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	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>La chim&#232;re Godard</title>
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		<dc:date>2022-11-22T18:13:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Godard, Jean-Luc </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un num&#233;ro sp&#233;cial Godard de La Septi&#232;me obsession&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;2022&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot185" rel="tag"&gt;Godard, Jean-Luc &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La disparition du cin&#233;aste aura &#233;t&#233; l'occasion pour Nicolas Tellop de monter un hors-s&#233;rie magnifique autour de Godard. Il m'a propos&#233; de participer &#224; cette nouvelle aventure de &lt;a href=&#034;https://www.laseptiemeobsession.com/jean-luc-godard&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Septi&#232;me obsession&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Pas simple. Alors je me suis amus&#233; &#224; rappeler les formes &#233;tranges que Godard peut prendre dans ses films (une voix dans un autre corps et diverses autres choses). Le texte s'intitule &#171; La chim&#232;re Godard &#187;. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.sebastienrongier.net/IMG/jpg/7e_me_obsession_godard.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/IMG/jpg/7e_me_obsession_godard.jpg?1669140690' width='500' height='415' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt;Jean-Luc Godard, la chim&#232;re du cin&#233;ma&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un &#234;tre en transformation. Ses m&#233;tamorphoses ont &#233;t&#233; multiples, cr&#233;ant parfois d'&#233;tranges cr&#233;atures cin&#233;matographiques. Le cin&#233;ma de Godard a travers&#233; les bouleversements de la modernit&#233; artistique et culturelle, formant et d&#233;formant des go&#251;ts, des habitudes et des comportements. Cependant la mise en sc&#232;ne de soi, et l'interrogation &#224; partir de sa propre image est une ligne continue dans la vie artistique du cin&#233;aste, au risque, parfois, de s'identifier avec un peu trop de s&#233;rieux au cin&#233;ma dans son ensemble. Comme toujours chez Godard, il n'y pas une conception mais des modes d'&#234;tres, des &#233;volutions et des ruptures. La mani&#232;re dont Godard s'inscrit dans la premi&#232;re partie de son &#339;uvre (disons jusqu'au &lt;i&gt;M&#233;pris&lt;/i&gt;) rel&#232;ve souvent du jeu, du clin d'&#339;il ou de la cr&#233;ation de v&#233;ritables chim&#232;res cin&#233;matographiques. Peut-&#234;tre est-ce l&#224; un fil commun qui, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre directeur, permettrait de r&#233;unir symboliquement les diff&#233;rents moments de l'&#339;uvre ? La vocation profonde du cin&#233;ma serait d'inventer des formes in&#233;dites et incommensurables en collant des fragments de mondes qui ne seraient pas con&#231;us pour cohabiter ensemble si un geste de cr&#233;ateur n'en avait d&#233;cid&#233; autrement. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une pr&#233;sence diffuse&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme d'autres cin&#233;astes avant et apr&#232;s lui, Godard se met en sc&#232;ne dans ses films. Cette logique de signature apprise d'Hitchcock se v&#233;rifie de film en film sans &#234;tre syst&#233;matique. Godard est celui qui reconna&#238;tra Michel Poiccard dans &lt;i&gt;A bout de souffle&lt;/i&gt; (1960). Le jeune homme est gar&#233; rue de Berri dans sa d&#233;capotable, lisant un journal. Il attend Patricia qui doit sortir des bureaux du &lt;i&gt;New York Herald Tribune&lt;/i&gt;. L'homme interpr&#233;t&#233; par Godard vient d'acheter &lt;i&gt;France Soir&lt;/i&gt; qui diffuse l'image du tueur. Il se pr&#233;cipite vers des policiers pour d&#233;noncer le fuyard. Le personnage est muet mais fait basculer le film, annon&#231;ant la mort de Poiccard, de toute fa&#231;on perdu. On le croise &#233;galement dans une gare dans &lt;i&gt;Le Petit soldat&lt;/i&gt; (1960). Mais cette pr&#233;sence physique du r&#233;alisateur dans son &#339;uvre n'est-elle pas d&#233;j&#224; une forme de citation ? Car la citation est une grande affaire godardienne et cette pr&#233;sence-signature est d'ores-et-d&#233;j&#224; un geste de reprise cin&#233;matographique. Il suffit de se souvenir du court-m&#233;trage de 1963 &lt;i&gt;Le Grand escroc&lt;/i&gt; dans le film &#224; sketches &lt;i&gt;Les plus belles escroqueries du monde&lt;/i&gt;. Dans ce film qui se d&#233;roule &#224; Marrakech, une reporter, Patricia Leacock (interpr&#233;t&#233;e par Jean Seberg), d&#233;cide de descendre dans la M&#233;dina pour filmer les gens. Avant de quitter sa chambre d'h&#244;tel, elle teste sa petite cam&#233;ra. Le contrechamp fictif montre d'abord un palmier (ce que l'on pourrait voir d'une fen&#234;tre ouverte). Puis, elle se retourne face cam&#233;ra et filme. On d&#233;couvre alors Jean-Luc Godard, dehors, coiff&#233; d'un tarbouch marocain, portant de larges lunettes et fumant contre un mur. Le faux-raccord est &#233;vident et la surprise est appuy&#233;e par un joyeux regard-cam&#233;ra de l'actrice. Ce jeu est r&#233;p&#233;t&#233;, soulignant la place ironique occup&#233;e par le cin&#233;aste dans le contrechamp de la cam&#233;ra de fiction. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Godard aime &#233;galement pratiquer l'autocitation. Ses films ant&#233;rieurs sont rappel&#233;s dans les suivants. C'est une pr&#233;sence dans l'&#339;uvre par l'&#339;uvre, une pr&#233;sence in absentia qui valide autant un processus cr&#233;atif que la fabrication d'un monde in&#233;dit. Dans &lt;i&gt;Une femme est une femme&lt;/i&gt; (1961) le personnage d'Alfred, arrivant chez Angela et &#201;mile qui se disputent, d&#233;clare &#171; &#201;coutez, d&#233;cidez-vous, &#224; la tv chez Marcel, ils passent &lt;i&gt;A bout de souffle&lt;/i&gt;. J'voudrais pas l'louper. &#187; Or Alfred est interpr&#233;t&#233; par Jean-Paul Belmondo, acteur de ce premier film. Le com&#233;dien comme le cin&#233;aste s'amusent joyeusement avec ces d&#233;placements fictionnels et autres gestes iconoclastes. Godard prolonge cela en pla&#231;ant dans &lt;i&gt;Le M&#233;pris&lt;/i&gt; (1962), l'affiche italienne de &lt;i&gt;Vivre sa vie&lt;/i&gt; (1963). Cette image immense en accompagne d'autres (&lt;i&gt;Vanina Vanini &lt;/i&gt; de Rossellini, &lt;i&gt;Psychose&lt;/i&gt; d'Hitchcock, &lt;i&gt;Hatari&lt;/i&gt; d'Hawks) sur les murs d&#233;cr&#233;pis de la &lt;i&gt;Cinecitt&#224;&lt;/i&gt;. L'affiche est en arri&#232;re-plan d'un moment essentiel au d&#233;but du film, celui de la rencontre de Camille avec Fritz Lang, puis avec le producteur Prokosch. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une forme fragmentaire&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s ses d&#233;buts de cin&#233;aste, Jean-Luc Godard construit &#224; partir de son corps des &#234;tres de cin&#233;ma &#233;tranges et d&#233;routants, des formes hybrides, pures inventions cin&#233;matographiques. Apr&#232;s &lt;i&gt;Une histoire d'eau&lt;/i&gt;, Godard r&#233;alise en 1958 un second court-m&#233;trage intitul&#233; &lt;i&gt;Charlotte et son jules&lt;/i&gt;. Le film ne sortira qu'en 1961 mais il pr&#233;c&#232;de bien A bout de souffle et semble &#234;tre une pr&#233;figuration matricielle de son premier long m&#233;trage. On retrouve dans ce film Anne Colette qui jouait d&#233;j&#224; dans un autre court-m&#233;trage de Godard intitul&#233; &lt;i&gt;Tous les gar&#231;ons s'appellent Patrick ou Charlotte et V&#233;ronique&lt;/i&gt; (1957). Mais c'est surtout une des toutes premi&#232;res apparitions cin&#233;matographiques de Jean-Paul Belmondo qui y interpr&#232;te le r&#244;le de Jean. Essentiellement tourn&#233; dans la chambre du jeune homme, le film est quasiment un monologue de ce dernier qui croit que Charlotte revient apr&#232;s l'avoir quitt&#233;. Elle le regarde p&#233;rorer et multiplier les saillies misogynes plus outranci&#232;res les unes que les autres. Mais c'est un curieux hasard qui va d&#233;cider du destin cin&#233;matographique en &lt;i&gt;chim&#232;re&lt;/i&gt; de Godard dans ce film (et au-del&#224;). Le tournage s'est d&#233;roul&#233; sans prise de son direct, faute de moyen. La postsynchronisation avait &#233;t&#233; act&#233;e pour chacun. Seulement, le jour de l'enregistrement des voix, Belmondo n'est pas l&#224;. Il a &#233;t&#233; rattrap&#233; par l'arm&#233; qui le contraint &#224; aller faire son service militaire. C'est la raison pour laquelle Jean-Luc Godard va enregistrer la voix de ce court-m&#233;trage. Le personnage de Jean devient alors une v&#233;ritable chim&#232;re de cin&#233;ma : le corps de Belmondo et la voix de Godard, premier acte d'une subversion qui se prolongera tout au long de la carri&#232;re du cin&#233;aste. L'autre moment chim&#233;rique de la voix de Godard est sans doute &#224; (re)d&#233;couvrir &#224; la fin de l'intense &lt;i&gt;Vivre sa vie&lt;/i&gt;. Ce grand film des visages (celui d'Anna Karina dialoguant avec celui de Ren&#233;e Falconetti dans un champ-contrechamp &#233;galement chim&#233;rique) est &#233;galement une &#339;uvre dans laquelle la voix de Godard produit un &#234;tre &#233;trange et improbable. Dans le dernier tableau de ce film qui en compte douze, Nana (Anna Karina) est dans la chambre d'un jeune homme qui lit et dit &#224; voix haute la nouvelle &#171; Le Portrait ovale &#187; d'Edgar Poe. Le jeune homme est interpr&#233;t&#233; par Peter Kassovitz mais sa voix de lecteur est celle de Jean-Luc Godard. Une fois de plus, l'inad&#233;quation chim&#233;rique produit une forme purement cin&#233;matographique qui trouble les fronti&#232;res du r&#233;el et de la fiction. En effet, coupant un moment la lecture avant l'instant fatal de la fin de la nouvelle, le couple discute. Le jeune homme dit alors : &#171; C'est notre histoire : un peintre qui fait le portrait de sa femme&#8230; tu veux que je continue ? &#187; Cette voix de l'autre, qui est-elle ? Est-ce celle du personnage ou du r&#233;alisateur lui-m&#234;me ? Quel est le statut de ce possessif &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; ? Est-ce l'histoire des protagonistes ? Ou celle que vivent Godard et Karina au moment de ce tournage ? D&#232;s lors, qu'est-ce qui continue : la lecture de la nouvelle ? La vie de l'actrice et du r&#233;alisateur ? Ou tout simplement le film ? Sans doute tout cela &#224; la fois. Car la forme hybride con&#231;ue avec la voix de l'autre produit un &#233;cart infini ouvrant tous les possibles&#8230; un peu comme cette autre voix au d&#233;but du &lt;i&gt;M&#233;pris&lt;/i&gt; (1963). La voix du g&#233;n&#233;rique est rest&#233;e c&#233;l&#232;bre pour sa pr&#233;sentation orale des cr&#233;dits du film et pour la citation (fautive, ou presque vraie) d'Andr&#233; Bazin. La voix est hautement ind&#233;cidable. On a longtemps cru qu'il s'agissait de Godard avant d'envisager un com&#233;dien anonyme, ou une collaboration non cr&#233;dit&#233;e de Samy Frey, voire de Michel Subor. Le doute et l'incertitude demeurent, faisant de ce moment une forme fragile dans laquelle on reconna&#238;t par moment le timbre du cin&#233;aste vaudois. Comme s'il s'agissait non pas d'une simple imitation mais d'une citation de la voix de Godard par celle d'un autre. Cette voix incertaine est &#224; l'image du film et de la strat&#233;gie auctoriale de Godard dans &lt;i&gt;Le M&#233;pris&lt;/i&gt; comme dans son &#339;uvre. Cette logique se diffracte dans l'ensemble du film. Des fragments du cin&#233;aste s'immiscent dans la fiction. Le personnage de Paul, interpr&#233;t&#233; par Michel Piccoli, est un miroir de Godard. L'acteur le constate le premier apr&#232;s que Godard ait lui-m&#234;me choisi le chapeau du personnage. Il est identique &#224; celui du cin&#233;aste et Piccoli sait alors que Paul sera une copie cin&#233;matographique de Godard (et Camille une forme &#224; distance de Karina). Cette duplication se v&#233;rifie &#224; la fin du film lorsque Paul quitte le tournage de Fritz Lang. A l'arri&#232;re-plan, comme une sorte d'&lt;i&gt;eidolon&lt;/i&gt; fragile de Paul, l'assistant du cin&#233;aste allemand pr&#233;pare la prise. On entend une voix famili&#232;re. On reconna&#238;t la silhouette avant qu'elle ne se cache derri&#232;re Fritz Lang qui converse avec Paul. Godard est toujours l&#224;, tapi au fond de son plan, venant compl&#233;ter la figure diffract&#233;e du cin&#233;aste dans son film. Ironiquement, la voix de Godard qui donne les indications de tournage est doubl&#233;e en italien sur le tournage pour l'&#233;quipe technique locale. Le dernier plan du film qui n'est pas celui du tournage de l'&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt; de Lang montre l'&#233;tendue de la mer M&#233;diterran&#233;e et s'ach&#232;ve par un &lt;i&gt;Silence&lt;/i&gt; de Godard&#8230; doubl&#233; par l'assistant italien qui ach&#232;ve le film par &lt;i&gt;Silenzio&lt;/i&gt;. La voix de Godard devient un &#233;cho sur la surface des images. C'est la sienne mais devient un autre, elle est un corps plastique, mobile et changeant. Elle est devenue un corps de cin&#233;ma, objet de toutes les citations int&#233;rieures. D&#232;s lors que verra-t-on dans ses films ult&#233;rieurs quand le corps de Godard appara&#238;tra dans ses films ? De quelle citation sera-t-il le fruit ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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