<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
	<link>https://sebastienrongier.net/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?id_rubrique=36&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
		<url>https://www.sebastienrongier.net/IMG/logo/siteon0.jpg?1637577897</url>
		<link>https://sebastienrongier.net/</link>
		<height>96</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La photo, ou le regard qui manque (A propos de Hiroshima mon amour )</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article132</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article132</guid>
		<dc:date>2009-10-13T20:44:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Resnais, Alain</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est une photo d'Alain Resnais. Une silhouette. Presque une silhouette. C'est un homme qui marche dans les rues de Hiroshima. Il avance. Vers l'objectif qui saisit son pas &#8211; d&#233;cid&#233; &#8211; il avance. Pantalon clair. Chemise et blousons blancs. Autour la ville. Sa vivacit&#233; urbaine : les lampadaires tous les deux m&#232;tres qui structurent et saturent l'espace ; les banderoles verticales, les panneaux horizontaux. les id&#233;ogrammes partout. L'espace couvert, satur&#233;, l'espace qui affiche sa modernit&#233; &#8211; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;Chantier Hiroshima mon amour&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;Resnais, Alain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est une photo d'Alain Resnais. Une silhouette. Presque une silhouette. C'est un homme qui marche dans les rues de Hiroshima. Il avance. Vers l'objectif qui saisit son pas &#8211; d&#233;cid&#233; &#8211; il avance. Pantalon clair. Chemise et blousons blancs. Autour la ville. Sa vivacit&#233; urbaine : les lampadaires tous les deux m&#232;tres qui structurent et saturent l'espace ; les banderoles verticales, les panneaux horizontaux. les id&#233;ogrammes partout. L'espace couvert, satur&#233;, l'espace qui affiche sa modernit&#233; &#8211; comme pour oublier d'autres traces, comme pour affirmer le commun, le commun de toutes les rues. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;alisateur est l&#224;. Au second plan, souriant dans l'avanc&#233;e vers l'objectif qui fige un instant sa d&#233;marche. Assur&#233;ment il avance. Le talon du pied droit &#224; peine pos&#233;, comme fr&#244;lant le bitume de la rue japonaise. Derri&#232;re lui, la vie qui circule, les v&#233;los qui avancent, le cycliste qui attend au croisement d'une rue perpendiculaire qu'on devine seulement. Il attend on ne sait quelle nouvelle, on ne sait quel ami. Il attend port&#233; par son v&#233;lo.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Resnais avance. Il est au second plan. Au premier plan, tournant le dos &#224; l'appareil photographique, un homme, chemise blanche impeccable, manches retrouss&#233;es tient par la main gauche un enfant. Une petite dizaine d'ann&#233;es &#224; peine, culotte courte et chemisier fonc&#233; : col rond dans le dos et quatre gros boutons r&#233;partis entre la nuque et le bas du dos. Un p&#232;re et son enfant. Peut-&#234;tre. Sans doute. Ou peut-&#234;tre un fr&#232;re. Plus &#226;g&#233;. Un fr&#232;re qui aurait port&#233; sur son dos l'enfant au milieu des d&#233;combres d'une autre ville, celle ray&#233; par la bombe au matin du 6 ao&#251;t. A l'instant de la photo, ils avancent dans la direction oppos&#233;e. L'instant d'apr&#232;s, ils croiseront, croisent, ont crois&#233; et crois&#232;rent le r&#233;alisateur fran&#231;ais, un jour d'&#233;t&#233; 1958 dans une rue de Hiroshima. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne voit pas le regard de l'enfant. On ne sait pas qui il est, ou qui elle est. On sait juste qu'il y a, &#224; la droite de l'image ces deux habitants de Hiroshima, ces deux corps vivant d'une ville d&#233;plac&#233;e, transform&#233;e par l'effondrement. Qui sont ces corps ? Ceux d'avant, ceux d'apr&#232;s. Quelle marque sous la chemise repass&#233; de l'homme ? Quel dos dessous ? Quels souvenirs dans les t&#234;tes chevelus des deux silhouettes qui tournent le dos ? Quels souvenirs dans leur regard ? Quel est ce regard crois&#233; l'instant qui succ&#232;de &#224; la photographie, l'instant d'apr&#232;s l'image ? On n'en sait strictement rien. Evidemment. Quel souvenir ? Quelle histoire accroch&#233;e &#224; ces dos qui ne dispara&#238;tront jamais plus de la marche de Resnais ? &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette photographie qu'on trouve dans de nombreux livres &#233;voquant &lt;i&gt;Hiroshima mon amour&lt;/i&gt; appartient aux&lt;i&gt; Cahiers du cin&#233;ma&lt;/i&gt;. Est-ce Sylvette Baudrot qui l'a prise ? Est-ce Emmanu&#232;le Riva ? &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanu&#232;le Riva a pris de nombreuses photographies pendant son s&#233;jour japonais. On en retrouve un certain nombre dans le livre magnifique,&lt;i&gt; Tu n'as rien vu &#224; Hiroshima&lt;/i&gt;, publi&#233; chez Gallimard. On est frapp&#233; en regardant ce livre des nombreuses photographies d'enfants. Et de ce commentaire qu'on retrouve sur le site de la &lt;a href=&#034;http://www.bifi.fr/public/ap/article.php?id=297&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bifi&lt;/a&gt; (avec de nombreuses photographies reproduites) : &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; J'aime beaucoup les photos d'enfants, particuli&#232;rement la s&#233;rie de photos avec les &#233;coliers de dos qui s'en vont &#224; l'&#233;cole, avec leur costume et leurs bretelles crois&#233;es. &#187; (Emmanu&#232;le Riva)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Importance pr&#233;gnante de l'enfance et des enfants dans ces images de Riva. Des silhouettes qui s'&#233;loignent. Sans dramatisation. Des visages qui attendent. Sans dramatisation. Pr&#233;sence de ces visages d'enfants dans la ville qui se cherche, s'invente. Comme ce marcheur saisi dans l'aventure de son mouvement. Alors qu'importe l'image photographique invisible ici. Elle est partout ailleurs. Mais surtout elle en appelle une autre, d'autres (&#8230; et la chair terrible d'autres mots sur le regard).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A la crois&#233;e des chemins et des images, &#224; la crois&#233;e des chemins d'image, on est frapp&#233; par le souvenir d'une autre image au c&#339;ur du film de Resnais&#8230; celle d'un autre enfant, d'une autre silhouette qui cette fois nous regarde. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Importance d&#233;cisive du regard-cam&#233;ra dans ce film de Resnais. Bien s&#251;r, c'est d'abord le regard de cette femme dans le couloir de l'h&#244;pital, au bout du travelling, le premier du film. Puis, dans l'h&#233;catombe des images, cette archive du d&#233;sastre : l'enfant port&#233; sur le dos d'un autre, plus grand, et la t&#234;te qui se tourne, qui regarde celui qui filme, ou peut-&#234;tre l'objet qui filme. Mais ce qu'il traverse, frappe &#8211; &#224; chaque fois, oui, &#224; chaque fois cela recommence &#8211; c'est notre regard. Au plus profond. L'Histoire est l&#224;. Comme le souligne Antoine de Baecque dans son passionnant livre &lt;i&gt;L'histoire-cam&#233;ra&lt;/i&gt; (Gallimard, 2008), le regard cam&#233;ra est pr&#233;sence de la conscience d&#233;chir&#233;e de l'apr&#232;s, cette conscience mutil&#233;e &#233;voqu&#233;e par Adorno. Le regard cam&#233;ra puise alors dans les replis de l'impens&#233; la tension n&#233;cessaire pour former une conscience de la brisure histoire. Ces regards cam&#233;ra de Resnais &#171; disent que le cin&#233;ma a d&#251; changer, a chang&#233;, parce que plus personne ne pouvait rester innocent apr&#232;s ces images. C'est l'histoire du si&#232;cle qui a invent&#233; le cin&#233;ma moderne : l'une des formes par excellence du cin&#233;ma nouveau, celle qui transgresse, qui permet de voir l'insens&#233;. &#187; (Antoine de Baecque, page 60).
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_172 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/IMG/png/Enfant_regard_camera.png?1637577925' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
(photogramme tir&#233; de &lt;i&gt;Hiroshima mon amour&lt;/i&gt;)
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comment ne pas penser au po&#232;me de T&#244;ge Sankichi, intitul&#233; &#171; Yeux &#187; que l'on retrouve dans le volume &lt;a href=&#034;http://www.editionslaurenceteper.com/fiche-livre.asp?Clef=36&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Po&#232;mes de la bombe atomique&lt;/i&gt;, traduit par Claude Mouchard et publi&#233; par Laurence Teper&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Resnais ne l'a sans doute pas lu, &#224; l'&#233;poque tout du moins, car le texte n'&#233;tait pas traduit. Mais ces po&#232;mes &#233;crits entre 1949 et 1951 par un po&#232;te, lui-m&#234;me irradi&#233; et qui mourra de ses blessures atomiques le 10 mars, co&#239;ncident de mani&#232;re stup&#233;fiante avec le film de Resnais.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Des visages que je ne reconnais pas me regardent&lt;br/&gt;
dans un monde perdu un temps perdu&lt;br/&gt;
dans un entrep&#244;t obscur&lt;br/&gt;
une lumi&#232;re ni nuit ni jour tombe, par le treillis en bois tordu d'une fen&#234;tre&lt;br/&gt;
les uns sur les autres &#8211; visages qui furent des faces&lt;br/&gt;
qui au somment d'humains refl&#233;taient&lt;br/&gt;
les joies et chagrins de la vie comme de l'eau &lt;br/&gt;
scintillante&lt;br/&gt;
Ah, maintenant d&#233;bris de chair pourrie coulante seuls les yeux flambent&lt;br/&gt;
visages sceaux de l'humain arrach&#233;&lt;br/&gt;
&#224; terre rest&#233;s l&#224; sur le sol en ciment&lt;br/&gt;
gonfl&#233;s bleuis doux lourds ronds ces objets&lt;br/&gt;
clou&#233;s par quelque force fix&#233;s&lt;br/&gt;
sans autre mouvement qu'un &#233;clat blanc d'entre les chairs d&#233;chir&#233;es&lt;br/&gt;
regardent chacun de mes pas.&lt;br/&gt;
Yeux collant &#224; mon dos mon &#233;paule mon bras.&lt;br/&gt;
pourquoi me regarder ainsi&lt;br/&gt;
&#224; ma poursuite &#224; ma poursuite m'encerclant de tous&lt;br/&gt;
c&#244;t&#233;s, me lan&#231;ant de minces rayons blancs m'arrivant&lt;br/&gt;
yeux, yeux, YEUX, &lt;br/&gt;
d'au-devant de si loin, de ce coin obscur, de juste ici &#224; mes pieds&lt;br/&gt;
ah, ah, ah&lt;br/&gt;
debout v&#234;tu front intact et nez malgr&#233; tout sans dommage&lt;br/&gt;
je marche &#8211; &#234;tre humain&lt;br/&gt;
des yeux se fixant sur moi me transpercent.&lt;br/&gt;
Du sol chaud&lt;br/&gt;
des murs oppressants, d'entre les puissants piliers qui soutiennent le plafond caverneux&lt;br/&gt;
des yeux qui apparaissent, &lt;i&gt;apparaissent&lt;/i&gt; ne s'effa&#231;ant pas.&lt;br/&gt;
Ah, coll&#233;s &#224; moi fix&#233;s pour toujours sur moi&lt;br/&gt;
de mon dos &#224; ma poitrine, de mes aisselles &#224; mes &#233;paules moi qui entre dans l'obscurit&#233;&lt;br/&gt;
cherchant celle qui ce matin encore &#233;tait ma pauvre s&#339;ur&lt;br/&gt;
Yeux !&lt;br/&gt;
Sur le b&#233;ton, ensevelie entre les mailles d'un tapis en paille suintant d'urine on ne sait d'o&#249;&lt;br/&gt;
une joue est pr&#232;s de se d&#233;truire&lt;br/&gt;
oint de pommade, s&#233;cr&#233;tion, sang, cendres, un masque de mort&lt;br/&gt;
oh, oh,&lt;br/&gt;
un globe oculaire qui bouge, verse des gouttes d'un liquide clair&lt;br/&gt;
d'entre des l&#232;vres r&#233;vuls&#233;es&lt;br/&gt;
des dents mouchet&#233;es de rouge&lt;br/&gt;
appellent, comme le mordant, mon nom.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Aporie (A propos de Hiroshima mon amour )</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article130</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article130</guid>
		<dc:date>2009-10-06T20:49:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Resnais, Alain</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A partir de 1945, l'effondrement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des mots r&#233;sonnent : Auschwitz, Hiroshima. &lt;br class='autobr' /&gt;
Auschwitz : Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka, Ma&#239;danek, Auschwitz Birkenau mais aussi Dachau, Sahsenhausen, Buchenwald, Flossenberg, Neuengamme, Struthof ou Mathausen... (c'est dans le syst&#232;me industrialis&#233; et planifi&#233; par les nazis qui faut replacer le g&#233;nocide pour en mesurer la terrible importance historique et philosphique). &lt;br class='autobr' /&gt;
Hiroshima : Nagasaki... (c'est dans la reconduction consciente et calcul&#233;e du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;Chantier Hiroshima mon amour&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;Resnais, Alain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A partir de 1945, l'effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mots r&#233;sonnent : Auschwitz, Hiroshima.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Auschwitz&lt;/strong&gt; : Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka, Ma&#239;danek, Auschwitz Birkenau mais aussi Dachau, Sahsenhausen, Buchenwald, Flossenberg, Neuengamme, Struthof ou Mathausen... (c'est dans le syst&#232;me industrialis&#233; et planifi&#233; par les nazis qui faut replacer le g&#233;nocide pour en mesurer la terrible importance historique et philosphique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hiroshima&lt;/strong&gt; : Nagasaki... (c'est dans la reconduction consciente et calcul&#233;e du &lt;i&gt;geste&lt;/i&gt; atomique que l'horreur prend une &#233;paisseur plus insoutenable encore).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &lt;i&gt;Nuit et brouillard&lt;/i&gt;, la soci&#233;t&#233; de production Argos demande &#224; Alain Resnais de r&#233;aliser un documentaire sur Hiroshima. Face &#224; ce qui existe d&#233;j&#224;, face &#224; son exp&#233;rience pass&#233;e, Resnais sait qu'il lui est impossible de faire un documentaire sur Hiroshima. Mais surtout sa conscience esth&#233;tique lui impose d'aller ailleurs, de faire autre chose, de ne pas produire une image qui serait au service de... une image qui serait l'illustration d'un propos, ou d'une cause. C'est la mati&#232;re m&#234;me du cin&#233;matographique que doit se r&#233;soudre, ou ne pas se r&#233;soudre, cette conscience aigu&#235; de de la catastrophe. C'est dans le film qui r&#233;siste &#224; sa commande documentaire qu'il doit trouver son point d'irr&#233;solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que tout autre, Resnais sait que le monde ne peut alors qu'&#234;tre saisi par le fragment et la ruine. Le monde qui s'est b&#226;ti sur les brisures de la conscience a perdu ces certitudes. Mais c'est au coeur de cette profonde incertitude qu'il s'agit d'aller. C'est l&#224; que Resnais place son cin&#233;ma... non pas dans une quelconque ambition didactique - Resnais se m&#233;fie du cath&#233;chisme de la m&#233;moire transform&#233; et culte r&#233;ifi&#233; - mais v&#233;ritablement dans une confrontation dialectique et n&#233;gative. Resnais se confronte donc &#224; ce qui n'est plus &#233;nonc&#233; ou &#233;non&#231;able : Hiroshima - &#034;se conna&#238;tre &#224; Hi-ro-shi-ma&#034; plut&#244;t que &lt;i&gt;conna&#238;tre&lt;/i&gt; Hiroshima.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'enjeu est dans le d&#233;placement, dans la transformation. Un pas de c&#244;t&#233;... une histoire d'amour pour tenter de dire les mots perdus, les images qui feraient retour dans les matins d'apr&#232;s l'amour quand, apr&#232;s avoir aval&#233; un caf&#233; sur la terrasse de la chambre de son h&#244;tel... quand apr&#232;s avoir vu passer les v&#233;los neufs du Hiroshima moderne... quand en regardant la main de l'amant qui a caress&#233; la nuit durant... d'autres images apparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/IMG/png/Elle_terrase_regarde_velos_dont_couple_rappel_Nevers_-_copie.png?1637577925' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'aporie est alors le mot qui qui d&#233;signe un &#233;tat de conscience, celui d'une modernit&#233; inqui&#232;te et s&#233;v&#232;re, celle qui dans l'apr&#232;s de la catastrophe ne dira pas qu'il n'est plus possible d'&#233;crire un po&#232;me (comme on voudrait, h&#226;tivement et faussement, r&#233;duire la pens&#233;e adornienne) mais qu'il n'est plus possible d'&#233;crire un po&#232;me dans la m&#233;connaissance, voire l'in-conscience de notre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors oui, la revisite du film de Resnais s'accompagne des relectures de &lt;i&gt;Minima Moralia&lt;/i&gt; et de la &lt;i&gt;Dialectique n&#233;gative&lt;/i&gt; d'Adorno : il faudra revenir sur l'aspect d&#233;terminant de l'oeuvre de Resnais parfaitement r&#233;tive &#224; toute r&#233;conciliation et travaillant &#224; partir de sa contraction m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relecture &#233;galement (consubstantiellement) de la pens&#233;e de Benjamin et de l'importance de son image dialectique mais aussi (ne jamais l'oublier) des premi&#232;res phrases de &lt;i&gt;Enfance berlinoise&lt;/i&gt; si importantes : &#171; Ne pas trouver son chemin dans une ville, &#231;a ne signifie pas grand-chose. Mais s'&#233;garer dans une ville comme on s'&#233;gare dans une for&#234;t demande toute une &#233;ducation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d&#233;couverte (n&#233;cessit&#233; d'y revenir aussi) des &lt;i&gt;Po&#232;mes de la bombe atomique&lt;/i&gt; de T&#244;ge Sankichi, po&#233;sie arriv&#233;e en France gr&#226;ce &#224; Claude Mouchard et gr&#226;ce aux &#233;ditions Laurence Teper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode rend difficile le travail personnel et l'activit&#233; du site. Et le temps manque rudement pour alimenter comme on voudrait ce chantier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La tondue de Nevers (A propos de Hiroshima mon amour d'Alain Resnais)</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article129</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article129</guid>
		<dc:date>2009-08-18T20:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Resnais, Alain</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Elle, c'est d'abord une tondue. Avant d'&#234;tre une actrice. Avant d'&#234;tre une &#233;pouse. Avant d'&#234;tre une m&#232;re. Avant d'&#234;tre la ma&#238;tresse d'un japonais de Hiroshima. Elle, c'est une tondue. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l'image poisseuse de la Lib&#233;ration, celle dont on aimerait ne pas se souvenir. Et, en effet, on ne se souvient pas. Longtemps le silence sur ces pratiques douteuses et abjectes qui s'en prennent toujours aux femmes, &#224; leur corps. Souvent &#224; la faveur de toutes les rumeurs, ou de tous les r&#232;glements de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;Chantier Hiroshima mon amour&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;Resnais, Alain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Elle, c'est d'abord une tondue. Avant d'&#234;tre une actrice. Avant d'&#234;tre une &#233;pouse. Avant d'&#234;tre une m&#232;re. Avant d'&#234;tre la ma&#238;tresse d'un japonais de Hiroshima. Elle, c'est une tondue.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'image poisseuse de la Lib&#233;ration, celle dont on aimerait ne pas se souvenir. Et, en effet, on ne se souvient pas. Longtemps le silence sur ces pratiques douteuses et abjectes qui s'en prennent toujours aux femmes, &#224; leur corps. Souvent &#224; la faveur de toutes les rumeurs, ou de tous les r&#232;glements de compte. Qu'importe la frustration voire la mauvaise conscience de beaucoup &#8212; ceux qui n'ont rien fait, ou ceux qui ont trop fait &#8212; on se drape dans ces faits de guerre, ces putasseries que l'histoire officielle oubliera longtemps... mais il est vrai qu'on a connu des serviteurs de l'Etat vichiste qui poursuivirent une belle carri&#232;re pr&#233;fectorale, puis minist&#233;rielle sous les dorures complaisantes de l'Etat (la Seine de 1961 s'en souvient encore !). Pour ces femmes abominablement violent&#233;es, on parlait de &#171; collaboration horizontale &#187;. L'expression est assez affreuse mais ridicule compar&#233;e &#224; cette collaboration &lt;i&gt;int&#233;grale&lt;/i&gt; dont on ne se remet pas. Mais l'&lt;i&gt;H&lt;/i&gt;istoire de France, la grande, l'officiel, a ses habitudes oublieuses...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'en sera-t-il quand les chercheurs, les universitaires devront r&#233;pondre &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En tout cas, dans l'urgence d'un sc&#233;nario &#233;crit en 1958, une &#233;crivain n'oublie pas les tondues de la Lib&#233;ration, comme d'autres &#233;crivains n'oublient pas plus tard la rue Lauriston, et d'autres encore la Seine de 1961 ensanglant&#233;e par des pratiques polici&#232;res qu'on nous dit d'un autre temps.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on revoit &lt;i&gt;Hiroshima mon amour&lt;/i&gt; d'Alain Resnais, quand on relit le sc&#233;nario de Marguerite Duras, c'est d'abord cela qui frappe l'esprit : la tondue de Nevers.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_170 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/IMG/png/la_tonte_54_09.png?1637577926' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Un visage perdu. L'homme mort, elle sent encore sur sa peau l'agonie longue, la chaleur qui dispara&#238;t, le raidissement progressif. Elle a couv&#233; sa mort. Comme pour la retenir ou l'emp&#234;cher avant de sombrer dans la folie. C'est un corps social fou qui l'accueille. A Nevers. A Nevers comme partout ailleurs, ils attendent tous &#8212; les braves gens comme les autres &#8212; ils attendent tous le moment. Le bon moment pour montrer la force de la frustration, la puissance de la convention. La tondre, ce n'est pas se lib&#233;rer, c'est au contraire r&#233;affirmer la puissance des valeurs vichistes, c'est prolonger symboliquement les valeurs fascistes. Mais tondre une femme n'est pas un geste symbolique. C'est labourer un cr&#226;ne de coups de ciseaux haineux, c'est tirer des cheveux, tordre des membres, c'est insulter des femmes, cracher sur des visages. C'est d&#233;truire.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ils me tondent avec soin jusqu'au bout. Ils croient de leur devoir de bien tondre les femmes.&lt;br/&gt;
(...)&lt;br/&gt;
Je ne suis attentive qu'au bruit de ciseau sur ma t&#234;te. Ca me soulage un tout petit peu... de... ta mort... comme...&lt;br/&gt;
(...)&lt;br/&gt;
Ah ! quelle douleur. Quelle douleur au coeur. C'est fou... On chante La Marseillaise dans toute la ville. Le jour tombe. Mon amour mort est un ennemi de la France. Quelqu'un dit qu'il faut la faire se promener en ville. La pharmacie de mon p&#232;re est ferm&#233;e pour cause de d&#233;shonneur. Je suis seule. Il y en a qui rient. Dans la nuit, je rentre chez moi. &#187;&lt;br/&gt;
Marguerite Duras, &lt;i&gt;Hiroshima mon amour&lt;/i&gt;, Folio, pages 96-97.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; --------
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Photogramme issu de &lt;i&gt;Hiroshima mon amour&lt;/i&gt; d'Alain Resnais.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prolonger ces premi&#232;res remarques :
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Fabrice Virgili, &#171; Les &#171; tondues &#187; &#224; la Lib&#233;ration :le corps des femmes, enjeu d'une r&#233;aproppriation &#187;, Clio, num&#233;ro 1-1995, R&#233;sistances et Lib&#233;rations France 1940-1945. Texte en ligne &lt;a href=&#034;http://clio.revues.org/index518.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Fabrice Virgili, &lt;i&gt;La France &#8220;virile&#8221; : des femmes tondues &#224; la lib&#233;ration&lt;/i&gt;, Payot, 2004.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Jean-Luc Einaudi, &lt;i&gt;La bataille de Paris. 17 octobre 1961&lt;/i&gt;, Point-Seuil Histoire, 2007.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?rubrique115&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dossier Duras sur remue.net&lt;/a&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; A &#233;couter la &lt;a href=&#034;http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/dossiers/2009/marguerite-duras/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Grande travers&#233;e &lt;i&gt;Avec Duras&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; imagin&#233;e par Laure Adler pour France culture et diffus&#233;e cette cet &#233;t&#233; 2009. Une s&#233;rie d'&#233;missions passionnante et magistrale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qu'en sera-t-il quand les chercheurs, les universitaires devront r&#233;pondre &#224; des programmations technocratiquement d&#233;cid&#233;es ? Qu'en sera-t-il dans les murs d'un &#233;ventuel mus&#233;e de l'histoire de France ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
