vers l'ext&#233;rieur, tourn&#233; vers l'ailleurs, la tentation de la fuite et l'espoir d'une nouveaut&#233;. Elle regarde vers l'ext&#233;rieur &#224; la rechercher de la promesse du bonheur. Quelques exemples. Il y a d'abord le dialogue entre Dawes et Maria sur le balcon de sa maison familiale. Dans cette s&#233;quence Maria est en train de quitter Madrid. La mise en sc&#232;ne place toujours Maria en position de regard vers l'ext&#233;rieur ; l'ailleurs que propose mollement Dawes, s'appelle Hollywood. Elle ne regarde pas vers sa maison, l'antre familiale qui abrite l'ogresse maternelle mais vers le ciel ouvert d'un autre monde (l'h&#233;t&#233;rotopie, l'illusion du cin&#233;ma). Cette mise en sc&#232;ne se renouvelle lors de la soir&#233;e donn&#233;e par Kirk Edwards chez sa nouvelle star Maria Damata. Maria concentre tous les regards sur elle. Un syst&#232;me triangulaire structure l'espace de la sc&#232;ne : d'un c&#244;t&#233; Bravano et Muldoon, de l'autre Dawes et sa femme Jerry. Au milieu de ces deux p&#244;les de regards, Edwards. Ces trois points du dispositif convergent sur Maria, l'entourent, semblent l'encercler. Mais elle y &#233;chappe en leur tournant le dos et en regardant par la fen&#234;tre vers l'ext&#233;rieur. M&#234;me lorsqu'elle s'&#233;loigne de la fen&#234;tre pour rejoindre le piano, elle r&#233;ussit &#224; ne croiser aucun regard. Ainsi cherche-t-elle &#224; &#233;chapper &#224; l'univers de &#171; l'usine &#224; r&#234;ve &#187;, ce &#171; monde de location &#187; pour un autre qu'elle ne conna&#238;t pas encore, qu'elle imagine de loin. Elle confie &#224; Dawes attendre &lt;i&gt;le prince charmant&lt;/i&gt;, un ailleurs qu'elle esp&#232;re moins factice. L'illusion n'est ici promesse d'aucun bonheur. Du cin&#233;ma au comte, Maria avance seulement vers la mort. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le plan final de &lt;i&gt;La Comtesse aux pieds nus&lt;/i&gt; prolonge ce propos sur le regard ext&#233;rieur. On y voit la statue de dos presque dans l'axe de sortie du cimeti&#232;re. M&#234;me la statue regarde vers l'ext&#233;rieur. Mais un regard fig&#233;, vid&#233;. Ce plan renvoie directement au plan d'ouverture du film, un premier plan &#233;nigmatique, un plan fixe faisant d&#233;couvrir deux personnages devant une tombe : un homme pench&#233; et un enfant avec un parapluie et un ballon bleu. Le &lt;i&gt;travelling&lt;/i&gt; arri&#232;re commence avec leur d&#233;part du cimeti&#232;re, travelling qui ne les quitte pas tout en &#233;largissant le plan. Il s'ach&#232;ve en montrant la statue blanche de dos. L'axe de son regard (celui de la statue), soulign&#233; par la fin de ce &lt;i&gt;travelling&lt;/i&gt; arri&#232;re, est en direction du chemin de sortie du cimeti&#232;re montrant l'homme et l'enfant du premier plan quittant les lieux&#8230; comme si la statue regardait leur d&#233;part. Le ballon bleu au bout de sa ficelle est clairement un &#233;l&#233;ment disjonctif. Sa connotation festive et enfantine rompt avec le lieu mais pas avec la personne qui le tient. Ce non-rapport apparent avec les plans suivants et le film m&#234;me le rend difficile &#224; comprendre. Ce ballon est un &lt;i&gt;indice&lt;/i&gt; dont le sens reste &#224; saisir. Le d&#233;but du film est marqu&#233; par un recul, une hauteur que l'on veut prendre pour comprendre cette mort, ce destin. Or, la narration peut seulement rendre visible l'opacit&#233; du myst&#232;re de cette femme comme celui du ballon. Ce qui se d&#233;robe fondamentalement, ce qui ne saurait advenir, c'est l'enfance. Cet homme, cet enfant que Maria ne pourra jamais avoir et que seule d&#233;sormais la statue peut voir dans ce lieu fig&#233;, ce premier plan donc, appara&#238;t comme une sorte de projection fantasmatique de la morte elle-m&#234;me. N'&#233;tant qu'un indice, il renvoie au sens du d&#233;sastre et de la disparition. La vie commence par partir. L'ultime plan confirme cette vacuit&#233; d&#233;finitive de la statue de dos, cette quasi-invisibilit&#233;, cette image &#233;vid&#233;e. Le premier comme le dernier plan soulignent que le seul moment de Maria, c'est l'image du deuil de l'image et plus g&#233;n&#233;ralement le deuil de l'enfance et de l'enfant sacrifi&#233; en elle avec sa propre mort. &lt;br/&gt;
L'enfant serait cette visibilit&#233; interdite qui prend tout son sens dans la derni&#232;re partie du film (et plus pr&#233;cis&#233;ment la s&#233;quence trente et une). Il s'agit du r&#233;cit de la nuit de noce de Maria. Restituons d'abord cette s&#233;quence dans le maillage narratif. Il s'agit d'un &lt;i&gt;flash back&lt;/i&gt; interne. Dans le dernier &lt;i&gt;flash back&lt;/i&gt; pris en charge par Harry Dawes, Maria raconte sa nuit de noces. C'est le seul moment du r&#233;cit o&#249; nous aurions la parole de Maria. En r&#233;alit&#233;, il n'en est rien puisque que ce r&#233;cit est m&#233;diatis&#233; par Dawes, v&#233;ritable narrateur dans ce dispositif de mise en abyme. C'est pourtant un moment d&#233;cisif de la vie de Maria : moment de visibilit&#233;, visibilit&#233; de son d&#233;sir, r&#233;alisation de son d&#233;sir de comte (le prince charmant est le comte, le mari de la nuit de noce). Maria est dans une image d'attente, attente d'un d&#233;sir virginal soulign&#233; par la blancheur et la transparence de (mousseline) de sa robe, rappelant que le comte ne l'a jusqu'&#224; pr&#233;sent jamais enlac&#233; (ce qui avait surpris et inqui&#233;t&#233; Dawes). Il n'y a qu'un baiser avant le r&#233;cit d'une v&#233;ritable mal&#233;diction d'Eros pour Maria. Cette nuit de noces reformule le d&#233;sastre de la nuit de noce d'Eros et Psych&#233;. Cette mal&#233;diction d'Eros est celle de la lumi&#232;re ext&#233;rieure d&#233;truisant la vraie beaut&#233;. La mise au lit du couple de &lt;i&gt;La Comtesse aux pieds nus&lt;/i&gt; est le passage du r&#234;ve au deuil. Ce passage est induit par la coutume de la dissimulation. Dissimul&#233;e, la rencontre &#233;rotique sombrera dans l'aveuglement. Voir Eros, d&#233;couvrir la corporalit&#233; du d&#233;sir, c'est interdire &#224; Psych&#233; l'incarnation de son d&#233;sir. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet interdit trouve tout son sens dans la figure du comte. Il ne peut vivre que dans l'imaginaire social de sa propre repr&#233;sentation c'est-&#224;-dire l'image de la d&#233;liquescence aristocratique. Il ne sait qu'&#234;tre dans l'engloutissement d'un monde, dans l'obsession de cette image en faillite. Le comte repr&#233;sente cette ruine &#224; la fois physique, sociale et &#233;rotique. Il entra&#238;ne Maria dans ce d&#233;labrement fondamental et progressif. Reprenant l'analyse freudienne, on peut dire que le comte ne sait pas renoncer &#224; ses pulsions et fonder sa propre conscience&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, Paris, Presse Universitaire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comte construit cet &#233;videment. Sa propri&#233;t&#233; est bien d'abord un lieu de coupure, puis une prison et enfin un tombeau. Et c'est dans ce tombeau &#224; venir, durant cette nuit de noces qu'il dissipe l'illusion, soulignant la mal&#233;diction d'Eros : la rencontre n'est qu'une apparence d'&#234;tre. Son aveu, son euph&#233;misme, &#171; n'avoir qu'un c&#339;ur pour aimer &#187;, c'est soustraire &#224; la visibilit&#233; la force d&#233;lirante du comte, la force destructrice de l'impuissance. Elle est bien dans le d&#233;sordre d'une invisibilit&#233; obsessionnelle qui annule la visibilit&#233; virginale de la jeune comtesse. Avec cette nuit de noces, c'est la fin du d&#233;sir. Il est impossible. C'est donc faire entrer Maria dans la galerie des portraits des anc&#234;tres du comte. La s&#339;ur du comte l'avait mis en garder : &#233;pouser Maria serait &#171; &lt;i&gt;a crual destructive thing&lt;/i&gt; &#187;. La r&#233;ponse du comte est radicale : &#171; &lt;i&gt;It's the end of the line&lt;/i&gt; (&#8230;)&lt;i&gt; She's the last Contessa&lt;/i&gt;. &#187; Le comte n'appartient plus au monde des vivants. Il lui reste seulement l'obsession de l'absence de tout avenir. Maria est absorb&#233;e par cette absence-l&#224;, l'absence d'Eros, l'absence du conte de f&#233;e, l'absence de la visibilit&#233;. Elle reste un objet, l'incarnation pour le comte d'une image brillante dans le d&#233;sastre final (&lt;i&gt;the last&lt;/i&gt;).&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#####&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Mankiewicz est sem&#233;e de fant&#244;mes, de mensonges et d'une destruction dont la f&#233;rocit&#233; n'a d'&#233;gale que le regard d&#233;sabus&#233; du r&#233;alisateur sur le monde et les hommes. &lt;i&gt;La Comtesse aux pieds nus&lt;/i&gt; n'&#233;chappe pas &#224; cet univers de la cruaut&#233;, &#224; cette dualit&#233; humaine si pr&#233;sente dans son &#339;uvre. Le personnage principal de ce film &#233;chappe aussi bien aux r&#233;cits que l'on peut faire d'elle qu'&#224; l'image que l'on peut construire d'elle. Il reste une &#233;nigme, l'&#233;nigme charnelle d'un cadavre qui reste, au-del&#224; de sa statufication, &#233;nigme d'une f&#233;minit&#233; insaisie et par l&#224; m&#234;me, d&#233;truite. Rien d'autre n'existe sinon cet espace d'incertitude, ce corps absent dont on croit r&#234;ver et qui ne saurait s'incarner ailleurs que dans un r&#233;cit qui ne peut plus &#234;tre un conte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;Ce que nous voyons, ce qui nous regarde&lt;/i&gt;, Paris, Editions de minuit, 1992. Nous renverrons essentiellement au d&#233;veloppement des pages 17 &#224; 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Didi-Huberman, Ibid., page 23&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., page 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gorgio Agamben, &lt;i&gt;Stanze&lt;/i&gt;, traduction Yves Hersant, Paris, Rivages poche, 1998, page 66. Le chapitre central se situe des pages 65 &#224;71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'impossible acc&#232;s pour le Comte &#224; ce sens du pieds &#224; la fois f&#233;tiche et signe du d&#233;sir de Maria&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour compl&#233;ter les informations concernant l'&#233;tymon de &lt;i&gt;F&#233;tiche&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;facere&lt;/i&gt;, nous renvoyons &#224; la mise au point tr&#232;s compl&#232;te d'Agamgen dans &lt;i&gt;Stanze&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, note 7, page 71, cit&#233;e ci-dessous.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le terme portugais &lt;i&gt;feiti&#231;o&lt;/i&gt; (&#224; partir duquel a &#233;t&#233; form&#233; le mot &#171; f&#233;tiche &#187;) ne d&#233;rive pas directement, contrairement &#224; l'opinion de De Brosse, de la racine latine de &lt;i&gt;fatum&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;fari&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;fanum&lt;/i&gt; (ce qui lui donnerait le sens &#171; d'objet f&#233;erique, enchant&#233; &#187;), mais du latin &lt;i&gt;facticius&lt;/i&gt;, &#171; artificiel &#187;, qui a la m&#234;me racine que &lt;i&gt;facere&lt;/i&gt; (saint Augustin emploie m&#234;me, &#224; propos des idoles pa&#239;ennes, l'expression &lt;i&gt;genus facticiorum deorum&lt;/i&gt;, o&#249; le terme &lt;i&gt;facticius&lt;/i&gt; prend d&#233;j&#224;, incontestablement, le sens moderne). Toutefois la racine indo-europ&#233;enne de &lt;i&gt;facere&lt;/i&gt;, *&lt;i&gt;dh&#233;&lt;/i&gt;, est bien en rapport avec celle de &lt;i&gt;fas&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;fanum&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;feria&lt;/i&gt; et poss&#232;de &#224; l'origine une valeur religieuse, que l'on observe encore dans le sens archa&#239;que de &lt;i&gt;facere&lt;/i&gt;, &#171; faire sacrifice &#187; (cf.A.Ernout et A.Meillet, &lt;i&gt;Dictionnaire &#233;tymologique de langue latine&lt;/i&gt;, article &#171; &lt;i&gt;facio&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;feri&#230;&lt;/i&gt; &#187;). En ce sens, tout ce qui est &lt;i&gt;factice&lt;/i&gt; appartient de droit &#224; la sph&#232;re religieuse, et non seulement l'&#233;tonnement de De Brosse devant les f&#233;tiches n'a aucune raison d'&#234;tre, mais il trahit un oubli du statut originel des objets. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Didi-Huberman, &lt;i&gt;Op.cit.&lt;/i&gt;, page 20&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On retrouve cette m&#234;me impossibilit&#233; lorsque Muldoon &#233;voque le proc&#232;s du p&#232;re de Maria et le t&#233;moignage de cette derni&#232;re en faveur de son p&#232;re. Il ne comprend rien de ses motivations, prend conscience qu'il n'a pas su anticiper les r&#233;actions du public. Ceci explique que le t&#233;moignage de Maria nous soit d&#233;finitivement inaccessible (une image sans les paroles, si fondamentales ici) car le narrateur Muldoon est incapable d'y comprendre quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;I suppose when you spent most of your life one profession, you developp what could be called an occupation point of view&lt;/i&gt; &#187; (Je suppose qu'une longue pratique d'une m&#234;me profession cr&#233;e ce qu'on peut appeler une d&#233;formation professionnelle). Dawes est sc&#233;nariste et cin&#233;aste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les th&#232;mes de Cendrillon : la crasse, le pied f&#233;tiche, la d&#233;fense du p&#232;re contre la m&#232;re-mar&#226;tre, l'attente du prince charmant, l'&#233;l&#233;vation sociale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Badiou, &lt;i&gt;Petit manuel d'inesth&#233;tique&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1998, pages 91 &#224; 111&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p.92.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, page 100.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, page 106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Ainsi ne voit-on pas Maria danser dans le cabaret madril&#232;ne, puisqu'Harry n'est arriv&#233; qu'une fois que Maria eut quitt&#233; la sc&#232;ne. &#187; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal M&#233;rigeau, &lt;i&gt;Mankiewicz&lt;/i&gt;, Paris, Deno&#235;l, 1993, page 195.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le montage consiste &#224; raccorder deux ou plusieurs plans de telle sorte que leur mise en relation d&#233;termine un sens qui n'appartient &#224; aucun de ces plans pris s&#233;par&#233;ment. &#187; &lt;br/&gt;
Jean Mitry, &lt;i&gt;La s&#233;miologie en question&lt;/i&gt;, Paris, Cerf, 1987, page 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est l'objet d'une r&#233;flexion en cours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;la galerie de portraits des anc&#234;tres du comte qu'il fait visiter &#224; Maria fait froid dans le dos : c'est un mausol&#233;e ; il l'invite dans un tombeau, elle ne le voit pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Umberto Galimberti, &lt;i&gt;Les raisons du corps&lt;/i&gt;, Paris, Grasset-Mollat, 1998, page 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;Ce que nous voyons, ce qui nous regarde&lt;/i&gt;, Paris, Editions de minuit, 1992, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sigmund Freud, &lt;i&gt;Malaise dans la civilisation&lt;/i&gt;, Paris, Presse Universitaire de France, 1971.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La conscience est la cons&#233;quence du renoncement aux pulsions. &#187;, page 86.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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