<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
	<link>https://sebastienrongier.net/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?id_mot=40&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
		<url>https://www.sebastienrongier.net/IMG/logo/siteon0.jpg?1637577897</url>
		<link>https://sebastienrongier.net/</link>
		<height>96</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Il avait une belle t&#234;te &#187;. Se souvenir de Michel Deguy</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article468</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article468</guid>
		<dc:date>2022-02-20T10:36:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Deguy, Michel</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Disparition de Michel Deguy le 16 f&#233;vrier 2022. Quelques souvenirs attabl&#233;s...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Bordure de soi&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;Deguy, Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1050 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L400xH364/deguy_nb-fe786-2e9ec.jpg?1750439065' width='400' height='364' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je parcours les chemins de ma m&#233;moire au moment de la disparition de Michel Deguy, et je me rends compte que nous nous croisions depuis presque une vingtaine d'ann&#233;e. En rentrant chez moi, j'ai ressorti les livres de Michel, j'ai fait une petite photo en me disant que c'&#233;tait rassurant de savoir l'&#339;uvre pr&#232;s de moi. Et j'ai imm&#233;diatement mesur&#233; combien nos rendez-vous informels allaient me manquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'aventure collective de remue.net, je me suis mis en t&#234;te d'ouvrir un dossier de r&#233;flexion, de textes, d'&#233;changes entre litt&#233;rature et philosophie. On devait &#234;tre en 2002-2003. J'ai alors pris contact avec Michel Deguy que je ne connaissais mais que je lisais. Il m'a imm&#233;diatement r&#233;pondu et donn&#233; rendez-vous. Un caf&#233; &#224; Saint-Germain. Souvenir impressionn&#233; d'un simple lecteur devant &lt;i&gt;la grande figure&lt;/i&gt; et, en m&#234;me temps, &#233;tonnement de son accueil et de la simplicit&#233; de la rencontre. Ce projet n'a pas vu le jour mais je suis mis en t&#234;te de constituer un dossier &lt;i&gt;Deguy&lt;/i&gt; pour remue.net. Il a vu le jour en 2005, occasion de premiers rendez-vous de discussion et de travail. Il affectionnait alors le &lt;i&gt;Lao Tseu&lt;/i&gt;, boulevard Saint-Germain. On s'y retrouvait de temps en temps pour pr&#233;parer ce dossier et discuter. Michel Deguy aimait aussi les conversations &#224; b&#226;tons rompus o&#249; fusaient les &lt;i&gt;Ah mais vous n'avez pas lu &#231;a ? &lt;/i&gt; ou les &lt;i&gt;Vous en avez pens&#233; quoi, S&#233;bastien, de ce film ?&lt;/i&gt; A l'occasion de cette pr&#233;paration, nous parlions de ses livres et de son parcours. Un jour, il m'annonce tout de go, &lt;i&gt;S&#233;bastien, il faut que vous veniez &#224; l'IMEC avec Martin. Vous faites un petit topo avant Martin et on passe la soir&#233;e l&#224;-bas.&lt;/i&gt; Il s'agissait donc de Martin Rueff. Il faut avoir un degr&#233; d'inconscience et d'insouciance pour s'engager dans une telle soir&#233;e, entour&#233; par&#8230; Martin Rueff et Michel Deguy. Souvenir &#233;mouvant de cette premi&#232;re prise de parole. C'est toujours &#233;trange de parler de l'&#339;uvre d'un auteur en sa pr&#233;sence. Je ne savais pas encore qu'il y aurait d'autres occasions &#8211; celle du colloque Cerisy &#233;tant sans doute la plus m&#233;morable. Le d&#238;ner qui a suivi &#233;tait aussi simple que chaleureux dans une salle de l'Abbaye d'Ardenne. Je ne souviens de ce moment o&#249; Michel a sembl&#233; satisfait en me disant &lt;i&gt;Ah S&#233;bastien, vous mangez de la soupe !&lt;/i&gt; Je ne sais pas tr&#232;s bien &#224; quoi correspondait ce marqueur (la soupe) mais la remarque nous a bien fait rire sur le moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait de nombreux autres rendez-vous intellectuels, parfois tr&#232;s denses. Ils sont dans des livres ou dans diff&#233;rents enregistrements. Outre, l'&lt;a href=&#034;https://sebastienrongier.net/spip.php?article469&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;IMEC&lt;/a&gt;, j'ai fait partie de l'aventure &lt;a href=&#034;https://sebastienrongier.net/spip.php?article399&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cerisy&lt;/a&gt;, ou d'une &lt;a href=&#034;https://sebastienrongier.net/spip.php?article341&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;journ&#233;e d'&#233;tude&lt;/a&gt; &#224; la Maison d'Am&#233;rique latine. J'ai &#233;galement particip&#233; &#224; quelques publications (voir &lt;a href=&#034;https://sebastienrongier.net/spip.php?article386&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;https://remue.net/dossier-michel-deguy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;), y compris une invitation &#224; &lt;a href=&#034;https://sebastienrongier.net/spip.php?article384&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;crire dans &lt;i&gt;Po&amp;sie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, sans oublier &lt;a href=&#034;https://sebastienrongier.net/spip.php?article422&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'invitation autour du livre de Martin Rueff consacr&#233; &#224; Michel Deguy&lt;/a&gt;. J'ai m&#234;me &#233;t&#233; &#224; l'initiative de l'&#233;dition num&#233;rique d'un de ses textes sur&lt;a href=&#034;https://www.babelio.com/livres/Deguy-De-lillisibilite/217654&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'illisibilit&#233;&lt;/a&gt;quand je m'occupais d'une collection de textes th&#233;oriques. L'importance de l'&#339;uvre de Deguy n'est plus &#224; &#233;tablir, m&#234;me si elle reste &#224; d&#233;fendre. Mais les d&#233;jeuners avec Michel qui en parlera ? Tr&#232;s vite s'est &#233;tabli un &lt;i&gt;modus operandi&lt;/i&gt;. Aux rendez-vous publics de grands s&#233;rieux alternaient ces moments plus l&#233;gers, des rencontres informelles et amicales, loin des salles d'&#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait quelque chose de simple dans ces rencontres. Elles reprenaient l&#224; o&#249; elles s'&#233;taient suspendues la fois pr&#233;c&#233;dentes, souvent s&#233;par&#233;es de quelques mois. Je me souviens de la gaiet&#233; de nos emportements politiques qui s'achevaient par son sourire ironique que nous soyons en accord ou non. Nous nous sommes longtemps vus au Rostand, avec, au menu, un croque-monsieur et une pression et parfois un plat du jour, voire un croque-madame. D&#232;s qu'on le pouvait, nous nous pr&#233;cipitions en terrasse pour lui permettre d'en griller une. Car, il y avait toujours deux choses qui accompagnait la silhouette de Deguy, une &#233;charpe l&#233;g&#232;re autour du cou et une clope qu'il avait l'habitude de mordre quasiment. Nous nous y retrouvions &#224; n'importe quelle saison. L'hiver nous d&#233;sertions la terrasse de la brasserie. Nos &#233;changes commen&#231;aient parfois par un &lt;i&gt;Vous avez vu &#231;a, S&#233;bastien ?&lt;/i&gt; en me montrant la Une du Monde qu'il venait d'acheter. Deguy avait une r&#233;elle passion d&#233;mocratique pour la chose politique. Nous n'aurons pas eu le temps de parler ensemble des remous naus&#233;abonds de l'actualit&#233; mais je sais exactement o&#249; sa voix aurait tonn&#233;, o&#249; elle aurait &#233;t&#233; d&#233;sesp&#233;r&#233;e par les f&#234;lures d&#233;mocratiques et les mensonges politiques qui agitent l'actualit&#233;. Nous prenions des nouvelles de chacun et de nos projets d'&#233;criture. Il aimait parler des trouvailles de ses titres comme un horizon du livre qui s'&#233;crit et se monte. Parfois, il faisait le compte des amis disparus et des &lt;i&gt;Tombeaux&lt;/i&gt; qu'il aurait &#224; &#233;crire, ce maintien de l'amiti&#233; dans l'&#233;criture du po&#232;me. C'est peut-&#234;tre cela la cl&#233; de cette vie d'&#233;crivain, de penseur, le lien par le po&#232;me. Un jour que nous parlions de pr&#233;noms, il m'avait demand&#233; si j'avais d'autres pr&#233;noms. Je lui avais avais dit : &lt;i&gt;S&#233;bastien, Rapha&#235;l &amp; Michel, figurez-vous&lt;/i&gt;. Il avait souri de la surprise avant de longuement parler avec douleur de son petit-fils. C'est la seule fois que j'ai connu le visage sombre et ferm&#233; de Michel. Il avait encha&#238;n&#233; sur le num&#233;ro en cours de la revue, racontant le travail de titan de Martin, de Claude et des autres. La vie &#233;tait l&#224;. Quand je lui avais parl&#233; de mon projet de roman autour de la R&#233;sistance, il m'avait parl&#233; de sa famille et des r&#233;sistants si proches de sa jeunesse, le souvenir de cet oncle fusill&#233; au mont Val&#233;rien qui occupa une partie du d&#233;jeuner, ce jour-l&#224;. J'esp&#233;rais pouvoir lui remettre le livre en main propre. Ce qui me frappe dans tous ces moments, ce sont les rires joyeux qui nous traversaient. Une proximit&#233; sans &#234;tre intimes. Mais parler des uns et des autres, divers potins, des livres lus, des auteurs rencontr&#233;s. Je lui parlais de romanciers qu'il ne connaissait pas. &lt;i&gt;Comment s'appelle-t-il, dites-vous ?&lt;/i&gt; Et il notait un nom, un titre sur un bout de papier avec son &#233;criture impossible... mais ce M superbe qui formait un grand geste de signature quand il d&#233;dica&#231;ait ses livres. Il partait bient&#244;t en voyage. Il faisait la liste de ses futures destinations. Deguy &#233;tait un infatigable voyageur entre colloques, conf&#233;rences, invitations diverses et d&#233;parts vers des destinations personnelles. Il aimait encore me d&#233;tailler l'avanc&#233;e du sommaire du prochain num&#233;ro de sa revue &lt;i&gt;Po&amp;sie&lt;/i&gt;, un point d'ancrage essentiel dans sa vie intellectuelle. On parlait de plus en plus des agitations dans les maisons d'&#233;ditions. Il s'inqui&#233;tait d'abord pour sa collection et pour sa revue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est arriv&#233; un moment o&#249; le bruit ambiant de la brasserie lui &#233;tait devenu insupportable. Nous sommes alors all&#233;s manger dans une brasserie plus calme du quartier. A peine install&#233; sur une banquette moelleuse que soudain l'id&#233;e de manger des hu&#238;tres a sembl&#233; le rajeunir. Il sortait alors d'op&#233;rations assez lourdes et manger quelques hu&#238;tres l'avait revigor&#233;. L'endroit &#233;tait calme. Les heures pass&#233;es ensembles &#233;taient d&#233;licieuses, m&#234;lant souvenirs, confidences et brusques digressions litt&#233;raires. Mais nous avons &#233;t&#233; chass&#233;s de cette nouvelle brasserie car l'adresse fermait pour travaux. Pas le temps de prendre de nouvelles habitudes De rendez-vous en rendez-vous, nous avons alors err&#233; dans le quartier. Un &#233;t&#233;, nous avons profit&#233; de la fra&#238;cheur du jardin du Luxembourg pour d&#233;jeuner &#224; la terrasse d'un restaurant prot&#233;g&#233; par les branches feuillues. Nous avions pris le temps de parler de Walter Benjamin, du livre que je lui avais consacr&#233; et qu'il avait aim&#233;. Il voulait accueillir un texte de moi pour son num&#233;ro de &lt;i&gt;Po&amp;sie&lt;/i&gt; sur l'Europe. &#201;tait-ce la douceur de l'&#233;t&#233; mais nous avions &#233;t&#233; rejoints au hasard des promenades de chacun par diverses connaissances pour finalement constituer une table agit&#233;e d'&#233;changes&#8230; et la possibilit&#233; d'une griller une petite pour Michel. Nos derniers rendez-vous furent place de la Sorbonne. On y mangeait assez mal. On le savait. Mais nous avions le ciel parisien pour &#233;voquer Baudelaire. C'&#233;tait merveilleux de parler de Baudelaire avec lui, sous les merveilleux nuages. Et pour nous consoler du ciel, il m'avait lanc&#233; &lt;i&gt;S&#233;bastien, soyons extravagants aujourd'hui, commandons une eau p&#233;tillante !&lt;/i&gt; Devant la Sorbonne, nous avions parl&#233; d'universit&#233;, quelques-uns de ses souvenirs, et mon propre renoncement &#224; prolonger mes d&#233;marches. Il en avait &#233;t&#233; pein&#233; pour moi mais il y avait sans doute mieux &#224; faire. Avant de finaliser avec lui un petit projet de r&#233;&#233;dition, je lui avais demand&#233; ce qu'il penserait de la r&#233;&#233;dition de son &lt;i&gt;Comit&#233;&lt;/i&gt;. L'id&#233;e l'avait &#233;tonn&#233;. C'&#233;tait loin d&#233;sormais. Il &#233;tait plus amus&#233; par cette publication d'un de ses textes-sc&#233;nario que je pr&#233;parais pour un volume collectif o&#249; l'on retrouverait le grand et le petit monde du cin&#233;ma. &#202;tre ailleurs et se d&#233;placer, c'est aussi un des traits caract&#233;ristiques de Deguy. Dans nos &#233;changes, nous parlions de nos livres pass&#233;s et futurs. Nous avions rat&#233; le coche d'un livre d'entretien ensemble et les relations avec les &#233;diteurs ne s'arrangeait pas. Je lui parlais de ce projet de livre sur &lt;i&gt;The Party &lt;/i&gt; et nous avions ri en nous rem&#233;morant quelques sc&#232;nes marquantes. Pour pr&#233;parer le petit texte qui accompagne le sc&#233;nario de son film invisible, j'avais interrog&#233; Michel sur sa relation au cin&#233;ma et surtout je lui avais demand&#233; s'il savait pourquoi Godard avait mis un portrait de lui dans son film &lt;i&gt;La Chinoise&lt;/i&gt;. Il n'en savait rien. Je lui avait rappel&#233; ce que Godard lui-m&#234;me en avait dit en 1967 : &#171; Parce que j'ai lu quelques po&#232;mes de lui que j'aime beaucoup. Sa photo est l&#224; comme repr&#233;sentative de l'inventeur. Il avait une belle t&#234;te, qui inspirait confiance. &#187; &lt;br /&gt;&#8212; Voil&#224; S&#233;bastien, j'ai une bonne t&#234;te ! m'avait-il dit.
&lt;br /&gt;&#8212; Une belle t&#234;te, Michel... une belle t&#234;te. Mais vous savez comment il a d&#233;couvert votre po&#233;sie ?
&lt;br /&gt;&#8212; Non. Cela dit peut-&#234;tre... (il avait marqu&#233; une pause). Vous savez que j'ai fait passer son baccalaur&#233;at &#224; Anne Wiazemsky...
&lt;br /&gt;&#8212; Alors l&#224; Michel, il faut que vous me racontiez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il savait, espi&#232;gle, que cette confidence allait me chavirer. Michel Deguy venait souvent &#224; v&#233;lo. Il arrivait d'on ne sait o&#249; et fendait les rues sans h&#233;sitation. Je ne l'ai pas connu motard mais il roulait avec ce m&#234;me esprit frondeur. En quand on se quittait, apr&#232;s avoir &#233;chang&#233; des livres et des nouvelles, j'aimais cette voix franche qui invariablement prenait cong&#233; par un &lt;i&gt;Salut S&#233;bastien ! A bient&#244;t&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_760 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.sebastienrongier.net/IMG/jpg/Rongier_Deguy.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/IMG/jpg/Rongier_Deguy.jpg?1637577917' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute cette photographie de Vincent Baby, prise le 31 mai 2013. A l'occasion de la parution de &lt;i&gt;La Piet&#224; Baudelaire&lt;/i&gt; chez &lt;a href=&#034;https://www.belin-editeur.com/la-pieta-baudelaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Belin&lt;/a&gt;, Martin Rueff a eu l'id&#233;e d'un rendez-vous, d'une journ&#233;e d'&#233;tude et d'amiti&#233; autour de Deguy &#224; la Maison d'Am&#233;rique latine. Une belle et heureuse journ&#233;e. J'aime beaucoup cette photographie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Et r&#233;ciproquement&#8230; (Michel Deguy)</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article469</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article469</guid>
		<dc:date>2022-02-19T21:48:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Deguy, Michel</dc:subject>
		<dc:subject>Po&#233;sie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une intervention &#224; l'IMEC Abbaye d'Ardenne, prononc&#233;e le le 27 septembre 2005.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique74" rel="directory"&gt;2005&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;Deguy, Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1051 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L400xH267/deguy_oblique-bf74a-78fe9.jpg?1750038602' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un mardi, le 27 septembre 2005 pour &#234;tre exact.&lt;br/&gt;
Le ciel, bas et lourd, laissait filtrer quelques beaux rayons pour &#233;clairer l'Abbaye d'Ardenne. Michel Deguy &#233;tait l'invit&#233; de la soir&#233;e. Martin Rueff et moi-m&#234;me &#233;tions invit&#233;s pour parler de l'oeuvre du po&#232;te et du philosophe.&lt;br/&gt;
Voici les quelques mots lanc&#233;s sous les voutes de l'institut.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt;Et r&#233;ciproquement&#8230; (Michel Deguy)&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture de Michel Deguy se caract&#233;rise par un dialogue constant et fragile avec le monde.&lt;br/&gt;
Qu'entendre par &#171; &#233;criture &#187; ? Un dialogue, une tension, un rapport incessant entre la po&#233;sie et la philosophie. Ce que j'entends par &#171; &#233;criture &#187;, c'est ici une exp&#233;rience qui contrarie les cat&#233;gories.&lt;br/&gt; On est philosophe.&lt;br/&gt;
On est po&#232;te.&lt;br/&gt;
On est traducteur.&lt;br/&gt;
On est &#233;diteur.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui est Michel Deguy ? Rien de tout cela puisqu'il vient contrarier ces place fortes.&lt;br/&gt;
Michel Deguy est un cycliste. Michel Deguy est un citadin voyageur. Mais ceci est une autre histoire&#8230; peut-&#234;tre pas tout &#224; fait, il faudra y revenir.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Michel Deguy, le travail philosophique est po&#233;tique. Et r&#233;ciproquement.&lt;br/&gt; Mais attention cette r&#233;ciprocit&#233; ne fonctionne pas comme un retour &#224; un point de d&#233;part. C'est une r&#233;ciprocit&#233; qui repose sur la contrari&#233;t&#233;. Elle est &#171; sans retour &#187; car elle est toujours dans une forme de d&#233;bordement.&lt;br/&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Deguy &#233;crit dans &lt;i&gt;Au jug&#233;&lt;/i&gt; (2004) : &#171; [L']injonction de Mallarm&#233; (&#171; donner un sens plus pur aux mots de la tribu &#187;), notre loi, n'est pas celle d'une purification par purisme ; bien plut&#244;t s'agit-il, nous le savons par son &#339;uvre, d'une multiplication s&#233;mantique par d&#233;bordement, par &#171; allumage de feux r&#233;ciproques &#187;, par mains tendues vers l'autre, par jeux contre la monotonisation, la d&#233;connexion, la simplification. &#187; (p. 94)&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;ciprocit&#233; est ici celle d'un voyage, d'un mutuel et d'un partage plut&#244;t que d'une stricte sym&#233;trie.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Deguy est ce voyageur-l&#224;, un cycliste baudelairien qui ne va pas &#171; au ciel &#187; de la po&#233;sie ni des id&#233;es. Il ouvre un d&#233;bat infini dans le monde, avec le monde, pour le monde. C'est pourquoi le rapport entre philosophie et po&#233;sie est plus une complexit&#233; qu'une sym&#233;trie. Plut&#244;t que de parler de deux bords, il faut imaginer les deux bordures d'une g&#233;ographie mouvante.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BORD &lt;br class='autobr' /&gt;
(extrait de &lt;i&gt;Gisant&lt;/i&gt;, 1985)
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi revient cette formule aim&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Au bord du monde encore une fois &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est ce bord, qu'est-ce &#171; bord &#187;, &#234;tre-au-bord&lt;br class='autobr' /&gt;
La bordure chez Baudelaire et&lt;br class='autobr' /&gt;
La terrasse des princes de Rimbaud&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec vue sur le monde et le tout comme&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant pass&#233; par ici qui repassera par l&#224;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e de Michel Deguy est po&#233;tique. Comme il le dit dans &lt;i&gt;l'Impair&lt;/i&gt; (2000), &#171; la po&#233;sie est pensive &#187;. Il s'agit avec la raison po&#233;tique d'entrer dans ce d&#233;bordement et d'envisager la pens&#233;e et le langage comme rapprochement et relation. C'est pour Michel Deguy &#171; une extension de la possibilit&#233; sur le monde &#187; (&lt;i&gt;La raison po&#233;tique&lt;/i&gt;, 2000, p. 27).&lt;br/&gt;
La raison po&#233;tique est une po&#233;tique du d&#233;r&#232;glement critique. C'est un d&#233;bat contre l'opinion. L'action po&#233;tique est ici une forme de jugement (une forme de critique) dans et par la langage.&lt;br/&gt;
Cette critique, c'est celle d'une po&#233;tique de d&#233;r&#232;glement de la circulation classique. Il s'agit de d&#233;placer. En d&#233;rangeant les places, en brouillant les cat&#233;gorie, Michel Deguy est &#224; la recherche d'un commun dans l'exp&#233;rience po&#233;tique de cette raison ardente. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par sa po&#233;tique du d&#233;crochement, de l'&#233;cart et du d&#233;placement, la raison po&#233;tique est une relation avec le monde. Cette relation est complexe. Elle fonctionne par intensification dans le langage afin de rendre les choses DISPUTABLES.&lt;br/&gt; Michel Deguy en r&#233;sumant l'id&#233;e de la raison po&#233;tique, convoque le disputable et le d&#233;r&#232;glement :&lt;br/&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; La pens&#233;e po&#233;tique pr&#233;cieuse, comme on a pu dire jadis, endure le d&#233;chirant en se portant aux extr&#234;mes o&#249; s'oxymorise le v&#233;ri-faible. Sa t&#226;che est d'inventer, dans l'&#233;chauffour&#233;e des contradictions confuses, les contrari&#233;t&#233;s originales, irr&#233;ductibles, o&#249; l'&#234;tre se disjoint &#224; nouveau &#171; pour nous &#187; c'est-&#224;-dire pour &#171; aujourd'hui &#187;. La po&#233;sie peut y aider ; une &#171; raison po&#233;tique &#187; dont la logique et la critique (pour reprendre les mots de Kant), philosophique et po&#233;tique calculent et &#233;valuent l'impuret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;i&gt;Au jug&#233;&lt;/i&gt; : &#171; pour une raison po&#233;tique &#187; (p. 88-89)&lt;br/&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le disputable, c'est donc ce dialogue fragile et n&#233;cessaire qui s'exprime dans le d&#233;bordement po&#233;tique. &lt;br/&gt;
Je pense par exemple au po&#232;me &#171; alarme &#187; dans &lt;i&gt;Gisant&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce disputable, c'est le sens m&#234;me de ce mouvement que Baudelaire appelle &#171; le voyage &#187;, ce d&#233;bordement anim&#233; de l'&#233;nergie du d&#233;sespoir qui in-fini, qui ne termine pas &lt;i&gt;les Fleurs du mal&lt;/i&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons, tant ce feu nous br&#251;le le cerveau,&lt;br class='autobr' /&gt;
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fond de l'Inconnu pour trouver du &lt;i&gt;nouveau&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre ce que ce voyage en forme de d&#233;bordement implique, il faut imm&#233;diatement rapprocher ces vers de la fin d'un autre texte de Michel Deguy : &lt;i&gt;l'iconoclaste&lt;/i&gt; (1998) dans &lt;i&gt;Po&#233;sie&lt;/i&gt; III.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; L'imagination est l'h&#244;te de 'inconnaissable&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant plong&#233; au fond de l'inconnu&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle en revient en po&#232;mes chez les humains&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur dit avec les images&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est inimaginable mais c'est comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#171; comme &#231;a &#187;. Michel Deguy se jette &#224; corps perdu (entendez &#171; &#224; corps perdu de langage &#187;) dans la contrari&#233;t&#233; du voyage pour en saisir, dans la dispute, un commun. Ce commun, c'est le &#171; mon semblable &#187; baudelairien. Il ne se fonde qu'&#224; partir d'un trouble et d'une incertitude.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le po&#232;te r&#234;vait d'un &#233;tat vivant de la langue, mouvant fluide, en expansion et ainsi en continuit&#233; avec son propre dehors. C'est par m&#233;taphore, selon l'usage trivial de ce mot, qu'on parle de corps-de-la-langue &#8212; qui n'est pas un corps ; quand bien m&#234;me la voci-f&#233;ration, la diction fait passer l'un dans l'autre le corps et la langue. Comment &#171; toucher &#187;, remuer, atteindre ? Et comme on ne bouge pas les choses, l&#224;-bas, directement, avec des phrases (&#171; magiquement &#187;), il s'agit de troubler les esprits. Communiquer, dites-vous ? Mais pas des informations. Non, mais le feu. Or j'ai beau avoir la t&#234;te et les joues en feu, le langage ne br&#251;le pas, parlant de feu, de flamme, de fi&#232;vre. Comment passer le feu ; mettre en feu la biblioth&#232;que ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;L'Impair&lt;/i&gt;)&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a chez Michel Deguy un dialogue, chaque jour entretenu par le feu contradictoire de la raison po&#233;tique. C'est &#231;a pour lui &#171; &#234;tre dans le langage &#187;.&lt;br/&gt;
Vous pensez qu'avec une telle expression, je vais chausser des sabots heidegg&#233;riens, poser des interrogations ontologiques et convoquer tout un arsenal philosophique complexe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas du tout.&lt;br/&gt;
Etre dans le langage avec Michel Deguy, c'est &#234;tre dans le monde, dans le rythme d'une vie. Je l'ai d&#233;j&#224; indiqu&#233; : Michel Deguy ne tient pas en place.&lt;br/&gt;
Que signifie ce &#171; ne tient pas en place &#187; ?&lt;br/&gt;
Cela veut dire qu'il ne reste pas &#224; une place (il est cycliste !).&lt;br/&gt;
Cela veut dire qu'il n'est pas ext&#233;rieur ou en retrait. Il n'est pas dans le ciel de l'&#233;criture.&lt;br/&gt;
C'est pourquoi un livre comme &lt;i&gt;Au jug&#233;&lt;/i&gt; a toute son importance car il est le t&#233;moignage de cette raison po&#233;tique en acte quotidien. Il y d&#233;ploie la m&#234;me &#233;nergie, une &#233;nergie sans illusion, mais l'&#233;nergie tout de m&#234;me de penser &#224; &#171; l'&#224;-venir &#187; c'est-&#224;-dire en somme, ce commun de &#171; semblable &#187; r&#233;unis aux bordures d'une utopie sans utopisme.(cf. &lt;i&gt;Au jug&#233;&lt;/i&gt; p. 104)&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre l'articulation et le mouvement qui inscrit le po&#233;tique de la raison dans l'&#233;criture des chroniques de Au jug&#233;, je vous invite &#224; lire le chapitre &#171; Paysage &#187; (p. 127) qui me semble exemplaire de cette r&#233;ciprocit&#233; d&#233;bordante.&lt;br/&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les merveilleux nuages &#187; (&lt;i&gt;in Spleen de Paris&lt;/i&gt;)&lt;br/&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les oiseaux sont dans l'air, les poissons dans l'eau. O&#249; sommes-nous ? En plan. Nous sommes les seuls &#224; tomber. Poissons et oiseaux, verticaux, montent et descendent, arpentant le tri&#232;dre avec douceur, comme on se penche ou se glisse. J'aime les mouettes, les merveilleux oiseaux. Le poisson, dragon chim&#233;rique, ondule des bords.&lt;br/&gt;
Nous n'avons pas la verticale. &#192; nous la chute. Nous les plats. C'est nous les animaux machines, bien s&#251;r, qui reconqu&#233;rons la verticale, &#224; contre-chute.&lt;br/&gt;
Notre milieu est psychique. Il est &#224; traverser, lui aussi. Les choses sont dans la psych&#233;. La mer est bleue, disons couleur mer. Pour tous. C'est &#231;a la r&#233;alit&#233;. Les rives.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#171; comme &#231;a &#187;. Michel Deguy n'est pas un po&#232;te ni un philosophe. C'est un cycliste. La raison po&#233;tique est un voyage.&lt;br/&gt;
C'est une contre-chute sur laquelle il est impossible de conclure.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>rencontre avec Michel Deguy et Martin Rueff</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article422</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article422</guid>
		<dc:date>2021-12-04T16:35:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Deguy, Michel</dc:subject>
		<dc:subject>Rueff, Martin</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Rencontre du 8 janvier 2010&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique54" rel="directory"&gt;Rencontres &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;Deguy, Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Rueff, Martin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A l'occasion de la parution de Martin Rueff, &lt;i&gt;Michel Deguy, situation d'un po&#232;te lyrique &#224; l'apog&#233;e du capitalisme culturel&lt;/i&gt; aux &#233;ditions Hermann en 2009, j'ai invit&#233; les deux int&#233;ress&#233;s pour un &#233;change autour de la pens&#233;e et la po&#233;sie de Deguy au regard de l'analyse puissante de Martin Rueff. Un moment dense et amical qui reste particuli&#232;rement important pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux extraits du livre de Martin Rueff sur remue : &lt;a href=&#034;https://remue.net/Martin-Rueff-Michel-Deguy-situation-d-un-poete-lyrique-a-l-apogee-du&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://remue.net/Martin-Rueff-second-extrait-de-Michel-Deguy-situation-d-un-poete-lyrique-a-l&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la rencontre, elle est &lt;a href=&#034;https://remue.net/A-l-ecoute-Michel-Deguy-et-Martin-Rueff-en-dialogue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; &#233;couter ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_937 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.sebastienrongier.net/IMG/jpg/deguy_rueff.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/IMG/jpg/deguy_rueff.jpg?1638635728' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Charles Baudelaire et Michel Deguy, et l'art du contretemps. Esquisse d'une pens&#233;e du retard</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article386</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article386</guid>
		<dc:date>2021-12-04T12:25:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Deguy, Michel</dc:subject>
		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>
		<dc:subject>Po&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Travers&#233;e, num&#233;ro 93, &#171; Michel Deguy &#187;, automne 2019&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique60" rel="directory"&gt;2019&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;Deguy, Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le volume complet de cette revue est consacr&#233; &#224; Michel Deguy qui leur a confi&#233; mon texte prononc&#233;e quelques ann&#233;es auparavant &#224; la Maison d'Am&#233;rique latine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://sebastienrongier.net/s4/spip.php?article341&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le texte est ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_925 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.sebastienrongier.net/IMG/jpg/traverse_e_-_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/IMG/jpg/traverse_e_-_copie.jpg?1638620716' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La marche de l'Europe (Walter Benjamin et la fin de l'Europe)</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article384</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article384</guid>
		<dc:date>2021-12-04T11:51:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Benjamin, Walter</dc:subject>
		<dc:subject>Deguy, Michel</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Po&amp;sie, n&#176;162, &#171; L'Europe &#187;, Belin, mars 2018&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique61" rel="directory"&gt;2018&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot9" rel="tag"&gt;Benjamin, Walter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;Deguy, Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A l'occasion d'un num&#233;ro sp&#233;cial de la revue &lt;i&gt;Po&amp;sie&lt;/i&gt; sur l'Europe (devenu un double num&#233;ro), Michel Deguy m'a propos&#233; de participer en se demandant si je ne pourrais pas revenir sur des &#233;l&#233;ments de mon livre sur Benjamin, &lt;a href=&#034;https://sebastienrongier.net/s4/spip.php?rubrique47&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les d&#233;sordres du monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Voici donc la proposition que j'ai faite &#224; Michel. Il a fallu couper. Voici donc la version longue de ce texte paru en 2018 dans l'importante revue &lt;i&gt;Po&amp;sie&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_921 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L340xH480/po_sie-37b15.jpg?1751018162' width='340' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;La marche de l'Europe &lt;br/&gt; Benjamin et la fin de l'Europe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des &#233;l&#233;ments de cet article sont emprunt&#233;s &#224; mon livre Les d&#233;sordres du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Marcher &#224; K&#246;nigsberg&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Dans &#171; Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ? &#187;, Emmanuel Kant propose pour un large public un r&#233;sum&#233; didactique de sa pens&#233;e politique. C'est par l'usage de la raison et de l'autonomie du jugement que la libert&#233; individuellement et collective se d&#233;veloppent au prix du courage et de la responsabilit&#233;. Le premier paragraphe du texte fonctionne comme autant sentences d&#233;finitives pour circonscrire l'id&#233;e des Lumi&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un&#171; Aufkl&#228;rung ist der Ausgang des Menschen aus seiner selbst verschuldeten (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Au fil de ce court texte de synth&#232;se, Kant multiplie les comparaisons &#224; l'enfance et les m&#233;taphores li&#233;es &#224; la marche. La libert&#233; de l'exercice de la raison est &#233;quivalent &#224; l'apprentissage de la marche pour un enfant (faire un pas sans la roulette d'enfant o&#249; ils [les tuteurs] les avaient emprisonn&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Kant, &#171; R&#233;ponse &#224; la question : qu'est-ce que les Lumi&#232;res ? &#187;, Op. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sortir de la tutelle, c'est sortir de l'enfance et de l'entrave. Marcher seul, c'est faire face aux dangers de l'incertitude, mais &#171; apr&#232;s quelques chutes, ils finiraient bien par apprendre &#224; marcher. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cette libert&#233; du corps et de l'entendement dans la marche, Emmanuel Kant la connaissait bien, lui qui, chaque jour &#224; 17 heures, pratiquait une quasi immuable promenade dans K&#246;nigsberg. Pourrait-il encore aujourd'hui pratiquer cette di&#233;t&#233;tique de l'esprit marcheur avec la m&#234;me constance dans cette ville aujourd'hui devenue la tr&#232;s russe Kaliningrad ? Le marcheur des Lumi&#232;res avait ouvert une voie de pens&#233;e de la raison. Peut-&#234;tre est-ce &#224; Port-Bou que cette Europe s'ach&#232;ve ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Marcher avec Benjamin&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Walter Benjamin a beaucoup march&#233; dans les rues de Berlin, de Paris, de Moscou ou d'ailleurs, en Espagne, en Italie, au Danemark. Il est europ&#233;en par sa pens&#233;e comme par sa marche. Il est europ&#233;en par ses lectures et par son esprit critique du temps (pass&#233;, pr&#233;sent et futur), &#224; l'image de cet ange de l'histoire qui hante toujours nos m&#233;moire et notre pens&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il existe un tableau de Klee qui s'intitule &#034; Angelus Novus&#034;. Il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est europ&#233;en par ses incessantes traductions. Il incarne litt&#233;ralement l'expression de Heinz Wismann : Benjamin est europ&#233;en parce qu'&lt;i&gt;entre les langues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heinz Wismann, Penser entre les langues, Paris, Albin Michel, 2012.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il a &#233;galement arpent&#233; Paris, travaill&#233; le hasard de la marche urbaine pour penser Paris, Baudelaire, et le XIXe si&#232;cle. Trouver les traces d'un monde perdu, celui de Baudelaire, est la t&#226;che folle que Benjamin s'est donn&#233;e en arrivant dans la capitale fran&#231;aise en 1933, au moment de son exil. Outre la Biblioth&#232;que nationale, cette recherche s'est faite dans les rues, et surtout dans ces passages parisiens qui ont marqu&#233; un tournant radical de la vie moderne, de la pens&#233;e et donc de l'art. Benjamin a march&#233; de ce pas &#233;trange qui &#233;tait le sien. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; De nombreux t&#233;moignages rappellent la d&#233;marche de Benjamin, entre lenteur et claudication. Hans Sahl l'&#233;voque dans ses souvenirs de prisonnier. Jean Selz, qui a accueilli Benjamin &#224; plusieurs reprises &#224; Ibiza, raconte les promenades avec cet homme &#224; la d&#233;marche complexe : une difficult&#233;, une grande lenteur, mais une endurance &#233;tonnante. Pourtant, Jean Selz rappelle que la marche emp&#234;chait Benjamin de r&#233;fl&#233;chir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Benjamin marchait avec une certaine difficult&#233; et il ne marchait pas vite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pour cette raison qu'il s'arr&#234;tait aussi longtemps que n&#233;cessaire, ce qui rallongeait d'autant la dur&#233;e de la promenade et participait de son esprit de d&#233;couverte, de son go&#251;t pour le d&#233;tail. Gershom Scholem parle du pas de Benjamin d&#232;s les premi&#232;res pages du portrait de son ami, &#233;voquant une d&#233;marche &#171; tr&#232;s caract&#233;ristique : elle &#233;tait lente et comme t&#226;tonnante, ce qui &#233;tait sans doute un effet de sa myopie. Il n'aimait pas marcher vite &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gershom Scholem, Walter Benjamin. Histoire d'une amiti&#233;, traduit par Paul (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La lenteur &#233;tait son rythme, ponctu&#233; de nombreux temps d'arr&#234;t. Mais cette lenteur n'emp&#234;che rien, elle semble au contraire une m&#233;thode.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La marche m&#234;me de Benjamin pourrait permettre de comprendre la notion centrale de l'image dialectique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La marque historique des images n'indique pas seulement qu'elles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'il d&#233;veloppe pour r&#233;fl&#233;chir sur Baudelaire et pour penser &lt;i&gt;Paris, capitale du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;. C'est une id&#233;e complexe qu'il d&#233;finit comme un moment d'arr&#234;t dans le flux, comme une interruption dans un mouvement historique continu. Ce mouvement et son interruption constituent pour lui une m&#233;thode de travail, un regard pour penser le temps et chercher dans les d&#233;tails du pr&#233;sent les traces du pass&#233;, une pens&#233;e du &#171; rebrousse-poil &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi Huberman, Devant le temps, Minuit, 2000, p. 103. L'image (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, peut-&#234;tre enti&#232;rement inscrite dans la marche du penseur allemand.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le corps du fl&#226;neur est un corps sp&#233;cifiquement moderne. C'est ce que vivent Baudelaire et Benjamin, un corps en lutte contre son temps. Si le fl&#226;neur est au milieu de la foule, il est contre elle. La foule avance en masse vers cette soci&#233;t&#233; nouvelle de la marchandise et du corps model&#233; par la marchandise. Le &lt;i&gt;temps du fl&#226;neur&lt;/i&gt;, dit Benjamin, est une protestation contre la foule et contre le processus de production. Cette lecture de la modernit&#233; baudelairienne provoque une discussion assez &#226;pre entre Benjamin et Adorno. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; Vers 1840, il fut quelque temps de bon ton de promener des tortues dans les passages. Le fl&#226;neur se plaisait &#224; suivre le rythme de leur marche. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, Charles Baudelaire, traduction Jean Lacoste, Paris, Petite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Le rythme de la marche est bien le rythme d'une existence en lutte contre (la marche de) ce progr&#232;s, honni par Baudelaire. La lenteur est une arme du &lt;i&gt;nouveau&lt;/i&gt; contre le progr&#232;s, de l'art ou de l'esth&#233;tique contre la production marchande. Sans doute peut-on y voir, au-del&#224; de toute mystique, la trace d'un sens possible des derniers vers des &lt;i&gt;Fleurs du mal&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Pour Benjamin, l'&#233;criture de Baudelaire tente de r&#233;sister au mode de vie bourgeois qui se met en place. L'auteur des &lt;i&gt;Fleurs du mal&lt;/i&gt; d&#233;fend la dignit&#233; du po&#232;te contre une soci&#233;t&#233; qui ne lui laisse plus d'espace. Ces transformations &#233;crasent d&#233;sormais la po&#233;sie lyrique. Baudelaire y r&#233;pond justement par un livre de po&#233;sie. Pour Benjamin, c'est un signe d'h&#233;ro&#239;sme. La solitude du fl&#226;neur au milieu de la foule est un acte de r&#233;volte, comme la lenteur de la marche &#224; pied. La r&#233;flexion de Benjamin sur Baudelaire est une mani&#232;re de suivre ses traces, d'amplifier certaines de ses intuitions et de faire de la marche po&#233;tique une pens&#233;e de la ville et des transformations urbaines. &#192; partir de son analyse de la modernit&#233; (le pass&#233; dans l'actuel, l'antique dans le moderne), Benjamin fonde la m&#233;thodologie de l'image dialectique, cette tension temporelle, cette fulgurance qui conserve une image du pass&#233; dans le pr&#233;sent. C'est donc une forme de r&#233;sistance au flux, ou &#224; l'imm&#233;diatet&#233; de l'&#233;v&#233;nement, un peu comme la marche du fl&#226;neur.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ce que Walter Benjamin op&#232;re en marchant, c'est une travers&#233;e du temps. Les passages parisiens permettent de retrouver les dynamiques &#224; l'&#339;uvre au cours du XIXe si&#232;cle et de tracer dans la lecture de la litt&#233;rature de l'&#233;poque les bouleversements dont h&#233;rite le XXe si&#232;cle. Qu'il se perde dans les rues de Paris comme son &#233;ducation berlinoise le lui a appris, ou qu'il soit &#224; sa table de travail, Benjamin d&#233;plie une constellation, op&#232;re par montage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'image dialectique trouve son authenticit&#233; critique dans une r&#233;sistance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il essaye d'&#233;crire le montage intellectuel et esth&#233;tique d'une &#233;poque, non pas pour d&#233;couvrir le myst&#232;re d'une cr&#233;ation, mais pour donner la mesure de cette &#233;poque et pour approcher l'&#233;criture de Baudelaire. Plus que tout autre, Benjamin &#233;prouve dans son corps la mati&#232;re de sa pens&#233;e. Tout se tient intimement chez lui. Analyser Baudelaire et les conditions de pens&#233;e du XIXe s'articule &#224; l'enfance de Walter Benjamin. Quand on ouvre &lt;i&gt;Enfance berlinoise&lt;/i&gt;, texte &#233;crit entre 1932 et 1933 et publi&#233; en feuilleton dans divers journaux les ann&#233;es suivantes, on est frapp&#233; du lien imm&#233;diat qui s'op&#232;re entre le travail intellectuel et les souvenirs intimes (et l'influence directe de Franz Hessel). L'incipit d'&lt;i&gt;Enfance berlinoise&lt;/i&gt; est l'arc secret d'une existence intellectuelle : &#171; Ne pas trouver son chemin dans une ville, &#231;a ne signifie pas grand-chose. Mais s'&#233;garer dans une ville comme on s'&#233;gare dans une for&#234;t demande toute une &#233;ducation. [&#8230;] Cet art, je l'ai tardivement appris ; il a exauc&#233; le r&#234;ve dont les premi&#232;res traces furent des labyrinthes sur les buvards de mes cahiers. &#187; L'intimit&#233; des sensations d'enfance rev&#233;cues dans l'&#233;criture par Benjamin pr&#233;pare la pens&#233;e de Baudelaire. Le labyrinthe n'est pas un simple motif, mais une id&#233;e d&#233;terminante pour comprendre Baudelaire : &#171; Le labyrinthe est la patrie de celui qui h&#233;site &#187;, avant d'&#234;tre le c&#339;ur m&#234;me du fl&#226;neur : &#171; le labyrinthe, dont l'image est grav&#233;e dans le corps m&#234;me du fl&#226;neur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, Sens unique-Enfance berlinoise, traduction Jean Lacoste, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La marche de l'&#233;poque&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Benjamin quitte Berlin pour Paris en 1933. Il y aura de nombreux voyages &#224; Barcelone, &#224; Ibiza, au Danemark chez Brecht, ou &#224; San Remo chez son ex-femme. Paris est cependant sa patrie intellectuelle et la Biblioth&#232;que nationale, son foyer. Tous ses travaux se concentrent sur Paris, la litt&#233;rature et la pens&#233;e fran&#231;aise. L'id&#233;e est pos&#233;e d&#232;s 1927, mais l'exil ouvre le chantier de &lt;i&gt;Paris, capitale du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, et la place accord&#233;e &#224; Baudelaire devient consid&#233;rable. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Benjamin est d'abord un exil&#233;. Il fuit un pays, un monde, une id&#233;ologie qui veut le d&#233;truire. Walter Benjamin est sur la liste des auteurs juifs recherch&#233;s par les nazis. Les listes politiques ne sont pas des fantasmes mais des armes &#224; partir desquelles on traque, on exerce une menace, on tue. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#192; peine arriv&#233; &#224; Paris, Benjamin &#233;crit &#224; son ami de toujours, Gershom Scholem. Nous sommes le 20 mars 1933. Benjamin est &#224; l'h&#244;tel Istria, rue Campagne-Premi&#232;re. Il renseigne son ami sur sa situation et sur celle de quelques proches. Il &#233;voque l'atmosph&#232;re berlinoise et les raisons de cet exil :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; Je doute que tu aies d&#233;j&#224; parl&#233; &#224; des gens qui ont quitt&#233; l'Allemagne apr&#232;s le 15 mars environ. Par lettre, tu ne pourrais &#234;tre inform&#233; que par des individus particuli&#232;rement t&#233;m&#233;raires. Car &#233;crire de l&#224;-bas sans un camouflage soigneux peut devenir tr&#232;s dangereux. Libre, je peux m'exprimer clairement et d'autant plus bri&#232;vement. C'est moins la terreur individuelle que la situation culturelle dans son ensemble qui peut donner une id&#233;e de ce qui se passe. Pour la premi&#232;re fois, il est difficile de disposer d'informations absolument s&#251;res. Il est hors de doute qu'en de tr&#232;s nombreux cas, des gens ont &#233;t&#233; tir&#233;s la nuit de leur lit et molest&#233;s ou assassin&#233;s. Mais il y a peut-&#234;tre plus important encore, bien que plus difficile &#224; &#233;claircir, c'est le sort des prisonniers. Les bruits les plus terribles circulent &#224; leur sujet, dont la seule chose qu'on puisse dire, c'est que certains se sont r&#233;v&#233;l&#233;s faux. Pour le reste, il en est comme toujours dans des &#233;poques pareilles : les quelques cas qui ont &#233;t&#233; exag&#233;r&#233;s sont peut-&#234;tre contrebalanc&#233;s par une foule de cas dont on n'entend jamais parler. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin et Gershom Scholem, Th&#233;ologie et utopie. Correspondance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Walter Benjamin passe les fronti&#232;res. Il cherche un abri, un lieu o&#249; vivre et penser. Il a cru qu'il s'agissait de Paris. Walter Benjamin est pauvre &#224; Paris. Ce n'est pas un simple intellectuel pr&#233;caire comme on pourrait le dire rapidement aujourd'hui. C'est un exil&#233; vivant dans des conditions parfois mis&#233;rables. C'est un exil&#233; juif et allemand. Entre 1934 et 1939, Benjamin conna&#238;tra au moins dix-huit d&#233;m&#233;nagements, entre les d&#233;parts-refuges &#224; l'&#233;tranger et les logements de fortune, h&#244;tels ou appartements, dans lesquels rien n'est v&#233;ritablement possible. Le 20 janvier 1938, Benjamin habite le 10 de la rue Dombasle, dans le 15e arrondissement, c'est sa derni&#232;re adresse connue. Il y souffre horriblement du bruit de l'ascenseur &#224; c&#244;t&#233; de son appartement.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Walter Benjamin ne trouvera jamais sa place dans la vie intellectuelle et &#233;ditoriale fran&#231;aise, malgr&#233; les contacts, malgr&#233; ses traductions d'&#233;crivains fran&#231;ais, y compris ses contemporains, et malgr&#233; la connaissance de son &#339;uvre par certains. Pourtant, malgr&#233; tous les d&#233;sagr&#233;ments, malgr&#233; toutes les portes ferm&#233;es par indiff&#233;rence, par m&#233;pris, ou par antis&#233;mitisme, malgr&#233; toutes les violences exerc&#233;es par l'&#201;tat fran&#231;ais, Walter Benjamin s'accroche &#224; Paris, &#224; Baudelaire et aux passages parisiens. Le 11 janvier 1940, il fait renouveler sa carte de la Biblioth&#232;que nationale. Benjamin s'accroche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment au fl&#226;neur et &#224; Paris. Contre son &#233;poque, et contre la r&#233;alit&#233; historique qui gronde. Tente-t-il ainsi de sauver les livres et l'&#233;criture des d&#233;sastres europ&#233;ens ? Il s'arrache du monde, s'enferme &#224; la Biblioth&#232;que nationale justement pour sauver le monde. N'est-il pas alors, marchant inlassablement &#224; la Biblioth&#232;que nationale cet homme libre et autonome, d&#233;crit par Kant et qui a tent&#233; d'&#234;tre, un temps, l'&lt;i&gt;ethos &lt;/i&gt;europ&#233;en ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; {}&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Avant de quitter d&#233;finitivement Paris et son appartement de la rue Dombasle, Benjamin est au plus mal. En 1940, il envoie des lettres &#224; son entourage signalant sa situation, cherchant toujours &#224; temp&#233;rer ce qui aurait d&#251; &#234;tre un cri d'urgence par des propos rassurants sur sa capacit&#233; &#224; travailler et &#224; poursuivre ses recherches sur son &lt;i&gt;Baudelaire&lt;/i&gt;. Pourtant, ce qui revient dans cette correspondance pour signifier la gravit&#233; de son &#233;tat est li&#233; &#224; la marche, &#224; son incapacit&#233; &#224; se d&#233;placer. &#192; Gretel Adorno, il confie, le 17 janvier 1940 : &#171; Depuis qu'un froid intense s'est install&#233; chez nous, je ressens des difficult&#233;s extraordinaires pour la marche en plein air. Je suis oblig&#233; de m'arr&#234;ter toutes les trois ou quatre minutes, en pleine rue. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin et Gretel Adorno, Correspondance (1930-1940), traduit de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; A Max Horkheimer, le 6 avril 1940, il &#233;voque ouvertement ses soucis de sant&#233; : &#171; Ma faiblesse physique a augment&#233; dans une proportion inqui&#233;tante. Il y a des jours o&#249;, apr&#232;s avoir fait cent pas dans la rue, je suis en nage et n'en peux plus. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, Derni&#232;res lettres, traduction de Jacques-Olivier B&#233;got, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Les voyages, la pauvret&#233; n'y changent rien. Depuis son arriv&#233;e &#224; Paris en 1933, Walter Benjamin se sent chez lui dans la capitale fran&#231;aise. Ce n'est pas seulement une patrie d'exil, c'est son c&#339;ur intellectuel. Il veut &#234;tre fran&#231;ais parce qu'il est parisien, non pas homme de salons ou de d&#238;ners en ville, mais fl&#226;neur baudelairien, h&#233;ritier des passages et de la complexe fragilit&#233; de l'&#233;criture et de la pens&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais Paris est une nasse. Benjamin ne le sait pas encore. Il le pressent peut-&#234;tre, pourtant il revient toujours &#224; Paris. Malgr&#233; les appels pressants de ses amis qui lui demandent incessamment de s'&#233;loigner davantage de l'Allemagne de Hitler. Gretel Adorno et son mari le poussent &#224; venir aux &#201;tats-Unis Asja Lacis l'invite &#224; Moscou et Gershom Scholem, l'ami de toujours, renouvelle ses invitations &#224; le rejoindre &#224; J&#233;rusalem. M&#234;me Dora, son ex-femme, lui proposera de la suivre &#224; Londres. Rien n'y fera. Ce sera Paris. Toujours et encore. Pour Benjamin, traducteur de Baudelaire et de Proust, lecteur de ses contemporains fran&#231;ais, la France est associ&#233;e &#224; l'image du pays des exil&#233;s. C'est le livre des passages et de la litt&#233;rature. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;D&#233;ch&#233;ance de nationalit&#233; et camps d'internement&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; D&#233;chu de sa nationalit&#233; allemande, le 23 f&#233;vrier 1939, il n'obtient pas la nationalit&#233; fran&#231;aise malgr&#233; ses demandes et ses soutiens. Avec l'entr&#233;e en guerre de la France, Walter Benjamin appartient d&#233;sormais &#224; la cat&#233;gorie des &#171; sujets ennemis &#187; comme tous les Allemands exil&#233;s, y compris les plus antifascistes. La propagande de la cinqui&#232;me colonne a fait son &#339;uvre. Ce sont ces m&#234;mes &lt;i&gt;sujets ennemis&lt;/i&gt; qui deviendront bient&#244;t les repr&#233;sentants de l'&lt;i&gt;anti-France&lt;/i&gt;. C'est donc le 4 septembre 1939 que Walter Benjamin est intern&#233;. Aucun argument n'a port&#233; : sa d&#233;ch&#233;ance de nationalit&#233;, sa demande de nationalit&#233;&#8230; sa carte de la Biblioth&#232;que nationale ! Rien. Il part au stade de Colombes. Il y passera neuf jours dans des conditions d'accueil particuli&#232;rement affreuses. On dort sur de la paille pourrie, il n'y a pas de sanitaires dignes de ce nom alors que des milliers de personnes vont passer dans ce camp d'internement. Allemands ayant fui l'oppression nazie, ils sont des milliers &#224; se retrouver parqu&#233;s dans ce stade. Apr&#232;s guerre, le lieutenant Dubuc, qui supervisait la vie des camps, t&#233;moignera que, &#224; la suite des arrestations conduites par la police, les intern&#233;s ont connu un v&#233;ritable pillage de leurs biens. Benjamin est arriv&#233; avec sa pauvre valise, retrouvant au milieu des gradins nus du stade quelques connaissances dont Hans Sahl et Heinrich Bl&#252;cher qui se mariera, le 16 janvier 1940, avec Hannah Arendt, cousine par alliance de Benjamin. Franz Hessel, exil&#233; &#224; Paris parce que Paris &#233;tait sa seconde patrie, est &#233;galement enferm&#233; &#224; Colombes.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Benjamin est un homme fatigu&#233;, min&#233; par la solitude et les conditions de vie difficiles de l'exil parisien. Il a de s&#233;rieux probl&#232;mes de c&#339;ur et l'environnement du camp n'arrange pas sa sant&#233;. Mais le stade de Colombes n'est qu'une &#233;tape. Il est mis le 14 septembre dans un bus, conduit &#224; la gare d'Austerlitz et envoy&#233; dans le Nivernais en train plomb&#233;. Arriv&#233; de nuit &#224; Nevers, qu'il ne verra pas, il doit supporter deux heures de marche pour rejoindre le ch&#226;teau de Vernuche, dans le clos Saint-Joseph, transform&#233; en &#171; camp de travailleurs &#187;. Les malaises se succ&#232;dent. Benjamin est tr&#232;s mal en point. L'endroit est vide, les d&#233;cisions ont &#233;t&#233; prises dans l'improvisation la plus totale. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La France n'a tir&#233; aucune le&#231;on de l'impr&#233;paration dans l'accueil des r&#233;fugi&#233;s arriv&#233;s d'Espagne &#224; partir de f&#233;vrier 1939. Alors qu'il avait connaissance de la situation, l'&#201;tat n'a pas anticip&#233; cette &lt;i&gt;Retirada&lt;/i&gt;, pensant l'&#233;viter en fermant simplement les fronti&#232;res. Le 6 f&#233;vrier 1939, la France assouplit les conditions d'entr&#233;e : seuls les &#171; hommes jeunes et valides &#187; sont interdits d'entr&#233;e au territoire fran&#231;ais. Quelque 500 000 Espagnols franchiront n&#233;anmoins la fronti&#232;re pour atterrir dans des camps d'internement particuli&#232;rement rudes, malpropres, inconfortables et &#233;difi&#233;s &#224; la h&#226;te. Les conditions de vie sont tr&#232;s mauvaises et l'administration militaire violente, menant m&#234;me une v&#233;ritable politique de rapatriement (y compris forc&#233;). Les r&#233;fugi&#233;s espagnols et italiens subiront la m&#234;me m&#233;fiance que les r&#233;fugi&#233;s allemands. La cinqui&#232;me colonne est partout. Ces camps de travail, d'internement, de concentration, seront une aubaine pour le vainqueur et l'occupant de 1940. La convention d'armistice avec l'Allemagne sp&#233;cifie dans l'article 19 que &#171; tous les prisonniers de guerre et prisonniers civils allemands, y compris les pr&#233;venus et condamn&#233;s qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s pour des actes commis en faveur du Reich allemand, doivent &#234;tre remis sans d&#233;lai aux troupes allemandes &#187;. Une note interminist&#233;rielle fran&#231;aise du 11 juillet 1940 indique que &#171; les autorit&#233;s italiennes auront le droit de demander la remise de ceux des intern&#233;s qu'elles se r&#233;servent de r&#233;clamer au gouvernement fran&#231;ais &#187;. Il en sera de m&#234;me pour les espagnols rouges : au moins 40 000 Espagnols sont recherch&#233;s par les Allemands. Sans la moindre protestation de Vichy, ils sont d&#233;plac&#233;s en Allemagne pendant la guerre. Plus de 8000 sont envoy&#233;s dans les camps nazis, notamment Mauthausen.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Au ch&#226;teau nivernais o&#249; il se trouve dans un certain d&#233;s&#339;uvrement, Benjamin fait ce qu'il peut, ce qu'il sait faire : il organise des cours de philosophie et envisage la cr&#233;ation d'une revue. Elle ne verra pas le jour, car il sera lib&#233;r&#233; avant. Hans Sahl d&#233;crit Benjamin comme un homme qui boite, comme un &#234;tre qui se heurte &#224; la r&#233;alit&#233; de l'existence. Face &#224; la violence du r&#233;el, il se r&#233;fugierait dans la philosophie. Ou peut-&#234;tre agit-il avec les armes qui sont les siennes, avec le retard, la marche boiteuse qui est une position politique d&#233;mesur&#233;e ? Pourtant, dans les lettres qu'il envoie durant cette p&#233;riode, il ne dit rien de sa situation, de sa vuln&#233;rabilit&#233;, de la d&#233;tresse intime qui est aussi celle du temps. Il ne dit rien de la nasse et de la catastrophe qu'il regarde se d&#233;vider sous ses yeux, cette catastrophe qu'il vit au milieu de cette machine politique et id&#233;ologique dont il est une des victimes. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; M&#234;me s'il est isol&#233;, Benjamin a encore quelques soutiens qui remuent ciel et terre pour le faire lib&#233;rer. Adrienne Monnier fait tout ce qu'elle peut, sollicitant Paul Val&#233;ry et Paul Desjardins. Le PEN-Club, alors pr&#233;sid&#233; par Jules Romain, s'active en sa faveur aupr&#232;s des autorit&#233;s. Il en est de m&#234;me pour Gis&#232;le Freund, Helen Hessel ou Sylvia Beach (&#233;ditrice de Joyce et fondatrice de la librairie Shakespeare et Company). Le diplomate Henri Hoppenot appuie les demandes de lib&#233;ration et Max Horkheimer, depuis les &#201;tats-Unis, contacte le Congr&#232;s juif mondial. Walter Benjamin est lib&#233;r&#233; le 16 novembre 1939, apr&#232;s deux mois et demi d'incarc&#233;ration. Il passe dix jours &#224; Meaux, avant de regagner Paris et la Biblioth&#232;que nationale. La catastrophe est en marche et pourtant Benjamin ne part pas. Alors que le National Refugee Service am&#233;ricain semble pr&#234;t &#224; examiner une possible &#233;migration, il pr&#233;f&#232;re la biblioth&#232;que parisienne. Il veut achever et sauver son travail sur Baudelaire. Mais il est litt&#233;ralement &#233;puis&#233;. Le 11 janvier 1940, il fait renouveler sa carte de la Biblioth&#232;que nationale.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Entre 1939 et 1945, la France a compt&#233; plus de 225 camps d'internement. Certains, plus terriblement c&#233;l&#232;bres que d'autres, comme celui de Drancy, servirent de transit pour des milliers de personnes avant les camps d'extermination nazis. Tous ces camps permirent aussi &#224; l'&#201;tat fran&#231;ais, avec ou sans l'aide de l'occupant nazi, d'enfermer des innocents. Ils sont seulement des &#233;trangers, des juifs, des r&#233;fugi&#233;s, des exil&#233;s, des apatrides.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Arthur Koestler a bien connu Walter Benjamin. Ils partageaient un go&#251;t commun pour le poker et pour les &#233;checs. Comme avec Brecht, Benjamin aimait ces longs partages immobiles avec Koestler. Les deux hommes se sont retrouv&#233;s dans la d&#233;b&#226;cle marseillaise. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#192; Paris, Koestler a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; au 10 rue Dombasle. Il &#233;tait le voisin de Benjamin. L'&#233;crivain est intern&#233; au camp du Vernet, un des camps fran&#231;ais les plus terribles, o&#249; l'insalubrit&#233; fait concurrence &#224; la famine rampante et &#224; la boue constante. Koestler d&#233;crit un camp &#171; organis&#233; sur le mod&#232;le si typique de l'administration fran&#231;aise, m&#233;lange d'ignominie, de corruption et de laisser-faire &#187;. C'est l&#224; qu'il termine la r&#233;daction de son livre &lt;i&gt;Le Z&#233;ro et l'Infini&lt;/i&gt;. Koestler tire &#233;galement de cette p&#233;riode un r&#233;cit implacable sur l'effondrement de la France et sur la violence du camp du Vernet. &lt;i&gt;La Lie de la terre&lt;/i&gt;, notamment d&#233;di&#233; &#224; Walter Benjamin, se termine sur l'&#233;vocation de son ami et sur la trag&#233;die &#224; l'&#339;uvre : &#171; Et la procession du d&#233;sespoir allait s'allongeant, refluait vers ce dernier port, vers cette bouche b&#233;ante de l'Europe, qui vomissait le contenu de son estomac empoisonn&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arthur Koestler, La Lie de la terre, traduit de l'anglais par Jeanne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ces camps ont disparu aujourd'hui. On essaye de se rappeler leur existence. Il existe cependant, toujours sur le territoire fran&#231;ais, des camps de r&#233;tention, &#224; la r&#233;putation souvent discut&#233;e. La France est aujourd'hui un pays qui n'accueille plus les exil&#233;s et les r&#233;fugi&#233;s de guerre. Sans doute est-ce cela, les le&#231;ons de l'Histoire. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Le pas du retard&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le retard est donc une inqui&#233;tude de la pens&#233;e, une entorse aux programmes, aux programmations de toutes sortes. La contre-mesure, c'est le retard c'est-&#224;-dire un contretemps qui d&#233;range les plans et les calculs par un inattendu, un d&#233;concertant, une d&#233;sorientation de la tradition. La philosophe Fran&#231;oise Proust pense la temporalit&#233; du retard comme un enjeu critique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Certes, la critique se fait au pr&#233;sent : elle diagnostique le temps qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le retard devient une forme de r&#233;sistance &#224; l'imm&#233;diatet&#233; qui se risque &#224; l'invention. Le retard est alors l'invention d'une distance, mais une distance impliqu&#233;e. C'est l'invention d'une d&#233;marche et d'un pas qui contrarient les marches forc&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Dans &lt;i&gt;Chroniques berlinoises&lt;/i&gt;, Walter Benjamin &#233;voque une marche avec un &#171; demi-pas de retard &#187;. Suivant la voie trac&#233;e par Baudelaire, cette marche participe du mouvement critique induit par Benjamin comme renversement de la continuit&#233; historique, et m&#234;me comme action r&#233;volutionnaire : &#171; vaincre le capitalisme par la marche &#224; pied &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(&#171; &#220;berwindung des Kapitalismus durch Wanderung &#187;, Fragment, 113, (1921). (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui se tisse dans cette marche du demi-pas de retard, c'est le double travail dialectique de la distance et de l'implication. Face &#224; la mise au pas de la pens&#233;e, le retard socratique ou benjaminien est une forme d'&#233;loignement pour d&#233;couvrir failles et br&#232;ches, images in&#233;dites et critiques, bient&#244;t appel&#233;es images dialectiques. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le philosophe fran&#231;ais Jacques Derrida d&#233;crit assez bien ce mouvement qui pourrait caract&#233;riser le pas de retard benjaminien comme un d&#233;placement autre, une lenteur dont l'autre nom serait le retard. Le point commun est la complexit&#233;, un &lt;i&gt;&#233;trange pas d'&#233;loignement&lt;/i&gt;, dit encore Derrida : &#171; La lenteur n'est plus tant simplement un certain rapport du temps au mouvement, une moindre vitesse. Elle accomplit, acc&#233;l&#232;re et retarde &#224; la fois infiniment un &#233;trange d&#233;placement du temps, des temps des pas continus et des mouvement enroul&#233;s autour d'un axe invisible et sans pr&#233;sence, passant l'un dans l'autre sans rupture, d'un temps dans l'autre, en gardant la distance infinie des moments. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques DERRIDA, Parages, Galil&#233;e, 1985, p. 30.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ce pas, c'est le substantif qui caract&#233;rise la marche au demi-pas de retard, d&#233;marche &#233;trange, presque claudicante, celle qui provoque la distance&#8230; cette d&#233;marche fragile &#224; laquelle on doit, par exemple, de malencontreusement heurter des pav&#233;s disjoints, comme chez Proust. Mais ce &#171; pas &#187;, c'est aussi l'adverbe, la n&#233;gation, le travail d'une absence, d'un absentement&#8230; une discontinuit&#233; du temps, du discours ou du r&#233;cit. Le retard devient alors suspension de la logique de l'autorit&#233; (ce que l'on retrouve chez Socrate, Baudelaire, Flaubert ou Benjamin). C'est une objection qui vient suspendre le sens, l'inqui&#233;ter. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La modernit&#233; benjaminienne est une radicalisation de la conscience de la perte &#224; partir d'une exp&#233;rience fragmentaire. Ce qui a lieu, un choc et une impossibilit&#233; de saisir d&#233;sormais les conditions m&#234;mes de l'exp&#233;rience. Ce qui se saisit, c'est la trace. Quelque chose a eu lieu... mais qui ne se saisit que r&#233;trospectivement. C'est-&#224;-dire &lt;i&gt;apr&#232;s coup&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le retard figure quasiment le rythme du fl&#226;neur, si essentiel &#224; Benjamin pour penser Baudelaire comme &#233;crivain retardataire. La marche servait &#224; Benjamin de contretemps rythmique pour penser l'Histoire. Sans doute est-ce le plus grand h&#233;ritage que Benjamin re&#231;oit de Franz Hessel. Les deux amis se rencontrent t&#244;t, s'appr&#233;cient et travaillent ensemble, notamment &#224; la traduction de Proust dans laquelle Hessel se plonge plus que tout autre. Mais ce que Benjamin apprend de Hessel, c'est cet art de la marche du fl&#226;neur qu'on peut lire d&#232;s l'incipit de &lt;i&gt;Promenades dans Berlin&lt;/i&gt;, qui sera un mod&#232;le d'&#233;criture pour Benjamin : &#171; Marcher lentement dans les rues anim&#233;es procure un plaisir particulier. On est d&#233;bord&#233; par la h&#226;te des autres. C'est un bain dans le ressac. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Franz HESSEL, Promenades dans Berlin, traduit de l'allemand par Jean-Michel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cependant, les pi&#232;ges de l'acc&#233;l&#233;ration guerri&#232;re auront raison de la marche de Benjamin, devenue si lente, par la force des choses. Ou plut&#244;t l'absence de force. L'&#233;puisement de Benjamin, la lenteur de sa fuite, sont les sympt&#244;mes de l'&#233;croulement de l'Europe. Le corps m&#234;me de Benjamin concentre cette densit&#233; du d&#233;sastre. Port-Bou est l'&#233;puisement de l'espoir, son retard tragique. Il aurait suffi d'un jour pour que Benjamin traverse la fronti&#232;re sans encombre et soit sauv&#233;. Il n'en sera rien. Benjamin se suicide apr&#232;s avoir confi&#233; ses derniers manuscrits &#224; son entourage, apr&#232;s avoir cach&#233; un peu partout en Europe son travail, sa vie &#233;parpill&#233;e, fragment&#233;e par les temps meurtriers du nazisme, de l'&#201;tat fran&#231;ais collaborationniste et de l'indiff&#233;rence de l'Espagne franquiste. Benjamin ne pouvait plus &#234;tre nulle part. La nasse s'est referm&#233;e sur lui et a effac&#233; ses traces et la m&#233;moire de sa mort avant que quelques amis et intellectuels ne rassemblent, dans le retard des vies mutil&#233;es, les bribes d'une pens&#233;e, l'exp&#233;rience fragmentaire d'une &#233;criture en parfaite r&#233;sonance avec son temps, en parfaite r&#233;sonance avec l'invitation baudelairienne de l'&#233;crivain retardataire.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Benjamin est un homme ext&#233;nu&#233;. L'internement &#224; Colombes, puis &#224; Nevers, a aggrav&#233; sa maladie de c&#339;ur. Il arrive &#233;puis&#233; et vieilli dans le modeste h&#244;tel Continental du 6 rue Beauvau, pr&#232;s du Vieux-Port. Il retrouve Hannah Arendt et son mari. Il confie &#224; celle-l&#224; ses derniers manuscrits et ses envies de suicide. Il rencontre le fils de son ami Franz Hessel avec qui il a traduit Proust en Allemagne et en France. Le jeune St&#233;phane Hessel se souvient d'un homme abattu, sans espoir pour l'Europe ou pour lui-m&#234;me. Il retrouve Arthur Koestler avec qui il a partag&#233; des parties d'&#233;checs, rue Dombasle &#224; Paris. &#192; Marseille, il partage ses pilules de morphine. Benjamin est conscient de la nasse, de l'issue possible et probable. Il se souvient de son suicide rat&#233; de 1932 et donne pourtant une partie de ses cachets &#224; Koestler. Il lui en reste suffisamment pour lui-m&#234;me. Il les utilisera fin septembre &#224; Port-Bou. Apr&#232;s sa tentative rat&#233;e &#224; Lisbonne, un an plus tard, Arthur Koestler se suicidera en 1983. Il s'ajoute &#224; la longue liste des suicid&#233;s de l'Europe : Ernst Weiss, Franz Blei, Walter Hansenclever, Wolfgang D&#246;blin, Carl Einstein, Stefan et Lotte Zweig. Et tant d'autres.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; En 1940, le journaliste Varian Fry ouvre le Centre am&#233;ricain de secours, qui vient en aide &#224; de nombreux r&#233;fugi&#233;s et permettra &#224; plus de 2000 personnes de quitter Marseille. Fin ao&#251;t, gr&#226;ce &#224; l'Institut de Horkheimer, exil&#233; aux &#201;tats-Unis, Walter Benjamin obtient un visa pour les USA. Mais il n'a pas l'autorisation de sortie du territoire fran&#231;ais. Avec l'instauration de l'&#201;tat fran&#231;ais de Vichy, il est devenu impossible d'obtenir ce visa, surtout si l'on est &#233;tranger, juif, allemand d&#233;chu de sa nationalit&#233;. Benjamin ne se tourne pas vers les fili&#232;res de Fry. Il tente la voie administrative, mais le blocage complet pr&#233;cipite sa fuite vers les Pyr&#233;n&#233;es. Le 23 septembre 1940, il d&#233;cide de suivre un r&#233;seau de clandestins passant par l'Espagne. Il rejoint Banyuls-sur-Mer en train. Avec l'aide du maire socialiste de la ville, Vincent Az&#233;ma, de nombreux r&#233;fugi&#233;s fuiront la France via le chemin des cr&#234;tes. Cette route dite &lt;i&gt;Lister&lt;/i&gt; est &#233;troitement surveill&#233;e par la Gestapo, tr&#232;s pr&#233;sente &#224; la fronti&#232;re. Le 24 septembre, le groupe de Benjamin fait une reconnaissance. Le philosophe est parti avec Lisa Fittko, qui anime une fili&#232;re de passage de clandestins avec Fry, Henny Gurland et son fils Joseph. Cependant, la mont&#233;e &#233;puise Benjamin. Il est malade. Tout effort devient quasiment insurmontable. Il d&#233;cide de ne pas redescendre et d'attendre le groupe le lendemain, s'&#233;pargnant un trajet. Mais la nuit, dehors dans la montagne, l'&#233;puise encore plus, rendant l'ascension du 25 particuli&#232;rement longue et p&#233;nible. Benjamin doit s'arr&#234;ter tr&#232;s souvent. Cependant, ils atteignent Port-Bou et se rendent imm&#233;diatement au poste-fronti&#232;re pour obtenir un visa. L'Espagne &#233;tait jusqu'alors ouverte et accueillante. Le pays de Franco sait que tous rejoignent le Portugal pour aller ensuite aux &#201;tats-Unis. Or, Ribbentrop a profit&#233; d'une visite en Espagne pour demander un durcissement de la politique migratoire espagnole. Au moment o&#249; Benjamin arrive en Espagne, les r&#232;gles ont chang&#233; sous la pression du Reich. Le sol espagnol est d&#233;sormais interdit &#224; quiconque n'a pas un visa de sortie du territoire fran&#231;ais. Le groupe est donc arr&#234;t&#233;. On leur signifie leur reconduction &#224; la fronti&#232;re le lendemain. Ils seront remis aux autorit&#233;s fran&#231;aises. Le groupe est assign&#233; &#224; l'h&#244;tel Fonda de Francia, sous la surveillance des gendarmes locaux et sous le regard de la Gestapo, qui cache assez peu sa pr&#233;sence &#224; Port-Bou. C'est une nasse. Plus il avance, plus il s'enfonce dans le pi&#232;ge. S'il est remis &#224; la police fran&#231;aise, il sait qu'il sera remis officiellement &#224; la Gestapo et ex&#233;cut&#233; &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance. Quels sont ses moyens de fuite ? Dans la chambre num&#233;ro 4, au deuxi&#232;me &#233;tage de cet h&#244;tel situ&#233; au &lt;i&gt;5 avenida del General Mola&lt;/i&gt; (aujourd'hui &lt;i&gt;carrer de Mar&lt;/i&gt;), Benjamin n'a plus aucune issue. Dans la nuit du 25 septembre, il absorbe ses pilules de morphine. On le d&#233;couvre agonisant au matin. Les gendarmes affol&#233;s appellent un pr&#234;tre et un m&#233;decin. Le groupe de r&#233;fugi&#233;s tait les origines juives de Benjamin pour ne pas attirer l'attention sur eux. Un pr&#234;tre veille sur le mourant. Le m&#233;decin le soigne sans comprendre qu'il s'agit d'un empoisonnement. Intransportable, Benjamin d&#233;c&#232;de dans cet h&#244;tel de Port-Bou &#224; 22 h 35. Le docteur Ramon Vila Moreno d&#233;livre le 27 septembre 1940 au matin un certificat de d&#233;c&#232;s. Les gendarmes espagnols, traumatis&#233;s par cet &#233;v&#233;nement, laisseront Lisa Fittko, Henny Gurland et son fils Joseph partir. Ils iront au Portugal et finiront par rejoindre les &#201;tats-Unis. Hannah Arendt s'&#233;tait enfuie du camp de Gurs, qui allait bient&#244;t livrer ses camarades emprisonn&#233;es &#224; l'Allemagne nazie et aux camps d'extermination. Elle avait rejoint Marseille et avait fini, elle aussi, par gagner le Portugal gr&#226;ce &#224; Fry. &#192; Lisbonne, dans l'attente interminable d'un bateau pour les &#201;tats-Unis, elle lit et relit le dernier manuscrit de Walter Benjamin, ses &#171; Th&#232;ses sur le concept d'histoire &#187;. Elle sauvera donc le texte de la catastrophe europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Hannah Arendt, dans le portrait de Walter Benjamin, d&#233;crit simplement ce moment fatal &#224; partir de la politique d'accueil de l'Espagne : &#171; L'embargo sur les visas fut lev&#233; quelques semaines plus tard. Un jour plus t&#244;t, Benjamin serait pass&#233; sans difficult&#233; ; un jour plus tard, on aurait su &#224; Marseille qu'il n'&#233;tait pas possible &#224; ce moment de passer en Espagne. C'est seulement ce jour-l&#224; que la catastrophe &#233;tait possible. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hannah Arendt, Walter Benjamin, 1892-1940, traduit de l'anglais par Agn&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Walter Benjamin meurt &#224; Port-Bou sans aucune nationalit&#233;, arr&#234;t&#233; par la police espagnole, il sait qu'en tant qu'&#233;tranger, juif, m&#233;t&#232;que allemand d&#233;chu de sa nationalit&#233;, il sera remis aux autorit&#233;s nazies. Il sait la catastrophe que regarde l'ange de l'Histoire, celle des &lt;i&gt;Namenlosen&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Schewerer ist es, das Ged&#228;chnis des Namenlosen zu ehren als der Beruhmten. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; Le roman national fran&#231;ais est ici, celui d'un visa de sortie refus&#233; par la France d'alors. Refuser de laisser sortir un juif apatride pour mieux l'envoyer ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Dans le droit, l'apatride est un point de n&#233;ant. C'est la b&#234;te sauvage et honnie. C'est le monstre de tous les soup&#231;ons : on ne peut pas lui faire confiance et on ne peut pas non plus le renvoyer chez lui. C'est une aberration bien embarrassante. Dans le droit romain, cela signifie litt&#233;ralement &lt;i&gt;&#244;ter la cit&#233;&lt;/i&gt;, l'apatride est celui que l'on extrait de la cit&#233; et de l'id&#233;e m&#234;me de cit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Paris est un refuge ultime pour Benjamin. Car, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; exil&#233;, on l'a priv&#233; de son identit&#233; berlinoise, ce qu'anticipe sans doute Benjamin en &#233;crivant, d&#232;s 1933, ses souvenirs d'enfance. Mais, &#224; la diff&#233;rence de cet autre marcheur, Nietzsche, qui brandissait dans &lt;i&gt;Le Gai Savoir &lt;/i&gt;un &#171; Nous les apatrides &#187; pour d&#233;noncer les id&#233;aux confortables et refuser les nationalismes, Benjamin ne s'est jamais extrait des nations. &#192; rebours d'un certain imaginaire romantique nietzsch&#233;en, qui se pla&#231;ait au-dessus des nations, Benjamin n'a jamais cess&#233; d'explorer les dessous, les rebuts, les oubli&#233;s de l'id&#233;al citoyen ou national. L&#224; o&#249; le droit romain bannissait et cr&#233;ait des apatrides pour leur &#233;viter la peine de mort, le r&#233;gime nazi, dans sa volont&#233; de destruction des juifs d'Europe, poursuit l'apatride Walter Benjamin avec la complicit&#233; de l'&#201;tat fran&#231;ais p&#233;tainiste. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est donc aussi l'histoire d'une d&#233;ch&#233;ance de nationalit&#233; que celle de Walter Benjamin. On ne comprend pas bien pourquoi l'&#201;tat nazi prend ce pr&#233;texte de la publication sovi&#233;tique pour le d&#233;choir, mais, au moment o&#249; j'&#233;cris ce livre, la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#233;tait travers&#233;e par cette question : la d&#233;ch&#233;ance de nationalit&#233;. Le contexte est &#233;videmment diff&#233;rent. Nulle comparaison &#224; faire ou &#224; exiger pourtant tout au long des recherches et de l'&#233;criture, ces mots sont revenus, &lt;i&gt;d&#233;ch&#233;ance de nationalit&#233;&lt;/i&gt;, alors m&#234;me que je travaillais sur les camps d'internement fran&#231;ais, que je me renseignais sur les pratiques et sur le cadre l&#233;gislatif qui entourait l'accueil des &#233;trangers allemands, italiens et espagnols&#8230; alors m&#234;me que j'entendais chaque jour le d&#233;compte macabre des morts en mer M&#233;diterran&#233;e&#8230; alors m&#234;me que je voyais s'entasser &#224; nos fronti&#232;res europ&#233;ennes ferm&#233;es ces autres r&#233;fugi&#233;s qu'on n'accueillerait pas&#8230; depuis 2011, ce sont 10 000 Syriens qui ont &#233;t&#233; accueillis en France sur 5 millions ayant fui la guerre, les bombes, les massacres&#8230; en 2015, il y a eu 5 122 demandes d'asile&#8230; la France, terre des exil&#233;s et des droits de l'homme, aura v&#233;cu&#8230; sur le bruit de fond m&#233;diatique et politique d'une &lt;i&gt;d&#233;ch&#233;ance de nationalit&#233;&lt;/i&gt; qu'on aura voulu inscrire dans la Constitution fran&#231;aise&#8230; pour qui ? pour quoi faire ? Pour quelles d&#233;rapages futurs au-del&#224; de l'effet d'annonce opportuniste, irr&#233;fl&#233;chi et d&#233;vastateur ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Walter Benjamin est un des derniers repr&#233;sentants d'une culture europ&#233;enne r&#234;v&#233;e, comme Zweig qui lui aussi mourra dans un exil lointain. Benjamin est l'homme des livres et de la culture, la fran&#231;aise comme l'allemande. &#192; partir de 1933, l'Europe ne croit plus en la culture. Elle commence par br&#251;ler les livres, puis les hommes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est frappant de constater que le destin de l'Europe se dessine au travers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une id&#233;e de l'Europe s'&#233;tait ouverte dans les promenades de K&#246;nigsberg. Elle se referme &#224; Port-Bou dans l'&#233;puisement de la marche et du monde. Apr&#232;s 1945, l'Europe ne croit plus en la culture, elle ne croira plus dans les livres, les langues ou la culture. Elle se met &#224; croire en l'&#233;conomie, sa main invisible. Elle croit au march&#233;. C'est l'horizon, peut-&#234;tre, le seul d&#233;sormais. L'Europe qui s'invente sur les d&#233;combres de la guerre a trop vite oubli&#233; les livres et la pens&#233;e pour le seul lib&#233;ralisme des marchandises et des profits. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; En attendant de trouver un demi-pas de retard pour l'Europre&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; La rue conduit celui qui fl&#226;ne vers un pass&#233; r&#233;volu. Pour lui, chaque rue est en pente, et m&#232;ne, sinon vers les M&#232;res, du moins dans un pass&#233; qui peut &#234;tre d'autant plus envo&#251;tant qu'il n'est pas son propre pass&#233;, son pass&#233; priv&#233;. Pourtant, ce pass&#233; demeure toujours le temps d'une enfance. Mais pourquoi celui de la vie qu'il a v&#233;cue ? Ses pas &#233;veillent un &#233;cho &#233;tonnant dans l'asphalte sur lequel il marche. La lumi&#232;re du gaz qui tombe sur le carrelage &#233;claire d'une lumi&#232;re &#233;quivoque ce double de soi. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Walter Benjamin, &lt;i&gt;Paris, Capitale du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt; (p. 434)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des &#233;l&#233;ments de cet article sont emprunt&#233;s &#224; mon livre &lt;i&gt;Les d&#233;sordres du monde. Walter Benjamin &#224; Port-Bou&lt;/i&gt;, Paris, Pauvert, septembre 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un&#171; &lt;i&gt;Aufkl&#228;rung ist der Ausgang des Menschen aus seiner selbst verschuldeten Unm&#252;ndigkeit&lt;/i&gt;. Unm&#252;ndigkeit ist das Unverm&#246;gen, sich seines Verstandes ohne Leitung eines anderen zu bedienen. &lt;i&gt;Selbstverschuldet&lt;/i&gt; ist diese Unm&#252;ndigkeit, wenn die Ursache derselben nicht am Mangel des Verstandes, sondern der Entschlie&#223;ung und des Muthes liegt, sich seiner ohne Leitung eines andern zu bedienen. &lt;i&gt;Sapere aude&lt;/i&gt; ! Habe Muth dich deines &lt;i&gt;eigenen&lt;/i&gt; Verstandes zu bedienen ! ist also der Wahlspruch der Aufkl&#228;rung. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Les Lumi&#232;res, c'est la sortie de l'homme hors de l'&#233;tat de tutelle dont il est lui-m&#234;me responsable&lt;/i&gt;. L'&#233;tat de tutelle est l'incapacit&#233; de se servir de son entendement sans la conduite d'un autre. On est &lt;i&gt;soi-m&#234;me responsable&lt;/i&gt; de cet &#233;tat de tutelle quand la cause tient non pas &#224; une insuffisance de la r&#233;solution et du courage de s'en servir sans la conduite d'un autre. &lt;i&gt;Sapere aude !&lt;/i&gt; Aie le courage de te servir de ton &lt;i&gt;propre&lt;/i&gt; entendement ! Voil&#224; la devise des Lumi&#232;res. &#187; Emmanuel Kant, &#171; R&#233;ponse &#224; la question : qu'est-ce que les Lumi&#232;res ? &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Vers la paix perp&#233;tuelle&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Jean-Fran&#231;ois Poirier et Fran&#231;oise Proust, Paris, GF-Flammarion, 1991, p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Kant, &#171; R&#233;ponse &#224; la question : qu'est-ce que les Lumi&#232;res ? &#187;, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Il existe un tableau de Klee qui s'intitule &#034; Angelus Novus&#034;. Il repr&#233;sente un ange qui semble sur le point de s'&#233;loigner de quelque chose qu'il fixe du regard. Ses yeux sont &#233;carquill&#233;s, sa bouche ouverte, ses ailes d&#233;ploy&#233;es. C'est &#224; cela que doit ressembler l'ange de l'histoire. Son visage est tourn&#233; vers le pass&#233;. L&#224; o&#249; nous appara&#238;t une cha&#238;ne d'&#233;v&#233;nements, il ne voit, lui, qu'une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les pr&#233;cipite &#224; ses pieds. Il voudrait bien s'attarder, r&#233;veiller les morts et rassembler ce qui a &#233;t&#233; d&#233;membr&#233;. Mais du paradis souffle une temp&#234;te qui s'est prise dans ses ailes, si violemment que l'ange ne peut plus les refermer. Cette temp&#234;te le pousse irr&#233;sistiblement vers l'avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s'&#233;l&#232;ve jusqu'au ciel. Cette temp&#234;te est ce que nous appelons le progr&#232;s. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Walter Benjamin, &#171; &lt;i&gt;Sur le concept d'histoire&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;in &#338;uvres III&lt;/i&gt;, traduction Maurice de Gandillac, Pierre Rusch et Rainer Rochlitz, Paris, Gallimard, coll. &#171; Folio &#187;, 2000, p. 434.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Heinz Wismann, &lt;i&gt;Penser entre les langues&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Benjamin marchait avec une certaine difficult&#233; et il ne marchait pas vite mais il &#233;tait capable de marcher longtemps. Les longues promenades que nous faisions ensemble &#224; travers la campagne vallonn&#233;e, plant&#233;e d'amandiers, de caroubiers et de thuyas, &#233;taient rendus plus longues encore par nos conversations qui l'obligeaient constamment &#224; s'arr&#234;ter. Il avouait que marcher l'emp&#234;chait de r&#233;fl&#233;chir. &#187; Jean Selz, &#171; Walter Benjamin &#224; Ibiza &#187;, &lt;i&gt;in &#201;crits fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1997, p. 369.&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gershom Scholem, &lt;i&gt;Walter Benjamin. Histoire d'une amiti&#233;&lt;/i&gt;, traduit par Paul Kessler, Paris, Calmann-L&#233;vy, 1981, 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La marque historique des images n'indique pas seulement qu'elles appartiennent &#224; une &#233;poque d&#233;termin&#233;e, elle indique surtout qu'elles ne parviennent &#224; la lisibilit&#233; qu'&#224; une &#233;poque d&#233;termin&#233;e. Et le fait de parvenir &#171; &#224; la lisibilit&#233; &#187; repr&#233;sente certes un point critique d&#233;termin&#233; dans le mouvement qui les anime. Chaque pr&#233;sent est d&#233;termin&#233; par les images qui sont synchrones avec lui ; chaque Maintenant est le Maintenant d'une connaissabilit&#233; d&#233;termin&#233;e. Avec lui, la v&#233;rit&#233; est charg&#233;e de temps jusqu'&#224; en exploser. (Cette explosion, et rien d'autre, est la mort de l'&lt;i&gt;intentio&lt;/i&gt;, qui co&#239;ncide avec la naissance du v&#233;ritable temps historique, du temps de la v&#233;rit&#233;.) Il ne faut pas dire que le pass&#233; &#233;claire le pr&#233;sent ou que le pr&#233;sent &#233;claire le pass&#233;. Une image, au contraire, est ce en quoi l'Autrefois rencontre le Maintenant dans un &#233;clair pour former une constellation. En d'autres termes : l'image est la dialectique &#224; l'arr&#234;t. Car, tandis que [l]a relation du pr&#233;sent au le pass&#233; est purement temporelle, la relation de l'Autrefois avec le Maintenant est dialectique : elle n'est pas de nature temporelle, mais de nature figurative (&lt;i&gt;bildlich&lt;/i&gt;). Seules les images dialectiques sont des images authentiquement historiques, c'est-&#224;-dire non archa&#239;ques. L'image qui est lue &#8212; je veux dire l'image dans le Maintenant de la connaissabilit&#233; &#8212; porte haut plus haut degr&#233; la marque du moment critique, p&#233;rilleux, qui est au fond de toute lecture. &#187; Walter Benjamin, &lt;i&gt;Paris, capitale du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, traduction Jean Lacoste, Paris, Cerf, 2002, pages 479-480.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi Huberman,&lt;i&gt; Devant le temps&lt;/i&gt;, Minuit, 2000, p. 103.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'image dialectique est une image historique reposant sur une temporalit&#233; complexe et une ambigu&#239;t&#233;. C'est en cela qu'elle est p&#233;rilleuse. Elle renonce &#224; toute forme d'univocit&#233;. En instaurant un nouveau rapport entre un pass&#233; interrompt et un pr&#233;sent qui n'exclut pas pour autant ce pass&#233; dans son propre mouvement, l'image dialectique ouvre une saisie intense qui interrompu un mouvement spontan&#233;e et enclenche un processus complexe. Avec l'image dialectique, les choses ne vont plus de soi. Elle engage un mouvement critique qui interrompt le flux et constitue un d&#233;calage, une oblicit&#233;. L'&#233;cart qui s'ouvre contre &#171; l'habitus &#187; est le moment du d&#233;pliement critique. Le mouvement qui se cr&#233;e est dynamique mais ne se r&#233;duit pas &#224; la lin&#233;arit&#233; puisqu'il saisit ce pass&#233; lointain presque interdit dans un pr&#233;sent. C'est dans ce mouvement constitu&#233; comme forme de m&#233;moire que le positivisme historique est ruin&#233; et c&#232;de la place &#224; cette nouvelle dynamique. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La &#171; r&#233;volution copernicienne &#187; de l'histoire, &#233;crit Georges Didi Huberman, aura donc consist&#233;, chez Benjamin, &#224; passer du point de vue du &lt;i&gt;pass&#233; comme fait objectif &lt;/i&gt;&#224; celui du &lt;i&gt;pass&#233; comme fait de m&#233;moire&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire comme fait en mouvement, fait psychique aussi bien que mat&#233;riel. La nouveaut&#233; radicale de cette conception &#8211; et de cette pratique &#8211; de l'histoire, c'est qu'elle part, non des faits pass&#233;s &#171; eux-m&#234;mes &#187;, cette illusion th&#233;orique, mais du mouvement qui les rappelle et les construit dans le savoir pr&#233;sent de l'historien. &#187; (&lt;i&gt;Devant le temps&lt;/i&gt;, Minuit, 2000, p. 103) Ce qui permet au philosophe fran&#231;ais d'envisager un nouveau paradigme historique pour une histoire de l'art repens&#233;e &#224; partir de l'anachronisme et d'une strat&#233;gie g&#233;n&#233;rale du &#171; rebrousse-poil &#187;, c'est l'&#233;mergence de l'image dialectique comme forme du n&#233;gatif donnant &#171; justement le moteur dialectique de la cr&#233;ation comme connaissance et de la connaissance comme cr&#233;ation. &#187; (Georges Didi Huberman, &lt;i&gt;Ce que nous voyons, ce qui nous regarde&lt;/i&gt;, Editions de Minuit, 1992, page 135). Le mouvement de cette forme dynamique de la m&#233;moire ne cherche pas &#224; poss&#233;der mais &#224; mettre en rapport, elle cherche &#224; cr&#233;er un rapport dialectique. Son authenticit&#233; r&#233;side dans son sens critique. C'est en effet dans sa capacit&#233; de faire vaciller les certitudes et de renverser les continuit&#233;s qu'elle ouvre son &#233;cart qui ne se ressaisit que dans le retard qu'elle produit. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'image qui se constitue dans ce nouveau rapport dialectique repose alors sur le double enjeu de l'arr&#234;t et du montage. En d&#233;r&#233;glant les visibilit&#233;s communes, l'image dialectique n'est pas une image qui s'offre ou se donne. Elle s'inscrit dans un travail de trace et de bifurcation. En ce sens, l'arr&#234;t dialectique dont parle Walter Benjamin n'est pas celui d'une dialectique immobile, d'une dialectique qui se serait arr&#234;t&#233;e. Ce qui s'arr&#234;te, c'est un mod&#232;le d'inertie. Ce qui &#233;merge, c'est le rythme du n&#233;gatif, c'est la possibilit&#233; d'une autre forme de visibilit&#233; &#224; partir d'un moment fragile et fulgurant. C'est ce qui constitue l'&#233;veil benjaminien comme moment de ressaisie de la complexit&#233; de la pens&#233;e et de son enjeu de connaissance. Cette reconstruction dans l'&#233;cart par le retard qu'elle induit est celle d'une conscience aigu&#235; de la perte (le prix de la modernit&#233;) et du pari benjaminien face &#224; la fin de l'aura et la possibilit&#233; artistique dans l'&#233;poque de la reproduction technique. Parlant de l'image comme surgissant de cette pliure dialectique, Georges Didi Huberman avance qu'elle &#171; n'est pas l'imitation des choses, mais l'intervalle rendu visible, la ligne de fracture entre les choses &#187; (Georges Didi Huberman, Georges, &lt;i&gt;Devant le temps&lt;/i&gt;, page 114).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, &lt;i&gt;Charles Baudelaire&lt;/i&gt;, traduction Jean Lacoste, Paris, Petite biblioth&#232;que Payot, 1990, p. 81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'image dialectique trouve son authenticit&#233; critique dans une r&#233;sistance oblique. La fracture que le moment d'arr&#234;t implique vient se mesure dans le montage. En effet, le montage brise l'action fluidifiante du continu par un remontage, lequel permet d'&#233;chapper au caract&#232;re fixe et fix&#233; de l'&#233;v&#233;nement. Il ouvre un &#233;v&#233;nement qui ne se r&#233;duit plus &#224; l'imm&#233;diatet&#233;. Le montage est le c&#339;ur du projet benjaminien. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La m&#233;thode de ce travail : le montage litt&#233;raire. Je n'ai rien &#224; dire. Seulement &#224; montrer. Je ne vais rien d&#233;rober de pr&#233;cieux ni m'approprier des formules spirituelles. Mais les guenilles, le rebut : je ne veux pas en faire l'inventaire, mais leur permettre d'obtenir justice de la seule fa&#231;on possible : en les utilisant. &#187; Walter Benjamin, &lt;i&gt;Paris, capitale du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit., &lt;/i&gt;Fragment [N 1a, 8], page 476. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le montage permet de prendre acte des nouvelles formes artistiques dans le paysage de la reproductibilit&#233; technique. Il engage un nouveau dialogue dialectique, op&#232;re une m&#233;diation et ouvre &#224; la complexit&#233; en saisissant le travail de l'ambigu&#239;t&#233; de l'image. Le montage d&#233;monte le chapelet de l'histoire. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'historicisme se contente d'&#233;tablir un lien causal entre divers moments de l'histoire. Mais aucune r&#233;alit&#233; de fait ne devient, par sa simple qualit&#233; de cause, un fait historique. Elle devient telle, &#224; titre posthume, sous l'action d'&#233;v&#233;nements qui peuvent &#234;tre s&#233;par&#233;s d'elle par des mill&#233;naires. L'historien qui part de l&#224; cesse d'&#233;grener la suite des &#233;v&#233;nements comme un chapelet. Il saisit la constellation que sa propre &#233;poque forme avec telle &#233;poque ant&#233;rieure. &#187; Walter Benjamin, &lt;i&gt;Sur le concept d'histoire&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Maurice de Gandillac, revu par Pierre Rusch, &lt;i&gt;Op. Cit., &lt;/i&gt;pages 442-443.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;v&#233;nement qui se saisit dans le remontage (celui qui brise l'effectivit&#233; du contenu) constitue une distance en d&#233;inscrivant l'&#339;uvre de la reproduction et de l'ali&#233;nation (harmonie de la forme, imm&#233;diatet&#233; du flux).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, &lt;i&gt;Sens unique-Enfance berlinoise&lt;/i&gt;, traduction Jean Lacoste, Paris, 10/18, 2000, p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin et Gershom Scholem, &lt;i&gt;Th&#233;ologie et utopie. Correspondance 1933-1940&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Didier Renault et Pierre Rusch, Paris, Les &#201;ditions de l'&#233;clat, 2010, p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin et Gretel Adorno, &lt;i&gt;Correspondance (1930-1940), &lt;/i&gt;traduit de l'allemand par Christophe David, Paris, Le Promeneur-Gallimard, 2007, p. 381.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, &lt;i&gt;Derni&#232;res lettres&lt;/i&gt;, traduction de Jacques-Olivier B&#233;got, Paris, Rivages, 2014, p.162-163.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arthur Koestler, &lt;i&gt;La Lie de la terre&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Jeanne Terracini, Paris, Calmann-L&#233;vy, 2013, p. 298. Arthur Koestler se suicide avec sa femme en 1983. Hans Sahl, dans ses notes autobiographiques, rapporte un fragment des derniers mots de l'&#233;crivain : &#171; Je voudrais informer mes amis que je quitte en paix leur compagnie avec l'espoir d'une survie impersonnelle apr&#232;s la mort, au-del&#224; du temps, de l'espace, de la mati&#232;re, au del&#224; de l'entendement humain. &#187; Hans Sahl, &lt;i&gt;Survivre est un m&#233;tier&lt;/i&gt;, Paris, Les Belles Lettres, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Certes, la critique se fait au &lt;i&gt;pr&#233;sent &lt;/i&gt; : elle diagnostique le temps qui est le sien, elle aime et r&#233;serve ses coups au pr&#233;sent qui lui est fait. Mais, du m&#234;me coup, elle n'est pas de son &lt;i&gt;temps &lt;/i&gt; : &#224; la fois elle accuse son retard et pointe son avance possible. C'est en ne co&#239;ncidant jamais avec son temps, en refusant de c&#233;der &#224; sa pente naturelle, en bataillant contre lui, bref en lui r&#233;sistant que simultan&#233;ment elle prend le risque d'&#234;tre archa&#239;que et qu'elle saisit la chance d'&#234;tre inventive. &#187;, Fran&#231;oise Proust, &lt;i&gt;De la r&#233;sistance&lt;/i&gt;, Les &#233;ditions du cerf, 1997, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(&#171; &lt;i&gt;&#220;berwindung des Kapitalismus durch Wanderung &lt;/i&gt; &#187;, Fragment, 113, (1921). La phrase n'appara&#238;t pas dans la traduction fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques DERRIDA, &lt;i&gt;Parages&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 1985, p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Franz HESSEL, &lt;i&gt;Promenades dans Berlin&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Jean-Michel Beloeil, Presses universitaires de Grenoble, 1989, p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hannah Arendt, &lt;i&gt;Walter Benjamin, 1892-1940&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Agn&#232;s Oppenheimer-Faure et Patrick L&#233;vy, Editions Allia, 2007, p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Schewerer ist es, das Ged&#228;chnis des Namenlosen zu ehren als der Beruhmten. Dem Ged&#228;chtnis der Namenlosen ist die historische Konstruktion geweiht. &#187; Walter Benjamin (citation inscrite au bas de l'installation de Dany Karavan &#224; Port-Bou, en hommage &#224; Walter Benjamin).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est bien plus difficile d'honorer la m&#233;moire des anonymes que celle des personnes c&#233;l&#232;bres. La construction historique est consacr&#233;e &#224; la m&#233;moire de ceux qui n'ont pas de nom. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est frappant de constater que le destin de l'Europe se dessine au travers de la famille de Benjamin : &lt;br class='autobr' /&gt;
Walter fuit l'Allemagne nazie d&#232;s 1933. Walter Benjamin En tentant de fuir la France envahie et vichyste en 1940, il se suicide &#224; Port-Bou.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a un fils, Stefan, tr&#232;s fragile qui est soign&#233; &#224; Vienne en 1938. Il a 19 ans et r&#233;ussit &#224; quitter la capitale autrichienne avant l'arriv&#233;e des nazis. L'Anschluss volontaire et joyeux, l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie a lieu le 12 mars 1938.&lt;br class='autobr' /&gt;
Stefan et sa m&#232;re Dora devront fuir en 1939 l'Italie mussolinienne qui met en place de nouvelles lois raciales. Ils iront &#224; Lourdes, o&#249; Stefan semble trouver un &#233;quilibre. Dora tente de persuader Benjamin les y rejoindre. Dora et son fils r&#233;ussiront &#224; rallier Londres. Elle y mourra en 1964. Stefan d&#233;c&#233;dera &#233;galement dans capitale anglaise en 1972.&lt;br class='autobr' /&gt;
Georg Benjamin, le fr&#232;re de Walter, lui, n'a pas travers&#233; les fronti&#232;res : il est m&#233;decin et conseiller municipal communiste &#224; Berlin. Il est arr&#234;t&#233; une premi&#232;re fois le 12 avril 1933, puis une seconde fois le 14 mai 1936 par les nazis. Accus&#233; de conspiration, il est condamn&#233; &#224; six ans de prison. Il est assassin&#233; en 1942 &#224; Mauthausen.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au bord du po&#232;me (Sur la pens&#233;e po&#233;tique de Michel Deguy)</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article399</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article399</guid>
		<dc:date>2021-12-03T16:14:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Deguy, Michel</dc:subject>
		<dc:subject>Po&#233;sie</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Conf&#233;rence Cerisy de 2006 publi&#233;e en 2007 aux &#233;ditions Belin&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique72" rel="directory"&gt;2007&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;Deguy, Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Michel Deguy et Martin Rueff m'avaient invit&#233; &#224; participer &#224; une soir&#233;e &#224; l'IMEC autour de la po&#233;sie de Michel. Dans l'abbaye d'Ardenne, j'avais prononc&#233; un petit texte intitul&#233; &#034;Et r&#233;ciproquement&#034; qu'on retrouve &lt;a href=&#034;https://remue.net/Et-reciproquement-Sur-Michel-Deguy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. J'avais d&#233;j&#224; constitu&#233; un dossier sur son &#339;uvre sur remue.net, l'&#233;change se prolongeait. Apr&#232;s les prises de paroles, tout le mond&#233; s'&#233;tait retrouv&#233; autour d'une soupe et d'un d&#238;ner. C'est l&#224; que Michel et Martin m'ont invit&#233; &#224; participer au colloque que Martin organisait &#224; Cerisy autour de l'&#339;uvre et de la pens&#233;e de Deguy. Intitul&#233; &#171; L'all&#233;gresse pensive. Michel Deguy, po&#233;tique et pens&#233;e. &#187;, ce colloque s'est tenu entre le 25 et le 29 mai 2006. Ma communication s'est d&#233;roul&#233;e le samedi 27 mai 2006 dans la biblioth&#232;que de Cerisy face &#224; un parterre particuli&#232;rement relev&#233; et au premier rang, &#224; l'&#233;coute : Michel Deguy. C'est dire si j'ai &#233;t&#233; dans mes petits souliers durant cette heure-l&#224;. Mon texte &#171; Au bord du po&#232;me (Sur la pens&#233;e po&#233;tique de Michel Deguy) &#187; a &#233;t&#233; publi&#233; en octobre 2007 aux &#233;ditions Belin.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_892 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L301xH480/michel-deguy-8cda4.jpg?1750416861' width='301' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Au bord du po&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Dans la g&#233;o-po&#233;tique de Michel Deguy, le paysage m&#234;me du po&#232;me est instable et mouvant. Sa description commencerait donc par une incertitude, une h&#233;sitation et quelques questions.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Par quel bout le prendre ? A revers ou par d&#233;faut ? &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est au bord du po&#232;me que se dessine cette ligne mobile et toujours outrepass&#233;e par elle-m&#234;me, cette ligne po&#233;tique et pensive.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;De la bordure&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Il s'agirait d'une bordure, celle d'un po&#232;me, d'une po&#233;tique toujours recommenc&#233;e dans un mouvement. La bordure du po&#232;me serait un bord s'abolissant lui-m&#234;me dans sa dynamique. La bordure po&#233;tique n'est pas une fronti&#232;re ou une s&#233;paration mais la ligne instable d'un passage. Car il n'y a de bordure du po&#232;me qu'&#224; condition de son d&#233;bordement. D&#232;s lors, envisager la bordure, c'est explorer un passage, un d&#233;centrement.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Se mouvoir en bordure, c'est explorer l'espace inquiet du po&#232;me, l'ind&#233;cidable fronti&#232;re entre un dehors et un dedans, hypoth&#232;ses topographiques renvers&#233;es par la po&#233;tique de Deguy. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le bord ? Un &#233;cart, et une marge. La navigation po&#233;tique des bordures, c'est notre marge de man&#339;uvre pour tenter une exploration et un travail. Car il ne s'agit pas d'une posture mais d'une r&#233;flexion po&#233;tique en mouvement. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Dire-en-po&#232;me (pour reprendre l'expression de Michel Deguy), c'est penser le langage au bord de lui-m&#234;me et tenter sa possibilit&#233; dans la bordure m&#234;me. D&#232;s lors &#171; tenter &#187;, c'est &#224; la fois la &#171; tentative &#187; et la &#171; tentation &#187; : l'essai, celui d'une raison po&#233;tique, la tentation, celle qui nous r&#233;unit, l'all&#233;gresse pensive.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La bordure est le topos du trafic de la langue, entre circulation, mouvement et contre-bande du langage. Ce fricotage, cette navigation entre-deux eaux (la borde), c'est l'interlope po&#233;tique, l'interlope m&#233;taphorique ou comparatif, tropes en bordure : celle du rapprochement de l'&#233;loign&#233;, d'une articulation en bordure de deux espaces. Envisager cette topographie c'est poser un horizon et son d&#233;bordement. La comparaison et la m&#233;taphore ne s'entendent jamais avec quelque complaisance po&#233;tique. Elles n'appartiennent &#224; aucune licence po&#233;tique (au sens juridique du terme &#171; licence &#187;). C'est au contraire la comp&#233;tence m&#234;me du po&#233;tique, sa comp&#233;tence pens&#233;e, celle du mouvement du monde requis dans le langage.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La bordure est donc un rapport entre le fini et l'infini. C'est cela le &#171; o&#249; &#187; de la po&#233;sie, un rapport plant&#233; au milieu du monde. Mais un rapport probl&#233;matique car il n'est ni au-del&#224;, ni au-dehors mais c'est un &#171; au milieu &#187; par d&#233;centrement (le centre ne fait jamais &#171; position &#187; nous rappelle &#171; Didactiques &#187; dans &lt;i&gt;Gisants&lt;/i&gt;, p. 89) C'est un pas de c&#244;t&#233; au milieu du monde. Elle est donc &lt;i&gt;entre&lt;/i&gt;. Cet &lt;i&gt;entre&lt;/i&gt; d&#233;finit le mouvement et la circulation de la po&#233;sie. C'est la le&#231;on de Mallarm&#233; : un espace textuel entre le &#171; d'une part &#187; du po&#232;me compos&#233; et le &#171; d'autre part &#187; de la prose ordinaire, comme le rappelle Michel Deguy dans &lt;i&gt;La raison po&#233;tique&lt;/i&gt; (p. 81)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La grande affaire des bords, c'est de les enjamber, de les d&#233;border. Parce que la langue est d'abord un &#233;change de r&#233;ciprocit&#233;s. Parce que &#171; la langue accueille pour redonner &#187;, lit-on dans &lt;i&gt;La po&#233;sie n'est pas seule&lt;/i&gt; (p. 21)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ce d&#233;bordement impliqu&#233; par le bord d&#233;ment l'&#233;vidence du langage. La navigation po&#233;tique des bordures, c'est &#224; la fois les faire saillir et les d&#233;placer. C'est ce d&#233;placement qui transforme et disloque la forme commune. Car le corps m&#234;me du po&#232;me, c'est l'instabilit&#233; de la langue convoqu&#233;e par le tremblement de la bordure. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On dit qu'il y aurait deux voies dans l'&#339;uvre de Michel Deguy. L'une serait po&#233;tique. L'autre serait philosophique ou r&#233;flexion sur la po&#233;sie. Cette distinction est proprement intenable ; d&#233;j&#224; parce que le mouvement de la po&#233;sie est &lt;i&gt;pens&#233;e&lt;/i&gt;, non pas r&#233;fl&#233;chi mais &lt;i&gt;r&#233;flexion&lt;/i&gt;. D'autre part, po&#233;sie et philosophie s'accomplissent dans le plissement. Cette exp&#233;rience po&#233;tique du pli est exactement celle des bords. Il n'y aurait pas s&#233;paration (mur ou fronti&#232;re) mais plissement ou roulement infini du pli de la langue. C'est l'exp&#233;rience m&#234;me de la po&#233;tique pensive : l'oscillation d'un bord &#224; l'autre, un passage infini et intime reposant sur une dis-jonction. La place de la po&#233;sie est de ne pas en avoir. Son &#234;tre-sans-place est ce qui d&#233;place et franchit toujours son propre bord. Son rythme est dans cette ubiquit&#233; ind&#233;cidable et non-terminale : in-terminale et interminable. C'est pourquoi il faudrait &#233;crire &#171; dis-joindre &#187; avec un tiret entre le &#171; dis &#187; et le &#171; joindre &#187; : il marque l'espacement et la relation c'est-&#224;-dire espacer et rejoindre pour faire &#233;cho &#224; l'expression de Jean-Pierre Moussaron.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le dire-en-po&#232;me, celui des bordures, c'est un dire et son d&#233;bordement. Du dire &#224; la disjonction (dis-jonction), voil&#224; le mouvement po&#233;tique : rapprocher les incertitudes et, selon Mallarm&#233;, mettre sous les yeux une absence pour ne jamais r&#233;p&#233;ter mais toujours &lt;i&gt;d&#233;&lt;/i&gt;border (cf. &lt;i&gt;Au jug&#233;&lt;/i&gt;, p. 94)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; L'originalit&#233; de l'&#233;crivain (par d&#233;finition, artiste est celui qui ne recopie pas &#224; l'identique, mais veut faire origine ou ajout) consiste &#224; dissoudre, dissiper, la signification, la &#171; d&#233;finition &#187; ordinaire ; ne pas &lt;i&gt;r&#233;p&#233;ter&lt;/i&gt; le signalement de la chose dans le dictionnaire. Il re-d&#233;crit, &#224; nouveaux frais, &lt;i&gt;vers&lt;/i&gt; une d&#233;finition. Il &#171; sugg&#232;re &#187;. Il doit donc &#171; commencer &#187; par perdre les significations usuelles (&#171; plonger &#187; dit Baudelaire ; &#233;garer la voie droite, dit Dante) ; frayer dans &#171; la for&#234;t obscure &#187;. Se d&#233;tourner, se d&#233;pendre, m&#233;-conna&#238;tre ; (Mallarm&#233; : &#171; &#8230; la &lt;i&gt;danseuse n'est pas&lt;/i&gt;&#8230; &#187;) &#187; &lt;i&gt;La raison po&#233;tique&lt;/i&gt;, p. 162&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La bordure serait l'expression de cette in-finitude et l'autre nom de la po&#233;sie, celle qui relie dans un moment instable et dynamique un dehors et un dedans, comme le dessin d'un passage ou d'un arc qui irait de Baudelaire &#224; Benjamin (commentant Baudelaire).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cette question est pos&#233;e par le po&#232;me &#171; Bord &#187; du recueil &lt;i&gt;Gisant &lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;BORD&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Pourquoi revient cette formule aim&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#034;Au bord du monde encore une fois&#034;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Qu'est ce bord, qu'est-ce &#034;bord&#034;, &#234;tre-au-bord&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La bordure chez Baudelaire et&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La terrasse des princes de Rimbaud&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Avec vue sur le monde et le tout comme&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ayant pass&#233; par ici qui repassera par l&#224;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; L'&#234;tre-au-bord du po&#232;me est passage et questions. C'est un re-passage toujours &#224;-venir. Mais repasser les plats de la langue, c'est ici contrarier les habitudes et faire surgir des plis. C'est froisser le flux pour entendre un battement topographique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; La po&#233;sie, c'est &lt;i&gt;quand&lt;/i&gt; j'entends la langue battre ; le battement de la langue. Affaire de &lt;i&gt;seuil&lt;/i&gt;, de mis en seuil ; la po&#233;sie est une affaire de seuil &#187; &lt;i&gt;La po&#233;sie n'est pas seule&lt;/i&gt;, p. 43 (+ 70-71 sur cette question du seuil)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; L'attention po&#233;tique de Michel Deguy au seuil ou &#224; la lisi&#232;re n'est pas une affaire de filage m&#233;taphorique. C'est bien plut&#244;t l'enjeu de la condition du langage po&#233;tique : une attention particuli&#232;rement vive &#224; la crise, une vigilance alert&#233;e au malheur de la langue et &#224; ce qui ouvre une dynamique critique. C'est la po&#233;tique pensive, une bordure abolissant les fronti&#232;res dans le tremblement de la langue. C'est l'acte m&#234;me de la po&#233;thique (donc &#233;crite &#224; un &#171; h &#187;). &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La bordure comme ubiquit&#233; du po&#232;me dans le d&#233;bordement ouvre un pli, pli qualifi&#233; par Michel Deguy lui-m&#234;me, d'utopique. Pli utopique de la langue agissant par d&#233;bordement comme exp&#233;rience et relation renouvel&#233;e et fragile avec le monde. Fragile car rien n'est jamais donn&#233; (&lt;i&gt;antidosis&lt;/i&gt;, donc) ; car tout &#233;chappe aux &#233;vidences (anticulturel, donc). Renouvel&#233;e car le mouvement y est in-fini (on va y revenir).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le po&#232;me &#171; lisi&#232;re &#187; le signalait d&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;Jumelages&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; La partie est le tout : chacun des deux c&#244;t&#233;s qui est le tout &lt;i&gt;re&lt;/i&gt;passe &#224; l'autre : &lt;i&gt;antidosis&lt;/i&gt; d'une langue et d'un monde ; &#171; &#233;change d'une r&#233;ciprocit&#233; de preuves &#187; (&#8230;). Au seuil au battement de langage o&#249; se croisent un monde pour l'autre qui en parle et le po&#232;me d'une langue pour un monde qui s'y configure, c'est &#224; ce partage que se tient un &lt;i&gt;sujet &lt;/i&gt;comme en l'utopie qui trouve sa m&#233;taphore en toute lisi&#232;re : sc&#232;ne du pli de la diff&#233;rence du monde en ses figurants, comme l&#224; o&#249; le bois &lt;i&gt;rompt avec&lt;/i&gt; le champ, la mer avec la terre ; chemin de lisi&#232;re o&#249; le limier des &lt;i&gt;limes &lt;/i&gt;vaque ; chemin o&#249; les choses rompent ensemble, sable vague, neige pr&#233; (&#8230;) &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; (&lt;i&gt;Po&#232;mes II&lt;/i&gt;, p. 64)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Du ressac comme navigation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Comment mesurer le mouvement in-fini de la bordure ? La question m&#234;me est paradoxale. Alors comment suivre ce mouvement ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Peut-&#234;tre commencer par planter un d&#233;cor c'est-&#224;-dire &#224; la fois le poser et induire dans le geste les conditions de son &#233;chec (planter &amp; planter). Quelque chose comme une bordure de mer, une falaise, un point de regard o&#249; se renouvelle le regard, un point de paysage n'aboutissant &#224; aucune mise au point (tant photographique que discursive)&#8230; un espace po&#233;tique que l'on d&#233;couvrirait d&#232;s le premier po&#232;me des &lt;i&gt;Fragments du cadastre &lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; Nul ne fut hauteur plus obstin&#233; ; qui m&#238;t plus de ruse, plus de r&#233;solution au service d'une hantise vaine ; nul plus insistant &#224; imiter le flux et le reflux de l'&#233;l&#233;ment ; &#224; devenir &#233;l&#233;ment-homme, d'universelle hantise ; &#224; revenir blesser les arbres contre le ciel contre la mer ; &#224; se dresser obstacle, &#233;rigeant douane de silence &#224; toutes limites o&#249; reviennent finir l'inlassable vague et l'inlassable oiseau et l'inlassable vent ; interpos&#233; entre sable et &#233;cume, entre falaise lisi&#232;re et bl&#233; (&#8230;) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; (&lt;i&gt;Ou&#239; dire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Po&#232;mes I&lt;/i&gt;, p. 9)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Ce mouvement qui mesure l'in-fini, c'est celui de la vague, &#171; l'inlassable vague &#187;. C'est le mouvement de la bordure, celui de l'&lt;i&gt;entre&lt;/i&gt;, dont le flux ne se mesure qu'&#224; l'aune de son reflux. D&#232;s lors, envisager la bordure de la vague et l'&#233;cr&#234;tement du sens &#224; partir du mouvement du &lt;i&gt;ressac&lt;/i&gt;. C'est un mouvement balancier qui n'est jamais simple retour mais dynamique renouvel&#233;e. Le ressac n'est pas un retour mais un retournement, ce qui &lt;i&gt;re&lt;/i&gt;passe et rompt dans la lisi&#232;re. Enjeu m&#234;me de la bordure, le ressac vient aussi bien la d&#233;finir que la d&#233;faire, produire sa position et son effritement. Le ressac est le mouvement qui fragmente le donn&#233; et interf&#232;re inlassablement avec le sens. Il est le mouvement de d&#233;bordement qui implique le dehors et le dedans. Ce n'est pas l'ordre de la s&#233;paration mais le d&#233;bordement de la bordure comme id&#233;e d'une topographie fix&#233;e pour un infix&#233;, un perp&#233;tuel mouvement. La bordure est alors en d&#233;finition in-finie et ind&#233;finie par le mouvement de r&#233;versibilit&#233; qu'elle implique. Le ressac, en somme.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le ressac, c'est ce qui &#339;uvre de la po&#233;sie en elle-m&#234;me, un ajustement infini, une tension d&#233;terminante : c'est faire diverger les jointures, ouvrir les indistinctions, percer l'espace, &#233;tendre le flottement, ou l'&#233;cho du &lt;i&gt;ou&#239; dire &lt;/i&gt; ; c'est sillonner le regard par la rupture de la forme : d&#233;structuration de la ligne, sa brisure, son &#233;toilement. Ce sont les trou&#233;es de mots, marques blanches qui rythment le mouvement de la lecture et du regard.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Il y a ce po&#232;me de &lt;i&gt;Ou&#239; dire &lt;/i&gt;&#224; la construction particuli&#232;rement complexe :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_893 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L360xH480/la_vie_comme_-_copie-33d9d.jpg?1750416861' width='360' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#187; (&lt;i&gt;Ou&#239; dire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Po&#232;mes I&lt;/i&gt;, p. 50)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Moment de retournement de la po&#233;sie dans le &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt;. Des comparaisons (des bordures) en cascades font bouillonner l'espace po&#233;tique. En fin de ligne, une autre chute, une syllabe, la derni&#232;re revient. Comme au bord d'un pr&#233;cipice, comme au bord d'un inconnu dans lequel la po&#233;sie plonge, la r&#233;p&#233;tition des sons. Comme l'&#233;cho bris&#233; d'une vieille tradition, le son est d&#233;sormais seul, d&#233;nud&#233;, au vif de la ligne po&#233;tique, comme un &#233;clat qui claquerait au ressac du mouvement po&#233;tique. L'articulation proc&#232;de par disjonction. Ce n'est donc pas un b&#233;gaiement mais l'&#233;cho qui se perd dans la tension du ressac. Ce n'est donc pas un retour mais un rebond qui disjoint le dire par le visible : la jonction du dire et de l'entendu est renvers&#233;e par la dis-jonction du visible jouant peut-&#234;tre sur le ou&#239; dire. Le ressac est donc le fruit d'une attraction nouvelle, celle de l'instabilit&#233;. Ce n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne de foire (l'attraction) mais bien un jeu de force ouvrant une dynamique po&#233;tique. L'&#339;il est retourn&#233;. La r&#233;versibilit&#233; est ici marqu&#233;e par un retour en forme d'absence de retour (autre d&#233;finition du ressac) : ce qui revient, c'est autre chose, un fragment, une rupture, un d&#233;placement&#8230; une vibration aussi sonore que visuelle. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est cette dis-jonction qui articule le passage du &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt;. Car ce texte est une mise en sc&#232;ne autant qu'une mise en po&#232;me de la question de la comparaison. Elle est ici le moment intervallaire (l'&lt;i&gt;entre&lt;/i&gt;) d'une rencontre et d'une mise en co&#239;ncidence fugitive. Les r&#233;p&#233;titions sonores viennent dire cet intervalle fragile de la comparaison ainsi que le sens profond d'un d&#233;centrement. Car ce ressac des sonorit&#233;s qui brise la continuit&#233; semble s'inscrire dans un effet de retour. Du d&#233;but &#224; la fin du texte : &#171; la vie &#187;. Une boucle ? Un retour ? Ou plut&#244;t un d&#233;centrement ? La question est pos&#233;e. Mais le po&#232;me &#171; lisi&#232;re &#187; nous avait rappel&#233; que le &lt;i&gt;re&lt;/i&gt;passage &#233;tait &#171; &lt;i&gt;antidosis&lt;/i&gt; d'une langue et d'un monde &#187; c'est-&#224;-dire renversement de la certitude des topographies. De la &#171; la vie comme &#187; &#224; &#171; comme la vie &#187;, y a-t-il identification, sym&#233;trie ou &#233;galit&#233; ? Ou, si l'on suit le sillon trac&#233; par le ressac, ne serions-nous pas face &#224; ce d&#233;placement qui transforme et disloque la forme commune ? Il suffit de reprendre quelques lignes de &lt;i&gt;Arr&#234;ts fr&#233;quents&lt;/i&gt; pour prolonger et &#233;clairer les questions soulev&#233;es par le po&#232;me &#171; lisi&#232;re &#187;. Dans &lt;i&gt;Arr&#234;ts fr&#233;quents&lt;/i&gt;, Deguy pr&#233;cise : &#171; Je disais &#224; V&#233;ra : tu vois &#231;a touche juste ; regarde la lisi&#232;re : la for&#234;t &lt;i&gt;rompt avec&lt;/i&gt; les champs ; lisi&#232;re : bord. La liaison rompt&#8230; formule de l'art po&#233;tique ; conjonction/disjonction. &#187; (p.104)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La po&#233;tique disjonctive met en relation par retournement et d&#233;bordement. C'est ce passage incessant, &#171; inlassable &#187; qui est rapport au monde.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Nous sommes l&#224; face &#224; l'&#234;tre-comme de la po&#233;sie comme intensification de l'exp&#233;rience du langage &#224; partir de son retrait. C'est au moment o&#249; quelque chose de la langue se retire (son &#171; infirmit&#233; oblig&#233;e &#187; rappelle Jean-Luc Nancy&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La parole est en reste parce qu'elle est &#171; aux prises avec ce qui n'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) que l'&#234;tre-comme prend toute sa place dans la po&#233;tique pensive de Deguy. Le mouvement du &lt;i&gt;comme &lt;/i&gt;est celui d'une r&#233;versibilit&#233; et d'un &#233;change, d'un double mouvement d'&#233;cartement et de resserrement. Ce point, c'est celui du &#171; voir-comme &#187; c'est-&#224;-dire &#171; le point de vue utopique d'o&#249; peut (il s'agit donc du possible, de l'invention du site de la possibilit&#233;), d'o&#249; &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt;, donc, &#234;tre vue la relation du dedans au dehors en tous ses points r&#233;versibles &#187; &lt;i&gt;La po&#233;sie n'est pas seule&lt;/i&gt;, p. 113.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; De la bordure au ressac comme topographie mouvante du po&#233;tique, c'est bient&#244;t la rumeur de la raison po&#233;tique qu'on entend dans un mugissement lointain ; une po&#233;tique pensive c'est-&#224;-dire un d&#233;bordement con&#231;u comme &#171; une extension de la possibilit&#233; sur le monde &#187;, pour reprendre l'expression de &lt;i&gt;La raison po&#233;tique&lt;/i&gt; (p. 27). Elle se heurte aux &#233;vidences, fragmente les certitudes et contrarie les simplifications de la langue et du monde de la ma&#238;trise. Le po&#232;me &#171; Alarme &#187; dans &lt;i&gt;Gisant&lt;/i&gt;, po&#232;me qui n'est pas sans faire &#233;cho au po&#232;me &#171; la vie comme &#187; (de &lt;i&gt;Ou&#239; dire&lt;/i&gt;) est l'expression de cette raison po&#233;tique :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_894 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L311xH480/alarme_-_copie-de7df.jpg?1750416861' width='311' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Ce po&#232;me ne cesse de subvertir la ma&#238;trise et de pratiquer l'&#233;cart comme d'autres un coup de d&#233;s. La ligne des &#171; d&#233; &#187;, ligne de fracture et de fragmentation, vient d&#233;cevoir les ma&#238;trises d'une langue bien faite. Ligne tremblante qui maintient un &#233;cart par un travail sur les retours, mais des retours eux-m&#234;mes disjoints par la disparition du troisi&#232;me &#171; il &#187;. Il n'y a pas plus d'effet de retour que de retour &#224; la ligne sinon dans l'&#233;cartement et la brisure. Cette ligne de &#171; d&#233; &#187;, c'est la raison po&#233;tique comme contre-chute, mouvement topographique d'une verticale (asymptotique et baudelairienne) qui viendrait contrarier les horizontalit&#233;s po&#233;tiques (voir &lt;i&gt;Spleen de Paris&lt;/i&gt; de Michel Deguy&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les merveilleux nuages Les oiseaux sont dans l'air, les poissons dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les retours sont al&#233;atoires, toujours anticip&#233;s par une brisure interne qui serait comme l'&#233;veil inlassable d'une fragmentation infinie : celle d'un dis/con/viens. Cette exhortation qui se pr&#233;cipite dans l'infini du sens (les deux points viennent prolonger cet infini) est le dire dis-joint de l' &#171; extension de la possibilit&#233; sur le monde &#187;. La d&#233;-nomination, la d&#233;-ception ou la d&#233;-viation sont l'expression d'une coupure comme renversement et d&#233;bordement, c'est-&#224;-dire mouvement infini de la dis-jonction, autrement qualifi&#233; de ressac. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le ressac est donc le rythme po&#233;tique d'une confusion dans le retournement&#8230; &#171; cette confusion du rythme et de la mer&#8230; &#187; dont parle &lt;i&gt;Jumelages &lt;/i&gt; : &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; Son rythme-structure est un rythme-comme-vague ; car c'est dans la cadence pareille au rhume d'oc&#233;an qu'elle se configure en langage qui parle pour dire. En cette esp&#232;ce de va-et-vient, figure sonore de son b&#226;ti rythmique, &lt;i&gt;mouvement apparent de son sch&#232;me&lt;/i&gt;, la langue est porte (de) parole qui laisse passer le dire au devant&#8230; &#187; (&lt;i&gt;in Po&#232;mes II&lt;/i&gt;, p. 63)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Po&#233;tique de la pens&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La raison po&#233;tique de Michel Deguy est donc une affaire de passage. C'est ce qui rend indispensable l'entre-lacement de la pens&#233;e avec le po&#233;tique. Question de r&#233;ciprocit&#233; et de confrontation mutuelle. Cette combinaison de topos qu'on a pens&#233; comme apprentissage des bordures est le ressort de l'&#233;criture de Michel Deguy. Elle intensifie les contradictions et renverse les habitudes. C'est cela &#171; &#234;tre dans le langage &#187; : remuer des braises critiques qui n'appartiennent &#224; aucune cat&#233;gorie. C'est pourquoi &lt;i&gt;Au jug&#233;&lt;/i&gt; est un livre pr&#233;cieux et &#233;clairant car il t&#233;moigne de cette raison po&#233;tique en acte dans les r&#233;flexions quotidiennes les chroniques qui ne sont finalement jamais de circonstance. Il le redit dans le chapitre &#171; Pour une raison po&#233;tique &#187; de ce livre, c'est une question g&#233;n&#233;rale de disjonction et de d&#233;chirement :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; La pens&#233;e po&#233;tique &lt;i&gt;pr&#233;cieuse&lt;/i&gt;, comme on a pu dire jadis, endure le d&#233;chirant en se portant aux extr&#234;mes o&#249; s'oxymorise le v&#233;ri-fiable. Sa t&#226;che est d'inventer, dans l'&#233;chauffour&#233;e des contradictions confuses, les &lt;i&gt;contrari&#233;t&#233;s&lt;/i&gt; originales, irr&#233;ductibles, o&#249; l'&#234;tre se disjoint &#224; nouveau &#171; pour nous &#187; c'est-&#224;-dire pour &#171; aujourd'hui &#187;. La po&#233;sie peut y aider ; une &#171; raison po&#233;tique &#187; dont la logique et la critique (pour reprendre les mots de Kant), philosophique &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; po&#233;tique calculent et &#233;valuent l'impuret&#233;. &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;Au &lt;/i&gt;jug&#233;, p. 88-89)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Cette place intenable qu'il faut pourtant maintenir contre vents et mar&#233;es s'inscrit dans une filiation baudelairienne, celle qui fait appara&#238;tre le monde dans l'&#339;uvre comme &#171; diminutif de l'infini &#187;, expression de Baudelaire souvent rappel&#233;e par Deguy. Cette contraction ouverte sur l'infini est la trace de cette disjonction qu'est la po&#233;tique pensive&#8230; un &#171; passage &#224; la limite &#187; &#233;voqu&#233; par Jean-Luc Nancy dans &lt;i&gt;L'oubli de la philosophie &lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; Passant &#224; la limite de la signification, le langage accuse le choc et la chose. Le creux ou la f&#234;lure disjoint l'ordre signifiant. L'inscription est le trac&#233; de cette disjonction. Le trac&#233; n'a pas de figure reconnaissable, il n'a pas de visage : il n'est ni &#171; logique &#187;, ni &#171; po&#233;tique &#187;, ni &#171; philosophique &#187;, au sens o&#249; ces mots sont en train d'&#233;puiser leur signification. Il n'est pas non plus simplement &#171; pratique &#187;. C'est le trac&#233; tout &#224; fait singulier d'un passage &#224; la limite, et celle-ci, par d&#233;finition, est aussi la limite du trac&#233; ou du tracement. &#187; (pp. 106-107)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Tout arrive sur cette limite au passage de laquelle rien ne fait retour. Le ressac vient remuer les d&#233;chirements et les singularit&#233;s, disconvenir avec les pens&#233;es du retour ou les formes de cat&#233;gorisation. Ce creux, cette f&#234;lure a &#233;t&#233; ouverte au son de la cloche baudelairienne : peut-&#234;tre est-ce l'horizon inquiet des &lt;i&gt;po&#232;mes en prose&lt;/i&gt;. Peut-&#234;tre est-ce le fruit d'un &#233;cart qui se situerait aux bordures m&#234;mes des &lt;i&gt;Petits po&#232;mes en prose &lt;/i&gt;du &lt;i&gt;Spleen de Paris&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire la d&#233;dicace &#224; Ars&#232;ne Houssaye : texte-bordure anticipant le statut particulier d'une &#233;criture qui bascule, renverse et fait ressac sans jamais revenir : partir du po&#232;me sans jamais revenir &#224; la prose, tout en y &#233;tant (et inversement). C'est ici tenir une place ind&#233;cidable, &#224; l'&#233;cart des certitudes&#8230; une d&#233;dicace, donc mais une d&#233;dicace comme premier po&#232;me en prose, et peut-&#234;tre comme un lieu ind&#233;cidable pour infinir les intensit&#233;s de rapports qui constituent la po&#233;tique pensive de Michel Deguy.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La parole est en reste parce qu'elle est &#171; aux prises avec ce qui n'est pas elle &#187;. Mais cela non plus n'est l'effet d'une constitution insuffisante &#8211; comme le veulent r&#233;guli&#232;rement les philosophes r&#234;veurs d'une &#171; langue bien faite &#187; ou les po&#232;tes penseurs du silence. Cela ne provient pas de ce que la parole serait une infirmit&#233; oblig&#233;e de se mesurer avec un absolu de sens qui l'abolirait ou qui la r&#233;sorberait pour finir ou pour commencer. Cela provient de ce que la parole &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; le mode d'existence de l'&#234;tre-aux-prises-avec-ce-qui-n'est-pas-soi. Il n'y a pas la parole &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; autre chose, &#234;tre, monde, sens ou v&#233;rit&#233;. Il y a l'&#234;tre en reste de soi-m&#234;me et comme tel. L'&#234;tre qui est toujours plus ou moins que l'&#234;tre, l'&#234;tre auquel il arrive d'&#234;tre, de ne pas &#234;tre, d'&#234;tre au-del&#224; de son &#234;tre, l'&#234;tre existant la vie la mort. &#187; 166&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Luc Nancy, &#171; Deguy l'an neuf ! &#187;, &lt;i&gt;in Le po&#232;te que je cherche &#224; &#234;tre&lt;/i&gt;, sous la direction de Yves Charnet, Paris, La Table Ronde/Belin, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Les merveilleux nuages&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les oiseaux sont dans l'air, les poissons dans l'eau. O&#249; sommes-nous ? En plan. Nous sommes les seuls &#224; tomber. Poissons et oiseaux, verticaux, montent et descendent, arpentent le tri&#232;dre avec douceur, comme on se penche ou se glisse. J'aime les mouettes, les merveilleux oiseaux. Le poisson, dragon chim&#233;rique, ondule des bords.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avons pas la verticale. A nous la chute. Nous les plats. C'est nous les animaux machines, bien s&#251;r, qui reconqu&#233;rons la verticale, &#224; contre-chute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre milieu es psychique. Il est &#224; traverser, lui aussi. Les choses sont dans la psych&#233;. La mer est bleue, disons couleur mer. Pour tous. C'est &#231;a la r&#233;alit&#233;. Les rives. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Spleen de Paris&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2001, pp. 23-24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Michel Deguy et Charles Baudelaire : l'art du contretemps.</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article341</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article341</guid>
		<dc:date>2019-01-24T19:49:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Deguy, Michel</dc:subject>
		<dc:subject>topsommaire</dc:subject>
		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>
		<dc:subject>Po&#233;sie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Conf&#233;rence pour &#171; Th&#233;or&#232;mes &#187; Journ&#233;e d'&#233;tude sur Michel Deguy &#224; la Maison de l'Am&#233;rique Latine, le vendredi 31 mai 2013.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique66" rel="directory"&gt;2013&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;Deguy, Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot108" rel="tag"&gt;topsommaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Po&#233;sie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_760 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.sebastienrongier.net/IMG/jpg/Rongier_Deguy.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/IMG/jpg/Rongier_Deguy.jpg?1637577917' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai rencontr&#233; Michel Deguy en 2002, une rendez-vous presque informel, un caf&#233; et une discussion &#224; b&#226;ton-rompus autour de la litt&#233;rature, la philosophie et le monde comme il va. Depuis cette date, nous nous retrouvons r&#233;guli&#232;rement, autour d'un plat japonais ou d'un croque-monsieur pour prolonger les &#233;changes, les nouvelles et les livres. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e suivante, je mets en place sur remue.net le chantier du &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?article1972&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;dossier Michel Deguy&#034;&lt;/a&gt;qui para&#238;tra d'un bloc. A l'&#233;poque, remue.net n'est pas sous spip, et celui qui est encore le seul &#224; mettre en ligne, c'est Fran&#231;ois Bon ! Quand je lui envoie la centaine de pages qui constitue ce dossier, j'ai senti qu'il y avait un vacillement qui conduirait &#224; un outil num&#233;rique collectif.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations avec Michel Deguy se prolongent avec d'autres rencontres et rendez-vous : &lt;a href=&#034;https://remue.net/spip.php?article1971&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une soir&#233;e &#224; l'IMEC en septembre 2005&lt;/a&gt;, une invitation &#224; participer au grand &lt;a href=&#034;http://www.ccic-cerisy.asso.fr/deguy06.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Colloque Cerisy&lt;/a&gt;autour et avec Michel Deguy en mai 2006 qui deviendra en 2008 le volume &lt;i&gt;L'all&#233;gresse pensive&lt;/i&gt; publi&#233; chez &lt;a href=&#034;https://www.belin-editeur.com/michel-deguy-0#anchor2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Belin&lt;/a&gt; sous la direction de Martin Rueff. Lorsque ce m&#234;me Martin Rueff publie fin 2009 &lt;i&gt;Michel Deguy, situation d'un po&#232;te lyrique &#224; l'apog&#233;e du capitalisme culturel&lt;/i&gt;, r&#233;unir l'auteur et son sujet est une &#233;vidence. C'est donc une r&lt;a href=&#034;https://remue.net/spip.php?article3513&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;encontre remue.net du 8 janvier 2010&lt;/a&gt; que l'on peut toujours &#233;couter. Elle r&#233;unit donc Martin Rueff et Michel Deguy. Avec Michel Deguy, on ratera le rendez-vous qui aurait pu &#234;tre commun autour d'un projet avec les &#233;ditions Argol. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_761 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L284xH450/la_pieta_baudelaire-37890.jpg?1750024918' width='284' height='450' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?article5978&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;31 mai 2013&lt;/a&gt; &#224; l'occasion de la parution de &lt;i&gt;La Piet&#224; Baudelaire&lt;/i&gt; chez &lt;a href=&#034;https://www.belin-editeur.com/la-pieta-baudelaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Belin&lt;/a&gt;, Martin a eu l'id&#233;e d'un rendez-vous, d'une journ&#233;e d'&#233;tude et d'amiti&#233; autour de Deguy &#224; la Maison d'Am&#233;rique latine. La journ&#233;e fut belle et heureuse. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble des intervention aurait d&#251; servir de base pour un num&#233;ro de la revue &lt;i&gt;Europe&lt;/i&gt; mais cela vit pas le jour. D'autres personnes personnes ont pris la main sur cette parution qui vient de voir le jour. Et force est de constater que ma contribution a &#233;t&#233; &#233;gar&#233;e, oubli&#233;e, perdue dans les limbes &#233;ditoriales. Je n'en tire aucune conclusion sinon d'offrir imm&#233;diatement le texte de cette journ&#233;e... et de saluer Michel Deguy qui n'est pour rien de toutes ces b&#234;tises &#233;ditoriales. Voici donc cette petite contribution pass&#233;e... en attendant de prochaines et belles surprises.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Michel Deguy et Charles Baudelaire : l'art du contretemps. &lt;br/&gt; Esquisses d'une pens&#233;e du retard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Les &lt;i&gt;curiositas &lt;/i&gt;expriment un &#171; d&#233;sir de conna&#238;tre &#187;. Si le go&#251;t des choses rares peut convenir la po&#233;sie, la question du retard, sans doute plus prosa&#239;que, peut-elle engager une discussion avec la pens&#233;e, l'art et la po&#233;sie. C'est la question que l'on pose dans les pages qui suivent en se mettant sous la protection heureuse d'un lapin blanc qui, passant devant une jeune fille, s'&#233;crierait &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; Oh, l&#224; l&#224; ! Oh, l&#224;, l&#224;. Je vais &#234;tre en retard. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; (&lt;i&gt;Oh dear ! Oh dear ! I shall be too late ! &lt;/i&gt; &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Lewis Carroll, &lt;i&gt;Alice aux pays des merveilles&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Retard (&#233;l&#233;ments pour une g&#233;n&#233;alogie : Socrate, Proust)&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le retard commence lorsque le &lt;i&gt;maintenant&lt;/i&gt; d'un rendez-vous passe, est pass&#233;. Pass&#233;e cette fronti&#232;re, commence un autre temps. Le pr&#233;vu se transforme en impr&#233;vu. Si les trains, les lapins ou les personnes arrivent en retard, qu'en est-il de l'art, de la pens&#233;e, de la parole po&#233;tique ? Le retard peut-il accomplir l'&#339;uvre ? Peut-on envisager, imaginer un effet retard de l'art et de la po&#233;sie ? L'id&#233;e serait quasiment pharmacologique, celle d'un principe actif se lib&#233;rant progressivement, d'un sens qui &lt;i&gt;frayerait&lt;/i&gt; dans l'attente des consciences &#224; venir. Nouvelle pharmacie du sens et strat&#233;gie po&#233;tique essentielle. D&#232;s lors, le retard prend la forme d'un d&#233;placement, une claudication, un pas de c&#244;t&#233;, une lenteur d&#233;crite par Derrida dans &lt;i&gt;Parages &lt;/i&gt; : &#171; La lenteur n'est plus tant simplement un certain rapport du temps au mouvement, une moindre vitesse. Elle accomplit, acc&#233;l&#232;re et retarde &#224; la fois infiniment un &#233;trange d&#233;placement du temps, des temps des pas continus et des mouvement enroul&#233;s autour d'un axe invisible et sans pr&#233;sence, passant l'un dans l'autre sans rupture, d'un temps dans l'autre, en gardant la distance infinie des moments. &#187;, c'est-&#224;-dire un &#171; &#233;trange &#171; pas &#187; d'&#233;loignement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Derrida, Parages, Paris, Galil&#233;e, 1985, pp. 30-31.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;Ce pas d'&#233;loignement, c'est la complexit&#233;, l'ouverture par le trouble &#224; la complexit&#233;. Le retard peut alors appara&#238;tre comme une forme de la complexit&#233; philosophique et artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; On se souvient du retard de Socrate au d&#233;but du &lt;i&gt;Gorgias&lt;/i&gt;, le retard comme chemin de pens&#233;e plut&#244;t que le discours de Gorgias. Le texte de Platon s'ouvre sur un retard. Il commence par un retard. Il y a une f&#234;te de sophistes chez Callicl&#232;s. Ce dernier re&#231;oit amis et personnalit&#233;s. Tout le &lt;i&gt;gotha&lt;/i&gt; grec et intellectuel est l&#224; pour &#233;couter le discours de Gorgias, l'invit&#233; de marque. Mais Socrate est en retard. Il rate le discours. Il arrive apr&#232;s l'&#233;v&#233;nement. Callicl&#232;s accueille Socrate et lui indique son retard. L'ironie de la r&#233;plique de Socrate amplifie la place symbolique de son retard : &#171; Arrivons-nous, comme on dit, quand la f&#234;te est finie ? Sommes-nous en retard ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Platon, Gorgias, traduction de Monique Canto, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On pourrait se contenter de dire que Socrate est un grossier personnage, qu'il manque de savoir-vivre. La question est pourtant plus compliqu&#233;e. Le retard n'est pas une faute de go&#251;t, c'est un enjeu de pens&#233;e, une position philosophique. Il rate la d&#233;monstration de Gorgias &#224; dessein. Il est en retard du barnum sophistique. Le retard est la d&#233;nonciation d'une strat&#233;gie rh&#233;torique, la mise en d&#233;route des certitudes ass&#233;n&#233;es par Gorgias. Socrate ne veut pas se plier aux r&#232;gles du discours. Il veut dialoguer. Il veut construire un chemin dialectique dans et avec la parole. Le retard est m&#233;thodologique et philosophique. L'ouverture du &lt;i&gt;Gorgias&lt;/i&gt; par le retard est un enjeu de pens&#233;e, un enjeu critique. Le retard socratique prend position pour un espace de dialogue et d'&#233;change contre une place qui l'enfermerait dans la passivit&#233; : il veut autre chose que la d&#233;monstration. Le retard est une adresse &#224; la pens&#233;e, une pr&#233;disposition &#224; refuser l'imm&#233;diatet&#233;. Ce retard est dessaisissement de l'instant, affirmation d'une temporalit&#233; contrariant l'imm&#233;diatet&#233; et le programme. Le retard est la trace philosophique d'un passage &#224; la complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; On se souvient &#233;galement de Marcel Proust. Il est largement &#233;voqu&#233; par Michel Deguy dans &lt;i&gt;La Piet&#224; Baudelaire&lt;/i&gt;. L'&#339;uvre de Proust proc&#232;de du retard. La phrase elle-m&#234;me s'&#233;labore sur un jeu de retard, de retardement, un travail d'&#233;tirement et de variations &#224; partir des volutes de subordonn&#233;es. Leo Spitzer dans ses&lt;i&gt; Etudes de style&lt;/i&gt; parle des &#171; &#233;l&#233;ments retardateurs &#187; dans le style proustien pour d&#233;signer cette id&#233;e de morcellement et d'entrelacement syntaxique. Le retard est un enjeu esth&#233;tique d&#233;terminant dans l'&#339;uvre de Proust, &#224; commencer par &lt;i&gt;Le Temps Retrouv&#233;&lt;/i&gt;. C'est le retour du narrateur &#224; Paris, dans les mondanit&#233;s d'avant-guerre. Il se rend &#224; la derni&#232;re matin&#233;e de la princesse de Guermantes. La guerre est finie. Il pense reprendre sa vie mondaine, comme autrefois. L'invitation &#224; cette matin&#233;e est l'occasion d'une d&#233;couverte fondamentale. Il est en chemin. Mais &#171; comme je n'&#233;tais pas tr&#232;s d&#233;sireux d'entendre tout le concert qui &#233;tait donn&#233; chez les Guermantes, je fis arr&#234;ter la voiture, et j'allais m'appr&#234;ter &#224; descendre pour quelques pas &#224; pied quand je fus frapp&#233; par le spectacle d'une voiture qui &#233;tait en train de s'arr&#234;ter aussi. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcel Proust, Le Temps retrouv&#233;, Paris, Folio-Gallimard, 1991, p. 165.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Cette mise en retard est l'occasion d'une premi&#232;re d&#233;couverte, celle d'un Charlus vieilli, m&#233;connaissable, survivant &#224; lui-m&#234;me. Charlus est un point de mesure du d&#233;roulement du temps. Ce retard annonce l'exp&#233;rience &lt;i&gt;&#224; venir&lt;/i&gt; et la r&#233;v&#233;lation de la matin&#233;e Guermantes. L'instant &#224; venir est pens&#233; et &#233;crit comme une plong&#233;e dans le pass&#233;, de sorte que le retard est un mode de perception des bordures du temps. Le trajet en voiture se prolonge, puis le narrateur d&#233;cide de s'arr&#234;ter de nouveau : &#171; je descendis de nouveau de voiture un peu avant d'arriver chez la princesse de Guermantes&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 171.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il poursuit cette entreprise de procrastination et entre &#224; pied dans la cour des Guermantes. Il est en retard, occasion d'une nouvelle exp&#233;rience d&#233;cisive.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; En roulant les tristes pens&#233;es que je disais il y a un instant, j'&#233;tais entr&#233; dans la cour de l'h&#244;tel de Guermantes et dans ma distraction je n'avais pas vu une voiture qui s'avan&#231;ait : au cri du wattman je n'eus pas le temps de me ranger vivement de c&#244;t&#233;, et je reculai assez pour buter malgr&#233; moi contre les pav&#233;s assez mal &#233;quarris derri&#232;re lesquels &#233;tait une remise. Mais au moment o&#249;, me remettant d'aplomb, je posai mon pied sur un pav&#233; qui &#233;tait un peu moins &#233;lev&#233; que le pr&#233;c&#233;dent tout mon d&#233;couragement s'&#233;vanouit devant la m&#234;me f&#233;licit&#233; qu'&#224; diverses &#233;poques de ma vie m'avait donn&#233; la vue d'arbres que j'avais cru reconna&#238;tre dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d'une madeleine tremp&#233;e dans une infusion, tant d'autres sensations dont j'ai parl&#233; et que les derni&#232;res &#339;uvres de Vinteuil m'avaient paru synth&#233;tiser &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 173&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Le faux-pas, le demi pas maladroit permet le surgissement du pass&#233;, les liaisons inconnues qui &lt;i&gt;frayent une nouvelle voie&lt;/i&gt; laquelle a pour effet de mettre en retard le r&#233;cit, de retarder les &#233;v&#233;nements. S'il marche aussi mal, c'est aussi parce qu'il per&#231;oit l'effritement de la g&#233;ographie du roman. Les deux c&#244;t&#233;s se sont rejoints. La sym&#233;trie est d&#233;faite, disjointe. Le narrateur sera bient&#244;t pr&#233;sent&#233; &#224; Melle de Saint-Loup, fille de Robert et de Gilberte. Les deux c&#244;t&#233;s se sont rejoints, Guermantes et Swann. Cet effondrement, cette fissure romanesque est en creux dans ce retard qui d&#233;plie le sens profond de l'esth&#233;tique proustienne. Le retard est mode de pens&#233;e de l'art. La circonstance qui en d&#233;coule est fortuite et insignifiante (les &#171; pav&#233; assez mal &#233;quarris &#187;). Mais elle en appelle d'autres, plus anciennes : la sensation convoque le pass&#233; en pr&#233;sence sensible (du pass&#233;). Le narrateur ne vit pas une copie de la sensation mais la sensation elle-m&#234;me. L'art est enti&#232;rement dans cette pr&#233;sence, dans l'exp&#233;rience de cette sensation qui devient une exp&#233;rience litt&#233;raire, c'est-&#224;-dire un mode d'interpr&#233;tation des sensations. C'est ce qui conduit Proust &#224; &#233;crire cette c&#233;l&#232;bre conclusion : &#171; La vraie vie, la vie enfin d&#233;couverte et &#233;claircie, la seule vie par cons&#233;quent pleinement v&#233;cue, c'est la litt&#233;rature. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 202.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; En attendant, le narrateur est en retard. Il est dans la cour Guermantes, en retard du rendez-vous, puis se retrouve &#224; attendre dans le petit salon-biblioth&#232;que. Il attend la fin du petit concert en cours. C'est l&#224;, dans ce temps d'attente, au milieu de la biblioth&#232;que, comme en dehors du temps que le narrateur commence &#224; comprendre, commence &#224; percevoir le sens de ces sensations. C'est dans ce temps d'attente, dans ce temps perdu par le retard que s'&#233;bauche le livre et la vocation de l'&#233;crivain qu'il croyait ne plus &#234;tre. Dans ce passage, le livre s'enroule et trace de nouvelles lignes : Swann, la phrase de Vinteuil, les sensations de Balbec, de Venise ou de Combray. Le retard a favoris&#233; l'affranchissement de l'ordre du temps, une abolition ouvrant vers le livre &#224; venir qui s'in-finit puisque la fin du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt; est l'annonce d'un livre &#224; &#233;crire, ou, selon Roland Barthes, &#171; le r&#233;cit n'a plus qu'&#224; finir &#8211; le livre n'a plus qu'&#224; commencer. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes, &#171; une id&#233;e de recherche &#187; dans Recherches de Proust, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le retard est une adresse &#224; la pens&#233;e, une pr&#233;disposition &#224; refuser l'imm&#233;diatet&#233; par l'instauration d'un contretemps. Un dessaisissement de l'instant comme trace philosophique d'un passage &#224; la complexit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Retard et Baudelaire&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Michel Deguy nous pousse &#224; revenir sur la temporalit&#233; baudelairienne. Dans sa &lt;i&gt;Piet&#224; Baudelaire&lt;/i&gt;, il donne cette piste de lecture : &#171; La r&#233;flexion que je pr&#233;sente ob&#233;it &#224; deux mouvements : l'&lt;i&gt;anachronique&lt;/i&gt; qui nous fait relire Baudelaire comme si nous &#233;tions ses contemporains, et le &lt;i&gt;catachronique&lt;/i&gt;, qui l'entra&#238;ne et le tra&#238;ne jusqu'&#224; nous et pour nous, comme s'il &#233;tait encore notre contemporain, ajustant ses th&#233;or&#232;mes &#224; nos anxi&#233;t&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Deguy, La Piet&#224; Baudelaire, Paris, Belin, 2013, p. 22.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; C'est avec Proust que Michel Deguy pose la question po&#233;tique du retard avec la perception comme exp&#233;rience po&#233;tique du retard, une &#171; d&#233;prise ou m&#233;prise dans la prise (qui) change le vu en visible &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 43.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puis de rappeler que &#171; Marcel est toujours en retard, en toutes circonstances, comme si le retard &#233;tait constitutif de la circonstance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 44.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Baudelaire n'est pas si loin, &#224; condition de se souvenir que dans la biblioth&#232;que du retardataire du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, les figures tut&#233;laires qui ressurgissent sont Chateaubriand, Nerval et Baudelaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Marcel Proust, Le Temps retrouv&#233;, Op. Cit., p. 226.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le premier point de jonction est dans l'&#339;uvre. Il pourrait &#233;galement se prolonger avec Walter Benjamin. Baudelaire s'invente &#233;galement dans l'esprit du retard. Il faut convoquer un petit texte de Baudelaire &#224; propos de &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;. Publi&#233; le 18 octobre 1857 dans &lt;i&gt;L'Artiste&lt;/i&gt;, puis dans le recueil &lt;i&gt;L'art romantique&lt;/i&gt;, ce texte rappelle d'abord la parent&#233; &#233;ditoriale et judiciaire entre les deux auteurs. En 1857, les deux &#233;crivains affrontent la justice pour leurs &#233;crits. Deux proc&#232;s retentissants, un accusateur, Ernest Pinard, Procureur imp&#233;rial. En f&#233;vrier, c'est le proc&#232;s de Flaubert. &lt;i&gt;Madame Bovary &lt;/i&gt;est accus&#233; d' &#171; offense &#224; la morale publique et &#224; la religion &#187;. Flaubert gagne son proc&#232;s contre le censeur. Quelques mois plus tard, en ao&#251;t (le proc&#232;s d&#233;bute en juillet), Baudelaire &#224; moins de chances face au r&#233;quisitoire de Pinard. Les &lt;i&gt;Fleurs du mal&lt;/i&gt; sont accus&#233;es d' &#171; offense &#224; la morale publique &#187; et condamn&#233;es pour &#171; d&#233;lit d'outrage &#224; la morale publique et aux bonnes m&#339;urs &#187;. Baudelaire doit payer une amende (300 francs) et six po&#232;mes sont condamn&#233;s. Il faudra attendre le 31 mai 1949 pour qu'un arr&#234;t de la cour de cassation r&#233;habilite les &lt;i&gt;Fleurs du mal&lt;/i&gt;. Quand on parle de retard&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il n'est donc pas interdit de penser que Baudelaire, &#233;voquant le roman de Flaubert, parle &#233;galement de lui au creux de l'analyse : &#171; En mati&#232;re de critique, la situation de l'&#233;crivain qui vient apr&#232;s tout le monde, de l'&#233;crivain retardataire, comporte des avantages que n'avait pas l'&#233;crivain proph&#233;tique [&#8230;]. Plus libre parce qu'il est seul comme un tra&#238;nard, il a l'air de celui qui r&#233;sume les d&#233;bats, et, contraint d'&#233;viter les v&#233;h&#233;mences de l'accusation et de la d&#233;fense, il a ordre de se frayer une voie nouvelle, sans autre excitation que celle de l'amour du Beau et de la Justice. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Baudelaire, &#171; Madame Bovary par Gustave Flaubert &#187;, &#338;uvres Compl&#232;tes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Baudelaire trace la figure de l'&#233;crivain retardataire comme sens de la modernit&#233;. C'est un tra&#238;nard solitaire, &#233;vocation indirecte du fl&#226;neur de la vie moderne. C'est un inventeur de nouveaux passages, invention qui prend appui sur le retard pour mettre &#224; distance l'opinion et l'argument d'autorit&#233;. Son mot d'ordre, son geste, sa d&#233;marche &#171; se frayer une nouvelle voie &#187; dit Baudelaire c'est-&#224;-dire agir avec les fragiles moyens du bord contre une soci&#233;t&#233; violemment abrutissante et proc&#233;durale. Baudelaire, toujours &#224; propos de &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;, ajoute : &#171; mais le nouveau romancier se trouvait en face d'une soci&#233;t&#233; absolument us&#233;e &#8211; pire qu'us&#233;e &#8211; abrutie et goulue, n'ayant horreur que de la fiction, et d'amour que pour la possession &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 444.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On reconna&#238;t la position baudelairienne d'une modernit&#233; critique contre son temps pr&#233;sent, celui de la modernisation et de la r&#233;pression, celle qui court toujours sur cette g&#233;n&#233;ration traumatis&#233;e par les &#233;v&#233;nements de 1848&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La modernit&#233; baudelairienne repose sur l'id&#233;e de retard, un retard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Walter Benjamin dont les liens avec Baudelaire ne sont plus &#224; rappeler, invente une d&#233;marche qui contrarie les t&#233;l&#233;ologies progressistes de la modernit&#233;. Il offre une analyse qui repose sur une distance impliqu&#233;e. Il &#233;voquait dans &lt;i&gt;Chronique berlinoise&lt;/i&gt; l'id&#233;e d'une marche avec un &#171; demi-pas de retard &#187;. Cette marche participe du mouvement critique induit par Walter Benjamin comme renversement de la continuit&#233; historique, et m&#234;me action r&#233;volutionnaire avec ce Fragment 113 de 1921 : &#171; vaincre le capitalisme par la marche &#224; pied &#187;. Ce qui se tisse dans cette marche du demi-pas de retard, c'est le double travail dialectique de la distance et de l'implication&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Chronique berlinoise et le Fragment 113 sont cit&#233;s par Florent Perrier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit avec Walter Benjamin d'entretenir un retard, une forme d'&#233;loignement pour d&#233;couvrir failles et br&#232;ches, images in&#233;dites et critiques, bient&#244;t appel&#233;es images dialectiques (autre mani&#232;re de penser le paradoxe du pr&#233;sent). On sait depuis &lt;i&gt;Diff&#233;rence et identit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Rueff, Diff&#233;rence et Identit&#233;. Michel Deguy, situation d'un po&#232;te (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;/i&gt;de Martin Rueff que l'analyse de Michel Deguy peut s'articuler au paradigme benjaminien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Dans l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale du temps, celle qui installe une efficacit&#233; (mesure rationnelle, celle de la rentabilisation consistant &#224; gagner du temps et accessoirement &#224; rattraper un retard. Cette ponctualit&#233;, l'horlogisme de l'usine, est celle qui ma&#238;trise autant les corps que le temps, comme ces premi&#232;re images des &lt;i&gt;Temps Modernes&lt;/i&gt; de Chaplin, dans cette strat&#233;gie de l'efficacit&#233;. Pour Benjamin, l'exp&#233;rience baudelairienne est celle du choc contre le m&#233;canisme : &#171; Au choc &#233;prouv&#233; par celui qui fl&#226;ne dans la foule correspond une exp&#233;rience in&#233;dite : celle de l'ouvrier devant la machine. Le r&#233;flexe m&#233;canis&#233; de l'homme livr&#233; au monde moderne se traduit chez Baudelaire dans l'attitude du joueur. Pour l'homme qui s'est adonn&#233; au jeu, l'exp&#233;rience du choc se pr&#233;sente en ce qu'elle a de plus essentiel, c'est-&#224;-dire comme une fa&#231;on d'&#233;prouver le temps. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, &#171; A propos de quelques motifs baudelairiens &#187; dans Ecrits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'art serait le lieu o&#249; s'exprime et s'exp&#233;rimente une contre-mesure, une approche diff&#233;r&#233;e du temps. Elle fait saillir les disjonctions. Elle les explore &lt;i&gt;en frayant&lt;/i&gt;. Cette contre-mesure, c'est le retard c'est-&#224;-dire un contretemps qui d&#233;range les plans et les calculs par un inattendu, un d&#233;concertant, une d&#233;sorientation de la tradition. La philosophe Fran&#231;oise Proust pense la temporalit&#233; du retard comme un enjeu critique : &#171; Certes, la critique se fait &lt;i&gt;au pr&#233;sent &lt;/i&gt; : elle diagnostique le temps qui est le sien, elle aime et r&#233;serve ses coups au pr&#233;sent qui lui est fait. Mais, du m&#234;me coup, elle n'est pas &lt;i&gt;de son temps &lt;/i&gt; : &#224; la fois elle accuse son retard et pointe son avance possible. C'est en ne co&#239;ncidant jamais avec son temps, en refusant de c&#233;der &#224; sa pente naturelle, en bataillant contre lui, bref en lui &lt;i&gt;r&#233;sistant&lt;/i&gt; que simultan&#233;ment elle prend le risque d'&#234;tre archa&#239;que et qu'elle saisit la chance d'&#234;tre inventive. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;oise Proust, De la r&#233;sistance, Paris, Les &#233;ditions du cerf, 1997, p. 85.&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Le retard devient une forme de r&#233;sistance &#224; l'imm&#233;diatet&#233; qui se risque &#224; l'invention. Le retard est l'invention d'une distance, mais une distance impliqu&#233;e. Le balancement, la non-co&#239;ncidence renvoient au double mouvement de l'anachronique et du catachronique, ouvert par Deguy. Dans &lt;i&gt;La Pi&#232;ta Baudelaire&lt;/i&gt; le catachronique est &#171; contresens d'un regard progressiste &#187; et mesure de distance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Deguy, La Piet&#224; Baudelaire, Op. Cit., p. 63.&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est cet &#233;cart qui fait de Baudelaire notre contemporain &lt;i&gt;en&lt;/i&gt; po&#233;sie. C'est une contrari&#233;t&#233; palinodique, un d&#233;sajustement, un contretemps du pr&#233;sent, une r&#233;sistance au pr&#233;sentisme point&#233; par Hartog ou au non-po&#232;te de la non-po&#233;sie d&#233;crit par Martin Rueff&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Rueff, &#171; La non-po&#233;sie des non-po&#232;tes &#187;, Lib&#233;ration, 19 mai 2013.&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le pr&#233;sent s'oppose au &lt;i&gt;pr&#233;sentisme&lt;/i&gt; d&#233;crit par Fran&#231;ois Hartog &#171; comme [un] renfermement sur le seul pr&#233;sent et [un] point de vue du pr&#233;sent sur lui-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Hartog, R&#233;gimes d'historicit&#233;. Pr&#233;sentisme et exp&#233;rience du temps, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Entendu comme temps de l'aplatissement m&#233;diatique et de la consommation &#233;v&#233;nementielle, le pr&#233;sentisme est chez Hatog la description d'un &#171; r&#233;gime d'historicit&#233; &#187; c'est-&#224;-dire pour Jean-Fran&#231;ois Hammel, un mod&#232;le d'intellection du temps d'une soci&#233;t&#233;, un &#171; mode d'&#234;tre au temps propre &#224; une soci&#233;t&#233; [qui] rend compte des relations du pass&#233; et du futur dans chaque pr&#233;sent de l'histoire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Hammel, Revenances de l'histoire, Paris, Les &#233;ditions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La m&#233;thode est celle de mesurer l'&#233;cart induit par la po&#233;sie de Michel Deguy, lecteur du retardataire Baudelaire, mani&#232;re de contrarier les lectures t&#233;l&#233;ologiques (sartriennes par exemple) et de reconfigurer la pens&#233;e po&#233;tique dans le po&#232;me m&#234;me. Pour cela, Michel Deguy passe par l'analytique kantienne. Il soul&#232;ve d'abord la piste du &#171; kantisme de Baudelaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Deguy, La Piet&#224; Baudelaire, Op. Cit., p. 41.&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour activer une lecture du contemporain depuis Baudelaire : &#171; J'y insiste puisque la mesure de l'&#233;cart entre &#171; pour nous &#187; et &#171; pour Baudelaire &#187; est une des finalit&#233;s de ces pages. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem.&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus loin, dans &lt;i&gt;La Piet&#224; Baudelaire&lt;/i&gt;, Michel Deguy interroge le po&#232;me &#171; L'El&#233;vation &#187; avan&#231;ant que &#171; l'intuition est symbolisante &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 59.&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela enclenche une discussion avec le sch&#233;matisme kantien et la place de la sensation. Deguy conclut que la sensation chez Baudelaire est principe critique de s&#233;paration, mani&#232;re d'envisager une modernit&#233; du contretemps qui ne repose pas sur une id&#233;ologie progressiste. Il rejoint les analyses de Fran&#231;oise Proust qui d&#233;plie les enjeux d'une pens&#233;e du contretemps. Si elle &#233;claire la sp&#233;cificit&#233; temporelle de la modernit&#233;, elle accompagne la politique du contretemps derridien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jacques Derrida, Spectres de Marx, Paris, Galil&#233;e, 1993.&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Fran&#231;oise Proust s'appuie sur les trois synth&#232;ses kantiennes pour caract&#233;riser un pr&#233;sent moderne qui, faisant l'exp&#233;rience de l'extr&#234;me, se coupe de l'unification kantienne. Elle rappelle les synth&#232;ses kantiennes : la synth&#232;se de l'&lt;i&gt;appr&#233;hension dans l'intuition&lt;/i&gt; comme articulation par la conscience d'unit&#233;s dans le temps (le rapprochement fonde l'appr&#233;hension, c'est-&#224;-dire la compr&#233;hension) ; la synth&#232;se de la &lt;i&gt;reproduction dans l'imagination&lt;/i&gt; comme rassemblement par la conscience des repr&#233;sentations ant&#233;rieures quand de nouvelles repr&#233;sentations se pr&#233;sentent (rassemblement du divers) ; la synth&#232;se de la &lt;i&gt;recognition dans le concept&lt;/i&gt; comme saisie consciente par la conscience d'&#234;tre sujet et auteur de la synth&#232;se. L'unification de l'informe, la ma&#238;trise, passent par une compr&#233;hension (c&#244;t&#233; de la sensibilit&#233;), une rem&#233;moration (c&#244;t&#233; de l'objet) et une reconnaissance (c&#244;t&#233; de l'entendement). Ce sont les conditions de possibilit&#233; d'une exp&#233;rience et d'une synth&#232;se par la conscience&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Fran&#231;oise Proust, La doublure du temps, Paris, Le Perroquet, mai 1993, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or la modernit&#233; est l'exp&#233;rience de la dislocation de l'unit&#233; de l'exp&#233;rience. Elle devient exp&#233;rience de la dislocation, et d'une d&#233;construction du pr&#233;sent. Ce dernier devenant exp&#233;rience du &lt;i&gt;coup&lt;/i&gt;, du choc ne peut plus &#234;tre saisi de mani&#232;re synth&#233;tique. Cette exp&#233;rience ne se comprend que dans l'&lt;i&gt;apr&#232;s-coup&lt;/i&gt;, r&#233;v&#233;lant l'entrelacement temporel et fantomatique du pr&#233;sent. L'&#233;v&#233;nement pr&#233;sent qui est &lt;i&gt;coup&lt;/i&gt; ne se r&#233;v&#232;le que dans la trace qu'il laisse, trace qui ne certifie plus aucun sens. Elle n'est qu'un &#171; &lt;i&gt;avoir-eu-lieu&lt;/i&gt; &#187;, l'inscription d'une donn&#233;e dans un temps et un lieu, seulement r&#233;v&#233;l&#233;e dans une lecture et interpr&#233;tation r&#233;trospective, parce qu'un autre &#233;v&#233;nement vient prendre place, et recouvrir ce qui a eu lieu. Si les temporalit&#233;s se confondent, c'est pour &lt;i&gt;confondre&lt;/i&gt; la trace, r&#233;v&#233;ler dans l'&lt;i&gt;apr&#232;s-coup&lt;/i&gt;, identifier dans le contretemps ce &#171; &lt;i&gt;reste&lt;/i&gt; de l'&#233;v&#233;nement &#187; qui fait retour. Le contretemps rejoint l'analyse &lt;i&gt;cataphorique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Deguy, La Piet&#224; Baudelaire, Op. Cit., p. 63.&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de Michel Deguy et situe sur la cr&#234;te paradoxale du retardataire pr&#233;curseur. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Michel Deguy, lyrique du retard&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Si l'on envisage le retard comme un d&#233;placement produisant du sens comme trouble, o&#249; situer la po&#233;sie, le po&#232;me ? Comment tracer les lignes po&#233;tiques du retard ? Un fil possible d'analyse est la question lyrique. &#171; A une passante &#187; de Baudelaire, extrait des &lt;i&gt;Tableaux parisiens&lt;/i&gt; trace une voie : po&#232;me baudelairien &#233;chappant &#224; toute place, celle du sujet, celle du lyrisme litt&#233;ralement &#233;cras&#233; d&#232;s l'incipit, celle de la structure phrastique et de la ponctuation qui proc&#232;dent comme autant de trou&#233;es, d'ouvertures sur l'ab&#238;me du po&#233;tique m&#234;me. Le po&#232;me &lt;i&gt;d&#233;-place&lt;/i&gt; en mettant le lyrique en contretemps (circonvolution nominale et temporelle, brisure de la suspension&#8230; et souvenons-nous : &#171; Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-&#234;tre ! &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'&#339;uvre de Michel Deguy implique le langage po&#233;tique comme structure de d&#233;placement, comme pens&#233;e po&#233;tique du lyrique, et plus g&#233;n&#233;ralement comme raison po&#233;tique. La po&#233;sie deguyien est d&#233;placement d'attente car le langage po&#233;tique est ce d&#233;placement, mais un d&#233;placement-retard qui ne rend pas la langue &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;, mais la configure autrement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; se sujet dans Piet&#224; Baudelaire la lecture et la discussion de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit de disposer de la langue et de disposer la langue dans une autre configuration spatio-temporelle, la production d'un retard de la langue qui ne serait pas acte de s&#233;paration (avec la langue ordinaire par exemple). C'est un espacement qui ne tourne pas le dos mais qui intensifie son exp&#233;rience par le trouble paradoxal d'une extension, d'une r&#233;sonnance : &#171; Le &lt;i&gt;parfum&lt;/i&gt; n'est pas dans le po&#232;me &#171; odeur/sensation &#187; &#8211; m&#234;me si mon corps sent &#171; d'abord &#187; le parfum ; l'exp&#233;rience dite po&#233;tique consiste en cette transformation, cette symbolisation dans le langage ; il est l&#224; comme figurant du sans-bord, un &lt;i&gt;nuage&lt;/i&gt;, ce merveilleux nuage, qui est un mode de l'&lt;i&gt;expansion&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Deguy, La Piet&#224; Baudelaire, Op. Cit., p. 94. Voir &#233;galement pp. 91-94.&#034; id=&#034;nh3-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est une logique d'espacement comme figure du retard que l'on peut explorer dans quelques pistes de lectures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Aide m&#233;moire &#187; qui cl&#244;t le recueil &lt;i&gt;Gisant&lt;/i&gt; forme une sorte de petit trait&#233; po&#233;tique vif qui concentre une logique du d&#233;placement (du tropologique et du philosophique). La po&#233;tique est celle de la variation et de l'&#233;cart, une sorte d'improvisation sur th&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est proche en cela d'une esth&#233;tique jazzistique du Be bop de mise en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Deguy proc&#232;de par circonvolutions, condensations, brisures et suspensions : les vers liminaires (formant un tissu citationnel) sont lanc&#233;s en accroche :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Ce qui a lieu d'&#234;tre&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ne va pas sans dire&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Ce qu'on ne peut pas dire&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il faut l'&#233;crire&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La partie donne sur le tout&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Qui donne la partie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Deguy &#171; Aide-m&#233;moire &#187;, Gisant, dans Comme si, comme &#231;a, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Cet ensemble de fragments qui semblent flotter comme une constellation de sens offerte &#224; la lecture et &#224; la pens&#233;e forment un premier contretemps, une premi&#232;re d&#233;prise de certitude. Il poursuit par une s&#233;rie de variations, de circonvolutions sur le &#171; comme &#187; qui est au c&#339;ur de la raison po&#233;tique de Deguy. Elle traverse tout le texte comme une reprise diss&#233;min&#233;e. Le texte, compos&#233; de six ensembles varie les formes d'&#233;criture mais ne cesse de jeter des ponts entre eux, soulignant la construction sous l'apparente absence de coh&#233;rence d'ensemble. L'id&#233;e est inscrite dans le po&#232;me m&#234;me. Le projet est &#233;nonc&#233; : &#171; Po&#233;sie interdit l'identification &#187;. Cela se v&#233;rifie par le jeu des variations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Commun ? Comme-un&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est tout comme&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Faire comme si &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'&#233;tait comme-un &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 106.&#034; id=&#034;nh3-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Le tercet qui ouvre le cinqui&#232;me ensemble d&#233;ploie la po&#233;tique du paradoxe. Et toujours en ligne de compagnonnage (un &lt;i&gt;commun&lt;/i&gt;), Baudelaire pour tracer les ab&#238;mes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; &#171; Changer le monde &#187; ? Non ! &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Oui : en lui-m&#234;me disait Baudelaire&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est dire en sa figure par le &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 107.&#034; id=&#034;nh3-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Baudelaire est d&#233;plac&#233;. Il est voix mais voix d'&#233;criture, voix prise dans l'&#233;criture m&#234;me. Il est devenu figure. En propre. Il est le chemin qui retourne la n&#233;gation en paradoxe et ouvre la voie du &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt;, mise en valeur par l'italique, celui qui inach&#232;ve &lt;i&gt;Les Fleurs du mal&lt;/i&gt;. C'est la le&#231;on du &lt;i&gt;nouveau &lt;/i&gt;du &#171; Voyage &#187; qui rend impossible toute certitude et fait entrer la po&#233;sie comme la modernit&#233; dans sa dimension apor&#233;tique. Le &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; d'&#171; Aide-m&#233;moire &#187; entre dans cette r&#233;sonnance ainsi que la g&#233;n&#233;ralisation de la parataxe du po&#232;me instaure un contretemps du sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Plus g&#233;n&#233;ralement, le sens comme retard po&#233;tique dans la lyrique est celle du lyrique sans le lyrisme comme prolongement d'une voie initi&#233;e par Baudelaire et inscrite dans l'analyse du &#171; lyrisme sans illusion &#187; de Martin Rueff dans &lt;i&gt;Diff&#233;rence et identit&#233;&lt;/i&gt; : &#171; D'autre part, le d&#233;tachement correspond &#224; une op&#233;ration de n&#233;gation, &#224; un mouvement de recul : &#171; ce fut le geste d'&#233;carter &#187; (&lt;i&gt;Ou&#239; Dire&lt;/i&gt;, p. 69). Comme le lyrisme de Baudelaire, le lyrisme de Deguy est sans illusion &#8211; Benjamin disait : &#171; dissipateur d'illusion &#187; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Rueff, Diff&#233;rence et Identit&#233;, Op. Cit., p. 259.&#034; id=&#034;nh3-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; On pourrait envisager quelques exemple &#224; commencer par &lt;i&gt;N'&#233;tait le c&#339;ur &lt;/i&gt;&#8211; la lecture et l'analyse des titres chez Deguy est une bonne vigie de la po&#233;tique retardataire. Dans &#171; Le soleil &#224; Tanger &#187;, Michel Deguy s'amuse encore du &#171; je &#187; par un jeu de reprise, d'extension critique par la parenth&#232;se et par une mise en d&#233;sordre de l'&#233;nonciation : &#171; Dans la nuit et le demi-sommeil pensif, je (pour st&#233;nographier du pronom la pens&#233;e r&#234;veuse et phraseuse, le voyage psychique nocturne, d&#233;samarr&#233;, cosmique, que Dosto&#239;evski appelle &#171; ridicule &#187;), je, donc pensai au soleil. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Deguy, N'&#233;tait le c&#339;ur, Paris, Galil&#233;e, 2011, p. 24.&#034; id=&#034;nh3-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est le &#171; je &#187; qui pense quelque chose que la phrase qui met &#224; distance l'&#233;mergence m&#234;me d'une pens&#233;e du &#171; je &#187;. Petit exercice de d&#233;rision, certes, mais distance toujours recommenc&#233;e et r&#244;le d&#233;cisif de la parenth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Le po&#232;me &#171; Cardiogramme &#187; extrait de &lt;i&gt;Gisant&lt;/i&gt; (1985). Dans ce po&#232;me le sujet a tous les attributs du lyrisme habituel mais tr&#232;s vite appara&#238;t une tension par la temporalit&#233; du manque et une structuration du paradoxe constituant une &#233;vocation amoureuse plac&#233;e sous le signe d'Apollinaire. Les principes d'&#233;lisions et de suspension contraignent la question m&#234;me de l'amour &#224; nom du po&#232;me m&#234;me. Le lyrique est mis en tension par une absence de lyrisme. C'est le &lt;i&gt;geste d'&#233;carter&lt;/i&gt; de Deguy. Il est initi&#233; radicalement par le titre qui place d&#233;sormais le c&#339;ur et ses mouvements, et donc la po&#233;sie, sous une lecture m&#233;dicale et technologique, mani&#232;re de neutraliser la tentation po&#233;tique des sentiments. Le cardiogramme est le relev&#233; litt&#233;ral des mouvements du c&#339;ur. Ce titre neutralise la tentation lyrique (son h&#233;ritage et ses s&#233;diments chez Apollinaire) et permet de doublement cerner le &#171; prisonnier furieux &#187; dans la raison po&#233;tique du &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt;, le vers 8 du po&#232;me &#233;tant &#171; un c&#339;ur comme un prisonnier furieux comme un c&#339;ur &#187;, le vers s'infinissant dans l'enjambement qui vient rompre et d&#233;noncer la structure lyrique : &#171; chassera du lyrique le remord de soi ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Deguy, &#171; Cardiogramme &#187;, Gisant, dans Comme si Comme &#231;a, Op. Cit., p. 17.&#034; id=&#034;nh3-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le retard serait alors une pharmacop&#233;e po&#233;tique pour penser l'ab&#238;me du temps.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Pour finir ce rappel : l'incipit de &#171; Sortant de Saint-Pierre de Rome, j'&#233;cris &#187;, po&#232;me de 1993, forme de boucle qui reprendrait le dialogue entre Baudelaire et Benjamin via Michel Deguy, et surtout un le dialogue de l'&#339;uvre de Michel Deguy jamais interrompu avec Baudelaire, donc :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Dans une piet&#224;, il y a aussi une chiffonni&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Deguy, &#171; Sortant de Saint-Pierre de Rome, j'&#233;cris &#187;, dans Comme si (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Derrida, &lt;i&gt;Parages&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 1985, pp. 30-31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Platon, &lt;i&gt;Gorgias&lt;/i&gt;, traduction de Monique Canto, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 121.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcel Proust, &lt;i&gt;Le Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Folio-Gallimard, 1991, p. 165.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 171.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 173&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 202.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes, &#171; une id&#233;e de recherche &#187; dans &lt;i&gt;Recherches de Proust&lt;/i&gt;, Paris, Point-Seuil, 1980, p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Deguy, &lt;i&gt;La Piet&#224; Baudelaire&lt;/i&gt;, Paris, Belin, 2013, p. 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Marcel Proust, &lt;i&gt;Le Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 226.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Baudelaire, &#171; &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt; par Gustave Flaubert &#187;, &lt;i&gt;&#338;uvres Compl&#232;tes &lt;/i&gt;II, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade, p. 440-441.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 444.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La modernit&#233; baudelairienne repose sur l'id&#233;e de retard, un retard g&#233;n&#233;rationnel, un retard social et politique qu'il transforme en &#171; trop tard &#187;, celui de 1848 dit Dolf Oehler,&lt;i&gt; Le spleen contre l'oubli, juin 1848. Baudelaire, Flaubert, Heine, Herzen&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Guy Petitdemange, avec le concours de Sabine Cornille, Paris, Payot, 1996, p. 286. Le &lt;i&gt;trop tard&lt;/i&gt; serait une discussion dialectique du retard &#224; prolonger.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La &lt;i&gt;Chronique berlinoise&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Fragment 113&lt;/i&gt; sont cit&#233;s par Florent Perrier dans &#171; Envers et contre tout adoss&#233; &#224; l'espoir &#187; - &lt;i&gt;Walter Benjamin au mannequin d'osier&lt;/i&gt; &#8211; pr&#233;face &#224; Jean-Michel Palmier, &lt;i&gt;Walter Benjamin, le chiffonnier, l'Ange et le Petit Bossu&lt;/i&gt;, Paris, Klincksieck, 2006, pp. XI-XII. On peut prolonger par cet extrait pp. XII-XIII de la pr&#233;face de Florent Perrier ppour caract&#233;riser cette marche insolite o&#249; il s'agit de &#171; trouver le rythme singulier, la posture et le maintient du corps &#8211; comme de la pens&#233;e &#8211; gr&#226;ce auxquels chacune de ces interruptions soulev&#233;es par la marche, chacune de ces tensions cr&#233;&#233;es entre deux pas, chacun de ces retards et de ces entre-deux si particuliers donneraient pr&#233;cis&#233;ment lieu, dans leur mouvement m&#234;me, &#224; l'ouverture d'une disjonction, source d'improbables d&#233;placements, de retournements impr&#233;vus, de trou&#233;es ainsi m&#233;nag&#233;es dans l'ordonnancement lisse propre &#224; toute mise au pas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Rueff, &lt;i&gt;Diff&#233;rence et Identit&#233;. Michel Deguy, situation d'un po&#232;te lyrique &#224; l'apog&#233;e du capitalisme culturel&lt;/i&gt;, Paris, Hermann, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, &#171; A propos de quelques motifs baudelairiens &#187; dans &lt;i&gt;Ecrits fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1997, p. 245. D'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, le texte &#171; Sur quelques th&#232;mes baudelairiens &#187; de Benjamin met en relation constante Baudelaire &#224; Proust.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;oise Proust, &lt;i&gt;De la r&#233;sistance&lt;/i&gt;, Paris, Les &#233;ditions du cerf, 1997, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Deguy, &lt;i&gt;La Piet&#224; Baudelaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Rueff, &#171; La non-po&#233;sie des non-po&#232;tes &#187;, Lib&#233;ration, 19 mai 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Hartog, &lt;i&gt;R&#233;gimes d'historicit&#233;. Pr&#233;sentisme et exp&#233;rience du temps&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2003, p. 210-211.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Hammel, &lt;i&gt;Revenances de l'histoire&lt;/i&gt;, Paris, Les &#233;ditions de minuit, 2006, p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Deguy, &lt;i&gt;La Piet&#224; Baudelaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf.&lt;/i&gt; Jacques Derrida, &lt;i&gt;Spectres de Marx&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Fran&#231;oise Proust, &lt;i&gt;La doublure du temps&lt;/i&gt;, Paris, Le Perroquet, mai 1993, pages 6 &#224; 8 et Fran&#231;oise Proust, &lt;i&gt;L'histoire &#224; contretemps&lt;/i&gt;, Paris, Cerf, 1994, pages 15 &#224; 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Deguy, &lt;i&gt;La Piet&#224; Baudelaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; se sujet dans &lt;i&gt;Piet&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Baudelaire &lt;/i&gt;la lecture et la discussion de Benveniste, p. 97 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Deguy, &lt;i&gt;La Piet&#224; Baudelaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 94. Voir &#233;galement pp. 91-94.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est proche en cela d'une esth&#233;tique jazzistique du Be bop de mise en retard de la note.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Deguy &#171; Aide-m&#233;moire &#187;, &lt;i&gt;Gisant&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Comme si, comme &#231;a&lt;/i&gt;, Paris, Po&#233;sie-Gallimard, 2012, p. 105.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 107.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Rueff, &lt;i&gt;Diff&#233;rence et Identit&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 259.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Deguy, &lt;i&gt;N'&#233;tait le c&#339;ur&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2011, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Deguy, &#171; Cardiogramme &#187;, &lt;i&gt;Gisant&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Comme si Comme &#231;a&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Deguy, &#171; Sortant de Saint-Pierre de Rome, j'&#233;cris &#187;, dans &lt;i&gt;Comme si Comme &#231;a&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit., &lt;/i&gt;p. 152.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Po&amp;sie et le samedi 15 octobre 2011</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article188</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article188</guid>
		<dc:date>2011-10-10T20:08:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rueff, Martin</dc:subject>
		<dc:subject>Deguy, Michel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le nouveau volume de Po&amp;sie, le 136&#232;me, s'ouvre par une longue s&#233;rie d'hommages au po&#232;te Robert Marteau, &#233;voqu&#233; en ces termes par Michel Deguy : &#171; Quand on me demande &#171; &#224; l'&#233;tranger &#187; (puisqu'on persiste &#224; employer cette expression dans les m&#233;dias des nations) de citer un po&#232;te fran&#231;ais, je r&#233;ponds en le nommant. Il &#233;crivait chaque jour, en marchant, un sonnet. Le canzoniere de Marteau est le cha&#238;non qui ne manque pas dans la cha&#238;ne magn&#233;tique. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
On trouvera le sommaire complet de ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Nouvelle rubrique N&#176; 35&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Rueff, Martin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;Deguy, Michel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le nouveau volume de &lt;i&gt;Po&amp;sie&lt;/i&gt;, le 136&#232;me, s'ouvre par une longue s&#233;rie d'hommages au po&#232;te Robert Marteau, &#233;voqu&#233; en ces termes par Michel Deguy : &#171; Quand on me demande &#171; &#224; l'&#233;tranger &#187; (puisqu'on persiste &#224; employer cette expression dans les m&#233;dias des nations) de citer un po&#232;te fran&#231;ais, je r&#233;ponds en le nommant. Il &#233;crivait chaque jour, en marchant, un sonnet. Le canzoniere de Marteau est le cha&#238;non qui ne manque pas dans la cha&#238;ne magn&#233;tique. &#187;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera le sommaire complet de ce num&#233;ro &lt;a href=&#034;http://www.pourpoesie.net/index.php/numero/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici m&#234;me&lt;/a&gt;.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de signaler les magnifiques &lt;i&gt;Carnets Poussi&#232;res&lt;/i&gt; de Tr&#226;n D&#226;n, la journ&#233;e avec Eug&#232;ne Nicole dans &lt;i&gt;Le bocage d'avril &#224; Paris&lt;/i&gt;, ou encore les petites densit&#233;s, les acc&#233;l&#233;rations de Shoshana Rappaport-Jaccottet dans &lt;i&gt;Milagro&lt;/i&gt;, sans oublier la question complexe et touffue que nous pose Martin Rueff dans l'essai qui cl&#244;t le num&#233;ro : &#171; Une po&#233;tique des &#233;nonc&#233;s moraux est-elle possible ? &#187;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, &#171; les entretiens de &lt;i&gt;Po&amp;sie&lt;/i&gt; &#187; reprennent d&#232;s le 15 octobre prochain. Autre jour, autre lieu. Ce sera d&#233;sormais le samedi, &#224; la Maison de la po&#233;sie.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier rendez-vous : &lt;strong&gt;rouvrir le d&#233;bat&lt;/strong&gt; avec Michel Deguy, H&#233;di Kaddour, Claude Mouchard et Martin Rueff.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://lesentretiensdepoesie.blogspot.com/2011/09/on-annonce-le-programme.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Programme complet des six rencontres mensuelles annonc&#233;es ici m&#234;me&lt;/a&gt;.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_318 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/IMG/jpg/les_entretiens_header.jpg?1637577913' width='500' height='131' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt;&lt;br&gt;
&lt;a class=&#034;addthis_button&#034; href=&#034;http://addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4b3e73ea34e3a0d3&#034;&gt;&lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L125xH16/lg-share-en-8e37ecaf-ab8cb.gif?1749905054' width='125' height='16' alt=&#034;Bookmark and Share&#034; style='border:0'/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;script type=&#034;text/javascript&#034; src=&#034;http://s7.addthis.com/js/250/addthis_widget.js#username=xa-4b3e73ea34e3a0d3&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Michel Deguy La fin dans le monde aux &#233;ditions Hermann</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article144</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article144</guid>
		<dc:date>2009-12-27T21:41:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Deguy, Michel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une br&#232;ve sur le dernier livre de Michel Deguy sur remue.net en attendant la rencontre du 8 janvier au Centre Cerise &#224; 20 h avec Michel Deguy et Martin Rueff.&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;Lectures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;Deguy, Michel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une br&#232;ve sur le &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?article3486&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dernier livre de Michel Deguy&lt;/a&gt; sur remue.net en attendant la rencontre du 8 janvier au Centre Cerise &#224; 20 h avec Michel Deguy et Martin Rueff.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L200xH304/la_fin_dans_le_monde_couverture4ace089a8bb64-fee67.jpg?1751018310' width='200' height='304' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nouvel extrait de Michel Deguy, situation d'un po&#232;te lyrique &#224; l'apog&#233;e du capitalisme culturel de Martin Rueff</title>
		<link>https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article143</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.sebastienrongier.net/spip.php?article143</guid>
		<dc:date>2009-12-27T20:46:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Rueff, Martin</dc:subject>
		<dc:subject>Deguy, Michel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est sur remue.net, second extrait de l'important et imposant livre de Martin Rueff... en attendant la rencontre organis&#233;e le 8 janvier prochain &#224; 20 heures o&#249; l'on retrouvera Martin Rueff et Michel Deguy autour de Michel Deguy, situation d'un po&#232;te lyrique &#224; l'apog&#233;e du capitalisme culturel et du dernier livre de Michel Deguy &#233;galement paru chez Hermann La fin dans le monde.&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;Lectures&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Rueff, Martin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot40" rel="tag"&gt;Deguy, Michel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est sur remue.net, &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?article3485&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;second extrait&lt;/a&gt; de l'important et imposant livre de Martin Rueff... en attendant la rencontre organis&#233;e le 8 janvier prochain &#224; 20 heures o&#249; l'on retrouvera Martin Rueff et Michel Deguy autour de &lt;i&gt;Michel Deguy, situation d'un po&#232;te lyrique &#224; l'apog&#233;e du capitalisme culturel&lt;/i&gt; et du dernier livre de Michel Deguy &#233;galement paru chez Hermann &lt;a href=&#034;http://www.editions-hermann.fr/ficheproduit.php?lang=fr&amp;menu=&amp;ref=Philosophie+La+fin+dans+le+monde&amp;prodid=754&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La fin dans le monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
