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	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>L'ironie pour quoi faire ? (Serrano, Castellucci, Rabelais et Duchamp)</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Conf&#233;rence de 2012&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;2012&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'ironie de ce s&#233;minaire INTERARTS de Paris 2011-2012 dont le th&#232;me annuel &#233;tait &#171; L'ironie &#187; est qu'il a &#233;t&#233; perturb&#233; par des gr&#232;ves et des absences. Ma communication du 9 f&#233;vrier 2012 &#171; L'ironie pour quoi faire ? (Serrano, Castellucci, Rabelais et Duchamp) &#187; a &#233;t&#233; assez solitaire et la publication n'a pas vu le jour... et le s&#233;minaire a disparu au terme de cette ann&#233;e-l&#224;. Ironie je vous dis. Quant &#224; mon texte (in&#233;dit, donc), outre un petit retour scatologique, il prend aussi le pouls de l'&#233;poque qui n'allait d&#233;j&#224; pas fort. Je me servirai ensuite de ces notes (non publi&#233;es) pour r&#233;diger un texte pour Recherches en esth&#233;tique autour du th&#232;me : Transgression(s)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'ironie pour quoi faire ?&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;(En venir (ou pas) &#224; une morale ironique)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Je voudrais profiter de cette s&#233;ance pour me livrer &#224; un exercice, pour tenter des articulations dans une d&#233;marche r&#233;flexive et prospective et non d&#233;clarative. Les juxtapositions qui vont suivre ont l'apparence d'un d&#233;sordre. Mais il n'en n'est rien. Si la r&#233;flexion saisit cette rencontre pour s'&#233;prouver et se pr&#233;senter comme un chantier de travail, elle s'articule cependant &#224; une interrogation centrale, celle de l'ironie et de la scatologie &#224; l'&#233;preuve du contemporain et des enjeux critiques qu'on peut en d&#233;duire. Je vous propose donc : Un rappel, Une situation, Une g&#233;n&#233;alogie, Une ligne de fuite&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Un rappel&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Dans un essai consacr&#233; &#224; l'ironie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;bastien Rongier, De l'ironie. Enjeux critiques pour la modernit&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;De l'ironie&lt;/i&gt;, paru chez Klincksieck en 2007, j'ai cherch&#233; &#224; &#233;loigner l'id&#233;e de l'ironie comme arri&#232;re-pens&#233;e, l'ironie r&#233;duite &#224; sa dimension rh&#233;torique : l'ironie comme figure anti-phrastique, forme surplombante, ou forme de connivence de second degr&#233;. En reprenant le cheminement socratique, j'ai envisag&#233; l'ironie comme une pens&#233;e du retard, comme l'invention philosophique d'un contretemps comme mode d'&#234;tre critique de la pens&#233;e. L'ironie socratique est mod&#232;le de d&#233;route, chemin de pens&#233;e qui fait un pas de c&#244;t&#233; et retourne les doxas. Ce que la pens&#233;e socratique ouvre avec l'ironie, c'est un trouble, une mise en cause des certitudes non pas par jeu ou volont&#233; de pouvoir et de domination mais par n&#233;cessit&#233; philosophique, par conviction de sens et de sens critique. Aussi cette pens&#233;e de l'&#233;cart et de l'&#233;cartement m'est-elle apparue comme relevant essentiellement d'une dynamique critique, critique et apor&#233;tique&#8230; autant de formes d'une pens&#233;e en mouvement et de fragilit&#233; que la philosophie ult&#233;rieure et la rh&#233;torique s'attacheront &#224; neutraliser. Il est clair que mon propos est clairement anti-rh&#233;torique (au sujet de l'ironie en tout cas). Mais la rh&#233;torique ne fait en quelque sorte que prendre le relai de la philosophie qui n'a eu de cesse de se d&#233;barrasser de l'ironie : la sc&#232;ne platonicienne est aussi sc&#232;ne de mise &#224; mort symbolique de l'h&#233;ritage de l'ironie socratique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; J'ai envisag&#233; l'ironie comme pens&#233;e claudicante c'est-&#224;-dire comme pens&#233;e se heurtant au n&#233;gatif et avan&#231;ant dans le d&#233;bordement m&#234;me du concept, la part de non-conceptuel du concept qui lui appartient, ce que Adorno r&#233;sumerait en terme de conscience de brisure. L'ironie est ce qui dans la philosophie interroge les brisures. La rh&#233;torique nous fait croire qu'elle joue avec, s'en amuse, alors qu'elle y fait face et qu'elle en fait, philosophiquement, l'exp&#233;rience. C'est ce que rel&#232;ve Merleau-Ponty au terme de sa le&#231;on inaugurale au Coll&#232;ge de France, en &#233;voquant Socrate. Il parle alors d'un philosophe qui boite et termine sa le&#231;on par cette r&#233;flexion : &#171; La claudication du philosophe est sa vertu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurice Merleau-Ponty, Eloge de la philosophie, Paris, Folio-Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;cart ironique appartient &#224; cette claudication fondamentale de la pens&#233;e. Et je l'ai envisag&#233; comme espace de r&#233;sistance critique aux formes neutralis&#233;es de l'ironie rh&#233;torique versant au mieux dans la plaisanterie de connivence, le jeu ou au pire dans le cynisme. Contre ces vacuit&#233;s, j'ai propos&#233; le terme d'&lt;i&gt;inconciliation&lt;/i&gt; pour caract&#233;riser l'ironie comme pens&#233;e critique. Avec le terme d'&lt;i&gt;inconciliation&lt;/i&gt;, il s'agissait de saisir conceptuellement le mouvement de tension atopique de l'ironie : l'id&#233;e premi&#232;re d'une conscience philosophique n'apportant aucune forme de r&#233;conciliation et d'un inconciliable comme sens du n&#233;gatif et sens critique. Cette id&#233;e ne pouvait &#234;tre une a-conciliation (renvoyant plus &#224; un vide et &#224; une d&#233;rive nihiliste) ; elle ne pouvait pas non plus &#234;tre une irr&#233;conciliation car le terme sous-entend un moment de conciliation ou une r&#233;conciliation possible. L'&lt;i&gt;inconciliation &lt;/i&gt; viendrait apr&#232;s l'id&#233;e de l'irr&#233;conciliable. En terme esth&#233;tique, cette question de l'&lt;i&gt;inconciliation&lt;/i&gt; permet d'avancer dans le temps moderne de la brisure de l'&#339;uvre d'art, ce que Daniel Payot d&#233;signe comme une &#171; temporalit&#233; de l'inconcil&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Payot, Anachronie de l'&#339;uvre d'art, Paris, Galil&#233;e, 1990, p. 159.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je voudrais tenter de creuser un point d'&lt;i&gt;inconciliation&lt;/i&gt; &#224; partir de la question scatologique, et plus exactement la scatologie au risque de la chr&#233;tient&#233; et sa puissance ironique. Pour que les choses soient claires, je pense l'&#233;poque en terme de tragique et ne crois gu&#232;re en la possibilit&#233; actuelle d'une ironie critique. La caricature rh&#233;torique ou cynique a recouvert l'horizon ironique, l'alternative critique appartient sans doute &#224; un registre plus tragique. Je vais essayer d'entrer dans ce questionnement.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Une situation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Les formes artistiques usent et abusent de diff&#233;rentes formes de provocations. L'obsc&#232;ne, la transgression sont devenus des paradigmes d'&#233;valuation des pratiques contemporaines. Pour le meilleurs comme pour le pire, le pire &#233;tant celle de la posture articul&#233;e &#224; une logique de march&#233;. Pour l'illustrer en for&#231;ant un peu le trait, la transgression de Gina Pane, de Gasiorowski ou de Serrano me semble en parfaite dissym&#233;trie avec celle de Damien Hirst, de Cattelan ou m&#234;me Delvoye&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malgr&#233; des pi&#232;ces passionnantes, l'artiste peut aussi dans ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ce n'est pas dans cette discussion que je souhaite aller aujourd'hui. Il ne s'agissait que de poser un horizon de r&#233;flexion.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Deux &#233;v&#233;nements artistiques ont marqu&#233; la fin de l'ann&#233;e 2011 en France : d'abord la destruction d'une &#339;uvre d'Andres Serrano, ensuite la violente interruption d'une pi&#232;ce de Romeo Castellucci. Tout en rappelant ces faits, je dois pr&#233;ciser que je n'ai vu ni l'exposition Serrano ni la derni&#232;re pi&#232;ce de Castellucci, mais mon propos tente de d&#233;placer cette impasse, celle de l'exp&#233;rience manqu&#233;e et remplac&#233;e par une pr&#233;cise documentation ext&#233;rieure (revue de presse, captations vid&#233;os, entretiens des artistes et des protagonistes).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Rappel des faits :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est d'abord la destruction de l'&#339;uvre de Serrano, &lt;i&gt;Piss Christ&lt;/i&gt;, photographie de 1987 repr&#233;sentant un crucifix immerg&#233; dans un fluide compos&#233; de l'urine et du sang de l'artiste, avec un travail d'&#233;clairage rappelant celui des peintures classiques. Le 17 avril 2011 au cours de la r&#233;trospective Serrano dans l'h&#244;tel de Caumont qui abrite la collection Lambert &#224; Avignon, un groupe d'extr&#233;mistes catholiques p&#233;n&#232;tre dans le lieu, arm&#233; de marteaux. Deux photos sont vandalis&#233;es et d&#233;truites.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est ensuite la perturbation des repr&#233;sentations parisiennes de la pi&#232;ce de Romeo Castellucci de &lt;i&gt;Sur le concept du visage du fils de Dieu&lt;/i&gt;. A partir du 20 octobre 2011, la premi&#232;re repr&#233;sentation au Th&#233;&#226;tre de la ville est violemment interrompue par un groupe d'extr&#233;mistes chr&#233;tiens issu des mouvances royalistes et d'extr&#234;me droite, sous l'influence de l'association Civitas qui agissait d&#233;j&#224; &#224; Avignon avec l'Agrif, association catholique radicale particuli&#232;rement active depuis ses actions incendiaires le 23 octobre 1988 contre le cin&#233;ma parisien l'Espace Saint Michel qui diffusait &lt;i&gt;La Derni&#232;re tentation du Christ&lt;/i&gt; de Martin Scorsese. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ces deux &#233;v&#233;nements, largement rapproch&#233;s par la presse, s'inscrivent dans une mont&#233;e des agissements extr&#233;mistes de groupes religieux et leurs relations complexes avec les formes artistiques, en r&#233;sonance avec une concurrence des religions et des extr&#233;mismes. Mais c'est sur le territoire fran&#231;ais, et pas ailleurs, qu'ont lieu ces actes. Une action bien fran&#231;aise, en quelque sorte. Outre le terme de &#171; christianophophie &#187; scand&#233; devant le Th&#233;&#226;tre de la ville et sur le plateau de ce th&#233;&#226;tre, l'enjeu id&#233;ologique et esth&#233;tique est celui de &#171; blasph&#232;me &#187;. L'&#233;nonc&#233; &#171; blasph&#232;me &#187; devient, ou plus exactement, redevient une cat&#233;gorie articul&#233;e &#224; l'art&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Catherine Grenier, L'art contemporain est-il chr&#233;tien ?, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tant qu'il s'agit de manifester son m&#233;contentement (comme prier devant un lieu d'exposition ou de spectacle), on est dans un geste politique et religieux qui appartient &#224; la libert&#233; d'expression. Je n'appr&#233;cie pas cet usage de la libert&#233; mais il me semble appartenir raisonnablement &#224; la sph&#232;re de l'expression publique que notre r&#233;publique la&#239;que doit d&#233;fendre. En revanche, attaquer concr&#232;tement une &#339;uvre : l'interrompre et la d&#233;truire, c'est &#224; la fois une question politique, id&#233;ologique et esth&#233;tique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il faut pourtant rapporter ces faits &#224; quelques &#233;l&#233;ments ant&#233;rieurs pour percevoir les ramifications du d&#233;bat. En 2002-2003, trois publications indiquent int&#233;r&#234;t et des crispations : le livre de Catherine Grenier en 2003 &lt;i&gt;L'art contemporaine est-il catholique ?&lt;/i&gt; Auparavant, &lt;i&gt;L'Eglise et l'art d'avant-garde. De la provocation au dialogue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilbert Brownstone et Monseigneur Albert Rouet, L'Eglise et l'art (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; est un dialogue entre un acteur du monde l'art, Gilbert Brownstone, et un homme d'Eglise, Monseigneur Albert Rouet (avec Pr&#233;face de Monseigneur Gilbert Louis, postface de Robert Pousseur). Ce livre cherche &#224; interroger depuis les questions catholiques des formes artistiques contemporaines. En r&#233;ponse critique s'oppose l'ann&#233;e suivante &lt;i&gt;L'Eglise de France dans le pi&#232;ge. Quand &#171; l'art d'avant-garde &#187; supplante l'art sacr&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Bonnet et Guy Faivre d'Arcier, L'Eglise de France dans le pi&#232;ge. Quand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; d'Andr&#233; Bonnet et de Guy Faivre d'Arcier. Le petit volume est une contribution critique : elle d&#233;nonce les propos du livre Brownstone-Rouet, critique des id&#233;es, du point de vue, d&#233;nonciation des exemples artistiques et des reproductions comme un &#171; blasph&#232;me scatologique &#187; et enfin d&#233;nonciation du silence g&#233;n&#233;ral de l'Eglise &#224; quelques exceptions pr&#232;s. Dans les chapitres de ce texte, Serrano et Duchamp tiennent une place importante. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Un exemple argumentatif autour de l'art abstrait dans un chapitre intitul&#233; &#171; le Beau, chemin de transcendance &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; Examinons l'art abstrait au regard de ce que nous venons de d&#233;finir [la relation entre l'esprit et la qualit&#233; spirituelle de la forme comme v&#233;ritable art car ouvrant la R&#233;v&#233;lation : &#171; Cette spiritualit&#233; pr&#233;sente dans une &#339;uvre d'art explique que le beau touche notre &#226;me &#187; p. 46-47]Il s'est d&#233;lib&#233;r&#233;ment coup&#233; du beau charnel ; il pr&#233;tend acc&#233;der &#224; des hauteurs plus pures en se privant de la forme inf&#233;rieure du beau. C'est de l'ang&#233;lisme et de l'intellectualisme ; un m&#233;pris de la cr&#233;ation et du concret. Ce m&#233;pris est incompatible avec la vision chr&#233;tienne du monde. Il est dans l'ordre que nous, cr&#233;atures, pour atteindre le beau surnaturel, nous passions par le beau charnel ; nous ne saurions m&#233;priser la cr&#233;ation sans m&#233;priser le Cr&#233;ateur ; et le Christ s'est fait cr&#233;ature, Il s'est fait chair. &#187; p. 47&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Plus loin dans les annexes (annexe 7), les auteurs reproduisent des extraits &#171; La position de Mgr Cattenoz. Achev&#232;que d'Avignon, le 10 mai 2003 &#187; en signalant au pr&#233;alable que ce texte &#171; lui a d'ailleurs valu une critique directe de la part de &#171; La Vie &#187; dans son &#233;dition du 22 mai 2003. Ce journal n'h&#233;site pas &#224; sous-entendre que l'archev&#234;que d'Avignon relai les &#171; lobbies int&#233;gristes et du Front National &#187; &#187; (p. 79)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Dans ce texte, il commence &#224; louer la p&#233;riode de Car&#234;me et les f&#234;tes pascales, l'action des pr&#234;tres pour accompagner bapt&#234;mes, mariages ou deuils. Il se dit ensuite boulevers&#233; par devant les formes du mal et du p&#233;ch&#233;. Il s'&#233;meut de la guerre en Irak et imm&#233;diatement apr&#232;s, dans le m&#234;me paragraphe d&#233;nonce les 250000 avortements annuels en France comme &#171; 250 000 crimes, vous comprenez. &#187; 80. Plus loin, dans son texte, il d&#233;nonce nomm&#233;ment le livre &#171; L'Eglise et l'art d'avant-garde. De la provocation au dialogue &#187; et ses illustrations comme ne pouvant &#171; conduire &#224; percevoir la transcendance du Beau. &#187; 81. Texte int&#233;gral publi&#233; dans &#171; La Nef &#187;, &#171; l'Homme Nouveau &#187; et &#171; Chr&#233;tiens dans la Cit&#233; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; C'est le m&#234;me qui au moment de l'exposition d'Avignon d&#233;non&#231;ait, avant sa destruction le &lt;i&gt;Piss Christ&lt;/i&gt; de Serrano et demandait son d&#233;crochage. Il est ici dans son r&#244;le. Mais il demandait &#233;galement &#171; une table ronde avec la mairie, les responsables de l'exposition et les francs-ma&#231;ons (&#8230;) Comme ils sont cach&#233;s, je ne peux pas les voir mais je me demande s'il n'y a pas une corr&#233;lation avec la franc-ma&#231;onnerie. (&#8230;) Je constate que l&#224; o&#249; les francs-ma&#231;ons sont nombreux, les actes antichr&#233;tiens sont &#233;galement nombreux. &#187; (extraits d'un entretien paru dans &#171; Nouvelles de France &#187;, le 17 avril 2011.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Voil&#224; pour l'horizon intellectuel dans lequel s'ancre ces deux &#233;v&#233;nements artistiques et politiques. La teneur id&#233;ologique et esth&#233;tique est donc particuli&#232;rement importante.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Quelle trame de pens&#233;e et d'enjeu esth&#233;tique peut-on tenter de trouver dans ces affaires ? &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je ne m'interrogerai &#233;videmment pas sur la question du blasph&#232;me &#224; proprement parler car ce serait int&#233;grer une logique chr&#233;tienne &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;. En revanche, quels sont les termes qui conduisent &#224; cette logique &#233;nonciative, les termes esth&#233;tiques ? &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je verrai deux &#233;l&#233;ments appartenant au champ esth&#233;tiques : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br/&gt; la question de la repr&#233;sentation picturale qui travaille les deux cas Serrano et Castellucci
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br/&gt; la question de la th&#233;&#226;tralit&#233; qui participe d'une hyst&#233;risation chr&#233;tienne li&#233;e &#224; mon sens &#224; la complexe histoire de l'Eglise avec le th&#233;&#226;tre. Le th&#233;&#226;tre est fondamentalement un principe subversif des dogmes chr&#233;tiens, expliquant une longue histoire de condamnation.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Un troisi&#232;me, essentiel, touche au principe chr&#233;tien du corps du Christ et des enjeux redoutables de la corpor&#233;it&#233; du Christ, de la nature corporelle de J&#233;sus. De cette corpor&#233;it&#233; d&#233;coulent d'immenses questions comme celles de sa chair, des d&#233;sirs propres de J&#233;sus, de son sexe, de sa sexualit&#233; (de leurs repr&#233;sentations) et &#233;galement des donn&#233;es corporelles du Christ comme l'urine, le sperme ou la mati&#232;re f&#233;cale qui posent de terribles questions au dogme chr&#233;tien. Le d&#233;bat autour du blasph&#232;me repose essentiellement l&#224;-dessus. Parfois, il se pose sur des termes de pure provocation (parfois salutaires : je pense &#224; la parodie de la &lt;i&gt;C&#232;ne&lt;/i&gt; des v&#234;tements Girbaud (les hommes &#233;tant remplac&#233;s par des femmes&#8230; mais cette image vient apr&#232;s la photographie de Sam Taylor-Wood, image d'une &lt;i&gt;C&#232;ne&lt;/i&gt; dans laquelle le Christ est une femme au torse nu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'exposition et son catalogue Corpus Christi. La repr&#233;sentation du Christ en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), parfois moins avec les publicit&#233;s Benetton&#8230; mais dans les deux cas, la provocation est articul&#233;e &#224; une vis&#233;e commerciale, donc largement suspectes et manquant de cr&#233;dit). D'autres fois les enjeux sont plus denses, et les r&#233;actions plus violentes : &lt;i&gt;Je vous salue Marie&lt;/i&gt; de Godard en 1985, &lt;i&gt;La derni&#232;re tentation du Christ&lt;/i&gt; de Scorsese en 1988. Les enjeux sont articul&#233;es &#224; cette question du corps dans le dogme chr&#233;tien. C'est la raison pour laquelle je mets &#224; part &lt;i&gt;Amen &lt;/i&gt;film de Costa-Gavras en 2002 qui interroge et d&#233;nonce l'institution et non des questions li&#233;s &#224; la th&#233;ologie de l'Incarnation qui sont en revanche le terrain artistique de Serrano et de Castellucci.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Serrano est &#224; la crois&#233;e des chemins car le crucifix n'a pas seulement une valeur s&#233;miotique. Il appartient &#233;galement au commerce de l'Eglise. Le discours est de ce point de vue double. Mais la question des fluides (urine et sang) renvoie tr&#232;s directement &#224; la question de la corpor&#233;it&#233; du Christ en croix.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le dispositif de la pi&#232;ce de Castellucci intensifie ces enjeux et se place d&#233;lib&#233;r&#233;ment dans ces questions de chr&#233;tient&#233;. Qu'il le fasse en chr&#233;tien ou non est un autre probl&#232;me qu'il ne m'appartient pas de trancher. En revanche, le double dispositif visuel et sc&#233;nique, et leur interaction, est au c&#339;ur d'une interrogation th&#233;ologique et esth&#233;tique par une dialectique artistique : l'esth&#233;tisation du th&#233;ologique posant &#224; la fois des questions de sa propre d&#233;sesth&#233;tisation et les termes d'un retournement du th&#233;ologique. Je m'explique. Le fond du plateau est constitu&#233; par une immense reproduction recadr&#233;e sur le visage d'un tableau du XV&#232;me si&#232;cle d'Antonello da Messina (1430-1479). Le tableau original s'intitule &lt;i&gt;Salvator Mundi&lt;/i&gt; (&#171; Le sauveur du monde &#187;) et repr&#233;sente le visage du Christ. Le &lt;i&gt;Salvator Mundi&lt;/i&gt;, m&#234;me avec un recadrage qui efface la main droite qui b&#233;nit dans le cas qui nous occupe, est un discours eschatologique, sans doute pas celui, cosmique, de la fin du monde, mais individuel, la mort de l'homme. Le regard du Christ de Messina renvoie &#224; une eschatologie individuelle, celle de l'homme, celle d'une vie apr&#232;s la mort. Dans la pi&#232;ce de Castellucci, cette immense reproduction a une double fonction : c'est un regard sur l'action, et un regard sur les spectateurs, une mani&#232;re d'inscrire une boucle, une implication et une interrogation sur la nature m&#234;me de ce regard. Mais avant m&#234;me d'en venir &#224; l'action, il faudrait tout de m&#234;me soulever l'enjeu du titre qui me semble avoir des implications th&#233;ologiques presque plus fondamentales que l'action dramatique. &lt;i&gt;Sur le concept du visage du fils de Dieu&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Sul concetto di volto nel figlio di Dio&lt;/i&gt;). Le choix du terme italien &#171; volto &#187; n'est pas indiff&#233;rent car il inscrit ce visage sur un horizon chr&#233;tien (le &lt;i&gt;volto santo&lt;/i&gt;&#8230; plut&#244;t que &lt;i&gt;faccia&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;viso&lt;/i&gt;). Mais la question abyssale que je me contenterai de soulever est : le visage du fils de Dieu peut-il &#234;tre un concept ? Quel est l'enjeu de ce titre ? Que d&#233;place-t-il ? Il me semble y avoir l&#224; de br&#251;lantes interrogations qui ont &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es par les iconoclastrol&#226;tres chr&#233;tiens du jour. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Que voyait-on sur le plateau, sous le regard de ce Christ ? Un p&#232;re et son fils. Castellucci &#224; Avignon a soulign&#233; qu'il s'agissait d'abord d'une histoire d'amour entre les deux hommes. Le p&#232;re, malade, se vide, litt&#233;ralement sur sc&#232;ne. L'homme est malade, mourant, incontinent. Il souille son lit, il souille la sc&#232;ne de ses diarrh&#233;es interminables. Le fils aide, secoure, s'&#233;puise, se r&#233;fugie pr&#232;s du visage du Christ. Mais le fils soigne, accompagne la mort &#224; l'&#339;uvre, et l'ab&#238;me de la mati&#232;re. La mati&#232;re humaine est clairement excr&#233;mentielle. Il ne s'agit ni de dire que l'homme ou le visage du Christ, c'est de la merde. Non, il s'agit de travailler la mati&#232;re humaine &#224; partir de cette mati&#232;re qui entre toutes est forme de l'homme. L'&#233;coulement excr&#233;mentiel est ici &#233;coulement du temps et de vie. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La question excr&#233;mentielle est centrale pour comprendre l'hyst&#233;risation catholique car elle est d'un point de vue th&#233;ologique centrale. Il me semble que les &#339;uvres &#233;voqu&#233;es de Serrano et Castellucci sont de v&#233;ritables espaces d'interrogation non seulement de la condition humaine, de la condition humaine dans une culture catholique mais &#233;galement de profonds questionnements sur un &#233;pist&#233;m&#233; th&#233;ologique, la mati&#232;re f&#233;cale &#233;tant ici une donn&#233;e essentielle du probl&#232;me et du scandale. Le terme &#171; blasph&#232;me &#187; n'est qu'un signe, il cache le sympt&#244;me d'une interrogation plus profonde qui fait vaciller les certitudes et les piliers. La violence des r&#233;actions sectaires est &#224; la mesure de la puissance du questionnement. C'est parce qu'il y a ici des enjeux fondamentaux qu'il y a des r&#233;actions aussi radicales qu'inscrites dans une longue tradition. Mais comme je le disais en pr&#233;ambule, l'approche des deux artistes me semble plus relever d'une pens&#233;e du tragique, sinon d'une pens&#233;e tragique que d'une approche ironique au sens critique que j'ai d&#233;velopp&#233;&#8230; m&#234;me si l'on peut voir chez Serrano une dimension ironique dans la critique de l'industrie de la marchandise religieuse, mais question rapidement d&#233;bord&#233;e par cette question du corps et de l'Incarnation christique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je voudrais donc &#233;largir le propos en m'appuyant sur un &#233;crivain du XVI&#232;me si&#232;cle pour &#224; la fois tracer une g&#233;n&#233;alogie des probl&#232;mes soulev&#233;s et envisager une dynamique ironique. Il s'agit de Fran&#231;ois Rabelais. Il s'agit du &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt;, derni&#232;re &#339;uvre sign&#233;e et publi&#233;e du vivant de l'&#233;crivain, &#339;uvre dans laquelle la scatologie et la religion ont une place d&#233;terminante.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Une g&#233;n&#233;alogie&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; L'&#339;uvre de Rabelais est au XVI&#232;me si&#232;cle une &#339;uvre insoumise, et donc particuli&#232;rement scrut&#233;e par les autorit&#233;s politiques et religieuses : &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; (1532) comme &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt; (1534) ou &lt;i&gt;Le Tiers Livre&lt;/i&gt; (1546) sont interdits par la Sorbonne. Les livres de Rabelais sont dans les listes des livres censur&#233;s. Les livres sont condamn&#233;s pour obsc&#233;nit&#233; et blasph&#232;me, pas pour h&#233;r&#233;sie. La nuance est d'importance car elle permet imm&#233;diatement de tordre le cou &#224; de vieilles lunes : Rabelais est catholique, son &#339;uvre l'est &#233;galement. Rabelais appartient au courant renaissant &#233;vang&#233;lique gallican, &#224; la fois critique de la papaut&#233; et des exc&#232;s schismatiques des protestants. La tentative de censure est semblable pour l'&#233;dition de 1552 du &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt;. Le volume para&#238;t avec le &#171; Privil&#232;ge du roi &#187;. Mais les th&#233;ologiens de la Sorbonne tentent de stopper la parution du livre. Le Parlement suspend pendant quinze jours cette publication. En vain. Le livre est un grand succ&#232;s, m&#234;me si l'&#339;uvre et la personne de Rabelais sont attaqu&#233;s par l'&#233;poque et ses radicalit&#233;s religieuses.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; En quelques mos, le &lt;i&gt;Quart Livre &lt;/i&gt;se pr&#233;sente en apparence comme une continuation du &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt;. Le point de d&#233;part s'annonce comme une suite du pr&#233;c&#233;dent volume qui s'interroge sur l'&#233;ventualit&#233; d'un mariage pour Panurge et de son probable cocufiage. Apr&#232;s maintes conseils infructueux, Pantagruel et Panurge d&#233;cident de partir &#224; la recherche de l'oracle de la Dive Bouteille pour trouver r&#233;ponse &#224; cette question qui est finalement celle du libre arbitre. Le &lt;i&gt;Quart Livre &lt;/i&gt;s'envisage d'abord comme un voyage, une odyss&#233;e vers cet oracle. Mais le th&#232;me initial s'efface rapidement au profit du seul voyage et des rencontres d'&#238;les en &#238;les, occasion pour Rabelais de d&#233;noncer les d&#233;rives du monde au travers des personnages et des civilisations rencontr&#233;es. La scatologie occupe une place particuli&#232;re dans cette &#339;uvre, non seulement parce qu'elle parcourt l'ensemble du texte de mani&#232;re extr&#234;mement vari&#233; mais &#233;galement parce qu'elle pose des enjeux esth&#233;tiques, philosophiques et id&#233;ologiques : le th&#232;me scatologique participe dans le &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt; d'une &#233;criture humaniste et comique, elle pose des questions essentielles li&#233;es au corps, &#224; la m&#233;decine (ne jamais oublier que Rabelais est m&#233;decin) et permet de d&#233;velopper dans le &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt; une v&#233;ritable di&#233;t&#233;tique humaniste. Elle est enfin un enjeu pour penser la relation de la pens&#233;e rabelaisienne &#224; la religion qui, je le rappelle, parcourt et structure l'&#339;uvre d'un Rabelais engag&#233; dans les d&#233;bats religieux de son temps, mani&#232;re aussi de prendre distance avec les raccourcis de Jean Clair dans &lt;i&gt;De Immundo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Clair, De Immundo, Paris, Galil&#233;e, 2004.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je prendrai et d&#233;velopperai un seul exemple tir&#233; du &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt;. Il se situe dans l'ensemble situ&#233; sur l'&#238;le des Papimanes, l'&#238;le des adorateurs du Pape lesquels consid&#232;rent le Pape comme &#171; Dieu en terre &#187;. Ainsi les D&#233;cr&#233;tales (c'est-&#224;-dire les d&#233;crets du Vatican) sont-ils v&#233;n&#233;r&#233;s comme une Bible. Une peinture du pape est &#233;galement objet d'une adoration fr&#233;n&#233;tique par le ma&#238;tre des lieux, Homenaz. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Guy Demerson dans &lt;i&gt;L'esth&#233;tique de Rabelais&lt;/i&gt; propose d'autonomiser la sph&#232;re esth&#233;tique rabelaisienne de la question du sacr&#233;, sans doute afin d'&#233;viter les discours trop univoques. Cependant autonomie ne signifie pas coupure. Aussi peut-on envisager la question scatologique articul&#233;e au sacr&#233;, de mani&#232;re &#224; reprenser la tension entre un principe mat&#233;riel et un principe immat&#233;riel. La scatologie, relevant du bas et de l'immonde, s'oppose au divin, l'organique se heurte &#224; l'&#233;piphanique. La merde est la &lt;i&gt;mati&#232;re&lt;/i&gt;, la mati&#232;re qui, par excellence, ne peut pas se faire oublier comme mati&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; A contrario, la Renaissance catholique romaine refuse le corps animal de l'homme, lui pr&#233;f&#233;rant un ang&#233;lisme de la nature humaine. L'id&#233;al chr&#233;tien vise un effacement du corps. L'esth&#233;tique renaissante vise &#224; repr&#233;senter un corps id&#233;al et la possibilit&#233; d'une nature humaine sans culpabilit&#233;, l'innocence primitive d'un corps sans honte. Mais on sait aussi combien la peinture de l'&#233;poque, lieu de grande question th&#233;ologique s'est heurt&#233; au poids de l'id&#233;ologie de l'Eglise. Il y a cependant tension au XV&#232;me et XVI&#232;me si&#232;cle entre le corps glorieux du Christ, par exemple, et son &#171; humanation &#187; sexu&#233;e pour reprendre l'expression de Leo Steinberg et sa d&#233;monstration dans &lt;i&gt;La sexualit&#233; du Christ dans l'art de la Renaissance et son refoulement moderne&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leo Steinberg, La sexualit&#233; du Christ dans l'art de la Renaissance et son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Emerge &#224; cette p&#233;riode un nu artistique qui s'autonomise et prend une valeur esth&#233;tique propre face aux pr&#233;occupations religieuses. D&#232;s lors la pr&#233;sence trouble et sexu&#233;e du corps menace la m&#233;ditation religieuse et cristallise une tension entre un attrait profane (esth&#233;tique et sexuel) et un enjeu pour le sacr&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Nudit&#233; sacr&#233;. Le nu dans l'art religieux de la Renaissance, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La th&#233;ologie de l'Incarnation pose entre autre ce probl&#232;me : qu'est-ce que le corps du Christ ? Un invisible divin, le visible d'une incarnation. Ce qui relie les deux, c'est le r&#233;cit (et plus tard la repr&#233;sentation). Ce qui, pour un croyant, l'&#233;l&#232;ve en myst&#232;re et en force, en oxymore (visibilit&#233; d'un invisible), c'est la foi. Sans elle, on reste au niveau du r&#233;cit. L'incarnation du Christ, c'est le lieu de l'image. Mais on est dans la distance. En revanche, la communion est relation directe avec la chose, et non l'image. Ces enjeux me semblent pos&#233;s avec les D&#233;cr&#233;tales, Homenaz et la l'iconol&#226;trie papim&#226;ne. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Au chapitre 49 du &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt;, la question est celle de l'estomac vide et du je&#251;ne. Tous les compagnons de Pantagruel descendus sur l'&#238;le des papin&#226;mes ont faim. D'o&#249; la plaisanterie grivose de Panurge (con-fesser/consentons) et surtout la blague finale de Fr&#232;re Jean autour de la longueur de la messe : &#171; troussez la court de paour qu'on ne se &lt;strong&gt;crotte&lt;/strong&gt;, et pour aultre cause aussi, je vous en prye. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Rabelais, Le Quart Livre, &#233;dition G&#233;rard Defaux, Paris, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; (&#171; troussez court cette messe, de peur qu'elle ne se crotte, et pour quelque autre raison aussi, s'il vous pla&#238;t &#187; Fran&#231;ois Rabelais, &lt;i&gt;Le Quart Livre&lt;/i&gt;, translation Guy Demerson, Paris, Point-Seuil, 1997, p. 375)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cette image signifie de mani&#232;re traditionnelle &#171; de peur qu'elle ne se salisse &#187; et est employ&#233;e &#224; propos d'un manteau long pouvant tra&#238;ner dans la boue. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Nous avons donc une association classique entre fiante et terre, terre boueuse. (Car&#234;meprenant est &#171; breneux et hallebren&#233; &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais on peut, en remontant un peu dans le texte, faire r&#233;sonner autrement le texte (en s'immis&#231;ant &#233;galement dans le &#171; pour aultre raisons &#187; aussi &#233;quivoque).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le contexte est celui de l'estomac vide alors qu'une messe commence et que Homenaz a &#233;voqu&#233; l'id&#233;e d'une confession suivie d'un je&#251;ne suppl&#233;mentaire. Or les pantagru&#233;listes ont faim. Ils vont assister &#224; une messe &#171; basse et seiche &#187; c'est-&#224;-dire une messe rapide et sans eucharistie. Or Fr&#232;re Jean &#233;voque l'id&#233;e d'une messe eucharistique dans son propos : &#171; si d'adventure il nous chante de &lt;i&gt;Requiem&lt;/i&gt; je y eusse port&#233; pain et vin par les traictz passez &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Rabelais, Le Quart Livre, Ibidem.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (si &#171; par hasard, il nous chante quelque &lt;i&gt;Requiem&lt;/i&gt;, j'y aurais port&#233; le pain et le vin par les traits pass&#233;s &#187; translation Demerson, p. 375). Il &#233;voque donc une eucharistie avec une offrande de pain et de vin selon la tradition ancienne. Le d&#233;sir de Fr&#232;re Jean est d'abord d&#233;sir de nourriture, moins de religion. Il est dans son r&#244;le. Le th&#232;me de la nourriture est articul&#233; &#224; une c&#233;r&#233;monie mortuaire via le &lt;i&gt;Requiem&lt;/i&gt;, puis le jeu de mots &#171; traictz passez &#187; (les notes de Demerson, Defaux et Huchon, auteurs de diff&#233;rents &#233;ditions de Rabelais vont dans le m&#234;me sens pour dire que ces pratiques eucharistiques &#233;taient li&#233;es aux c&#233;r&#233;monies mortuaires). &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Quel rapport avec la scatologie ? &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La concomitance entre
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br/&gt; Eucharistie absente mais &#233;voqu&#233;e
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br/&gt; Le pain/le vin
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br/&gt; L'estomac : sac digestif
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br/&gt; La crotte finale + &#171; aultres raisons &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Il semble qu'il y ait ici faisceau de sens plus qu'exc&#232;s herm&#233;neutique : d'abord parce que les chapitres pr&#233;c&#233;dents ont, &#224; plusieurs reprises, rapproch&#233; fiente et religion ; ensuite parce que la suite du &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt; permettra de reprendre cette question.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; 1. &lt;br/&gt; L'Eucharistie est un pilier du christianisme. C'est la communion par laquelle est perp&#233;tu&#233;e le sacrifice du Christ. Elle est myst&#232;re fondamental o&#249; se partage litt&#233;ralement le corps et le sang de J&#233;sus (et bien s&#251;r son &#226;me &#233;galement dans la c&#233;r&#233;monie). C'est ce qu'on appelle la transsubstantation : vivre dans le pain et dans le vin cette relation sacrificielle : les aliments deviennent une autre substance. Myst&#232;re donc de l'Eucharistie. Ce dogme est radicalement contest&#233; par les protestants. &lt;br class='autobr' /&gt;
2. &lt;br/&gt; L'Eucharistie pose un autre probl&#232;me de substance aux catholiques. Ce corps-pain, ce sang-vie suit une autre transformation. Peut-on transformer en crotte l'eucharistie ? : question tout &#224; fait cruciale pour l'Eglise. Les tenants du stercoranisme (mouvement incertain du Moyen-Age) pensent que l'hostie suit le cours de la digestion alors que la doxa catholique est de dire que la pr&#233;sence de J&#233;sus dispara&#238;t avec la digestion. Cette question hautement probl&#233;matique est remise au go&#251;t du jour par les protestants. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Dans cet &#233;pisode du &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt;, c'est questions surgissent mais &lt;i&gt;in absentia&lt;/i&gt;, ce qui permet de jouer les zones d'incertitudes :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br/&gt; il n'y a pas d'Eucharistie dans cette messe
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br/&gt; les estomacs sont vides&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais ces questions qui arrivent par le petit bout de la lorgnette semblent bien prendre une plus grande &#233;paisseur dans les chapitres qui suivent autour de Homenaz : Au chapitre 51, Homenaz &#233;voque les D&#233;cr&#233;tales comme seule et unique lecture : &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; quand sera ce don de gr&#226;ce particuliere faict es humains, qu'ilz d&#233;sistent de toutes aultres estudes et neguoces pour vous lire, vous entendre, vous s&#231;avoir, vous user, pratiquer, &lt;strong&gt;incorporer&lt;/strong&gt;, sanguifier et incentricquer es profonds ventricules de leurs cerveaults &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Rabelais, Le Quart Livre, Ibid., p. 1133.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; 1133&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; (&#171; quand accordera-t-on aux humains ce don de gr&#226;ce particuli&#232;re qui leur ferait abandonner toutes les autres &#233;tudes et affaires, pour vous lire, vous entendre, vous conna&#238;tre, vous mettre en &#339;uvre et en pratique, vous incorporer, transformer en sang, et vous faire p&#233;n&#233;trer au plus profond des ventricules de leurs cerveaux &#187; translation Demerson, p. 385)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le terme &#171; incorporer &#187; n'est &#233;videmment pas indiff&#233;rent. Mais ces &#233;crits ne sont pas parole de Dieu. Les d&#233;cr&#233;tales appartiennent au droit canonique. Le statut du texte est donc largement outr&#233;. Le texte souligne le refus rabelaisien de la divinisation des d&#233;cr&#233;tales, ces paroles de papes. Cela passe par Epist&#233;mon, philosophe et compagnon de Pantagruel. C'est le moment o&#249; il annonce sa sortie de table. Il va marquer son refus par la scatologie. Il se l&#232;ve et dit &#224; Panurge : &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; Faulte de selle pers&#233;e me contrainct d'icy partir. Ceste farce me a d&#233;sbond&#233; le &lt;strong&gt;boyau cullier &lt;/strong&gt; : je ne arresteray gueres. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; (&#171; Faute de selle perc&#233;e, je suis oblig&#233; de sortir d'ici. Cette farce m'a d&#233;bouch&#233; le boyau du cul : je tarderai gu&#232;re. &#187; translation Dermerson, p. 385)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Double sens de la &#171; farce &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br/&gt; c'est &#224; la fois la nourriture ingurgit&#233;e au cours du d&#238;ner (question donc de digestion)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br/&gt; la sc&#232;ne path&#233;tique &#224; laquelle assiste Epist&#233;mon qui n'en peut plus.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Allez fienter est ici une marque de refus intellectuel, une mani&#232;re de signifier ce &#224; quoi on assiste : bren, bren, bren.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Par ailleurs, Epist&#233;mon est celui qui, des trois grands animateurs scatologiques (avec Panurge et Fr&#232;re Jean), et &#224; la diff&#233;rence radicale de Panurge, est dans la ma&#238;trise de ses sphincters (et donc de lui-m&#234;me). Partir de la sorte signifie obliquement, mais pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il pense. Le ressort de cette opposition est scatologique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ce moment critique qui repose sur des consid&#233;rations th&#233;ologiques fondamentales passe par la satire scatologique. Le choix de l'image et du terme dans &#171; de paour qu'on ne se &lt;strong&gt;crotte&lt;/strong&gt; &#187; ne sont pas anondin. Ils s'inscrivent dans un r&#233;seau de signification puisque le chapitre suivant est consacr&#233; aux cons&#233;quences des D&#233;cr&#233;tales sur les boyaux culliers et commence par le r&#233;cit de Panurge autour de ses petites &#171; crottes &#187; de constip&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais au-del&#224; des usages satires, la scatologie chez Rabelais est &#233;galement l'affirmer du corps comme lieu pour penser le monde. La scatologie devient alors une exp&#233;rience de la m&#233;diocrit&#233; au sens renaissant du terme : c'est ce qui affirme une modestie et une mod&#233;ration ; c'est aussi ce qui permet de fonder une lecture satire et donc critique.. Le corps est un savoir qu'il ne faut pas rejeter, tant notre corpor&#233;it&#233; que la corruptibilit&#233; du corps. L'image scatologique finale et l'appel panurgique qui termine le livre sont une mani&#232;re de retrouver l'esprit festif et libre des torche-culs contre les errances du temps pour penser le monde et envisager la perfection comme infinie. Les pantagru&#233;liques n'atteignent &#224; la fin du &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt; aucune sagesse d&#233;finitive. A l'image du voyage, et de la lecture, c'est avant tout un chemin. L'ironie scatologique du &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt; ouvre alors le lecteur &#224; une pens&#233;e claudicante et &#233;mouvante, joyeuse et critique, une pens&#233;e qui affronte le monde, mais en restant toujours une &#233;criture ouverte sur le monde. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Une ligne de fuite&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Je voudrais, avant de jeter une conclusion d&#233;sabus&#233;e ouvrir une articulation entre Rabelais et Duchamp. Duchamp &#233;tait lecteur de Rabelais. Il me semble qu'une interrogation sur cet aspect &#171; Duchamp, lecteur de Rabelais &#187; serait fructueuse pour prolonger l'&#339;uvre de Duchamp. J'ai d&#233;j&#224; eu l'occasion d'interroger la question scatologique chez Duchamp. Elle est en creux, mais elle y est fondamentale. Elle fonctionne par &#233;cho et obliques. Je renvoie &#224; mon analyse &#171; Duchamp, du poil &amp; Cie &#187; publi&#233;e dans &lt;i&gt;Marcel Duchamp &amp; l'&#233;rotisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;bastien Rongier, &#171; Duchamp, du poil &amp; Cie &#187;, dans Marcel Duchamp &amp; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;et &#224; d'autres remarques in&#233;dites. Je voudrais inscrire le jeu sur le langage duchampien &#224; partir de cette filiation. Il y a une relation au langage chez Duchamp qui renvoie aux lectures de Raymond Roussel ou de Jean-Pierre Brisset. Mais la filiation rabelaisienne me semble essentielle pour saisir conjointement la teneur ironique de l'&#339;uvre duchampienne. Un exemple simple, un jeu de mot duchampien qui me semble &#234;tre l'illustration &#233;clatante de l'&#233;pisode des &#171; paroles gel&#233;es &#187; dans le &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt;. Que sont les paroles gel&#233;es ? ce sont litt&#233;ralement des paroles de batailles qui ont gel&#233;es et que Pantagruel entend en passant avec son bateau au moment de leur d&#233;gel. V&#233;ritable mise en sc&#232;ne avant l'heure de la linguistique saussurienne, les navigateurs renaissants du livre entendent la cacophonie guerri&#232;re, sont en qu&#234;te du sens de ce prodige et recherchent des &#171; mots de gueule &#187;, autre fac&#233;tie rabelaisienne (les mots de gueule &#233;tant des grossi&#232;ret&#233;s).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Un cas duchampien, donc.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Duchamp joue avec le langage, cherche faussement une origine et multiplie les d&#233;rives. Il joue arbitrairement avec la valeur s&#233;mantique, sonore et graphique des mots. Son travail sur le langage aboutit &#224; la discontinuit&#233;, au d&#233;chiquetage de l'&#233;nonciation et de la signification. Il d&#233;borde les marges vers un horizon inconnu o&#249; aucun sens n'est plus s&#251;r, o&#249; tout devient ind&#233;cidable (le&#231;on des paroles gel&#233;es). Comme cela ne suffit pas, les jeux de langage duchampiens s'allient &#224; une incertitude identitaire : le &#171; je &#187; qui &#233;nonce ces jeux de langage est un personnage trouble puisqu'il s'agit de Rrose S&#233;lavy, personnage que j'ai envisag&#233; selon la terminologie rabelaisienne de la coquecigrue c'est-&#224;-dire &#224; la fois la figure rh&#233;torique de la boutade et l'id&#233;e d'animal chim&#233;rique, de forme imaginaire &#233;rotis&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Que nous dit par exemple cette entit&#233; duchampienne :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; Rrose S&#233;lavy et moi esquivons les ecchymoses des Esquimaux aux mots exquis. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il s'agit de mettre en &#233;vidence les proc&#233;d&#233;s de liaisons et d'&#233;carts avec lesquels Duchamp fait tourner le langage. Trois moments cl&#233;s ici :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br/&gt; D'abord le passage de &lt;strong&gt;esquivons&lt;/strong&gt; &#224; &lt;strong&gt;ecchymoses &lt;/strong&gt; : c'est d'abord un travail sur les deux premi&#232;re syllabes, passage de [eski] &#224; [eki]. On ne conserve pas la m&#234;me structure phon&#233;tique mais le souvenir que l'on en garde. C'est un travail de mall&#233;abilit&#233;, de mobilit&#233;, de plasticit&#233;. On n'&#233;vite pas les chutes, notamment celle du S. Les changements phon&#233;tiques &#233;tant intervenus, le travail graphique peut commencer. Il faut donc trouver un terme qui commence par la sonorit&#233; [eki] qui s'&#233;crive de mani&#232;re radicalement diff&#233;rente du &lt;i&gt;e-qui&lt;/i&gt; de &lt;strong&gt;esquivons&lt;/strong&gt;. La trouvaille est formidable car le mot &lt;strong&gt;ecchymose&lt;/strong&gt; est un v&#233;ritable festival. Premier enjeu, le son [k] avec la lettre C et surtout son redoublement qui neutralise la chuintante [&#8747;] que le C et le H ne formeront jamais. Ici, tr&#232;s clairement le H aspire au silence. Enfin l'&#233;cart graphique entre le I de &lt;strong&gt;esquivons&lt;/strong&gt; et le Y de &lt;strong&gt;ecchymoses&lt;/strong&gt; confirme cette &#233;volution trouble. Duchamp se plonge dans toutes les &#233;ventualit&#233;s qu'offrent les mots. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br/&gt; La deuxi&#232;me &#233;volution est triangulaire : au choc provoqu&#233; par l'&#233;volution &lt;strong&gt;esquivons&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;ecchymoses&lt;/strong&gt; se cr&#233;e un troisi&#232;me terme : &lt;strong&gt;Esquimaux&lt;/strong&gt;. Le terme reprend de mani&#232;re mim&#233;tique, comme un &#233;cho les deux pr&#233;c&#233;dents : &lt;strong&gt;Esquimaux&lt;/strong&gt; reprend les deux premi&#232;res syllabes de &lt;strong&gt;esquivons&lt;/strong&gt;. Mais la stricte &#233;quivalence serait trop simple. Un geste de pure ironie vient inscrire un &#233;cart radical puisque le mot &lt;strong&gt;Esquimaux&lt;/strong&gt; commence par un E majuscule. Ce terme est &#233;galement form&#233; des derni&#232;res syllabes de &lt;strong&gt;ecchymoses&lt;/strong&gt;. Une fois de plus les modifications sont multiples, &#224; la fois phonique et graphique. Pour aller de [MOZ] &#224; [MO], on constate : &lt;br class='autobr' /&gt;
1. &lt;br/&gt; une modification phonique avec la chute du [Z] final &lt;br class='autobr' /&gt;
2. &lt;br/&gt; une modification graphique du son [O] : passage de O &#224; AU&lt;br class='autobr' /&gt;
3. &lt;br/&gt; une distinction graphique pour la marque du pluriel, passage du S au X
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;br/&gt; Derni&#232;re &#233;volution : une lecture palimdromique modifi&#233;e du mot &lt;strong&gt;Esquimaux &lt;/strong&gt;qui devient &lt;strong&gt;mots exquis&lt;/strong&gt;. D'abord, la syllabe finale &#8211;MAUX du terme &lt;strong&gt;Esquimaux&lt;/strong&gt; subit une double modification. MAUX se scinde en M/AUX permettant &#224; AUX d'acc&#233;der &#224; une autonomie graphique et s&#233;mantique, inaugurant la lecture de la derni&#232;re &#233;volution, c'est-&#224;-dire dans le AUX de &lt;strong&gt;aux mots exquis&lt;/strong&gt;. Apr&#232;s le redoublement des sonorit&#233;s en [O], le M de MAUX retrouve le son [O] mais avec une nouvelle graphie, cr&#233;ant le terme &lt;strong&gt;mots&lt;/strong&gt; (qui a quasiment une valeur m&#233;tacritique). Le jeu graphique est int&#233;ressant car on retrouve la graphie O apr&#232;s le AU, cr&#233;ant un v&#233;ritable chiasme visuel O AU AU O. Le ESQUI subit &#233;galement une modification : nous avons la vengeance du S sur le X. Le S prend d&#233;sormais la place du X comme marqueur du pluriel des deux derniers termes. Aussi, ce d&#233;placement laisse un vide : E (vide) QUI (+ un S de terminaison, marque du pluriel). Ce passage laisse une vacance que le X, chass&#233; de MAUX devenu MOTS s'empresse de prendre et permet la cr&#233;ation du terme &lt;strong&gt;exquis&lt;/strong&gt;, &#233;cho paronymique de &lt;strong&gt;esquivons&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Esquimaux&lt;/strong&gt;. Dans cette bataille des pluriels, on constate une parfaite sym&#233;trie : S et S, puis X et X, et retour du S et S. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On comprend bien au travers de cette &#233;tude minutieuse et fantaisiste que Marcel Duchamp ne cherche pas &#224; faire une phrase qui exprimerait quelque chose. Pas de primat du signifi&#233;. Ce qu'il explore et exploite, c'est la combinatoire des possibilit&#233;s de langage. En ce sens, il de rapproche des questions soulev&#233;es par les paroles gel&#233;es de Rabelais, autre mani&#232;re d'esquiver les Esquimaux et les mots exquis. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'espace de pens&#233;e ouvert par Rabelais me semble &#233;clairer &#224; la fois les termes id&#233;ologiques du d&#233;bat contemporain. Il trace une g&#233;n&#233;alogie symbolique et indique &#233;galement un &#233;cart radical. L'ironie &#224; l'&#339;uvre chez Rabelais, la d&#233;marche qui, selon moi, rel&#232;ve de l'&lt;i&gt;inconciliation&lt;/i&gt; n'est sans doute plus d'actualit&#233;. Il y a bien quelque chose de la d&#233;marche critique de l'ironie qui s'est &#233;rod&#233;. Les usages les plus r&#233;ducteurs de la cat&#233;gorie rh&#233;toriques dominent. L'ironie est d&#233;sormais mordante, vaguement aseptis&#233;e, et surtout interchangeable. Elle semble perdue dans des postures plut&#244;t qu'un sens critique. Cependant, en prenant comme fil conducteur la question scatologique, il s'agissait pour moi d'&#233;clairer des questions pour le contemporain. Les &#339;uvres de Castellucci et de Serrano ne sont pas des &#339;uvres sacr&#233;es, des &#339;uvres relevant d'un art chr&#233;tien au sens o&#249; les lignes id&#233;ologiques les plus dogmatiques peuvent l'envisager. Mais, situ&#233;es dans leur &#233;poque, utilisant les outils et les d&#233;marches artistiques du contemporain, appartenant pleinement au temps pr&#233;sent, ces &#339;uvres ouvrent un champ qui est &#224; la fois questionnement du chr&#233;tien et questionnement chr&#233;tien. Ce point de vue est &#233;videmment troublant pour une soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#233;quivoque et complexe car &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; 1/ elle trouble violemment les franges les plus r&#233;actionnaires du catholicisme qui ne pense qu'&#224; partir de dogmes mill&#233;naires ;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; 2/ elle trouble &#233;galement le regard des la&#239;cs et des s&#233;culiers, des ath&#233;es et plus ancr&#233;s dans le contemporain (la cat&#233;gorie est floue je le conc&#232;de), regard donc qui doit constater la vigueur d'une pr&#233;sence artistique forte du religieux dans les formes contemporaines.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ce trouble est-il de l'ordre de l'ironie ? Je n'en sais encore rien. Ce qu'il apprend en tout cas, c'est &#224; pratiquer d'autres &#233;carts et &#224; r&#233;sister &#224; une logique agr&#233;gative d'&#233;vidences accumul&#233;es au nom de la doxa, f&#251;t-elle du contemporain : la dimension transgressive du scatologique n'est par exemple pas l'apanage du moderne ou du contemporain. Il en va de m&#234;me pour sa valeur critique. C'est pourquoi &#224; ce stade, avec une pointe de provocation, je me demande s'il ne faudrait pas envisager la scatologie comme une vertu morale, mais une morale de second degr&#233;, celle d'une ironie re&#231;ue en h&#233;ritage direct de Socrate c'est-&#224;-dire une ironie qui ne serait pas une simple figure rh&#233;torique mais un enjeu de pens&#233;e : pens&#233;e de la surprise et de l'oblicit&#233;, pens&#233;e d'un &#233;cart qui produit du commun, comme c'est le cas chez Rabelais, et paradoxalement, peut-&#234;tre &#233;galement chez Castellucci et Serrano.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S&#233;bastien Rongier, &lt;i&gt;De l'ironie. Enjeux critiques pour la modernit&#233;&lt;/i&gt;, Klincksieck, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maurice Merleau-Ponty, &lt;i&gt;Eloge de la philosophie&lt;/i&gt;, Paris, Folio-Gallimard, 1989, p. 59-61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Payot, &lt;i&gt;Anachronie de l'&#339;uvre d'art&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 1990, p. 159.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Malgr&#233; des pi&#232;ces passionnantes, l'artiste peut aussi dans ses interrogations comme dans ses pratiques &#234;tre neutralis&#233; par l'industrie quand il la fr&#233;quente de trop pr&#232;s. Voir S&#233;bastien Rongier &#171; Le rire scatologique est-il soluble dans la publicit&#233; ? (Sur Wim Delvoye) &#187;, &lt;i&gt;Humoresques&lt;/i&gt;, num&#233;ro 22, &#171; Rires scatologiques &#187;, juin 2005&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Catherine Grenier, &lt;i&gt;L'art contemporain est-il chr&#233;tien ?&lt;/i&gt;, N&#238;mes, Editions Jacqueline Chambon, 2003. Cette synth&#232;se des formes artistiques contemporaines montre l'importance de la question et la vari&#233;t&#233; des pratiques et des &#339;uvres qu'on ne saurait r&#233;duire &#224; la simple cat&#233;gorie du &#171; transgressif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilbert Brownstone et Monseigneur Albert Rouet, &lt;i&gt;L'Eglise et l'art d'avant-garde. De la provocation au dialogue&lt;/i&gt;, Pr&#233;face de Monseigneur Gilbert Louis, postface de Robert Pousseur, Paris, Albin Michel, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Bonnet et Guy Faivre d'Arcier, &lt;i&gt;L'Eglise de France dans le pi&#232;ge. Quand &#171; l'art d'avant-garde &#187; supplante l'art sacr&#233;&lt;/i&gt;, Le Dossiers de France Demain, Paris, Concep, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'exposition et son catalogue &lt;i&gt;Corpus Christi. La repr&#233;sentation du Christ en photographie 1885-2002&lt;/i&gt; (sous la dir. de Nissan N. Perez, Paris, Marval, 2002) nous apprend qu'il existe d&#232;s le d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle un tradition de la photographie du Christ en croix repr&#233;sent&#233; par des femmes nues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Clair, &lt;i&gt;De Immundo&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Leo Steinberg, &lt;i&gt;La sexualit&#233; du Christ dans l'art de la Renaissance et son refoulement moderne&lt;/i&gt;, Traduit de l'anglais par Jean-Louis Houdebine, Paris Gallimard, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet &lt;i&gt;Nudit&#233; sacr&#233;. Le nu dans l'art religieux de la Renaissance, entre &#233;rotisme, d&#233;votion et censure&lt;/i&gt;, sous la direction de Elise de Halleux et de Marianne Lora, Paris, Publications de la Sorbonne, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Rabelais, &lt;i&gt;Le Quart Livre&lt;/i&gt;, &#233;dition G&#233;rard Defaux, Paris, La Pochoth&#232;que-Le Livre de Poche, 2011, p. 1125&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Rabelais, &lt;i&gt;Le Quart Livre&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Rabelais, &lt;i&gt;Le Quart Livre&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 1133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S&#233;bastien Rongier, &#171; Duchamp, du poil &amp; Cie &#187;, dans &lt;i&gt;Marcel Duchamp &amp; l'&#233;rotisme&lt;/i&gt; (sous la direction de Marc D&#233;cimo), Dijon, Les presses du r&#233;el, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;criture et le num&#233;rique : un &#233;cosyst&#232;me et une intensification</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article406</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article406</guid>
		<dc:date>2021-12-03T18:13:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Doueihi, Milad</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour un humanisme num&#233;rique, journ&#233;e d'&#233;tude autour de Milad Doueihi, mardi 10 janvier 2012, Biblioth&#232;que National de France et EHESS.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;2012&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot57" rel="tag"&gt;Doueihi, Milad&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L360xH480/BNF_petit_auditorium-b005a.jpg?1751018080' width='360' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'invitation de Maurice Olender, de Camille de Toledo et de Milad Doueihi, la journ&#233;e &lt;a href=&#034;http://www.seuil.com/livre-9782021000894.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Pour un humanisme num&#233;rique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; tr&#232;s dense et pleine d'amiti&#233; et de rencontres. Occasion de suivre quelques lignes num&#233;riques.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_324 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L360xH480/BNF_lignes-c88f9.jpg?1751018080' width='360' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les pr&#233;sentations de Bruno Racine, l'intervention introductive de Maurice Olender et la prise de parole forte et dense de Milad Doueihi, le th&#232;me de la fin de matin&#233;e &#233;tait &#171; L'&#233;crit &#224; l'&#232;re du num&#233;rique &#187;, anim&#233;e par Denis Bruckmann (merci &#224; lui pour cet accueil), avec C&#233;cile Portier, Camille de Toledo et moi-m&#234;me.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les interventions de &lt;a href=&#034;http://petiteracine.net/wordpress/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;C&#233;cile Portier&lt;/a&gt; et de &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?rubrique398&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Camille de Toledo&lt;/a&gt; &#233;taient passionnantes car elles nous permettaient d'entrer dans la cuisine de leur cr&#233;ation, la cuisine d'&#233;criture, la cuisine num&#233;rique.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon intervention tranchait un peu, un propos plus g&#233;n&#233;ral et plus aust&#232;re. Le voici.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La question de l'&#233;criture num&#233;rique d&#233;borde largement le champ du litt&#233;raire mais c'est &#224; celui-ci que je restreindrai mon propos et les quelques lignes de fuites que je voudrais dessiner.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reprenant le constat de Milad Doueihi &#171; la notion m&#234;me d'auteur s'est &#233;largie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Milad Doueihi, Pour un humanisme num&#233;rique, Seuil, 2011, p. 45&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je voudrais &#233;voquer cette extension en terme d'&#233;cosyst&#232;me de l'&#233;criture. Le terme est commun &#224; Doueihi qui parle d'&#233;cosyst&#232;me social de l'individu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Milad Doueihi, Pour un humanisme num&#233;rique, Seuil, 2011, p. 70&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#224; Fran&#231;ois Bon qui utilise le terme pour souligner les sp&#233;cificit&#233;s de l'&#233;criture num&#233;rique. Pr&#233;f&#233;rer le terme &lt;i&gt;&#233;criture&lt;/i&gt; &#224; celui d'&lt;i&gt;&#233;crivain&lt;/i&gt;, c'est d'abord indiquer que le num&#233;rique d&#233;place l'instance auctoriale. On ne peut plus r&#233;duire l'&#233;criture &#224; un espace identifi&#233; ni &#224; un m&#233;dia. On pouvait dans un premier temps du num&#233;rique identifier l'auteur &#224; un espace (un site, un blog). Aujourd'hui les &#233;critures se sont d&#233;multipli&#233;es et se croisent via les r&#233;seaux sociaux, les autres sites ou blogs, les agr&#233;gateurs, les participations &#224; des &#233;ditions num&#233;riques, des revues num&#233;riques, des exp&#233;riences inter-relationnelles comme celle des &#171; &lt;a href=&#034;http://www.scoop.it/t/les-vases-communicants&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vases communicants&lt;/a&gt; &#187; : un &#171; auteur &#187; d'un site, d'un blog en invite un autre sur son propre site&#8230; extension du domaine de l'hyperlien et de l'hypertexte en quelque sorte et nouvelles formes d'amiti&#233;s num&#233;riques. De m&#234;me, l'&#233;criture num&#233;rique multiplie les int&#233;grations d'autres formes (images fixes ou mouvantes, sons, etc.) mais aussi r&#233;flexion sur la mise en forme sp&#233;cifique de l'&#233;criture. Double question puisqu'il y aurait d'un point de vue microstructurelle les questions de mise en page de textes, d'ergonomie et de design de sites, et d'un point de vue macrostructurelle, l'&#233;criture d'un auteur dans l'espace web, c'est-&#224;-dire son &#233;cosyst&#232;me num&#233;rique, lequel n'exclut &#233;videmment ni le livre papier, ni les performances et autres lectures publiques. De ce point de vue, l'&#233;cosyst&#232;me num&#233;rique englobe d&#233;sormais pour le litt&#233;raire ce qui n'est pas num&#233;rique. Il n'y a donc plus de dualisme r&#233;el/num&#233;rique, ou de dialectique d'&#233;critures mais la mise en place d'une interface nouvelle. Et je laisse de c&#244;t&#233; la question du lecteur dont Doueihi souligne la place dans le passage de &#171; la figure de l'&#233;crivain &#224; la renaissance du lecteur. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Milad Doueihi, Pour un humanisme num&#233;rique, Seuil, 2011, p. 110&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc envisager l'&#233;criture num&#233;rique en terme de &lt;i&gt;plasticit&#233;&lt;/i&gt;, au sens o&#249; Catherine Malabou d&#233;finit la plasticit&#233; comme une &#171; structure diff&#233;rentielle de la forme &#187;. La &lt;i&gt;plasticit&#233;&lt;/i&gt; est ici le trait g&#233;n&#233;ral de la mall&#233;abilit&#233;, un espace de tension qui fait tenir ensemble l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme est d'abord esth&#233;tique, puis didactique : &lt;i&gt;Plassein&lt;/i&gt;, c'est fa&#231;onner, modeler, et, au sens figur&#233;, former, &#233;duquer. Le terme devient philosophique avec Hegel qui l'&#233;voque dans &lt;i&gt;La Ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit&lt;/i&gt; pour d&#233;finir la subjectivit&#233; : la plasticit&#233; traduit le sujet, c'est-&#224;-dire pour Hegel recevoir et former son propre contenu, c'est-&#224;-dire s'auto-diff&#233;rencier.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas pour moi d'avoir la na&#239;vet&#233; de croire que l'&#233;criture num&#233;rique &lt;i&gt;invente&lt;/i&gt; la plasticit&#233; de l'&#233;criture, &lt;i&gt;invente&lt;/i&gt; la d&#233;lin&#233;risation, &lt;i&gt;invente&lt;/i&gt; l'&#233;criture comme milieu.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant d&#233;placer ces oppositions temporelles. Et pour cela, je prends appui sur la m&#233;thodologie d&#233;velopp&#233;e par Milad Doueihi &#224; partir de la question de l'amiti&#233; dans &lt;i&gt;Pour un humanisme num&#233;rique&lt;/i&gt;, je cite page 66 :
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'on fait appel aux Anciens, ce n'est point pour insister sur la continuit&#233; culturelle sans faille ni imposer une interpr&#233;tation historique quelconque. Bien plut&#244;t, l'apport de ce rapprochement &#233;mane de la comparaison entre le discours classique et l'actualisation de l'amiti&#233; comme principe fondateur de la sociabilit&#233; num&#233;rique, comparaison qui met au jour les d&#233;calages et les glissements conceptuels de l'h&#233;ritage de l'amiti&#233; &#224; sa r&#233;alit&#233; contemporaine telle qu'elle se manifeste dans l'environnement num&#233;rique. &#187;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque ce qui nous r&#233;unit, c'est aussi le terme d'&lt;i&gt;humanisme&lt;/i&gt;, je prolongerai ce point m&#233;thodologique en &#233;voquant l'&#339;uvre de &lt;a href=&#034;http://www.fabula.org/revue/document6692.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rabelais&lt;/a&gt; qui appartiendrait paradoxalement, et avec un peu de provocation, &#224; cette g&#233;n&#233;alogie du num&#233;rique : l'invention des livres de Rabelais, c'est l'invention de mondes ; c'est litt&#233;ralement l'&#233;criture comme une navigation, un mouvement perp&#233;tuel qui invente un lecteur plastique car les livres ne sont jamais l&#224; o&#249; on les attend : les &#233;pisodes rabelaisiens ne sont pas &lt;i&gt;suite de&lt;/i&gt;, mais v&#233;ritables re-commencement : &lt;i&gt;Gargantua&lt;/i&gt; (1534) n'est pas la suite de &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; (1532). Le &lt;i&gt;Tiers Livre&lt;/i&gt; (1546) d&#233;joue l'effet d'attente en ne suivant pas les annonces finales de &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt; pour le &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt; de 1552 dont la strat&#233;gie est celle de l'&#233;cart radical avec ce que l'on attend. Rabelais int&#232;gre dans ses livres ceux des autres. En 1537 un auteur anonyme publie un &lt;i&gt;Disciple de Pantagruel&lt;/i&gt;, sorte de suite des aventures de Pantagruel. Rabelais puisera certains &#233;pisodes de ce livre pour &#233;crire son &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt;. Dans ces strat&#233;gies plastiques, relevons &#233;galement que Rabelais publie deux &#233;tats du Quart Livre, la version de 1548 &#233;tant un condens&#233; de la version finale de 1552. L'&#233;criture se donne ici en s'inventant, une &#233;criture qui s'invente contre les &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, une pens&#233;e qui s'&#233;prouve contre les id&#233;ologies les plus violentes et r&#233;actionnaires de son temps. Enfin, Rabelais, auteur et &#233;diteur, &#233;tait &#233;galement tr&#232;s soucieux des &#233;ditions de ses propres textes. Ici sans doute, faudrait-il mettre un b&#233;mol car les auteurs contemporains se dispensent largement d'approcher le num&#233;rique et de r&#233;fl&#233;chir sur le devenir num&#233;rique de leurs propres &#339;uvres.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; nos moutons. L'&#233;criture num&#233;rique n'inventerait rien ? Bien s&#251;r que si, elle est pleinement dans l'invention. Mais il serait idiot de la penser comme forme &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt;. Ce que le num&#233;rique exp&#233;rimente, c'est une intensification de l'&#233;criture : l'intensivit&#233; est ici &#224; entendre comme force de d&#233;placement et d'&#233;volution. C'est un d&#233;bordement et un &#233;branlement des contour et une singularit&#233; dans un ensemble. Deleuze utilise l'expression de &#171; trait intensif &#187; pour d&#233;signer la singularit&#233; des composantes qui co&#239;ncident pourtant dans le concept. On retrouverait ici l'enjeu d'une auto-diff&#233;renciation de la forme plastique. La litt&#233;rature sur internet s'offre &#233;galement comme un ciel ouvert, un chantier, une progression ininterrompu, un dialogue constant et tendu avec la forme comme avec le lecteur. En s'offrant comme milieu, comme &#233;cosyst&#232;me, l'exp&#233;rience directe du processus de l'&#233;criture s'intensifie. Car c'est l'exp&#233;rience d'une &#233;criture comme &lt;i&gt;commun&lt;/i&gt;, la logique exigeante d'une relation
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que les d&#233;veloppements de Deleuze autour de l'image cin&#233;matographiques envisagent le moment cin&#233;matographique comme intensification de l'exp&#233;rience de l'image. Le num&#233;rique me semble relever de ce moment pour l'&#233;criture, et plus particuli&#232;rement le champ litt&#233;raire. Le num&#233;rique participe d'une intensification de l'exp&#233;rience de l'&#233;crit, d'une exp&#233;rience litt&#233;raire de l'&#233;crit.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques pistes d'&#233;tude, d'exemple :
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les mondes num&#233;riques de Fran&#231;ois Bon : du &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;tiers livre&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; aux &#233;ditions num&#233;riques &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;publie.net&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; en passant par des sites anonymes ou les r&#233;seaux sociaux et les &lt;a href=&#034;http://www.seuil.com/livre-9782021055344.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publications papiers&lt;/a&gt;.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'exp&#233;rience du &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?rubrique105&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, entit&#233; litt&#233;raire qui a trouv&#233; une premi&#232;re niche sur remue.net et qui, aujourd'hui, est modestement en train d'envahir le monde. C'est un travail collectif initi&#233; par &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?rubrique104&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Patrick Chatelier&lt;/a&gt; o&#249; l'auteur est progressivement battu en br&#232;che. Le &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; est une figure qui chaque jour s'invente, s'&#233;crit, se fictionnalise, et s'incarne dans diff&#233;rentes formes.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le travail sp&#233;cifique sur Facebook d'auteures comme &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/profile.php?id=100000812743050&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marie Chartres&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/sylvie.gracia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sylvie Gracia&lt;/a&gt;, deux exemples de rapports quotidien et artistique entre l'image et le texte &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le feuilleton romanesque de &lt;a href=&#034;http://twitter.com/#!/LucienSuel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lucien Suel sur Twitter&lt;/a&gt;, &#233;galement &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?mot522&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;auteur&lt;/a&gt; et bloggeur avec &lt;a href=&#034;http://academie23.blogspot.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;SILO&lt;/a&gt; &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le site-monde de Philippe de Jonckheere le &lt;a href=&#034;http://www.desordre.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;sordre.net&lt;/a&gt;. L'homme est un artiste du code (et pas seulement, l'image, les mots, les id&#233;es...)
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'univers num&#233;rique de Pierre M&#233;nard sur &lt;a href=&#034;http://www.liminaire.fr/spip.php?page=sommaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;liminaire.fr&lt;/a&gt; et la revue &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/list/collection-487-d-ici-l%C3%A0-revue/page/1/date&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'ici-l&#224;&lt;/a&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les formes d'&#233;critures &#233;prouv&#233;es sur sites, blogs, livres papiers par Anne Savelli : Voir le cas de &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?article3843&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Franck&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; publi&#233; chez Stock en 2010 qui s'articule &#224; d'autres livres et sites de l'auteur dont &lt;a href=&#034;http://www.danslavillehaute.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans la haute ville.net&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;http://fenetresopenspace.blogspot.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fen&#234;tres, open space&lt;/a&gt;, eux-m&#234;mes articul&#233;s &#224; d'autres exp&#233;riences (lectures, performances) et publication num&#233;rique avec &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505490/autour-de-franck&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Autour de Frank&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, texte &#224; quatre mains d&#233;velopp&#233; par Anne Savelli et Thierry Beinstingel sur &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publie.net&lt;/a&gt;.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et bien d'autres.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#224; ceux qui envisagent l'&#233;criture num&#233;rique en terme de &lt;i&gt;m&#233;diocrit&#233;&lt;/i&gt;, il faut les remercier en rappelant que la &lt;i&gt;m&#233;diocrit&#233;&lt;/i&gt; est d'abord pens&#233;e renaissante et rabelaisienne de l'humilit&#233; et du juste milieu, conduisant au compagnonnage pantagru&#233;lique, cette amiti&#233; qui invente et &#233;prouve le monde dans l'espoir du meilleurs. Il faut aussi voir ces relations contemporaines et num&#233;riques comme de nouvelles formes d'amiti&#233; et d'intensification de l'&#233;criture.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L360xH480/BNF_est-5f489.jpg?1751018080' width='360' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Milad Doueihi, &lt;i&gt;Pour un humanisme num&#233;rique&lt;/i&gt;, Seuil, 2011, p. 45&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Milad Doueihi, &lt;i&gt;Pour un humanisme num&#233;rique&lt;/i&gt;, Seuil, 2011, p. 70&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Milad Doueihi, &lt;i&gt;Pour un humanisme num&#233;rique&lt;/i&gt;, Seuil, 2011, p. 110&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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