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	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>&#171; Petite entreprise de la voix &#224; l'&#232;re industrielle (Blanche-Neige Lucie, Pierre Huyghe)</title>
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		<dc:date>2021-12-03T11:43:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Huyghe, Pierre</dc:subject>
		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>
		<dc:subject>cin&#233;mati&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Art Pr&#233;sence, num&#233;ro 45, janvier-f&#233;vrier-mars 2003&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;2003&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Huyghe, Pierre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;cin&#233;mati&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nouvelle collaboration avec cette revue qui accueille une troisi&#232;me r&#233;flexion autour de Pierre Huyghe. Voici le texte tel qu'il a paru, sans ajout ni modification.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_870 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L360xH480/img_9352_-_copie-23168.jpg?1751018122' width='360' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&#171; Petite entreprise de la voix &#224; l'&#232;re industrielle &lt;br/&gt;(Blanche-Neige Lucie, Pierre Huyghe)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A y regarder de plus pr&#232;s, l'actualit&#233; critique et esth&#233;tique continue de reproduire des espaces cat&#233;goriels alors m&#234;me que les &#339;uvres, ou du moins une partie d'entre elles, s'&#233;laborent en dehors de ces enjeux. Si les artistes n'ont pas n&#233;cessairement un point de vue net sur ces questions, leurs pratiques et leurs &#339;uvres t&#233;moignent de ces d&#233;placements. La peinture interroge les effets de l'image et des pratiques contemporaines ; les installations (vid&#233;o ou non) dialoguent plus que jamais avec la litt&#233;rature, le cin&#233;ma&#8230; Et inversement.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; En for&#231;ant l'espace des pratiques contemporaines, en cherchant une n&#233;cessit&#233; essentialiste voire une t&#233;l&#233;ologie aux &#339;uvres contemporaines, certains contempteurs des d&#233;finitions analytiques et pragmatiques ratent cette sp&#233;cificit&#233; qui refuse de se r&#233;sumer et de se r&#233;soudre &#224; un cadre, une normalisation et son effectivit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'espace ouvert par l'exp&#233;rience de cette g&#233;n&#233;ration d'artistes contemporains participe d'un effrangement des formes d'art. Cet enjeu ne supprime pas pour autant les interrogations. Elle active au contraire de nouvelles perspectives ouvertes par la modernit&#233;. C'est pourquoi cette temporalit&#233; esth&#233;tique ne saurait se laisser enfermer dans un exposable r&#233;duit &#224; un lieu ludique et anhistorique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Si le cin&#233;ma est un espace d'interrogation pour Pierre Huyghe, ce que le spectateur de son &#339;uvre d&#233;couvre n'est pas du cin&#233;ma mais une forme qui organise avant tout un dialogue et un questionnement. Il ne s'agit pas d'en faire un discours sur une cat&#233;gorie d'art depuis un bastion (cin&#233;ma &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; art contemporain). Dans cette ancienne guerre de positions cat&#233;gorielles, certains &#233;laborent un passage fragile et pr&#233;caire qui retourne nos habitudes et permettent de penser l'image dans l'&#233;cart qu'elle produit. C'est pourquoi nous envisagerons &lt;i&gt;Blanche Neige Lucie&lt;/i&gt; de Pierre Huyghe comme une interrogation de notre imaginaire cin&#233;matographique soumis &#224; la domination marchande.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Blanche Neige Lucie&lt;/i&gt; (1997) est une vid&#233;o de trois minutes quarante secondes. On y voit une femme dans un studio de cin&#233;ma. Elle est silencieuse. Mais une voix off sous-titr&#233;e (la propre voix de cette femme) nous raconte son histoire : Lucie Dol&#232;ne est l'interpr&#232;te fran&#231;aise de &lt;i&gt;Blanche Neige&lt;/i&gt; des productions Walt Disney. Elle raconte les d&#233;marches qu'elle a d&#251; engager pour se r&#233;approprier sa propre voix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucie Dol&#232;ne raconte (le sous-titre que l'on lit) : &#034;&#8230; Ma premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Durant ce plan-s&#233;quence, Lucie Dol&#232;ne finit par chanter &#034;Un jour mon prince viendra&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On peut distinguer deux niveaux &#224; ce travail. Il y a d'une part une tension entre l'image et le son (le silence et le chant, la m&#233;canique du plateau et la voix). Et d'autre part, on d&#233;couvre une tension dans le rapport oral et &#233;crit dans l'image puisque l'enregistrement de l'interview qui d&#233;file en sous-titre et en anglais se heurte au silence visage ou &#224; la chanson en fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Les deux langues disjointes (l'une &#224; l'&#233;crite, l'autre &#224; l'oral) renforcent n&#233;cessairement cette tension. Cette derni&#232;re souligne l'&#233;mergence de l'histoire individuelle dans un horizon social et id&#233;ologique (le rapport &#224; l'entertainment) dans le mat&#233;riau artistique. L'enjeu de la vid&#233;o de Pierre Huyghe est de r&#233;aliser (et pas seulement enregistrer&#8230; en r&#233;alisant, il met en sc&#232;ne et interroge) cette captation, ce vol. Si l'on met souvent en rapport cette tension son / sous-titre, on ne dit pas assez que l'image dans &lt;i&gt;Blanche Neige Lucie &lt;/i&gt;instaure un autre processus critique. Car Lucie Dol&#232;ne, doublure fran&#231;aise de Blanche Neige n'est qu'une voix, une voix de dessin anim&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Huyghe explore l'identit&#233; de cette femme par l'image. C'est d'abord un visage muet que l'on regarde. La distance instaur&#233;e par le sous-titre permet d'envisager l'&#233;paisseur humaine de ce visage, de cette femme, peut-&#234;tre en repr&#233;sentation sur un plateau de cin&#233;ma. C'est ce plateau (plan de d&#233;part et de fin) en arri&#232;re-plan, dans lequel personnage et cam&#233;ra tournent (au sens propre comme au sens figur&#233;) imperceptiblement, c'est donc ce plateau qui op&#232;re la circulation entre le sous-titre et le visage (avant, pendant et apr&#232;s la chanson).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'enjeu est donc de montrer que l'&#233;mergence de cette voix (son rapport au cin&#233;ma et &#224; l'enfance&#8230; toutes les enfances : celle de Lucie Dol&#232;ne mais aussi celle des spectateurs) est profond&#233;ment li&#233;e aux structures de l'industrie culturelle. Le prix du r&#234;ve cin&#233;matographique est ici le vol d'une voix, son utilisation, sa marchandisation. D&#233;poss&#233;d&#233;e non pas par la fiction mais par les structures &#233;conomiques qui construisent ces fictions (en l'occurrence Walt Disney productions) Lucie Dol&#232;ne, apr&#232;s le proc&#232;s et les diff&#233;rents t&#233;moignages de ses m&#233;saventures, injecte de la fiction dans le r&#233;el. Contrairement &#224; ce que l'on pourrait penser Lucie Dol&#232;ne ne prend pas la parole. Ce que l'on voit et entend, c'est elle chantant, c'est cette part d'elle perdue et regagn&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Pourtant cette voix retrouv&#233;e, &#224; laquelle le spectateur est confront&#233;, est paradoxale puisque c'est celle de la fiction. Plus exactement c'est le chant de cette voix, son objet, qui est ambivalent. &#034;Un jour mon prince viendra&#8230;&#034; est ancr&#233; dans la fiction. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; En somme, retrouver son identit&#233; (Lucie Dol&#232;ne &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; Blanche Neige), c'est finalement, apr&#232;s le passage dans le r&#233;el (le proc&#232;s gagn&#233;), l'affirmer dans l'image par la fiction (la chanson du dessin anim&#233;). La distance voix / sous-titre &#233;claire bien cette tension : la voix qui chante est enjeu de fiction, le r&#233;seau du sous-titre est dimension du r&#233;el. Cette tension est &#233;galement renforc&#233;e par l'opposition des langues puisque le sous-titre est en anglais et que la chanson est en fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La vid&#233;o de Pierre Huyghe n'est pas l'affirmation positive d'une r&#233;alit&#233; contre une autre mais l'exploration de cette ligne d'effrangement o&#249; l'exercice de la pens&#233;e se d&#233;veloppe. L'image, en ne se soumettant ni &#224; la passivit&#233;, ni &#224; l'instantan&#233;it&#233; renverse les effets r&#233;ificateurs en les d&#233;non&#231;ant par ce processus ironique que forme ce d&#233;-codage : il ne s'agit pas de lire un code cach&#233; mais de sortir de la codification normative pour &#234;tre l'espace de cr&#233;ation de son propre &#233;v&#233;nement. C'est le sens moderne d'une insoumission &#224; la stabilit&#233; (normative) du sensible et de l'intelligible que Jacques Ranci&#232;re d&#233;finit comme &#233;tant le r&#233;gime esth&#233;tique des arts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ranci&#232;re, Jacques, Le partage du sensible, Paris, La Fabrique, 2000, page 33.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce d&#233;-codage est le propre de l'&#233;v&#233;nement artistique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'&#233;v&#232;nement qui s'instaure n'est pas d&#233;barrass&#233; de contenu historique ou social comme pourrait le sugg&#233;rer le philosophe Alain Badiou. Il offre au contraire une temporalit&#233; qui interroge et critique l'&#233;ternel pr&#233;sent, si intimement li&#233; aux principes de l'industrie culturelle.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; En cr&#233;ant sa propre forme dans le mat&#233;riau, l'&#339;uvre implique le monde. Car le mat&#233;riau se con&#231;oit dans son histoire, dans son organisation en formes et donc se noue n&#233;cessairement &#224; la soci&#233;t&#233; puisque ce mat&#233;riau est historiquement et socialement d&#233;termin&#233;. &lt;i&gt;Blanche Neige Lucie&lt;/i&gt; permet de lier les enjeux du mat&#233;riau dans le monde et d'examiner son autonomie. Cette derni&#232;re renvoie l'ind&#233;pendance de l'art &#224; une ind&#233;pendance quasi autot&#233;lique. N'&#233;tant ni d&#233;pos&#233;e, ni dans le monde mais au-dessus, l'&#339;uvre, comme s&#233;diment transcendantal, &#233;chappe alors au monde. Cette monade artistique est finalement aussi confortable qu'aveuglante puisqu'en refusant d'inscrire l'&#339;uvre dans sa r&#233;alit&#233; historique et sociale, elle neutralise ses enjeux esth&#233;tiques, id&#233;ologiques ou sociaux.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Aussi faut-il penser &lt;i&gt;Blanche Neige Lucie &lt;/i&gt;&#224; partir des dimensions du mat&#233;riau et des changements de perception, notamment apr&#232;s la perte auratique analys&#233;e par Benjamin. Pierre Huyghe interroge les marges id&#233;ologiques qui traversent ces changements. C'est pourquoi nous envisageons &lt;i&gt;Blanche Neige Lucie &lt;/i&gt;comme une forme autoreflexive. En interrogeant sa propre forme (image et cin&#233;ma&#8230; l'image et son rapport au cin&#233;ma), elle dialectise un rapport sujet et objet, image et humain. N'&#233;tant ni une pure forme, ni un collage citationnel, cette vid&#233;o de Pierre Huyghe &#233;labore et explore le processus social de l'identit&#233; dans l'industrie du spectacle. Cette r&#233;flexion oblique qui explore son propre contexte social et historique (par un jeu de mise &#224; distance son / image / sous-titre et imaginaire du spectateur) est une forme de ce processus ironique que nous envisageons comme processus critique et forme de pens&#233;e. L'ironie n'est pas ici cette raillerie de connivence neutralisant dans l'air du temps les enjeux de la pens&#233;e. En explorant la dimension interrogeante du terme, l'ironie se noue aux formes d'une pens&#233;e esth&#233;tique r&#233;solument critique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'enjeu n'est pas dans la s&#233;paration du sujet et de l'objet mais dans leur interrogation r&#233;ciproque. Ce que la crise narcissique soul&#232;ve, c'est l'ali&#233;nation individuelle aux formes de repr&#233;sentations. Cette ali&#233;nation interroge la liquidation de l'individu par la soci&#233;t&#233; marchande : l'industrie culturelle est une forme possible de cette r&#233;gression&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;L'industrie culturelle ne sublime pas, elle r&#233;prime.&#034; Horkheimer, Max et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'instauration autor&#233;flexive de &lt;i&gt;Blanche Neige Lucie&lt;/i&gt; permet d'envisager cette tension inh&#233;rente &#224; l'industrie culturelle et de relier tr&#232;s fortement l'&#339;uvre au monde par un processus critique. Cette dialectisation de l'identit&#233; dans l'image comme mat&#233;riau social en fait vaciller l'&#233;vidence. Les d&#233;terminations id&#233;ologiques de l'industrie culturelle, interrog&#233;es dans cette vid&#233;o, montrent la fragmentation du sujet et la soumission &#224; sa marchandisation. C'est ce r&#233;sidu individuel face &#224; la domination sociale que &lt;i&gt;Blanche Neige Lucie&lt;/i&gt; traite sans c&#233;der &#224; la tension qui demeure immanquablement. En effet, la chanson du film reste la forme affirmative alors m&#234;me qu'elle est l'enjeu de son ali&#233;nation. M&#234;me si l'on peut penser que Lucie Dol&#232;ne se r&#233;approprie son identit&#233;, la vid&#233;o de Pierre Huyghe conserve pourtant la trace de cette dissolution de l'individu dans les formes de l'industrie culturelle.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'autonomie r&#233;elle de l'art est dans le refus de l'ordre et de sa reproduction. Son authenticit&#233; r&#233;side dans son renversement critique. C'est dans le moment dialectique, dans l'usage critique de sa forme inscrite dans le mat&#233;riau que l'&#339;uvre d'art appara&#238;t comme moment authentique contre la r&#233;signation affirmative de la culture. L'ensemble du travail de Pierre Huyghe produit des d&#233;calages dans l'exploration de la temporalit&#233; envisag&#233;e comme mati&#232;re m&#234;me de l'image. Le dispositif de l'image induit la densit&#233; de son propre passage dans ces constructions qui d&#233;doublent, redoublent et ouvrent l'interrogation, son incarnation, dans la multiplication des strates temporelles, spatiales et imagielles.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Blanche Neige Lucie&lt;/i&gt; est une forme contemporaine de l'art qui interroge cette dissolution de l'individu. Ce rapport entre l'art contemporain et le cin&#233;ma, cette &#034;cin&#233;mati&#232;re&#034; de l'art contemporain constitue un enjeu esth&#233;tique mais aussi social et politique. S'il est question d'image, de construction, de processus d'interrogation sur les formes dominantes de production d'images (cin&#233;ma, t&#233;l&#233;vision&#8230;), elle op&#232;re en amont un profond renversement en interrogeant les conditions d'exp&#233;rience de repr&#233;sentation contemporaine. C'est au travers l'autor&#233;flexion de ce mat&#233;riau que se noue l'action politique et sociale. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Avec &lt;i&gt;Blanche Neige Lucie&lt;/i&gt;, nous ne sommes pas dans une activit&#233; artistique d&#233;contextualisante mais bien au contraire dans une conscience qui exp&#233;rimente la contemporan&#233;it&#233; et la domination du visuel. Le d&#233;-codage de ce visuel probl&#233;matis&#233; par le maillage sonore forme cette exp&#233;rience critique puisque la vid&#233;o, l'installation vid&#233;o et la &#034;cin&#233;mati&#232;re&#034; sont l'exp&#233;rience de notre &#233;poque et nous permettent de comprendre nos propres mutations.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucie Dol&#232;ne raconte (le sous-titre que l'on lit) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;&#8230; Ma premi&#232;re rencontre avec Blanche-Neige remonte &#224; mon enfance, lors de la sortie du film en 1938, j'ai chant&#233; &#034;Mon prince viendra&#034; &#224; la f&#234;te de l'&#233;cole. Ma seconde rencontre s'est faite en Am&#233;rique, je faisais des com&#233;dies musicales. On m'a invit&#233;e &#224; chanter pour l'inauguration d'un grand h&#244;tel &#224; Hollywood, toutes les stars &#233;taient l&#224;, apr&#232;s ma prestation on m'a plac&#233;e &#224; la table de Walt Disney, un homme d&#233;licieux, tr&#232;s attentif. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, en 1962 je suis venue faire le casting pour la voix de Blanche-Neige, j'ai appris par hasard qu'ils n'avaient toujours pas trouv&#233; la chanteuse, on a fait des essais et le lendemain, j'ai &#233;t&#233; choisie pour le r&#244;le et pour le chant.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le plus beau doublage que j'ai fait.&lt;br class='autobr' /&gt;
La voix de Blanche-Neige est un soprano l&#233;ger mais pas trop lyrique non plus, une petite voix timbr&#233;e, tr&#232;s enfantine, fra&#238;che sans &#234;tre trop technique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour les indications de jeu, c'est le dessin et le personnage qui vous les donnent. J'ai enregistr&#233; avec un casque, j'avais la voix originale dans l'oreille, j'aime bien entendre le retour de la voix, c'est troublant mais on s'y fait. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un petit guide qui vous aide &#224; suivre la structure musicale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand j'ai donn&#233; ma voix &#224; ce personnage, cette petite princesse belle comme le jour, gracieuse et innocente j'&#233;tais compl&#232;tement Blanche-Neige, oui, absolument.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui quand je regarde le film, j'ai un sentiment &#233;trange, c'est ma voix et pourtant elle semble ne plus m'appartenir, elle apprtient au personnage et &#224; l'histoire. R&#233;cemment j'ai appris que Disney avait conserv&#233; ma voix pour la nouvelle version, j'ai d'abord &#233;t&#233; heureuse puis j'ai r&#233;alis&#233; qu'il y avait un probl&#232;me : imaginez en trente ans ma voix a &#233;t&#233; utilis&#233;e sur toutes sortes de supports. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ma voix quand m&#234;me !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis lanc&#233; dans un proc&#232;s pour prot&#233;ger mes droits sur l'utilisation de ma voix, c'&#233;tait en m&#234;me temps que la gr&#232;ve des interpr&#232;tes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gens ont &#233;t&#233; touch&#233;s par cet &#233;v&#233;nement, je me souviens pendant la manifestation qu'un artiste Am&#233;ricain m'a cri&#233; &#034;Hey Snow White, woderful, I'm with you.&#034; &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Huyghe in &lt;i&gt;Pierre Huyghe&#8212; Some Negociations&lt;/i&gt;, catalogue de l'exposition du 28 avril au 13 juin 1999 au &lt;i&gt;Secession, Wien&lt;/i&gt;, du 22 octobre au 21 novembre 1999 &#224; la &lt;i&gt; Kunstverein M&#252;nchen&lt;/i&gt;, et du 15 janvier au 12 mars 2000 au &lt;i&gt;Kunsthalle Z&#252;rich&lt;/i&gt;, Munich-Zurick, Kunstverein M&#252;nchen et Kunsthalle Z&#252;rich &#233;diteurs, 2000, index page 26 dans le suppl&#233;ment traduit en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ranci&#232;re, Jacques, &lt;i&gt;Le partage du sensible&lt;/i&gt;, Paris, La Fabrique, 2000, page 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;L'industrie culturelle ne sublime pas, elle r&#233;prime.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Horkheimer, Max et Adorno, T.W., &lt;i&gt;La dialectique de la raison&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Eliane Kaufholz, Paris Gallimard, collection tel, page 148.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Images de guerre, le cin&#233;ma est un combat (le cin&#233;ma de Fr&#233;d&#233;ric Tachou)</title>
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		<dc:date>2021-12-03T11:29:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Tachou Fr&#233;d&#233;ric</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Art Pr&#233;sence, num&#233;ro 47, juillet-ao&#251;t-septembre 2003&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;2003&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Tachou Fr&#233;d&#233;ric&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voici le texte tel qu'il a paru, sans ajout ni modification.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_869 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L360xH480/img_9350_-_copie-55c4b.jpg?1751018124' width='360' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;Images de guerre, le cin&#233;ma est un combat
(le cin&#233;ma de Fr&#233;d&#233;ric Tachou)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma de Fr&#233;d&#233;ric Tachou explore l'image et la m&#233;moire dans une m&#234;me volont&#233; d'effacer la simple surface pour la confronter &#224; l'exp&#233;rience humaine. Ces films nous apprennent &#224; repenser l'id&#233;e d'une image cin&#233;matographique comme une pure pr&#233;sence.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;J'aime la guerre&lt;/i&gt; envisage, comme son titre l'indique avec une subtile provocation, la question du conflit militaire. Mais c'est aussi un enjeu de perception du pr&#233;sent qui est pos&#233; par Fr&#233;d&#233;ric Tachou. &lt;i&gt;J'aime la guerre&lt;/i&gt; appartient &#224; ce genre qu'on appelle le cin&#233;ma exp&#233;rimental&#8230; notion contestable qu'ailleurs Dominique Noguez a lui-m&#234;me critiqu&#233;e. Mais le sous-titre de ce film &#233;tant &#034;un film de guerre psychologique exp&#233;rimental&#034;, on peut comprendre que son cin&#233;ma d&#233;borde les cadres traditionnels du cin&#233;ma. Exigeant dans ce renversement des habitudes, ce film est lui-m&#234;me une interrogation sur l'image en tant que lieu de m&#233;moire possible.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; A l'origine &#233;tait la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Tachou interroge ce d&#233;part, cette origine avec son corps, avec l'image et son imaginaire en &#233;laborant un r&#233;cit cin&#233;matographique, une fiction dans laquelle Histoire et histoires s'imbriqueront dans l'image.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le philosophe Jacques Ranci&#232;re pense que &#034;[l]a politique et l'art, comme les savoirs, construisent des &#034;fictions&#034; c'est-&#224;-dire des r&#233;agencements &lt;i&gt;mat&#233;riels&lt;/i&gt; des signes et des images, des rapports entre ce qu'on voit et ce qu'on dit, entre ce qu'on fait et ce qu'on peut faire&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ranci&#232;re, Jacques, La partage du sensible, Paris, La Fabrique-&#233;ditions, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Fr&#233;d&#233;ric Tachou explore cette ligne de partage r&#233;agenc&#233;e &#224; partir du corps. Car ici le corps cherche, dans les interstices d'une forme r&#233;p&#233;t&#233;e du corps dans le corps de la guerre et de l'image, &#224; trouver sa place dans l'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; A l'origine &#233;tait la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le film commence par une s&#233;rie de panoramiques montrant un homme courant, v&#234;tu d'un uniforme et d'une arme portant ba&#239;onnette. Il donne l'assaut, recommence et poursuit cette tentative. Ce soldat (interpr&#233;t&#233; par le r&#233;alisateur) essaye de trouver, de retrouver le geste, un geste qui serait mim&#233;tique du v&#233;ritable geste guerrier. Car il s'agit bien d'une recomposition, d'une mise en sc&#232;ne, d'une mise en image d'une posture de la premi&#232;re mondiale. Film&#233; en contre-plong&#233;e, ce point de vue de la tranch&#233;e se r&#233;p&#232;te, alternant avec des am&#233;nagements de barbel&#233;s, puis une avanc&#233;e frontale de l'apprenti militaire. Ce dernier semble &#234;tre un corps &#224; la recherche d'une place dans l'espace. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais cette duplication du r&#233;el, cette volont&#233; d'&#234;tre une empreinte du monde dans une tentative imitative &#233;choue en tant que telle. Car une voix off commence en avouant avec cette premi&#232;re exp&#233;rience : &#034;Au d&#233;but, j'imitais&#8230; pas mon p&#232;re mais d'autres, copi&#233;s sur des images, des films.&#034; Ceci indique d&#233;j&#224; la distance temporelle. La prise de conscience de l'impossibilit&#233; mim&#233;tique n'est pas une renonciation mais une prise de conscience esth&#233;tique et politique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La tentative analogique, sa r&#233;p&#233;tition, &#233;choue car elle montre l'impossibilit&#233; d'une transparence entre le monde et sa repr&#233;sentation. C'est au contraire dans une interrogation des formes m&#234;mes de la repr&#233;sentation que le cin&#233;aste cherche aussi bien &#224; comprendre le monde qu'&#224; y inscrire son corps. C'est dans les plis du r&#233;el que Tachou d&#233;cide de mener cette exploration. L'image va devenir le corps de cette interrogation. Le corps d&#233;pos&#233; dans l'image d&#233;borde de lui-m&#234;me pour formuler une voie lat&#233;rale et critique. La surface de l'image en devenant surface d'apparition absorbe une profondeur et dialectise la question du jeu.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Car cette mim&#233;tique semble s'imposer comme un jeu. Jouer &#224; la guerre, c'est d&#233;j&#224; apprendre &#224; la faire. Voil&#224; ce que nous d&#233;couvrons. Mais d&#233;j&#224; le jeu ne doit pas &#234;tre entendu par son &#233;tymologie. Il ne s'agit pas ici d'un &lt;i&gt;ludus&lt;/i&gt; d'une forme festive et spectaculaire. Contre cette forme r&#233;ifiante du cin&#233;ma le jeu qui se d&#233;veloppe ici est un simulacre c'est-&#224;-dire, selon la formulation de Lyotard dans &lt;i&gt;l'acin&#233;ma&lt;/i&gt;, une forme de d&#233;bordement contre la &#034;normalisation libidinale&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lyotard, Jean-Fran&#231;ois, L'acin&#233;ma, in Cin&#233;ma : th&#233;orie, lectures, textes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'interrogeant sur la guerre comme structure de l'histoire, Tachou montre que l'image de guerre est n&#233;cessairement image du temps. La perception du pr&#233;sent n'est pas une r&#233;p&#233;tition &#224; l'identique. Elle am&#232;ne au contraire d'autres images. Ce sont ces images autres, v&#233;cues comme telles, qui lient le pr&#233;sent &#224; la temporalit&#233; et nient l'id&#233;e d'une pure pr&#233;sence postmoderne comme &#233;tat de jouissance d'un individu devenu atemporel et r&#233;duit &#224; la seule actualit&#233; de ses sensations. Au contraire, le jeu que dialectise l'image de Fr&#233;d&#233;ric Tachou dans &lt;i&gt;J'aime la guerre&lt;/i&gt; n'est pas un masque carnavalesque mais un travail sur l'id&#233;e m&#234;me de repr&#233;sentation. La condition d'&#234;tre qui se formule dans les plis de la r&#233;p&#233;tition du corps dans le jeu de la guerre passe par la r&#233;appropriation de l'enfance.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; A l'origine &#233;tait la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Jouer &#224; la guerre, c'est apprendre &#224; la faire. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; De quoi se souvient ce corps qui joue &#224; la guerre ? Il semble se souvenir du processus de l'enfance, son imaginaire en marche, construisant cette &#034;fiction&#034; dont parle Ranci&#232;re, cette fiction qui recompose, efface et transforme. La voix off pr&#233;cise la mise en place du jeu : &#034;Le jardin, une plaine, un d&#233;sert ; les arbres, des for&#234;ts ; cette branche, un arc ; cette latte, une &#233;p&#233;e ; cette toile, un signe, un ralliement&#8230; la campagne, Verdun ; la maison, un fort, une position ; l'oreiller, un sac de sable&#034;. Mais le corps enfant a disparu, l'enfance a disparu. L'&#233;l&#233;ment qui pourrait encore signifier ce jeu de l'enfant, c'est le jouet. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Tachou m&#234;le d'abord, dans un travail de surimpression, les images de la seconde guerre mondiale &#224; un paysage contemporain avant de laisser la place aux jouets : maquettes d'avions, de chars, de camions, figurines plastiques fig&#233;es dans des postures. Agemben nous apprend que le jouet est ancr&#233; dans le pass&#233; et permet de faire &#233;merger l'Histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Le jouet est une mat&#233;rialisation de l'historicit&#233; contenue dans les objets, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tachou le montre en travaillant &#224; partir de ces maquettes qu'il anime, produisant cette inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; et ce moment de trouble qui met en cause la r&#233;alit&#233; par cet effet de r&#233;el induit par le mat&#233;riau cin&#233;matographique. Filmant en tr&#232;s gros plan une maquette d'avion de guerre, Tachou r&#233;v&#232;le ici que les jouets ne sont ni tot&#233;miques ou anecdotiques. Formant d'abord le corps perdu de l'enfance qui jouait &#224; la guerre, ils montrent par le travail de l'image et du montage une totale absence de nostalgie. Ce qu'il souligne avant tout c'est que les jouets sont des &#233;l&#233;ments de construction id&#233;ologique. Ce travail n'est pas sans rappeler celui de l'artiste contemporain G&#233;rard Gasiorowski qui avait con&#231;u, en 1974, une installation appel&#233;e &lt;i&gt;la guerre&lt;/i&gt; : des jouets de guerre calcin&#233;s, &#233;ventr&#233;s et enchev&#234;tr&#233;s, renvoyant le mat&#233;riau &#224; cette tourbe d&#233;sastreuse et effroyable. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Dans le film, les jouets participent de cette repr&#233;sentation de la guerre autant que les images en surimpression. La tension dialectique d&#233;gage des enjeux qui sont cin&#233;matographiques. C'est avec des jouets qu'il construit et anime l'attaque d'une colonne de blind&#233;s. Mais c'est par le montage, c'est par un cadrage serr&#233;, une progression dramaturgique qu'il montre la guerre sans passer par l'illusion mim&#233;tique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il n'y a donc pas de pr&#233;sence dans l'imitation mais seulement dans un travail de l'image qui ouvre cette tension temporelle et historique. C'est encore Jean-Fran&#231;ois Lyotard qui nous apprend que la mise en ordre consiste &#034; &#224; disposer la mati&#232;re cin&#233;matographique selon la figure du &lt;i&gt;revenu&lt;/i&gt; &#034;. Ainsi, &#034;les mouvements du cin&#233;ma [seront] en g&#233;n&#233;ral ceux du revenu c'est-&#224;-dire la r&#233;p&#233;tition du m&#234;me et sa propagation.&#034; Donc &#034;[t]oute forme dite bonne implique le retour du m&#234;me, le rabattement du divers sur l'unit&#233; identique&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lyotard, Art. cit., p.361.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;J'aime la guerre &lt;/i&gt;forme l'exp&#233;rience critique d'un cin&#233;ma enferm&#233; dans cette usure mim&#233;tique. Voici sans doute ce que signifie ce titre, une guerre contre les conventions et les convenances, une guerre d&#233;clar&#233;e contre un cin&#233;ma vou&#233; &#224; l'effet et &#224; la marchandisation des esprits et de l'esth&#233;tique, c'est-&#224;-dire la guerre d'une pens&#233;e active et critique contre l'artifice et la r&#233;ification. En cela, on pourrait comparer &lt;i&gt;Il faut sauver le soldat Ryan &lt;/i&gt;de Steven Spielberg et &lt;i&gt;J'aime la guerre&lt;/i&gt; de Fr&#233;d&#233;ric Tachou. Ce rapprochement qui n'est pas sans &#233;voquer David contre Goliath n'est pas hasardeux. Ces deux films abordent les m&#234;mes th&#232;mes. N'est-il pas question de part et d'autres d'un individu dans son rapport &#224; la communaut&#233;, d'une question de la guerre envisag&#233;e d'un point de vue individuel et charnel ? &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Bien s&#251;r la raison commerciale de l'un est irr&#233;conciliable avec la raison critique de l'autre. Mais c'est l&#224; tout l'enjeu d'une telle analyse, exercer une critique avec les enjeux du cin&#233;ma lui-m&#234;me. Car le cin&#233;ma produit ses propres outils d'analyse. Et le film de Fr&#233;d&#233;ric Tachou est le mat&#233;riau de cette critique. L'exp&#233;rience critique de ce court-m&#233;trage met en place une forme qui pose des bases cin&#233;matographiques d'une critique du cin&#233;ma lui-m&#234;me. En envisageant le travail cin&#233;matographique du jouet et du corps dans cette probl&#233;matique guerri&#232;re, il induit la critique du film de Spielberg. Ce qui a &#233;t&#233; vant&#233;, admir&#233; et pill&#233; dans cette production hollywoodienne, c'est le dispositif technique (notamment sonore), ce sont les effets sp&#233;ciaux, le tournage &#224; l'&#233;paule, trembl&#233;. Bref, l'&#233;l&#233;ment unanimement salu&#233; fut, lors de la sortie du film, le saisissant effet de r&#233;el de la s&#233;quence d'ouverture. Les anciens combattants du d&#233;barquement ont avou&#233; leur effroi devant ce &#034;comme si on y &#233;tait&#034; puisque, eux, y &#233;taient. Mais cette duplication spectaculaire est avant tout une question de technique cin&#233;matographique, r&#233;duisant la mati&#232;re filmique &#224; un attrait mim&#233;tique. Or ce cin&#233;ma en trompe-l'&#339;il est bien un trompe-l'esprit. Car cette forme n'ouvre &#224; rien d'autre qu'un abasourdissement de sensation, une prise au pi&#232;ge par le spectacle, neutralisant toute forme de pens&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; A l'origine &#233;tait la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Et pourtant, &#224; la diff&#233;rence, une fois encore du blockbuster hollywoodien, le film de Fr&#233;d&#233;ric Tachou ne se r&#233;fugie pas dans une valorisation de l'individualisme. Au contraire, plus il avance dans les formes de repr&#233;sentation qui construisent nos id&#233;ologies (la s&#233;quence centrale montrant un r&#233;cent d&#233;fil&#233; du 14 juillet souligne cette guerre pr&#233;sente et invisible en continuit&#233; avec les images de guerre en surimpression tout au long du film), plus il souligne l'id&#233;e communautaire de la guerre. La litanie des guerres et des batailles perdues (la Commune, la froide, d'Espagne, du ghetto de Varsovie, du 8 thermidor de Borodino), celles gagn&#233;es (Valmy, Little Big Horn, Stalingrad, Di&#234;n Bi&#234;n Ph&#251;) marquent cette conscience de la communaut&#233; des hommes. C'est l'ensemble des consciences qui participent &#224; cette id&#233;e de la guerre, formant des strates de m&#233;moires, comme Tachou forme des strates d'images. Les s&#233;quences finales montrant la famille du r&#233;alisateur (ses grands-parents, ses parents) et les surimpressions d'images de guerre soulignent cette interrogation sur la m&#233;moire de la guerre comme trace du temps. L'opposition entre les images contemporaines paisibles et les violentes images de guerre en noir et blancs, ce tressage dans le fondu des images fait &#233;merger ce trouble. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Un montage found footage termine le film de Fr&#233;d&#233;ric Tachou. Ce sont les retrouvailles des familles russes apr&#232;s la guerre. Des visages marqu&#233;s, trac&#233;s par de longues rides, des joies, des pleurs, des retrouvailles, leurs sensations tendues et explosives, des baisers, des corps s'enla&#231;ant, s'embrassant et la douceur des gestes, cette main caressant les cheveux. La trag&#233;die est l&#224;, silencieuse et humaine, elle forme une douleur retenue et vibrante dans ces liens retrouv&#233;s entre ceux qui ont fait la guerre et ceux qui l'ont v&#233;cu, subi, ceux qui ont r&#233;sist&#233; &#224; tout.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Parce que l'humain n'existe qu'en dehors de la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La voix off du r&#233;alisateur l'indiquait d&#233;j&#224; : &#034;Dans mon genre de guerre, il n'y a pas de victoire possible, uniquement des catastrophes. Mais petit d&#233;j&#224; je le savais.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ranci&#232;re, Jacques, &lt;i&gt;La partage du sensible&lt;/i&gt;, Paris, La Fabrique-&#233;ditions, 2000, page 62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lyotard, Jean-Fran&#231;ois, &lt;i&gt;L'acin&#233;ma&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;in Cin&#233;ma : th&#233;orie, lectures&lt;/i&gt;, textes r&#233;unis et pr&#233;sent&#233;s par Dominique Noguez, Revue d'esth&#233;tique, num&#233;ro sp&#233;cial, Paris, Klincksieck, premi&#232;re &#233;dition 1973, deuxi&#232;me &#233;dition revue et mise &#224; jour 1978 , pages 359 et 364.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;Le jouet est une mat&#233;rialisation de l'historicit&#233; contenue dans les objets, qu'une manipulation d'un genre particulier lui permet d'extraire.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Agemben, Gorgio, &lt;i&gt;Enfance et histoire&lt;/i&gt;, traduit de l'italien par Yves Hersant, Petite biblioth&#232;que Payot, Paris, 2002, page 131.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lyotard, &lt;i&gt;Art. cit.&lt;/i&gt;, p.361.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le cin&#233;ma politique fait son cin&#233;ma (Sur Pierre Merejkowsky)</title>
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		<dc:date>2021-12-03T11:12:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Revue Bleue, num&#233;ro 7, janvier 2003&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;2003&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_868 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L360xH480/img_9349_-_copie-94a09.jpg?1751018109' width='360' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Errance, la maladie du lieu (Agn&#232;s Varda, Jerry Schatzberg)</title>
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		<dc:date>2021-12-03T11:10:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Varda Agn&#232;s</dc:subject>
		<dc:subject>Schatzberg, Jerry</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Recherches en Esth&#233;tique, &#171; Errances &#187;, num&#233;ro 9, octobre 2003&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;2003&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot116" rel="tag"&gt;Varda Agn&#232;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot172" rel="tag"&gt;Schatzberg, Jerry&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nouvelle collaboration avec cette revue qui deviendra un lieu d'accueil aussi pr&#233;cieux qu'amical. Voici le texte tel qu'il a paru, sans ajout ni modifications.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_867 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L337xH480/errances_ree_-_copie-48c48.jpg?1751018111' width='337' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Errance, La maladie du lieu&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; L'errance est sans itin&#233;raire. On ne saurait en faire une carte tant son mouvement est absorb&#233; par son absence de finalit&#233;. L'errance moderne se caract&#233;rise d'abord par cette perte de sens. C'est elle qui conduit &#224; la d&#233;perdition. L'errant contemporain n'existe m&#234;me plus dans une quelconque d&#233;mesure symbolique (il n'est ni incarn&#233; dans le mythe du juif errant, ni la tentante image du chevalier m&#233;di&#233;val). Il est seulement l'&#234;tre du d&#233;faut, coinc&#233; dans cette restriction qui est une d&#233;possession.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Au commencement &#233;tait le voyage : l'&lt;i&gt;iter&lt;/i&gt; latin (&#8216;voyage') donna &lt;i&gt;erre&lt;/i&gt; (&#8216;voyager) &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; &lt;i&gt;itineris&lt;/i&gt; (g&#233;nitif latin de &lt;i&gt;iter&lt;/i&gt;), puis &lt;i&gt;itinerari&lt;/i&gt; donnant au VI&#232;me si&#232;cle &lt;i&gt;iterare&lt;/i&gt;. L'errant est d'abord cet incessant voyageur qui fit les beaux jours de la tradition &#233;pique. Mais l'homonymie de ce voyage avec &lt;i&gt;errare&lt;/i&gt; infl&#233;chit progressivement le sens de l'errance. L'imp&#233;nitence voyageuse se brouille, perdant sa certitude. L'inflexion p&#233;jorative d'un voyage plus incertain (&#8216;&#231;a et l&#224;') conduit &#224; condamner l'errance comme une erreur. Errer devient &#8216;faire fausse route', c'est-&#224;-dire se tromper. La dimension voyageuse de l'errance est condamn&#233;e car elle n'est plus assign&#233;e &#224; aucun but. Il n'y a plus de direction pr&#233;cise. L'errance n'est donc pas un voyage. Elle serait plut&#244;t l'erreur du voyage, sa mise en contradiction.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Si Ulysse est un voyageur comme le rappelle justement Du Bellay, il n'est pas un errant. L'errance est un moment de son voyage. &lt;i&gt;L'odyss&#233;e&lt;/i&gt; est le r&#233;cit d'un retour, rendu hasardeux par la f&#233;rocit&#233; de Pos&#233;idon. Mais ces ann&#233;es de tohu-bohu sont subsum&#233;es sous l'id&#233;e du retour &#224; Ithaque. Le foyer et la patrie sont au bout du voyage. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Si le chevalier est errant, il l'est au sens m&#233;di&#233;val du voyage. Les r&#233;cits de ces p&#233;r&#233;grinations chevaleresques s'inscrivent dans une double tradition arthusienne et courtoise. Ce voyageur en armure concilie un nouveau rapport amoureux &#224; un messianisme qui vise &#224; asseoir les structures d'une civilisation chr&#233;tienne occidentale et &#224; r&#233;pandre une id&#233;ologie g&#233;n&#233;rale de la fid&#233;lit&#233; (au suzerain, &#224; la communaut&#233; et &#224; la femme et &#224; Dieu). Le chevalier est le courtois voyageur (&lt;i&gt;iter&lt;/i&gt;) alors que le vilain (le paysan, celui qui n'est pas noble&#8230; le pauvre) sera le gueux errant (l'erreur errante de &lt;i&gt;errare&lt;/i&gt;). Ce sont ces gueux que l'on retrouve plus tard dans les peintures de Bosch, Bruegel ou D&#252;rer. Leur peinture est remplie de ces mis&#233;reux m&#233;pris&#233;s, ces vagabonds sans lieu ni territoire. Il sera question ici de ces vagabonds modernes, ces clochards dont l'errance terrible est trop souvent neutralis&#233;e par l'euph&#233;misation (&#8216;Sans Domicile Fixe').&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; On a longtemps construit une image liss&#233;e du clochard, coinc&#233;e entre une m&#233;taphysique de la libert&#233; ou l'image bonhomme de la r&#233;volte. Victor Hugo voyait encore dans &lt;i&gt;Les Contemplations&lt;/i&gt; le vagabond comme le porteur de signes et de sagesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un pauvre passait dans le givre et le vent. (&#8230;) C'&#233;tait le vieux qui vit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'image de Diog&#232;ne n'est pas exempte de la construction de Boudu chez Renoir dont l'anticonformisme et la critique sociale trouvent dans l'imaginaire du clochard une puissance ironique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La figure cin&#233;matographique de Charlot est sans doute le premier pas vers une r&#233;&#233;valuation moderne de l'image du clochard tout en gardant les traces de cet h&#233;ritage. Charlie Chaplin ancre l'imaginaire de son personnage dans une r&#233;alit&#233; sociale et psychologique. Charlot s'incarne et se d&#233;bat dans la soci&#233;t&#233; pour ne pas p&#233;rir. Il est le d&#233;class&#233; d'une modernit&#233; industrielle qui instrumentalise l'&#234;tre humain. Charlot ne souhaite pas cet isolement, ce d&#233;classement. Son agitation et la na&#239;vet&#233; sentimentale de son regard soulignent combien il est exclu de la soci&#233;t&#233; &#224; cause de cette insoumission inconsciente. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Toutefois, insoumis aux conventions et aux conditions sociales comme aux conditions du r&#233;el objectif et &#224; ses contingences, il demeure en &lt;i&gt;marge&lt;/i&gt;. (&#8230;) N&#233; libre, il reste libre, sans contraintes, mais sans attaches. Il est, il demeure le vagabond sentimental, l'&#233;ternel errant en qu&#234;te d'un paradis perdu ou d'une puret&#233; qu'il ne peut plus retrouver. Son domaine est la route, la grande route droite, infinie, qui monte &#224; l'horizon et sur laquelle, ivre d'un espoir d&#233;sesp&#233;r&#233;, il avance en fl&#226;nant tel un po&#232;te ou marche, redressant la t&#234;te en mani&#232;re de d&#233;fi, comme un homme &#224; la poursuite de son destin.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mitry, Jean, Charlot ou la &#8216;fabulation' chaplinesque, Paris, Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Sans doute l'image de Charlot pesa-t-elle longtemps sur l'errance d'autres clochards &#224; la recherche de cette identit&#233; magnifi&#233;e qui se manifeste d&#232;s 1931 dans un texte de Philippe Soupault qui &#233;labore une biographie imaginaire de Charlot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soupault, Philippe, Charlot, Paris, Plon, collection La grande fable, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais les formes du d&#233;senchantement de la deuxi&#232;me moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle infl&#233;chirent cette tendance de Chaplin qui tenta de sauver le monde en l'ouvrant &#224; une interrogation par le rire et le cin&#233;ma (la fin des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt; est la marque de cet espoir). Le clochard contemporain vient renverser nos constructions id&#233;alisantes et questionner un monde qu'on s'ing&#233;nie &#224; ne plus voir.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Voyageurs du vide&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le trait contemporain de l'errance est une d&#233;mystification et une plong&#233;e dans cette humanit&#233; que nous r&#233;pugnons &#224; voir. La soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui consomme des voyages &#224; la carte. Elle les construit en choisissant une destination et en projetant un retour. Cette programmation de l'espace est, comme l'&#233;tymologie nous l'a sugg&#233;r&#233;, aux antipodes de l'errance. Cette derni&#232;re est n&#233;cessairement dans la perte de ces rep&#232;res. L'absence de finalit&#233;, l'oubli m&#234;me de l'espace est celui de l'errant. Celui qui n'a plus rien d'autre que cette distension n'est pas un voyageur mais un clochard. L'errant est ce trompe-voyage pour qui le temps et l'espace sont d&#233;sinvestis. Induisant une d&#233;possession progressive de soi, l'errance fait du corps l'enjeu de ces pertes. Ce n'est pas seulement l'intimit&#233; qui se d&#233;poss&#232;de dans l'errance, c'est &#233;galement le lien social et le lieu du corps. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'errance est une maladie du lieu&#8230; de tous les lieux, le premier de tous &#233;tant le corps. La figure d'&#338;dipe nous aiderait sans doute &#224; envisager ces enjeux de l'errance tant dans les conditions physiques que psychologiques ou sociales. &lt;i&gt;&#338;dipe &#224; Colonne&lt;/i&gt; de Sophocle est le r&#233;cit de la mort d'&#338;dipe. Chass&#233; de Th&#232;bes, sa vie d'aveugle lamin&#233; par la mal&#233;diction des dieux est vou&#233;e &#224; l'errance. Soutenu par sa fille Antigone, il erre v&#233;ritablement au sens moderne du terme. Rejet&#233; de tous et partout, il est le d&#233;class&#233; parce qu'il est sans lieu. L'identit&#233; repose sur le lieu archa&#239;que qui deviendra le &lt;i&gt;domus&lt;/i&gt; latin. Cette indignit&#233; est fondamentalement celle du lieu. C'est d'abord le corps qui est marqu&#233; par le rejet (les pieds perc&#233;s de sa naissance, les yeux perc&#233;s par sa conscience, la vieillesse et la fatigue de sa condition d'errant). Tous soulignent cette caract&#233;ristique physique du d&#233;labrement. Mais d'Antigone &#224; Th&#233;s&#233;e, c'est son fils Polynice qui brosse le plus cruel portrait :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; H&#233;las !je ne sais sur quoi je dois pleurer d'abord, &#244; mes s&#339;urs : sur mes malheurs, ou sur la d&#233;tresse o&#249; je vois notre pauvre p&#232;re ? Je le retrouve comme une &#233;pave rejet&#233;e avec vous sur ce sol &#233;tranger, v&#234;tu de quelles loques ! dont l'affreuse et sordide v&#233;tust&#233; s'attache &#224; son corps us&#233; par les ans tandis que son front sans regard la brise m&#234;le et agite ses cheveux&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sophocle, &#338;dipe &#224; Colonne, traduction de Robert Pignarre, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Mais c'est surtout une question de lieu qui agite cette pi&#232;ce grecque. &#338;dipe est &#224; la recherche d'une s&#233;pulture. Son errance doit trouve un terme dans un lieu qui lui soit propre et secr&#232;te pour accueillir sa mort. D&#232;s lors que l'errance prend fin, la question de l'inscription du corps dans la soci&#233;t&#233; resurgit dans sa dimension conflictuelle. Il faut ici localiser le corps dans sa mort par sa s&#233;pulture. &#338;dipe ne meurt pas errant. En trouvant un lieu o&#249; mourir, il r&#233;voque cette d&#233;perdition.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le clochard contemporain est l'errant intime de la structure sociale. Si l'on parcourt les &#339;uvres contemporains et certains aspects de la pens&#233;e qui interrogent ce statut du clochard, on ne peut qu'&#234;tre frapp&#233; de voir la tension qui s'instaure dans cette appr&#233;hension du r&#233;el. Moins la d&#233;r&#233;alisation passe par une symbolique id&#233;alisante ou existentielle, plus le travail des artistes ou des intellectuels rend compte de cette &#226;pret&#233; de l'univers du clochard. Cette errance semble contraindre &#224; sortir d'une forme d'un go&#251;t et d'un beau d&#233;sint&#233;ress&#233;, non pas parce que s'y formerait un d&#233;go&#251;t (quoique) mais surtout parce que ces exp&#233;riences de l'art ou de la pens&#233;e engagent un dialogue riche et violent avec la soci&#233;t&#233;. C'est cette mise &#224; nue de la modernit&#233; qui s'engage dans ces questionnements. Car l'errance n'appartient pas &#224; la domination de l'espace. Comme pour le couple attach&#233; de &lt;i&gt;Dolls&lt;/i&gt; (Kitano, 2003), la marche et le mouvement sont sans d&#233;couverte ni conqu&#234;te. Le processus d'int&#233;riorisation qui est celui de l'errant &#233;labore son propre an&#233;antissement. Aussi l'errance n'est-elle pas dans le mouvement car elle ne s'inscrit pas dans une mobilit&#233; qui construit l'espace. Le d&#233;placement est ici un &#233;garement, autre mani&#232;re de d&#233;signer l'&lt;i&gt;errare&lt;/i&gt;. Car il y a une d&#233;fonctionnalisation de l'espace et de la mobilit&#233; puisque la structure d'ad&#233;quation d'un point de d&#233;part &#224; un point d'arriv&#233;e vole en &#233;clat. Le clochard est cet &#233;clat bris&#233; d'humanit&#233; dont l'absence d'orientation et de sens conduisent &#224; une forme de giration qui renverse tout but. L'extr&#234;me giration est dans ce tremblement r&#233;sum&#233; par l'absence de tout mouvement. L'immobilit&#233; est le d&#233;nuement du mouvement qui construit une mise en miette de l'&#234;tre. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Patrick Declerck, dans son terrible et indispensable essai, &lt;i&gt;Les naufrag&#233;s&lt;/i&gt;, engage ainsi sa r&#233;flexion sur les clochards :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Grands voyageurs du vide, ils errent loin des pesantes r&#233;alit&#233;s du monde. Funambules pitoyables. Mais glorieux parce que sans retour.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Declerck, Patrick, Les naufrag&#233;s, Avec les clochards de Paris, Paris, Plon, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; C'est sans doute &#224; partir de son analyse et de son t&#233;moignage sur cette mise en miette des existences par le d&#233;nuement de l'errance qui casse la pens&#233;e, les mots et les corps que l'on peut retrouver certaines &#339;uvres du cin&#233;ma ou de la litt&#233;rature. Certains artistes comme Beckett, Varda, Schatzberg semblent avoir touch&#233; ces aspects d&#233;velopp&#233;s par Declerck. En voulant montrer la sp&#233;cificit&#233; du clochard, Declerck d&#233;nonce les visions univoques de psychiatrie ou de la sociologie. En proposant une analyse qui accepte le caract&#232;re multifactoriel des causes de clochardisation, tout en acceptant la possible surd&#233;termination d'un facteur sur les autres, l'auteur des &lt;i&gt;Naufrag&#233;s&lt;/i&gt; veut rendre aux clochards leur terrible et complexe identit&#233;. S'il parle de &#8216;fou de l'exclusion'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, page 289.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est pour envisager le possible projet (inconscient) du sujet sans pour autant absoudre la responsabilit&#233; de la soci&#233;t&#233;. L'enqu&#234;te cin&#233;matographique qui structure le film d'Agn&#232;s Varda &lt;i&gt;Sans toit ni loi&lt;/i&gt; (1985) se rapproche &#233;tonnement de l'esprit du livre. Elabor&#233; comme une enqu&#234;te, le film de Varda retrace les derniers jours d'une condamn&#233;e. Commen&#231;ant par la d&#233;couverte du corps de cette clocharde, le film se construit comme une tentative de compr&#233;hension du parcours et des rencontres de cette jeune femme, morte en hiver, dans un foss&#233;, au bord des vignes du sud de la France. Chaque rencontre interrog&#233;e est l'occasion de saisir non seulement la vie de cette vagabonde et de ces &#233;tapes de clochardisation, mais surtout de percevoir, au c&#339;ur m&#234;me de ce processus, le travail soci&#233;tal de l'exclusion. Le pain est dur, la solitude &#233;crasante, le froid mortel, les chaussures sont &#224; r&#233;parer ; les personnes crois&#233;es sont tour &#224; tour indulgentes, accusatrices ou m&#233;fiantes ; le corps est chosifi&#233;, abus&#233;, alcoolis&#233; et crasseux. Car, comme le souligne Declerck,&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Dans les cas les plus graves, la d&#233;sertification du sujet exil&#233; au c&#339;ur de lui-m&#234;me, coup&#233; du sens de son pass&#233;, et sans avenir, s'accompagne souvent chosification du corps.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, page 306.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le film de Varda faisait d&#233;j&#224; percevoir le caract&#232;re irr&#233;versible de la d&#233;socialisation du clochard. D&#233;butant par la d&#233;couverte du corps sans s&#233;pulture, Varda montre le v&#233;ritable aboutissement de l'errance et renvoie le corps &#224; son statut de d&#233;chet, interrogeant la soci&#233;t&#233; dans son silence d&#233;fait. De plus la construction du film, nous montre que cette errance est faite d'allers et de retours dans un espace restreint o&#249; les personnes se croisent sans se voir et se recroisent en se rencontrant, ou non. En cela le mouvement, s'inscrit dans une giration f&#233;brile qui ne va finalement nulle part sinon dans l'absence de tout mouvement. Lorsque le film se termine, on voit la jeune clocharde interpr&#233;t&#233;e par Sandrine Bonnaire tomber pour ne plus se relever, &#224; la fois consciente et inconsciente de cette immobilit&#233;. Le film lui-m&#234;me ne donne aucune r&#233;ponse puisque le fondu au noir qui l'ach&#232;ve laisse l'agonie hors-film, non pas par pudeur mais parce qu'il est impossible de r&#233;pondre par l'enqu&#234;te &#224; ces instants et surtout parce que toute la construction cin&#233;matographique l'a interrog&#233;e. En cela, Varda combat toute tentation id&#233;alisante ou moralisatrice. Elle inscrit son &#339;uvre dans ces miettes sans en faire une le&#231;on. Sa construction fragmentaire ne propose aucune r&#233;conciliation du sujet avec le spectateur mais ouvre une interrogation fond&#233;e sur une incertitude. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Personne ne r&#233;clamant le corps, il passa du foss&#233; &#224; la fosse commune. Cette morte de mort naturelle ne laissait pas de trace. Je me demandais qui pensait encore &#224; elle parmi ceux qui l'avaient connue petite. Mais les gens qu'elle avait rencontr&#233;s r&#233;cemment se souvenaient d'elle. Ces t&#233;moins m'ont permis de raconter les derni&#232;res semaines de son dernier hiver. Elle les avait impressionn&#233;s. Ils parlaient d'elle sans savoir qu'elle &#233;tait morte. Je n'ai pas cru bon de leur dire ni qu'elle s'appelait Mona Bergeron. Moi-m&#234;me je sais peu de choses d'elle mais il semble qu'elle venait de la mer.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; C'est en voix off que l'on entend ce propos de la voix m&#234;me d'Agn&#232;s Varda alors qu'&#224; l'image on voit une plage puis, au loin une silhouette de femme sortir nue de l'eau. Outre le raccord saisissant entre le corps mort dans le foss&#233; et la vitalit&#233; de cette personne, il faut noter l'infini pudeur du plan. L'&#233;vocation cin&#233;matographique de la morte engendre cette apparition fantomatique. Sans doute est-ce l&#224; la raison de cette modalisation qui termine cette introduction. &#171; [Il] semble qu'elle venait de la mer &#187; interroge plus qu'elle ne fournit un cadre assur&#233;. En insistant sur la difficile localisation du corps par l'absence de plan rapproch&#233; ou de gros plan, Varda pose cette probl&#233;matique de l'errance. Elle n'abandonne jamais son sujet et reste concentr&#233;e sur son personnage dans son errance, sa d&#233;rive et sa mort. De nombreuses questions restent sans r&#233;ponse tant le morcellement rend impossible toute forme de r&#233;ponse totalisante. En effet, l'indigence conduit progressivement &#224; la confusion mentale, rendant tout r&#233;cit de clochard difficilement cernable dans son ensemble. Ce sympt&#244;me de d&#233;r&#233;alisation analys&#233; par Declerck jusque dans ses impacts sur les cha&#238;nes causales, est construit dans le film par ces travers&#233;es de personnages et ses longues s&#233;quences qui n'analysent ni ne jugent le parcours de Mona mais tentent d'en dire des fragments de sa v&#233;rit&#233;. L&#224; est son authenticit&#233; et sa r&#233;ussite cin&#233;matographique. Varda ne donne pas une vision mais offre des possibles. Elle ne r&#233;duit pas non plus ce regard &#224; une th&#233;&#226;tralit&#233; kal&#233;idoscopique mais questionne autant le personnage traversant un environnement que cet environnement travers&#233;e par elle. Elle va bien dans le sens de ce d&#233;sert qui s'organise, de cette solitude qui s'impose sous le regard de la soci&#233;t&#233; en montrant qu'il n'y pas de solution. Ni les rencontres, ni les toits, ni le travail n'y feront rien. Derri&#232;re l'apparente revendication se creuse sourdement le d&#233;sastre int&#233;rieur de Mona qu'aucun personnage ne peut saisir. Ce que tente le film, ce n'est pas d'affirmer une mise en commun totalisante de ces fragments, c'est d'exprimer cette errance dans cette interrogation qui se d&#233;couvre sans r&#233;ponse. Car comme le souligne Declerck, Il y a &#171; une manifestation &lt;i&gt;infinie&lt;/i&gt;, d'un d&#233;sir inconscient du sujet qui recherche et organise le pire. (&#8230;) Il s'agit de rendre tout projet impossible. Le sujet n'y organise rien moins que sa propre d&#233;sertification. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, page 294.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On serait tent&#233; de retrouver ce m&#234;me sentiment de d&#233;sertification dans les derni&#232;res photographies de Jeff Wall.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le caract&#232;re authentique de ce film tient &#224; cette volont&#233; d'exprimer l'individuel et le singulier en dialectisant l'intime et le social. En ne cherchant pas &#224; r&#233;concilier cet &#233;tat de la perturbation de l'errance par une image quelconque de lib&#233;ration, d'id&#233;alisation mani&#233;riste, Varda ne r&#233;sout aucune contradiction inh&#233;rente au personnage et &#224; la soci&#233;t&#233;. Elle les exprime sans renoncer &#224; l'exercice critique de l'expression cin&#233;matographique. En ce sens, Varda est li&#233;e &#224; la dimension du tragique dans laquelle l'individu (&#338;dipe par exemple) rejoint la dimension collective et se d&#233;gage de toute tentation illustrative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Une &#233;poque formidable de G&#233;rard Jugnot (1991).&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou de toute vell&#233;it&#233; de r&#233;gulation normalisatrice ou moralisatrice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir La vie r&#234;v&#233;e des anges de Eric Zonca (1998).&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;L'espace d'un corps&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; En 1973, Jerry Schatzberg interrogeait d&#233;j&#224; cette dimension de l'errance sans la r&#233;duire au paradigme du &lt;i&gt;road movie&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;The Scarecrow&lt;/i&gt; (L'&#233;pouvantail, 1973) est le portrait sans concession d'une Am&#233;rique qui brise ses d&#233;sh&#233;rit&#233;s, de structures sociales et id&#233;ologiques qui sacrifient l'innocence. Deux personnages se rencontrent au bord d'une route d&#233;serte, Max (Gene Hackman) et Lion (Al Pacino). La qu&#234;te illusoire de ces deux personnages sera syst&#233;matiquement d&#233;truite. C'est parce la qu&#234;te sera infl&#233;chi par l'errance que les personnages seront balay&#233;s. Max n'acc&#232;dera pas au r&#234;ve am&#233;ricain de la libre entreprise et de la r&#233;ussite sociale. Lion sera &#233;cras&#233; par son innocence et par le poids culpabilisant de la religion. Car ce film interroge ce qu'ailleurs Declerck d&#233;montre. La clochardisation n'est pas seulement une d&#233;termination sociale mais aussi un enjeu psychologique de l'exclusion de soi. C'est cette dynamique tragique de la pathologie du lien et de la maladie du lieu que Schatzberg explore. Si son cin&#233;ma est plus clairement militant, &lt;i&gt;The Scarecrow&lt;/i&gt; touche cette distinction entre l'errance li&#233;e &#224; la seule exclusion sociale et l'errance entendue comme syndrome radical de d&#233;socialisation. La s&#233;quence dans le grand magasin est &#224; ce titre caract&#233;ristique de cette id&#233;e d'un mouvement sans finalit&#233; dans lequel le corps se perd et s'&#233;puise. Max, d&#233;cidant de voler un article pour l'offrir &#224; sa s&#339;ur, demande &#224; Lion de se faire diversion en attirant l'attention sur lui. Sa seule ressource est ce corps d&#233;plac&#233;, ce corps qui ne trouve plus de place dans la soci&#233;t&#233;. Lion se met alors &#224; courir dans tous les sens, dans ce d&#233;sordre propre &#224; l'errance. Courant dans toutes les directions &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur du magasin, Lion exprime ce d&#233;sarroi inconscient de l'errance. La perte d'ad&#233;quation avec l'espace social conduit &#224; cette s&#233;quence, d'une dr&#244;lerie incisive et pourtant travers&#233;e par une dimension tragique. On voit dans ce passage du film tout l'&#233;garement de ce personnage domin&#233; par l'espace physique et l'espace social. Son errance intime envahit dans cette s&#233;quence l'espace ext&#233;rieur. Il sera bient&#244;t bris&#233; par ses propres tentatives de constructions sociales. Cherchant &#224; retrouver l'enfant qu'il a abandonn&#233;, il sera an&#233;anti par le mensonge de la m&#232;re. Foudroy&#233; &#224; l'id&#233;e d'avoir perdu son enfant, mort avant d'&#234;tre baptis&#233;, le tr&#232;s catholique Lion ne supporte pas cette fausse r&#233;v&#233;lation qui condamnerait l'enfant aux limbes. A la fin du film, il est inconscient et sangl&#233; dans un h&#244;pital psychiatrique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;ponse institutionnelle est clairement r&#233;pressive. En ce sens, elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; malgr&#233; la r&#233;volte de Max qui doit le laisser et retourner &#224; sa propre errance. Au bout de ce voyage qui perd progressivement toute finalit&#233;, il y a le d&#233;sert immobile de Lion et l'errance solitaire de Max dont on sait d&#232;s la premi&#232;re s&#233;quence qu'elle est irr&#233;m&#233;diable (l'&#234;tre pris dans les barbel&#233;s, l'entrave sociale dans l'espace m&#234;me d'une pseudo-libert&#233; revendiqu&#233;e mais subie). Le temps du film est celui d'une rencontre qui n'inverse pas le processus g&#233;n&#233;ral. Elle le ralentit un temps mais ne contrarie pas cette radicale exclusion de soi et finalement de toute forme de lien. Car, comme le rappelle Declerck, &#171; [l]a grande d&#233;socialisation est, avant tout, une pathologie du lien. Du lien &#224; soi-m&#234;me, comme du lien aux autres et au monde. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, page 365.&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Des errances du langage&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Voyager suppose une distance &#224; parcourir. Or l'errance est la disparition de toute distance car elle ne s'inscrit dans aucune finalit&#233;. Il n'y a aucun point de chute car il n'y a pas de point, il n'y a rien &#224; d&#233;passer. L'errance d'Ulysse n'est qu'un &#233;pisode de son voyage. Elle s'inscrit pleinement dans la forme conventionnelle du r&#233;cit au sens o&#249; Blanchot l'envisage.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le r&#233;cit n'est pas la relation de l'&#233;v&#233;nement, mais cet &#233;v&#233;nement m&#234;me, l'approche de cet &#233;v&#233;nement, le lieu o&#249; celui-ci est appel&#233; &#224; se produire, &#233;v&#233;nement encore &#224; venir et par la puissance attirante duquel le r&#233;cit peut esp&#233;rer, lui aussi se r&#233;aliser.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Blanchot, Maurice, Le livre &#224; venir, Paris, Gallimard, Folio Essai, 1986, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Or l'errance n'est plus dans l'&#233;v&#233;nement ou la relation. Elle en dit l'impossibilit&#233;, elle en trace l'&#233;cueil. La construction de &lt;i&gt;Sans toit ni loi&lt;/i&gt; le r&#233;v&#232;le alors que &lt;i&gt;The Scarecrow&lt;/i&gt; d&#233;noue les possibilit&#233;s symbolique d'une identit&#233; am&#233;ricaine brouill&#233;e avec elle-m&#234;me dans les ann&#233;es soixante. L'errance est plut&#244;t cet &#171; espace d'un instant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beckett, Samuel, Molloy, Paris, Les &#233;ditions de minuit, 1999, page 82. (1951 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dont parle Beckett, espaces et instants r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; l'infini jusqu'&#224; l'indiscernable. Molloy (mais aussi de nombreux autrees personnages de Beckett&#8230; et surtout son &#233;criture) traverse cette probl&#233;matique de l'errance. Molloy, &#233;crivant dans l'immobilit&#233; de la chambre maternelle &#233;crit l'errance pass&#233;e tout en identifiant par l'&#233;criture cette r&#233;versibilit&#233; errante dans l'absence de tout mouvement. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; [S]i les r&#233;gions se fondent insensiblement les unes dans les autres, ce qui reste &#224; prouver, il est possible que je sois maintes fois sorti de la mienne, en croyant y &#234;tre toujours. Mais je pr&#233;f&#233;rerais m'en tenir &#224; ma simple croyance, celle qui me disait, Molloy, ta r&#233;gion est d'une grande &#233;tendue, tu n'en es jamais sorti et tu n'en sortiras jamais. Et o&#249; que tu erres, entre ses lointaines limites, ce sera toujours la m&#234;me chose, tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment. Ce qui donnerait &#224; croire que mes d&#233;placements ne devraient rien aux endroits qu'ils faisaient dispara&#238;tre, mais qu'ils dus &#224; autre chose, &#224; la roue voil&#233;e qui me portait, par d'impr&#233;visibles saccades, de fatigue en repos, et inversement, par exemple.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, page 88.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La d&#233;sorientation syntaxique rend compte de cette clivation de Molloy et de la d&#233;structuration spatiale qui l'habite. Evoquer cette errance, c'est dire non pas une impossibilit&#233; mais une d&#233;route et un &#233;garement qui traduit tout retour sur soi par une exclusion de soi. C'est pourquoi cette exclusion qu'est l'errance d&#233;route le temps et l'espace de leur vocation cat&#233;gorielle. &#171; L'espace d'un instant &#187; dit quelque chose de cette condition &#233;crasante de l'errance et de la clochardisation. L'expression &#233;voque ce paradoxe d'un mouvement fix&#233; dans un temps infix&#233;. Rien n'habite l'errance et tout s'y &#233;puise dans un mouvement &#233;vid&#233;. Reste cette g&#233;ographie int&#233;rieure &#233;miett&#233;e et cette parole d&#233;poss&#233;d&#233;e que Vladimir et Estragon expriment parfaitement dans les r&#233;pliques finales de &lt;i&gt;En attendant Godot&lt;/i&gt;. Vladimir questionne : &#171; Alors, on y va ? &#187; ; Estragon r&#233;pond &#171; Allons-y. &#187;. Mais la didascalie finale pr&#233;cise qu' &#171; [ils] ne bougent pas. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beckett, Samuel, En attendant Godot, Paris, Les &#233;ditions de minuit, 1985, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'errance est l&#224;, coinc&#233;e entre un mouvement qui serait n&#233;cessaire et son impossibilit&#233; car d&#233;nu&#233; de toute finalit&#233; et de toute vitalit&#233;. C'est en ces termes qu'il faut lire l'&#233;vocation des rel&#233;gu&#233;s de la soci&#233;t&#233; dans &lt;i&gt;La Cl&#244;ture&lt;/i&gt; de Jean Rolin. Le mouvement impossible est entier dans cette caravane coinc&#233;e dans les piliers creux du p&#233;riph&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rolin, Jean, La Cl&#244;ture, Paris, P.O.L, 2002, pages 66 et suivantes.&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'id&#233;e du voyage itin&#233;rant (&lt;i&gt;itinerare&lt;/i&gt;) est enti&#232;rement balay&#233; par cette errance immobilis&#233;e de ceux qui sont d&#233;sormais mis au banc du lieu. Le pilier du p&#233;riph&#233;rique soutient le mouvement des autres et enferme l'errance dans un terrible paradoxe, l'assignation &#224; non r&#233;sidence. En &#233;voquant la r&#233;alit&#233; sociale des proscrits contemporains le narrateur de &lt;i&gt;La Cl&#244;ture&lt;/i&gt; tisse les liens critiques de l'&#339;uvre dans son environnement social tout comme Thomas Hirschhorn questionne ce r&#233;el dans ces installations de cartons et de scotchs (notamment cette installation-habitation pr&#232;s d'un pilier du m&#233;tro a&#233;rien de la station Stalingrad &#224; Paris).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; L'errance du clochard semble donc mettre en valeur une dimension politique dans l'exp&#233;rience esth&#233;tique. Si la d&#233;socialisation demeure un enjeu de soci&#233;t&#233; essentiel, l'&#339;uvre d'art nous permet de saisir (de prendre conscience&#8230;) l'impossibilit&#233; d'une r&#233;ponse g&#233;n&#233;rale et globale sur cette question. Ce que l'art nous apprend dans son acte de pens&#233;e, c'est de contrarier les &#233;vidences. Ce que Varda, Beckett ou Rolin nous font comprendre en refusant la logique de la normalit&#233;, c'est la r&#233;alit&#233; propre &#224; l'errance du clochard, telle que Declerck l'analyse. L'exploration de ces &#339;uvres n'est pas une r&#233;ponse. Seulement elles luttent contre la fatalit&#233; du pr&#233;sent qui fixe le clochard dans une situation, cristallis&#233;e dans des lois contemporaines fran&#231;aises qui repoussent plus encore l'errance en dehors des cl&#244;tures de la cit&#233; et qui fragilisent surtout cette humanit&#233; en miettes. C'est pourquoi la maladie du lieu n'appartient pas &#224; une logique de la transgression mais &#224; une interrogation profonde de la soci&#233;t&#233; sur elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Un pauvre passait dans le givre et le vent.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait le vieux qui vit dans une niche au bas&lt;br class='autobr' /&gt;
De la mont&#233;, et r&#234;ve, attendant, solitaire,&lt;br class='autobr' /&gt;
Un rayon du ciel triste, un liard de la terre,&lt;br class='autobr' /&gt;
Tendant les mains pour l'homme et les joignant pour Dieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Son manteau, tout mang&#233; des vers, et jadis bleu,&lt;br class='autobr' /&gt;
Etal&#233; largement sur la chaude fournaise,&lt;br class='autobr' /&gt;
Piqu&#233; de mille trous par la lueur de braise,&lt;br class='autobr' /&gt;
Couvrait l'&#226;tre, et semblait un ciel noir &#233;toil&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Je songeais que cet homme &#233;tait plein de pri&#232;res,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je regardais, sourd &#224; ce que nous disions,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa bure o&#249; je voyais des constellations. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Hugo, Victor, &lt;i&gt;Les Contemplations&lt;/i&gt;, &#8216;Le mendiant', Paris, Po&#233;sie/Gallimard, 1985, page 262-263.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mitry, Jean, &lt;i&gt;Charlot ou la &#8216;fabulation' chaplinesque&lt;/i&gt;, Paris, Editions Universitaires, 1957, page 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soupault, Philippe, &lt;i&gt;Charlot&lt;/i&gt;, Paris, Plon, collection La grande fable, chroniques des personnages imaginaires, 1931.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sophocle, &lt;i&gt;&#338;dipe &#224; Colonne&lt;/i&gt;, traduction de Robert Pignarre, Paris, GF-Flammarion, 1964, page 295.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Declerck, Patrick, &lt;i&gt;Les naufrag&#233;s, Avec les clochards de Paris&lt;/i&gt;, Paris, Plon, 2001, pages 15-6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, page 289.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, page 306.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, page 294.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Une &#233;poque formidable&lt;/i&gt; de G&#233;rard Jugnot (1991).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;La vie r&#234;v&#233;e des anges&lt;/i&gt; de Eric Zonca (1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;ponse institutionnelle est clairement r&#233;pressive. En ce sens, elle rejoint le constat et la critique de Declerck qui voit les dangers d'un imaginaire transgressif et libertaire du clochard tout en critiquant la tentation normalisatrice des discours et des actions sociologiques, psychiatriques ou politiques qui instrumentalisent les enjeux en les morcelant ; d'o&#249; une image du clochard entre s&#233;duction et danger &#171; dont se prot&#232;ge l'ordre social, en condamnant les clochards, comme les autres marginaux &#224; une souffrance minimale, mais structurelle. Supportable, mais visible. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ibidem, page 347.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, page 365.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Blanchot, Maurice, &lt;i&gt;Le livre &#224; venir&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, Folio Essai, 1986, page 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Beckett, Samuel, &lt;i&gt;Molloy&lt;/i&gt;, Paris, Les &#233;ditions de minuit, 1999, page 82. (1951 pour la premi&#232;re parution)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, page 88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Beckett, Samuel, &lt;i&gt;En attendant Godot&lt;/i&gt;, Paris, Les &#233;ditions de minuit, 1985, page 134. (cr&#233;ation 1953)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rolin, Jean, &lt;i&gt;La Cl&#244;ture&lt;/i&gt;, Paris, P.O.L, 2002, pages 66 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Eloge de la couleur en sa part d'ombre (Nishikawa).</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article34</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article34</guid>
		<dc:date>2008-11-28T22:07:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Nishikawa</dc:subject>
		<dc:subject>Art contemporain</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Art Pr&#233;sence, num&#233;ro 46, avril-mai-juin 2003&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;2003&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot11" rel="tag"&gt;Nishikawa&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;Art contemporain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nouvelle collaboration avec la revue Art pr&#233;sence autour d'une exposition du peintre Nishikawa.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_866 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L360xH480/img_9355_-_copie-22f9d.jpg?1750482741' width='360' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&#171; Je ne peins pas l'&#234;tre. Je peins le passage. &#187;&lt;br/&gt;
Montaigne (Essais, III, 2)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;#####
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_58 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L150xH250/Nish_5-14cf3.jpg?1750482741' width='150' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_document_59 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L150xH250/Nish_1-51c91.jpg?1750482741' width='150' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La couleur est une part d'ombre que l'on ignore ; la lumi&#232;re, une mati&#232;re faite de temps. L'artiste contemporain Nishikawa interroge la lumi&#232;re dans sa couleur et l'espace qu'elle occupe dans le temps de son exp&#233;rience. L'attente et les changements n'appartiennent pas seulement aux &#339;uvres ou au regard mais &#224; la variation de la lumi&#232;re traversant l'espace et les &#339;uvres. &lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;c&#233;dente exposition de Nishikawa en France s'intitulait &lt;i&gt;Color as shadow as color&lt;/i&gt; (2001) et pr&#233;sentait des &#339;uvres con&#231;ues &#224; partir de plaques rectangulaires de plexiglas color&#233; et translucide. Chaque &#339;uvre &#233;tait constitu&#233;e de plusieurs plaques de diff&#233;rentes couleurs enferm&#233;es dans un caisson. Les c&#244;t&#233;s de chaque pi&#232;ce ne permettaient pas de percevoir le travail qui s'op&#233;rait entre les diff&#233;rentes plaques. L'espace de l'&#339;uvre s'articulait sur l'interaction interne des tonalit&#233;s de couleurs, laissant appara&#238;tre une mati&#232;re de couleur unique dans son dialogue avec la lumi&#232;re. &lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exposition intitul&#233;e &lt;i&gt;Ombra della luce&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ombra della luce, Galerie Philippe Casini, Paris, du 11 janvier au 8 mars 2003.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; poursuit l'exploration engag&#233;e par &lt;i&gt;Color as shadow as color&lt;/i&gt;, mais ouvre l'interrogation &#224; cette part d'ombre enferm&#233;e dans l'exposition pr&#233;c&#233;dente.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Color as shadow as color&lt;/i&gt;&#8230; &lt;i&gt;Ombra della luce&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#339;uvres ont &#233;volu&#233;. Alors qu'elles se constituaient dans l'exposition pr&#233;c&#233;dente en quasi monades, elle apparaissent ici dans une construction plus complexe o&#249; les formes d&#233;sormais ouvertes interagissent ensemble avec la lumi&#232;re dans l'espace de la galerie. Les pi&#232;ces, plus petites, ont envahi l'espace de la galerie dans une dynamique aussi pr&#233;cise que pens&#233;e par l'artiste. L'espace entre chaque pi&#232;ce est mesur&#233; au millim&#232;tre, formant une constante dans laquelle les tensions des couleurs seront plus mobiles. Car il ne s'agit pas d'une d&#233;composition du spectre des couleurs mais bien d'un dialogue, d'une concomitance de couleurs. Ce dialogue s'engage aussi bien dans une proximit&#233; d'oranges que dans leur renvoi dans un lointain de l'espace de la galerie. Les variations, les nuances, leurs d&#233;placements et leurs oppositions, produisent ce dialogue dans les anfractuosit&#233;s du temps et de la couleur.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Ombra della luce&lt;/i&gt;, Nishikawa ouvre les plaques de plexiglas &#224; la visibilit&#233; de la lumi&#232;re et du regard. Ce qui &#233;tait enferm&#233; dans le secret de &lt;i&gt;Color as shadow as color&lt;/i&gt;, appara&#238;t ici non pas comme une r&#233;v&#233;lation de ce qui pr&#233;c&#233;dait mais comme la poursuite d'une interrogation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes au-del&#224; d'une dialectique du devant et du dedans puisque Nishikawa engage son travail dans l'interrogation de l'interstice de cette dialectique. En &#233;laborant une &#339;uvre qui interroge le passage dans son articulation, il op&#232;re une r&#233;versibilit&#233; par l'extension de la couleur dans le temps et l'espace. On ne peut envisager ces pi&#232;ces comme une confrontation du regard devant une &#339;uvre ou comme la totale implication du spectateur dans l'espace devenu &#339;uvre comme dans le Land Art ou certaines &#339;uvres minimalistes. La proposition est au milieu de cela car il s'agit bien de saisir le processus de transformation conjoint de l'espace et de l'&#339;uvre par sa travers&#233;e de la lumi&#232;re (et sa condition d'ombre) et du regard.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans retourner comme Georges Didi-Huberman dans une ph&#233;nom&#233;nologie de la perception, il faut tout de m&#234;me faire sienne l'invitation &#224; &#171; penser le lien visuel par-del&#224; les formes visibles qui circonscrivent sa spatialit&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman, L'homme qui marchait dans la couleur, Paris, Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Il ne faut pas chercher ce lien dans une id&#233;ologie naturaliste de la perception mais dans l'exp&#233;rience esth&#233;tique elle-m&#234;me, une exp&#233;rience engag&#233;e dans le mat&#233;riau de l'artiste. Il n'est pas question ici d'une surface du monde qui d&#233;mat&#233;rialiserait l'exp&#233;rience en formant une sublimation qui articule toujours un refoulement de la mati&#232;re. C'est cette anamn&#232;se qui engage l'&#339;uvre dans un monde de symbole qui vole en le d&#233;sincarnant ce &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt;, cette mati&#232;re travaill&#233;e par l'artiste. Ce mat&#233;riau est la construction d'une dur&#233;e plastique dans l'espace et la forme, la forme ne pouvant &#234;tre distingu&#233;e de la mati&#232;re comme la m&#233;taphysique nous l'avait appris. &lt;br/&gt;
Il ne s'agit pas avec Nishikawa de d&#233;terminer l'espace, ni de lui assigner une r&#233;sidence. Ceci signifierait que la couleur, l'ombre et la lumi&#232;re seraient soumises, subsum&#233;es &#224; une d&#233;termination. Victor I. Stochita&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor I. Stoichita, Br&#232;ve histoire de l'ombre, Gen&#232;ve, Droz, 2000.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous rappelle &#224; juste titre que l'ombre est pour Pline la forme ontologique de la peinture et qu'elle est pour Platon image de l'origine de la connaissance dans son mythe de la caverne. &lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, rejoignant Montaigne, Nishikawa n'explore pas l'&#234;tre, mais &#233;labore une ouverture sur le possible de l'exp&#233;rience esth&#233;tique. Ce qui vibre dans l'&#233;change spatial de la couleur, c'est le temps que Montaigne d&#233;signe par &lt;i&gt;passage&lt;/i&gt;. En refusant l'intransitivit&#233; li&#233;e &#224; l'identit&#233;, Nishikawa d&#233;borde une effectivit&#233; (r&#233;elle ou id&#233;ale) pour ouvrir une dissonance dans la lumi&#232;re et la couleur et pour travailler l'espace d'un &#233;cart&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; [La pens&#233;e] n'est pas moins en mouvement dans l'&#233;cart qu'elle sauvegarde. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement structurel de l'&#339;uvre lui est immanent. Ce n'est pas l'exp&#233;rience du regard qui d&#233;termine l'&#339;uvre mais l'exp&#233;rience de l'&#339;uvre qui ouvre le regard &#224; l'incertitude de sa position et de son assurance. L'organisation du mat&#233;riau ouvre &#224; ce qui trouble et rend incertain. Car Nishikaka &#233;labore cette recherche &#224; partir d'un mat&#233;riau industriel. Il organise un d&#233;placement des hi&#233;rarchies. Il d&#233;fait la forme, travaille le sens par la divergence et ne conforme pas le mat&#233;riau &#224; sa r&#233;ification. Au contraire, il &#233;labore au sein m&#234;me de son mat&#233;riau, &#224; l'apparente neutralit&#233; industrielle, un dialogue qui contrarie le mod&#232;le. C'est l'implication de Nishikawa (les plaques reli&#233;es par un fil de fer) qui construit cette ouverture et porte les tensions de la couleur. Elles tiennent &#224; si peu de choses.&lt;br/&gt;
Il n'est pas possible d'op&#233;rer une quelconque synth&#232;se ni de penser une r&#233;conciliation car les &#339;uvres ouvrent une demande et une exp&#233;rience : l'attente et le regard, le temps et l'exp&#233;rience. C'est dans ce passage, n&#233;cessairement tourment&#233;, fondamentalement incertain et fragile, que l'on peut &#171; habiter l'abstraction &#187; comme le dit Jean-Louis Schefer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Louis Schefer, Figures Peintes, Pairs, P.O.L, 1998, page 424.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le montage des plaques de plexiglas suspendues au regard et &#224; la lumi&#232;re, leur foisonnement dans l'espace de la galerie produisent cette habitation qui ne saurait se r&#233;duire &#224; une atmosph&#232;re, une suite d'impressions fugaces qui envelopperaient le regard. Il s'agit au contraire d'un &#233;garement du regard.&lt;br/&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_60 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L250xH150/Nish_3-93177.jpg?1750482741' width='250' height='150' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience dans le rythme des couleurs, leurs variations et leurs ruptures, est celle d'une intimit&#233; de la lumi&#232;re, une lumi&#232;re faite d'ombre dans le passage des surfaces. C'est ce passage qui creuse la pigmentation de la lumi&#232;re et transforme le lieu en espace propre. En absorbant le lieu dans la couleur, Nishikawa transforme l'espace social et culturel de la galerie en espace propre &#224; l'articulation esth&#233;tique de la lumi&#232;re.&lt;br/&gt; C'est pourquoi le travail op&#233;r&#233; par la double circulation des plaques et de la lumi&#232;re &#224; l'int&#233;rieur des premi&#232;res &#339;uvres (&lt;i&gt;Color as shadow as color&lt;/i&gt;) envahit dans &lt;i&gt;Ombra della luce&lt;/i&gt; tout l'espace de la galerie. L'enjeu technique consistant cette fois-ci &#224; ouvrir &#224; la visibilit&#233; les diff&#233;rentes tonalit&#233;s des plaques a pour cons&#233;quence d'aspirer le lieu dans l'espace esth&#233;tique de l'&#339;uvre. Nous ne sommes ni dans un bricolage, ni mais une spectacularisation mais dans l'exploration tr&#232;s pr&#233;cise et minutieuse de la surface de la couleur. Elle nous rappelle alors la profondeur qu'elle ne cache pas : l'&#233;change chromatique s'op&#232;re dans la travers&#233;e de la lumi&#232;re. Nishikawa ne reproduit pas cette exp&#233;rience, il la produit constamment. Il ne la repr&#233;sente pas, il la pr&#233;sente au regard.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heisenberg, grand physicien de la premi&#232;re moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle, pensait qu'il &#233;tait impossible d'observer les ph&#233;nom&#232;nes atomiques sans, durant l'observation, modifier le processus. &lt;br/&gt;
Ce qui se pense dans l'exp&#233;rience troublante de lumi&#232;re avec les &#339;uvres de Nishikawa se rapproche du principe d'ind&#233;termination heisenbergien. L'incertitude de toute assignation de l'espace et de la lumi&#232;re ouvre &#224; cette ombra, principe d'&#233;cho et variation m&#233;lodique de la couleur. C'est cette incertitude que nous nommions pr&#233;c&#233;demment passage qui offre au d&#233;placement et une d&#233;configuration du regard. Le d&#233;cadrage du regard dans la surface donne &#224; voir et &#224; penser la pr&#233;sence et la visibilit&#233; d'une couleur dans les plis de son ombre.&lt;br/&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience esth&#233;tique renverse les fonctions pratiques de la perception par l'attente qu'elle provoque. Sans doute est-ce l&#224; une exp&#233;rience proprement esth&#233;tique qui, en refusant toute forme de distraction, renoue la sensibilit&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; du sens. Cette articulation qui s'engage contre le coup d'&#339;il, r&#233;siste dans sa forme m&#234;me aux facilit&#233;s de l'&#233;poque. Car l'&#233;change, inaper&#231;u par l'empressement, est dans cette liaison entre sens et sensation. Nishikawa ne banalise pas cette exp&#233;rience de l'&#339;uvre en l'ouvrant au regard et &#224; la lumi&#232;re. Il remplit l'espace d'une interrogation qui forme le temps de l'&#339;uvre. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces monochromes, &#233;nigmes opaques et lumineuses, laissent percevoir, dans cette &#233;nigme m&#234;me, dans cette articulation, une connaissance critique. L'analyse de l'articulation permet d'envisager ce moment de l'&#339;uvre qui balaye l'immobilisation de la forme dans son opposition &#224; la mati&#232;re. L'&#339;uvre de Nishikawa est &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt; la pr&#233;sence ind&#233;cidable de cette intrication. C'est la raison pour laquelle on ne peut lui assigner une r&#233;sidence formelle. L'exp&#233;rience immanente de l'&#339;uvre entendue comme espace ouvert d'une pens&#233;e, est ce lien avec le temps. Cette temporalit&#233; se saisit dans la diff&#233;rence, cette mobilit&#233; du passage qui ne se satisfait pas de l'instant (comme ignorance du temps) mais &#233;labore une pr&#233;sence authentique de l'&#339;uvre dans ce mouvement d'ouverture &#224; la pens&#233;e et donc &#224; l'alt&#233;rit&#233;. &#171; C'est dire combien il est faux d'identifier l' &#8220;esth&#233;tique&#8221; au domaine de l' &#8220;autor&#233;f&#233;rentialit&#233;&#8221; qui d&#233;routerait la logique de l'interlocution. L' &#8216;esth&#233;tique' est au contraire ce qui met en communication des r&#233;gimes s&#233;par&#233;s d'expression &#187; nous rappelle Jacques Ranci&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ranci&#232;re, La M&#233;sentente, Paris, Galil&#233;e, 1995, page 88.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens les titres, le choc des langues (anglais et italien) sont l&#224; pour lier ce qui s&#233;pare et &#233;laborer un sens qui r&#233;sonne au-del&#224; de l'instant. L'&#339;uvre ne s'&#233;puise pas dans l'instant de sa pr&#233;sentation ; elle renverse l'assujettissement &#224; une origine pour renouveler l'exp&#233;rience, la recommencer et permettre de saisir une v&#233;rit&#233; en partage. &lt;br/&gt; L'exp&#233;rience des monochromes de Nishikawa ne saurait donc pas se contenter d'un clin d'&#339;il qui embrasserait la sensation optique. En refusant cette d&#233;liaison qui ouvre au regard vide et distrait de l'air du temps, l'exp&#233;rience esth&#233;tique de Nishikawa exige le temps d'un regard, &#233;prouve les variations de lumi&#232;re transformant l'espace de l'&#339;uvre. Cette invitation susprend la sensation &#224; une m&#233;sentente plastique, cette surprise qui &#233;gare le regard, et ouvre les formes &#224; la transformation de l'espace. C'est bien cette exp&#233;rience qui, d&#233;rangeant les sens, ouvre &#224; l'interrogation et doit &#234;tre pens&#233;e comme esth&#233;tique.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_61 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L150xH250/Nish_4-4e134.jpg?1750482741' width='150' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les photographies des oeuvres de Nishikawa ont &#233;t&#233; prises au centre d'art de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ombra della luce&lt;/i&gt;, Galerie Philippe Casini, Paris, du 11 janvier au 8 mars 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman, &lt;i&gt;L'homme qui marchait dans la couleur&lt;/i&gt;, Paris, Editions de Minuit, 2001, pages 58-9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor I. Stoichita, &lt;i&gt;Br&#232;ve histoire de l'ombre&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Droz, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; [La pens&#233;e] n'est pas moins en mouvement dans l'&#233;cart qu'elle sauvegarde. (&#8230;) Pour elle, l'essentiel est cet &#233;l&#233;ment d'exag&#233;ration qui la pousse &#224; aller plus loin que son objet m&#234;me, qui la d&#233;gage de la pesanteur de l'effectivit&#233;, si bien qu'au lieu de reproduire simplement ce qui est, elle en assure avec rigueur et librement la d&#233;termination. &#187;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T.W. Adorno, &lt;i&gt;Minima Moralia&lt;/i&gt;, Traduit de l'allemand par Eliane Kaufholz et Jean-Ren&#233; Ladmiral, Paris, Payot, 2001, page 137.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Louis Schefer, &lt;i&gt;Figures Peintes&lt;/i&gt;, Pairs, P.O.L, 1998, page 424.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;La M&#233;sentente&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 1995, page 88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les photographies des oeuvres de Nishikawa ont &#233;t&#233; prises au centre d'art de Tanlay en 2003 lors de l'exposition &#171; Un, Deux, Trois, Couleur &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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