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	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>Les plis &#233;chapp&#233;s de la bo&#238;te (MF Prost-Manillier)</title>
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		<dc:date>2008-11-28T22:06:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Prost-Manillier, Marie-Fran&#231;oise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Malgr&#233; le monde&lt;/em&gt; de Marie-Fran&#231;oise Prost-Manillier&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;Malgr&#233; le monde (MF Prost-Manillier), Fage, 2006&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Prost-Manillier, Marie-Fran&#231;oise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_37 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L300xH200/MF_rouge-f1129.jpg?1750885348' width='300' height='200' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est une vieille histoire, celle des liens que l'art tisse avec le monde. Malgr&#233; lui, l'&#339;uvre s'invite et s'invente pour dire ce que se tait, ce qui ne se regarde pas. Il s'agirait d'une bo&#238;te aux lettres, une bo&#238;te jaune plant&#233;e aux croisements de rues d'une ville. Il s'agirait des pulsations de la ville au rythme d'une brise l&#233;g&#232;re et estivale. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Malgr&#233; le monde&lt;/i&gt;. &lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tisser des liens avec le monde, telle serait la vocation premi&#232;re de cette bo&#238;te jaune qui peuple les villes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8195;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#####&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Le temps qui passe&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vid&#233;o est une curieuse trajectoire temporelle, faite d'acc&#233;l&#233;rations et de ralentissements, de fondus encha&#238;n&#233;s et de brusques suspensions. Le flux des passants r&#233;pond aux bruits de fond d'un restaurant. Mais ce temps est accroch&#233; &#224; un rep&#232;re, la bo&#238;te jaune, v&#233;ritable marque d'une complexit&#233; temporelle. La bo&#238;te jaune est une bo&#238;te &#224; lettres. Les lettres ? Du temps qui s'immobilise, juste le temps de la bo&#238;te. La bo&#238;te, c'est le temps de l'envoi. Le d&#233;p&#244;t est un envoi. Mais poser le pli, c'est d&#233;j&#224; d&#233;plier le temps du recevoir, c'est anticiper. D&#233;poser, c'est d&#233;j&#224; imaginer la destination. Au moment o&#249; la lettre est gliss&#233;e dans la fente, elle serait d&#233;j&#224; arriv&#233;e au destinataire. L'attente commence d&#232;s le geste d'envoi, d&#232;s ce moment o&#249; l'on c&#232;de le document &#224; l'inconnu, o&#249; l'on d&#233;pose ses mots au fond d'un trou, noir, de la bo&#238;te. Car si la bo&#238;te est jaune, elle est noire &#224; l'int&#233;rieur.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser du temps dans l'espace noir de la bo&#238;te. Sans doute la premi&#232;re question d'une &#233;criture &#233;pistolaire saisie &#224; l'&#233;trange moment d'une suspension. Il y aurait trois temps : &#233;crire, poster et recevoir. Le film de Marie-Fran&#231;oise Prost-Manillier interroge un entre-deux en tissant le temps dans l'espace d'une bo&#238;te. Et inversement.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film s'ouvre par un plan fixe : les mailles rouges d'un voile tricot&#233;. Points serr&#233;s d'un voile et d'un rideau que les images vont soulever. Mais auparavant flotte sur le fond rouge du tissage, la proposition en forme de palimpseste postal. Reprenant le logo que l'on retrouve sur les bo&#238;tes aux lettres, l'artiste nous donne une logique et une destination. Il s'agit d'aller &#171; Malgr&#233; le monde &#187; ou de suivre d'&#171; Autres destinations &#187;. Mais les pr&#233;cisions ne s'arr&#234;tent pas &#224; cette proposition puisque le logo postal se compl&#232;te par une vacance d'informations concernant les &#171; heures de lev&#233;es &#187; et le &#171; bureau le plus proche &#187;. Ce que l'on suppose d&#232;s ces premi&#232;res images, c'est que l'espace postal pris dans les mailles d'un sens en devenir appartiendrait &#224; un geste utopique. &lt;br/&gt;
Une bo&#238;te aux lettres en forme d'utopie ? Peut-&#234;tre. Mais accordons-nous sur ce moment d'entre-deux d&#233;pli&#233; par &lt;i&gt;Malgr&#233; le monde&lt;/i&gt;. L'entre-deux, c'est d'abord le vacillement de la pr&#233;position qui vient se heurter au monde. Elle ne vient pas le mettre en contradiction, le renverser ou le subvertir d'une mani&#232;re radicale. Elle vient plus subtilement le d&#233;placer en le grattant, en restant ostensiblement &#224; la m&#234;me place&#8230; pour mieux voir ailleurs. Le &#171; malgr&#233; &#187; vient contrarier une habitude, un roulement, ouvrir une br&#232;che, instiller une incertitude en remontant justement la logique de certitude. &#171; Malgr&#233; le monde &#187;, c'est indiquer le chemin d'une anfractuosit&#233; dans le monde pour en dire autre chose et peut-&#234;tre pour en dire son &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;. Un d&#233;bordement subtil par ce l&#233;ger flottement sur le tissu du monde. Ce l&#233;ger tremblement inscrit une part de temps dans l'espace d&#232;s ces premi&#232;res images. Le temps, ce sont les &#171; heures de lev&#233;es &#187;, leur possibilit&#233;. On les supposera toujours. On ne les verra jamais. Elles sont l&#224; putatives, plac&#233;es dans un temps incertain, celui de l'envoi qui ouvre &#224; l'imaginaire de la r&#233;ception. Le temps est ici un lieu qui dure. La lev&#233;e serait l&#224;, plac&#233;e entre les deux, pour articuler les temps et les imaginaires, les espaces et les projections. L'espace, quant &#224; lui, est multiple. Multiple et fuyant. Ce satan&#233; malgr&#233; vient tout compliquer : il y a le monde, les autres destinations et ce bureau le plus proche, laiss&#233;, comme les heures de lev&#233;es, &#224; la discr&#233;tion du vide et du silence. Espace et temporalit&#233; d&#233;j&#224; brouill&#233;es, d'ores et d&#233;j&#224; brouill&#233;es et peut-&#234;tre m&#234;me &lt;i&gt;toujours-d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; brouill&#233;es.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment entrer dans ce monde de l'entre-deux ? Comment articuler des images &#224; partir de ce tissu complexe, ces fils rouges nou&#233;s sur lesquels flotte la br&#232;che d'un entre-deux ? Par le son bien s&#251;r. C'est d'abord un souffle indistinct et sourd duquel affluent des voix qui vibrent et vribillonnent dans l'indistinction bient&#244;t m&#233;lang&#233;es aux bruits de fourchettes qui claquent sur des assiettes et autres sons de la rue. Des cris d'enfants, des bribes de conversations inaudibles. Sons coup&#233;es, hachur&#233;s&#8230; petit chaos sonore du monde urbain qui s'annonce. Mais le son reste off. Il ne s'incarne jamais dans l'image. Il vient inscrire une tension et rendre incertaine la capacit&#233; m&#234;me du r&#233;cit.&lt;br/&gt;
Le voile se l&#232;ve. Les fils tricot&#233;s c&#232;dent la place. Alors, c'est elle la bo&#238;te jaune. Gros plan sur la bo&#238;te. On entend le monde autour. On voit encore la surimpression flottante qui vient s'inscrire sur l'image de la bo&#238;te aux lettres, &#224; son exacte place. Elle dispara&#238;t. Mais reste pour la bo&#238;te jaune ce &#171; malgr&#233; le monde &#187;. Des lettres se destineraient donc au &#171; malgr&#233; &#187; ou aux &#171; autres destinations &#187; du malgr&#233;. &lt;br/&gt;
Le raccord filmique du d&#233;but de &lt;i&gt;Malgr&#233; le monde&lt;/i&gt; est autant celui d'un d&#233;saccord que d'une articulation dans l'&#233;cart : d&#233;saccord du son qui anticipe la possibilit&#233; du monde par le chaos et le brouillage des certitudes ; articulation du &#171; malgr&#233; &#187; dans le monde : difficile d&#233;sormais de reconna&#238;tre ce monde que l'on croit conna&#238;tre (une bo&#238;te aux lettres) lorsqu'il s'arrange pour &#234;tre &lt;i&gt;malgr&#233; lui-m&#234;me&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
Alors le film commence parce qu'il est d&#233;j&#224; commence. Il continue de commencer et ne cessera ce commencement. &lt;br/&gt;
C'est l'histoire d'un geste.&lt;br/&gt;
#####&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rien qu'un geste&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondu encha&#238;n&#233; sur le monde. Du gros plan symbolique au plan moyen tot&#233;mique, la bo&#238;te est l&#224;, jaune et plant&#233;e au milieu du monde. Au milieu de l'image, une bo&#238;te. Elle est jaune et postale. C'est une ville.&lt;br/&gt;
Il s'agit d'une bo&#238;te aux lettres. Une bo&#238;te sur laquelle on colle et d&#233;chire des flyers divers. On a &#233;crit dessus. On a recouvert ou effac&#233; maladroitement les mots sign&#233;s. Petit chaos visuel. Ce n'est pas seulement un point anodin et banal de la ville. C'est une ponctuation d&#233;cisive de l'espace de la cit&#233;, bien loin des signes d&#233;coratifs ou rh&#233;toriques du mobilier urbain. Car la bo&#238;te aux lettres est un n&#339;ud de communication d&#233;cisif. Mais c'est aussi un point &#233;trange. Un point jaune dans le texte de la ville, comme aimait Michel de Certeau &#224; qualifier la ville dans &lt;i&gt;L'invention du quotidien&lt;/i&gt;, &#224; la suite de Walter Benjamin tout de m&#234;me. &lt;br/&gt;
C'est une bo&#238;te jaune qui viendrait tisser des liens, tracer des rapports et prolonger des rencontres. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre de l'image restera le m&#234;me tenu solidement &#224; un point fixe. Un seul regard, une seule perspective. Un point du monde pour le d&#233;plier et voir s'il existe, ou plus exactement s'il appara&#238;t en lui quelque chose qui ne serait pas lui, ni la certitude de sa r&#233;alit&#233;. Mais n'allons pas trop vite. &lt;br/&gt;
C'est une l&#233;g&#232;re contre-plong&#233;e, axe l&#233;g&#232;rement d&#233;viant sur la gauche. Tenir le monde de biais, comme en visite. Voir ce qui s'y passe. En attente.&lt;br/&gt;
Des passants, des visages, des corps ou des silhouettes. Les gens circulent, traversent le champ, irriguent le cadre &#224; droite, une rue comme une ligne de fuite. La sensation du monde autour et partout, arrivant par irruption. Ne rien ma&#238;triser mais ne rien subir non plus. Il s'agit seulement de choisir un point d'appui qui serait moins un point de vue qu'un point d'exp&#233;rience pour tenter de regarder une chose aussi &#233;trange que banale, une bo&#238;te aux lettres.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le monde d&#233;borde.&lt;br/&gt;
Les badauds passent. Un accord&#233;oniste s'installe dans le champ. Comme un hasard. Une femme vient s'asseoir. Elle est &#224; c&#244;t&#233; de la bo&#238;te, assise et semble &#233;couter l'accord&#233;oniste. On ne le voit plus. On entend vaguement une ritournelle emball&#233;e qui se m&#234;le aux bruits. Le son est off. Toujours. Brides de conversations indistinctes de verres et de couverts entrechoqu&#233;s. Ambiance de brasserie. Quelque part. Sans doute ailleurs comme pour dire le monde qui ne se d&#233;plie pas tandis que les silhouettes passent avec leurs achats &#224; la main. Montage serr&#233; et nerveux. On ne suit pas le mouvement. Le montage en dit la trace. Il fragmente le mouvement comme le son est lui-m&#234;me concass&#233;. La circulation s'&#233;coule lentement. Mais le mouvement est curieusement heurt&#233; par le montage. L&#224; une voiture, ici une autre. C'est une ville, une rue. Une rue, un peu &#224; l'&#233;cart. Un angle de rues un peu &#224; l'&#233;cart de l'agitation, un bord du centre. C'est une rue. La cam&#233;ra capte les pulsations urbaines. Et le monde semble tourner autour d'une bo&#238;te &#224; lettres jaune, comme au bruit lointain d'une valse qu'un accord&#233;on imagin&#233; jouerait.&lt;br/&gt;
Bruissement d'oiseaux et de voix d&#233;coup&#233;es, inaudibles.&lt;br/&gt;
Et soudain une apparition. Un homme est devant la bo&#238;te.&lt;br/&gt;
Et soudain silence. Juste un souffle continu, celui du d&#233;but, celui qui pr&#233;c&#233;dait le chaos du monde.&lt;br/&gt;
Un homme va poster une lettre. La bo&#238;te est &#224; hauteur d'homme. Face &#224; face. L'homme va glisser un pli dans la bo&#238;te. Quelque chose se passe. Quelque chose se tait. Ce serait un &#233;v&#233;nement. Ce serait cela l'&#233;v&#233;nement. Ce geste. &lt;br/&gt;
Le souffle et l'image au ralenti. Dramaturgie filmique. &lt;br/&gt;
L'homme est de dos. On voit son geste. Il poste une lettre. Etirement de l'image et du temps. Un n&#339;ud. C'est donc lui, l'homme, le sujet que l'on d&#233;couvre. Non. Une fois le geste accompli. Tout reprend. L'homme se retourne. Il quitte le champ. Il reste la bo&#238;te postale jaune et le souvenir du geste. C'est le geste qui persiste. Persistance du ralentissement en forme de souvenir alors que le bruit de fond a repris ses droits.&lt;br/&gt;
Tout recommence. Les passants qui passent. Les consommateurs qui consomment. Les mouvements qui se r&#233;p&#232;tent. D'autres promeneurs. Ici en short et appareil photo sur le ventre, l&#224; une femme en chaise roulante pouss&#233;e par les bras d'un homme dont on ne voit pas le visage.&lt;br/&gt;
Tout a recommenc&#233; et tout cesse de nouveau. Une jeune femme s'approche. Elle est en noir. Silhouette fluette et fragile, les &#233;paules d&#233;nud&#233;es. C'est l'&#233;t&#233;. Non, c'est le silence. Elle va poster une lettre. Le monde se ralentit. Suspension du geste dans l'espace. L'espace d'un instant qui retiendrait son propre souffle. L'enveloppe au bord du gouffre. Elle est l&#224; en &#233;quilibre instable, en chemin d&#233;j&#224; dans la fente de la bo&#238;te. Un doigt se l&#232;ve pour une ultime pouss&#233;e. Geste suspendu, ralenti au maximum. C'est de geste dont il s'agit. Il n'est question que de ce geste.&lt;br/&gt; C'est maintenant une femme, plus &#226;g&#233;e. Elle est accompagn&#233;e d'un jeune homme portant casquette et lunettes noires. Il aurait voulu l'aider mais la vieille femme &#224; l'&#233;paisse chevelure blanche agit seule. Sait-elle qu'elle doit &#234;tre seule pour accomplir ce geste d&#233;sormais &#233;trange ? Poster une lettre malgr&#233; le monde pour d'autres destinations. Etranget&#233; d'un monde ralenti, d'une attention pour ce rien du geste au milieu du chaos et du mouvement.&lt;br/&gt;
Une autre femme. Elle s'arr&#234;te. Pose ses achats. Non. Elle ajuste seulement ses v&#234;tements et remet son sac sur ses &#233;paules. Elle &#233;tait l&#224;, &#224; c&#244;t&#233; de la bo&#238;te. Elle pouvait presque la toucher. Mais elle n'a rien vu. Elle est pass&#233;e sans rien voir. Comme les autres badauds, elle ne voit rien du monde et des gestes. &lt;br/&gt;
Alors la vie reprend. La vie reprend son cours. Bruit des conversations entrecoup&#233;es, entrechoqu&#233;es par celui des fourchettes qui glissent et crissent sur les assiettes, des bouteilles qui se heurtent aux verres vides. Ballet des gens dans la rue ensoleill&#233;e. &lt;br/&gt;
Alors un autre homme arrive et tout cesse. Il poste une lettre. Une lettre malgr&#233; le monde. Son sac &#224; dos semble peser sur ses &#233;paules. Il poste son pli. Sans h&#233;siter. Et part. Mais il regarde encore la bo&#238;te. En partant, il tourne la t&#234;te et la regarde. Droit dans la fente comme pour voir encore le geste qu'il a fait, comme si le geste &#233;tait encore l&#224;. Pour v&#233;rifier peut-&#234;tre. Pour &#234;tre s&#251;r. Ou alors par inqui&#233;tude.&lt;br/&gt;
Le temps semble s'&#234;tre arr&#234;t&#233;. On croit que tout reprend. On croit que la valse va continuer. Un homme passe. Il envahit le cadre. On voit ce ventre. Il passe et laisse soudain appara&#238;tre une jeune femme dans le cadre. Elle est en train de poster une lettre. Le mouvement du premier plan fait surgir un arri&#232;re-plan immobilis&#233;. Un bras lev&#233;. Une main engag&#233;e dans la fente. Elle tient encore la lettre. Elle ne l'a pas l&#226;ch&#233;e. Immobilit&#233;, plan fix&#233; du geste. Le monde semble tout entier dans ce geste, dans le geste suspendu de cette jeune femme de dos qui porte un tee-shirt rouge. Rouge.&lt;br/&gt;
Soudain tout se brouille. L'image se pr&#233;cipite dans les mailles du tricot rouge qui r&#233;appara&#238;t. Zoom avant. Le monde entier dans les mailles de ces fils rouges. C'est le bruit qui raccordait le tissu au monde au d&#233;but du film. D&#233;sormais, c'est la couleur qui entra&#238;ne le mouvement de l'obturateur.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le geste dont il s'agit de prendre acte, c'est celui du d&#233;p&#244;t. D&#233;poser dans un monde presque suspendu de tout temps et de tout espace, une lettre. D&#233;poser une lettre dans la bo&#238;te postale jaune. Le geste est lui-m&#234;me l'expression d'un paradoxe. C'est une presque-attente. On sait bien le mouvement derri&#232;re, la possibilit&#233; de la lev&#233;e et toute la cha&#238;ne d'actions qui se d&#233;rouleront ensuite. Mais avant cela, avant tous les &#171; cela &#187; du mouvement, la lettre est l&#224;, d&#233;pos&#233;e dans l'attente. Au bout du geste, il y a l'attente. Le ralenti ne nous dit pas autre chose. S'il souligne le geste, il d&#233;signe d&#233;j&#224; un cheminement dans la condition d'attente. Cette attente de la lettre d&#233;pos&#233;e dans le ventre de la bo&#238;te, cette attente, c'est celle du monde. Sa condition d'attente est celle d'un lien qui s'articule &#224; sa suspension. &lt;br/&gt;
C'est un geste modeste, presque anonyme. Il serait comme sous le manteau si l'artiste ne nous apprenait pas &#224; regarder. Ce geste est sous les mailles d'un monde &#224; tisser. C'est pourquoi il y a cette femme et puis un autre, cet homme et puis un autre. Il y a le geste de l'un celui de l'autre. Un regard furtif, un geste pr&#233;cieux. Comme un ralentissement du monde, l'image nous montre une c&#233;r&#233;monie (secr&#232;te ?), l'espace d'un instant. L'&#233;tirement d'un instant. &lt;br/&gt;
O&#249; l'on va ? Qu'arrive-t-il apr&#232;s ? C'est l&#224; le point aveugle, la tension obscure &#224; partir de laquelle le film de Marie-Fran&#231;oise Prost-Manillier trouble les habitudes du regard. Elle renverse le d&#233;j&#224;-vu. Ou plus exactement, elle bouscule l'oubli d'un geste &lt;i&gt;toujours-d&#233;j&#224;-vu&lt;/i&gt;, mais jamais regard&#233;. Petite exercice de ph&#233;nom&#233;nologie contemporaine ? Peut-&#234;tre mais par un &#233;cart radical et d&#233;cisif, celui qui ouvre une fiction gr&#226;ce &#224; cette &lt;i&gt;camera obscura&lt;/i&gt; qu'est la bo&#238;te jaune &#224; l'ext&#233;rieur. Mais n'allons pas trop vite.&lt;br/&gt;
C'est d'abord l'aventure d'un regard, celui de l'artiste. Il nous montre l'anonymat d'un geste anodin. Ce geste est-il artistique ? Non. M&#234;me s'il peut &#234;tre mis en sc&#232;ne, c'est le regard de l'artiste qui d&#233;plie le moment artistique. Ce geste ne dit rien d'autre que le regard de l'artiste qui pose un cadre (les images de la bo&#238;te jaune) et qui envisage les articulations avec le montage et le rythme li&#233;s aux effets d'acc&#233;l&#233;ration et de ralentissement. Le regard de l'artiste viendrait coller au monde. Mais elle glisse imm&#233;diatement vers autre chose. C'est un &#233;cart, un pas de c&#244;t&#233; gliss&#233; aux bordures de l'image. C'est une superposition (utopique) qui flotte sans en avoir l'air. Sans doute est-ce la seule place tangible de l'artiste, tenir l'inconfortable fragilit&#233; d'un intenable. L'air de rien, l'image questionne sa propre condition probl&#233;matique. Elle dessine un passage mais &#224; partir d'un paradoxe. Elle lie dialectiquement un passage &#224; son incertitude, pour mieux dire la place pr&#233;caire de l'image, celle que souligne Raymond Bellour :&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Voil&#224; ce que visent &#224; leur fa&#231;on les mots : passages de l'image. Sous le de, ambigu, on entendra d'abord le entre. C'est entre les images que s'effectue, de plus en plus, des passages, des contaminations, d'&#234;tres et de r&#233;gimes : ils sont parfois tr&#232;s nets, parfois difficiles &#224; circonscrire et surtout &#224; nommer. Mais il se passe ainsi entre les images tant de choses nouvelles et ind&#233;cises parce que nous passons aussi, toujours plus, devant les images : il deviendrait impropre de voir dans l'image quelque chose de s&#251;rement localisable, une entit&#233; vraiment nommable. Passages de l'image, donc, &#224; ce qui la contient sans s'y r&#233;duire, ce avec quoi elle compose et se compose &#8211; ce serait l&#224; le lieu opaque, ind&#233;cidable, que ces mots laissent entendre. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raymond Bellour, L'entre-image 2, Paris, P.O.L, 1999, p. 10.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image se tient l&#224; dans un geste, un entre-deux, flottant entre sa propre d&#233;robade et la fragilit&#233; de son apparition. Une bo&#238;te &#224; lettres, l'aire de rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce geste, c'est donc le petit moment d'un presque rien. C'est le tremblement banal d'un regard qui croiserait le &lt;i&gt;low as high&lt;/i&gt;, une sorte de battement&lt;i&gt; fluxus in memoriam&lt;/i&gt;&#8230; comme une lettre pix&#233;lis&#233;e envoy&#233;e &#224; l'&#233;ternit&#233; d'un souvenir, une po&#233;tique de la d&#233;sublimation &#224; la rencontre de l'espace commun de la rue.&lt;br/&gt;
&#171; L'art simple, nous dit Paul Ardenne, n'est v&#233;cu ni comme portant au sublime, ni comme portant au d&#233;sublim&#233;, son envers, mais comme une respiration. Non, certes, le hal&#232;tement expressionniste, mais une respiration calme, au rythme des choses, une mani&#232;re d'&#234;tre &lt;i&gt;en passant&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Ardenne, Art, l'&#226;ge contemporain, Paris, Editions du Regard, 1997, p. 326.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_39 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L300xH200/jeune_homme_devant_boite-36dcd.jpg?1750885348' width='300' height='200' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;#####&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L300xH200/jeune_femme_devant_boite-ddda8.jpg?1750885348' width='300' height='200' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;#####&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L300xH200/vieille_devant_boite-91681.jpg?1750885348' width='300' height='200' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;#####&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_42 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L300xH200/MF_homme_devant_boite-45dba.jpg?1750885348' width='300' height='200' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;#####&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Poster le monde&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ralentissement, puis finalement un moment d'arr&#234;t sur le geste. Suspension du temps et travail de l'image. La lettre est l&#224;, au milieu des autres plis. Et au-del&#224; du geste, un mouvement qui ne continue pas, pas plus qu'il ne s'interrompt. Il rompt plut&#244;t un flux pour ouvrir de nouvelles conditions du regard et tirer du fond de la bo&#238;te une autre forme, une autre pr&#233;sence, une imagination.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'image doit &#234;tre &lt;i&gt;imagin&#233;e&lt;/i&gt; : c'est-&#224;-dire qu'elle doit extraire de son absence l'unit&#233; de force que la chose simplement pos&#233;e l&#224; ne pr&#233;sente pas. L'imagination n'est pas la facult&#233; de repr&#233;senter quelque chose en son absence : c'est la force de tirer de l'absence la forme de la pr&#233;s-ence, c'est-&#224;-dire la force du &#171; se pr&#233;senter &#187;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Luc Nancy, Au fond des images, Paris, Galil&#233;e, 2003, p. 48.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'image pr&#233;sente dans sa suspension, c'est un vacillement fictionnel, tapi &#224; l'int&#233;rieur de l'image, comme l'image &#224; l'int&#233;rieur du tapis. La mobilit&#233; de la lettre, le concentr&#233; temporel qu'elle convoque sont ici envisag&#233;e &#224; partir d'une immobilisation. Le temps d'un secret. La fiction est l&#224;, palpitante d'immobilit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la bo&#238;te, jaune &#224; l'ext&#233;rieur. Il s'agit donc de l'observation attentive d'une attente &#224; venir, une attente qui survient au moment du geste : c'est se lib&#233;rer du poids des mots pour celui de l'attente. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps en suspens consacre un brouillage et produit une inversion. Les images ne racontent aucune histoire. Il n'y a pas de narration ni de personnage, &#224; peine l'esquisse de caract&#232;res. Juste le temps d'un geste ou d'un regard. C'est seulement l'histoire d'un geste que la cam&#233;ra post&#233;e au coin du monde lib&#232;re. Mais comme pour la baleine de &lt;i&gt;Pinocchio&lt;/i&gt;, le r&#233;cit est d&#233;pos&#233; au fond d'un ventre sombre. On y revient toujours. C'est l'affaire d'une bo&#238;te jaune postale. Elle nous apprend &#224; d&#233;placer le regard. On doit l'apprendre de la bo&#238;te elle-m&#234;me. Car l'anonymat du geste brode la fiction &#224; l'int&#233;rieur de l'image&#8230; elle est m&#234;me intrins&#232;quement brod&#233;e par elle. Mais en diff&#233;r&#233;e, histoire de faire la diff&#233;rence. Et, ce sont les premi&#232;res et les derni&#232;res images qui nous l'apprennent. &lt;br/&gt;
Donc la fiction est dans la bo&#238;te. Le processus artistique est encore une affaire de l'esprit. Ici la &lt;i&gt;cosa mentale&lt;/i&gt; de Leonard se laisse mettre en bo&#238;te comme pour retrouver ses esprits &#224; l'int&#233;rieur du film. Car la bo&#238;te jaune est noire &#224; l'int&#233;rieur. C'est v&#233;ritablement une &lt;i&gt;camera obscura&lt;/i&gt;. Du geste &#224; la fiction. Les mondes s'accumulent dans la bo&#238;te mais elle ne nous en dit rien. Le film dit le geste mais laisse une destination &#233;trange qui r&#233;siste &#224; la distribution du sens. On les voit. Parfois ils h&#233;sitent. C'est comme une pause. Petite densit&#233; : ils regardent et se demandent avant de l&#226;cher prise. Jusqu'au regard qui revient et regarde encore la fente. &lt;i&gt;Camera obscura&lt;/i&gt; : la bo&#238;te et le film. Comme une r&#233;version ou l'intensification d'un dialogue. Dans la bo&#238;te, les lettres s'empilent. Dans le film, les personnes et leur succession de gestes. Des mondes s'accumulent. &lt;i&gt;Camera obscura&lt;/i&gt;. &lt;br/&gt;
Mais o&#249; se projettent ces lettres ? Restent-ils &#224; l'int&#233;rieur d'un cr&#226;ne (ou d'un &#339;il) comme dans une bo&#238;te ? O&#249; vont ces mots qui se perdent dans l'image en se heurtant au jaune de la bo&#238;te qui est noire &#224; l'int&#233;rieur ? Elles iront ailleurs c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;malgr&#233;&lt;/i&gt; le monde. Car dans la bo&#238;te jaune qui est noire, on a d&#233;pos&#233; tout un mus&#233;e. Dans la bo&#238;te jaune, on a mis un mus&#233;e au noir. Il travaille au noir dans le noir de la bo&#238;te jaune. Lui-m&#234;me est en attente, suspendu et invisible &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'image du film. C'est un mus&#233;e de lettres d&#233;pos&#233;es. C'est le mus&#233;e d'un d&#233;p&#244;t : le mus&#233;e de gestes qui d&#233;posent des lettres, lesquelles animent le monde.&lt;br/&gt;
Les lettres sont bien l&#224;. Elles doivent seulement s'extraire de leur absence pour se pr&#233;senter au monde. En attendant, suspendues &#224; elles-m&#234;mes dans la bo&#238;te noire qui est jaune, elles sont dans le monde malgr&#233; lui. Les lettres sont des chiffons de mati&#232;re fictionnelles qui attendent d'&#234;tre d&#233;pli&#233;es.&lt;br/&gt;
C'est cela poster le monde : tirer une pr&#233;sence dans l'attente et cacher la fiction dans le tumulte et le paradoxe d'un banal n&#339;ud spatio-temporelle, une lettre post&#233;e dans une bo&#238;te &#224; lettres jaune, noir &#224; l'int&#233;rieur. &lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lettres de Marie-Fran&#231;oise Prost-Manillier iront ailleurs, au bout d'un &lt;i&gt;malgr&#233;&lt;/i&gt;, pour faire r&#233;sonner dans l'anodin un vacillement d'utopie&#8230; le temps d'une exposition. Les lettres de Marie-Fran&#231;oise Prost-Manillier se glissent dans la r&#233;alit&#233; des autres lettres, de toutes les lettres. Elles ne viennent pas les contredire, les critiquer. Elles ne cherchent pas &#224; subvertir la r&#233;alit&#233;. Elles veulent seulement dire leur propre r&#233;alit&#233;. La lettre r&#234;v&#233;e de l'artiste n'est plus sur des hauteurs mythologiques ou m&#233;taphoriques, seulement &#224; hauteur d'une fente de bo&#238;te &#224; lettres pour dire une r&#233;alit&#233; artistique dans les plis du pli.&lt;br/&gt;
C'est donc une position &lt;i&gt;juste au bord&lt;/i&gt; comme pour r&#233;&#233;crire les conformit&#233;s et instaurer par de petits &#233;carts la logique des gestes : &#233;crire une lettre, poster une lettre, lire une lettre. Ici poster une lettre, c'est poster le monde&lt;i&gt; malgr&#233; lui&lt;/i&gt;, c'est &#233;crire des mots qui suspendent les gestes par des glissements fictionnels que le film porte en lui, bien pli&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une bo&#238;te jaune qui est noire. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#####&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;White Cube/Black Box&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'une bo&#238;te noire. Elle est jaune &#224; l'ext&#233;rieur. Elle enregistre les soubresauts du monde. Elle garde en elle toutes les d&#233;rives des mots, ces chiffons de mati&#232;re qui attendent une couleur. Cette bo&#238;te noire, c'est l'aventure mentale d'un geste qui sillonne dans l'image un trouble. Ce que nous disent le ralenti et le souffle silencieux qui s'installe &lt;i&gt;off&lt;/i&gt;, c'est qu'une lettre qu'on poste est toujours un geste int&#233;rieur. Tout le film n'est qu'une image mentale en instance de projection. Au bout du compte, on ne quitte jamais l'int&#233;rieur de la bo&#238;te noire qui est jaune &#224; l'ext&#233;rieur de la bo&#238;te noir des images d&#233;pos&#233;es, en attente. Nous sommes dans le noir d'une bo&#238;te et r&#234;vons le jaune d'un monde ext&#233;rieur. La &lt;i&gt;camera obscura&lt;/i&gt;, c'est une projection de lumi&#232;re. Seulement ici la lumi&#232;re est r&#233;fl&#233;chie par les lettres elles-m&#234;mes. Ce n'est donc pas l'image qui est invers&#233;e, c'est le rapport de projection&#8230; elle est mise &#224; distance, en attente d'exposition.&lt;br/&gt;
Se souvenir de Leonard (encore) : &#171; En laissant les images des objets &#233;clair&#233;s p&#233;n&#233;trer par un petit trou dans une chambre tr&#232;s obscure, tu intercepteras alors ces images sur une feuille blanche plac&#233;e dans cette chambre. (&#8230;) [M]ais ils seront plus petits et renvers&#233;s &#187;.&lt;br/&gt;
Ce qui est renvers&#233; dans cette &#339;uvre de Marie-Fran&#231;oise Prost-Manillier, c'est la projection du regard. Ce n'est finalement pas le spectateur qui regarde la bo&#238;te jaune, c'est elle qui le regarde depuis ces lettres. La bo&#238;te noire mais jaune &#224; l'ext&#233;rieur nous regarde. Et cela, c'est l'installation finale qui nous le dit. La &lt;i&gt;camera obscura&lt;/i&gt;, c'est autant la bo&#238;te postale que la cam&#233;ra qui filme. L'effet d'inversion est l&#224; dans ce rapport tiss&#233; par le regard. Les mailles du tricots sont celles d'un regard qui se projette ailleurs, malgr&#233; le monde et les assignations &#224; voir &lt;i&gt;le-monde-tel-qu'il-est&lt;/i&gt;. C'est contre ces instances d'un regard d'&#233;vidence que le film &lt;i&gt;d&#233;-voile&lt;/i&gt; et se pr&#233;sente &#224; partir de son point aveugle comme un voyage int&#233;rieur une destination aussi inconnue qu'utopique. C'est cela le mince fil qui s&#233;pare autant qu'il relie la &lt;i&gt;black box&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;White Cube&lt;/i&gt;. Un effet de projection, un renversement subtil. &lt;br/&gt;
La mise en sc&#232;ne du film, c'est l'attente d'un mouvement, d'une transformation. Ce n'est finalement pas du temps que l'on voit ou que l'on verrait dans &lt;i&gt;Malgr&#233; le monde&lt;/i&gt; de Marie-Fran&#231;oise Prost-Manillier, c'est un geste qui pr&#233;sente son absence, prise dans une double (voire une triple) immobilit&#233; : immobilit&#233; du geste, immobilit&#233; de la lettre&#8230; et immobilit&#233; du cadre (un plan, fixe). Mais l'immobilit&#233; est ici un vacillement tenu par une fiction en attente, un objet opaque qui laisserait place au seul paradoxe d'une dur&#233;e de l'image cercl&#233;e par son propre &#233;videment. C'est cela le point aveugle de la bo&#238;te noire qui cherche &#224; se projeter dans le monde.&lt;br/&gt;
C'est donc un mus&#233;e int&#233;rieur qui phantasme une ext&#233;riorit&#233; et la projette&#8230; une Black Box qui r&#234;ve de &lt;i&gt;White Cube&lt;/i&gt;. Le 22 octobre 2005 au centre d'art lyonnais &lt;i&gt;L'attrape-couleur&lt;/i&gt;, un film s'est &#233;chapp&#233;. Il a r&#234;v&#233; son ext&#233;riorit&#233;. Il a projet&#233; son int&#233;riorit&#233; sur les murs blancs du lieu. Dans le ventre de l'image, les mots des lettres attendaient d'&#234;tre lus. La &lt;i&gt;camera obscura&lt;/i&gt; est une projection. La projection invers&#233;e de l'int&#233;rieur d'une &lt;i&gt;Black Box&lt;/i&gt; ne pouvait donc qu'&#234;tre sym&#233;triquement incarn&#233;e dans l'ext&#233;riorit&#233; d'un &lt;i&gt;White Cube&lt;/i&gt;. Un mus&#233;e s'est &#233;chapp&#233;. C'est l'installation con&#231;ue par l'artiste qui rend visible ce lisible cach&#233; au bout d'un geste. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;#####&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;L'installation&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord une salle, la salle principale peut-&#234;tre : un bloc de couleur au sol, rouge (tiens !), des blocs de couleur au mur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8195;&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La mati&#232;re color&#233;e d'un principe pr&#233;cipit&#233; &#224; l'ext&#233;riorit&#233; d'un espace int&#233;rieur. Ce serait comme une pure mati&#232;re d'apparition. Sur les murs, gravitent autour de ces blocs de couleur, des dessins issus de photographies d'un film que l'on n'aurait pas encore vu. Dans la photographie dessin&#233;e, retouch&#233;e, trac&#233;e de lignes et de couleurs, un photogramme en attente de lumi&#232;re et de clignotement&#8230; comme qui se projetterait, bient&#244;t. L&#224; un homme devant une bo&#238;te aux lettres crayonn&#233; d'un fusain &#233;pais et gras&#8230; la mati&#232;re d'un photogramme qui n'en finirait pas d'&#234;tre ailleurs. Et partout des bouts de lettres chiffonn&#233;es accroch&#233;es au mur. Des papiers coll&#233;s arrach&#233;s au mouvement incertain d'un envoi postal. Des morceaux de phrases qu'on lit dans les plis d'un d&#233;sordre frip&#233;. Travail plastique de Marie-Fran&#231;oise Prost-Manillier depuis des ann&#233;es sur les mots et sur les images photographiques. On le retrouve ici. Technique renouvel&#233;e et prolong&#233;e de l'image arrach&#233;e, flottant d&#233;sormais sur une autre mati&#232;re, sur d'autres supports ; et le travail du trait, celui du dessin et de la couleur comme pour saisir en la recouvrant l'image d'un film que l'on a pas encore vu &#8211; mais dont on sait qu'il saisit la dur&#233;e d'une absence, l'&#233;videment du temps dans un geste.&lt;br/&gt;
Et dans l'espace de la pi&#232;ce une fente verticale dans les arr&#234;tes blanches du mur. La fente verticale d'une autre pi&#232;ce o&#249; dansent les images d'un film que l'on n'a pas encore vu. La pi&#232;ce est sombre mais pour l'atteindre il faut traverser tout un monde, celui de l'installation. D'o&#249; vient ce visible et ce dicible, ces mots qui accrochent le regard sur un mur install&#233; ? Ces images travers&#233;es de gestes dessin&#233;s et de couleurs ajout&#233;es ? &lt;br/&gt;
On le sait. Une cause obscure que l'on n'a pas encore vue. Peut-&#234;tre entraper&#231;u au hasard d'un regard jet&#233; vers la fente verticale. On le sait. Le film se projette d'abord dans l'installation avant de se laisser voir. Le film vient apr&#232;s. Il se projette d'abord dans la salle du &lt;i&gt;White Cube&lt;/i&gt; avant d'&#234;tre projet&#233; sur le mur d'une salle obscure. &lt;br/&gt;
Nouvelle travers&#233;e, nouveau passage : d'une ext&#233;riorisation &#224; une nouvelle int&#233;riorisation. C'est donc &#224; rebours qu'on comprend que l'on vient de traverser une &lt;i&gt;cosa mentale&lt;/i&gt;. Cette diffusion est en derni&#232;re instance une mise en abyme de sa propre condition. Elle incarne dans le flottement de sa diffusion l'espace m&#234;me de la bo&#238;te noire (&#233;chapp&#233;e le temps d'une installation). Mais diffus&#233;e dans cette salle obscure, le film devient lui-m&#234;me une lettre d&#233;pos&#233;e dans une autre bo&#238;te noire dans laquelle se croisent d'autres spectateurs, comme autant de fils qui se croiseraient dans les mailles incertaines du monde ou peut-&#234;tre comme les lettres attendant au fond d'une bo&#238;te postale. La bo&#238;te noire qui nous regarde serait donc aussi celle qui nous entoure comme pour nous dire en secret une attente.&lt;br/&gt;
Il faut alors revenir dans l'installation pour comprendre le dialogue construit d'images en mots, de signes en couleurs. Du mur &#224; la bo&#238;te, il n'y qu'un pas, le pas franchi de la fiction. Les lettres qu'on lit en fragment dans les pliures de l'installation sont ceux du film. Ils sont issus d'un geste, entre les images. Ils d&#233;plient dans l'installation cet entre-deux de l'image. Dialogue fragile du monde dans les mots fictionn&#233;s du geste, celui d'un film, celui d'une lettre post&#233;e &#171; malgr&#233; le monde &#187;. &lt;i&gt;Malgr&#233; le monde&lt;/i&gt;, c'est seulement une trace de regard envoy&#233;e au monde. Il donne la possibilit&#233; de voir et d'entrevoir un univers qui s'&#233;tend &#224; l'int&#233;rieur de la bo&#238;te.&lt;br/&gt;
C'est l'histoire d'une bo&#238;te jaune, noir &#224; l'int&#233;rieur. Chaque image y serait une lettre envoy&#233;e malgr&#233; le monde au regard d'un spectateur qui se demande longtemps ce qui se passe lorsqu'il glisse un pli de lui-m&#234;me dans la fente d'une bo&#238;te postale.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_37 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L300xH200/MF_rouge-f1129.jpg?1750885348' width='300' height='200' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8195;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_38 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/IMG/jpg/boite_aux_lettres.jpg' width=&#034;300&#034; height=&#034;200&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Raymond Bellour, &lt;i&gt;L'entre-image 2&lt;/i&gt;, Paris, P.O.L, 1999, p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Ardenne, &lt;i&gt;Art, l'&#226;ge contemporain&lt;/i&gt;, Paris, Editions du Regard, 1997, p. 326.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Luc Nancy, &lt;i&gt;Au fond des images&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2003, p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8195;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_43 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/IMG/jpg/expo_MF.jpg' width=&#034;200&#034; height=&#034;200&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
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