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	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>La question amateur. Entretien avec Bernard Stiegler </title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Stiegler Bernard</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien in&#233;dit (mardi 20 juin 2006)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?rubrique73" rel="directory"&gt;2006&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot118" rel="tag"&gt;Stiegler Bernard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous &#233;tions le mardi 20 juin 2006 face au Centre Georges Pompidou, dans les bureaux de l'&lt;i&gt;IRI&lt;/i&gt; que venait de monter Bernard Stiegler. Nous travaillions alors Pierre Dumonthier et moi &#224; un num&#233;ro de revue, un livre peut-&#234;tre, autour de la question de la pratique amateur, ainsi que sur la cr&#233;ation d'une revue d'&#233;cole d'art &lt;i&gt;Josefine&lt;/i&gt;. &lt;br/&gt; J'avais eu des &#233;changes nourris avec Steigler au fil des ann&#233;es, entre les rendez-vous d'&lt;i&gt;Ars Industrialis&lt;/i&gt;, le d&#233;veloppement de l'&lt;i&gt;IRI&lt;/i&gt;, les &#233;changes avec remue.net et le s&#233;minaire de l'IRCAM. Des ann&#233;es foisonnantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s cet entretien, les &#233;changes avec Stiegler se sont prolong&#233;s au point de concevoir un festival pour Pompidou. J'&#233;tais all&#233; assez loin dans les propositions et puis rien ne s'est fait.&lt;br/&gt;
Je crois qu'une petite partie de cet &#233;change a paru dans la revue &lt;i&gt;Josefine&lt;/i&gt; (sans avoir &#233;t&#233; consult&#233;, m'&#233;tant &#233;loign&#233; de cette revue et son projet).&lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_914 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L480xH480/stiegler-8e258.jpg?1750038602' width='480' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;Bernard Stiegler &#169; Philippe Matsas/Leemage&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La question amateur. Entretien avec Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Pour commencer, peut-&#234;tre de s'entendre sur le terme &lt;i&gt;amateur&lt;/i&gt;. Au&lt;i&gt; &lt;/i&gt;del&#224; de son histoire et de son actualit&#233;, vous demander ce que vous entendez par le mot amateur, notamment avec le concept d'&lt;i&gt;otium&lt;/i&gt; que vous mettez au centre de cette question ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; D'abord pourquoi est ce que je m'int&#233;resse &#224; cette figure de l'amateur ? C'est ce qui va nous conduire &#224; r&#233;pondre &#224; votre question.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je m'int&#233;resse &#224; ce que j'appelle &#171; le fait esth&#233;tique total &#187;. J'entends par l&#224; qu'un fait esth&#233;tique est un circuit dans lequel il y a une &#339;uvre ou des &#339;uvre, ou un dispositif &#8211; qu'en g&#233;n&#233;ral on appelle une &#339;uvre. Il y a en principe l'auteur de cette oeuvre. Et, il y a un destinataire ou des destinataires. Je pense que si on veut comprendre ce qui se passe dans ce qu'on appelle parfois l'exp&#233;rience esth&#233;tique, il faut d&#233;crire tout le circuit.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On ne peut pas se permettre soit de rester dans l'&#339;uvre, soit de rester du cot&#233; de l'auteur ou du destinataire. Il faut d&#233;crire tout le circuit. Ce circuit je lui ai donn&#233; un nom. Je l'ai appel&#233; le circuit de l'exclamation. C'est par ailleurs un circuit du d&#233;sir. Pour moi, les &#339;uvres ne sont pas simplement des &#339;uvres d'art. Les &#339;uvres sont plus g&#233;n&#233;ralement des tenseurs du d&#233;sir. Ce sont des choses, ou des gens d'ailleurs, qui tendent le d&#233;sir. Ce sont des intensificateurs du d&#233;sir.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cela m'a amen&#233; &#224; les r&#233;fl&#233;chir en termes d'organologie min&#233;rale : avec le temps, les circuits du fait esth&#233;tique total se transforment pour des raisons organologiques. Les magn&#233;tophones ont par exemple transform&#233; le rapport au son. Ce n'est plus le m&#234;me rapport qu'avec la seule notation de la musique. De m&#234;me, la photo a chang&#233; beaucoup de choses dans la mani&#232;re de regarder, etc.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il y a donc des circuits organologiques articul&#233;s sur des circuits sociaux. Ces circuits constituent ce que j'appelle des affections de r&#244;le esth&#233;tique (au sens o&#249; Ranci&#232;re parle de partage du sensible, sans aller plus loin ensemble avec ce concept).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cela &#233;tant dit, le fait esth&#233;tique total d&#233;signe un circuit sur lequel circulent des affects. Pour moi, les affects renvoient toujours, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; la &lt;i&gt;filia&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#224; ce qui se traduit en fran&#231;ais par &lt;i&gt;aimer&lt;/i&gt;. J'aime ou je n'aime pas, comme disait Roland Barthes. Une exp&#233;rience esth&#233;tique passe toujours, de pr&#232;s ou de loin, par cette exp&#233;rience. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il m'arrive souvent de dire : &#171; &#231;a m'int&#233;resse &#187;. Mais je ne me demande pas si j'aime ou si je n'aime pas. Je pense que c'est une question absolument nouvelle dans l'histoire de la vie esth&#233;tique. Je me trompe mais c'est en tout cas une sacr&#233;e question.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je me suis mis &#224; m'int&#233;resser &#224; l'amateur pour plusieurs raisons. D'abord parce que je pose un public ou plus pr&#233;cis&#233;ment un destinataire. Parce qu'un public donne un cot&#233; espace public collectif.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le destinataire d'une &#339;uvre est inscrit sur ce circuit organologique. Il est destin&#233;, si je puis dire, par une &#339;uvre parce qu'il est plac&#233; sur un tel circuit. Et ce circuit est un circuit de l'amour. Appelons cela le circuit de l'amour de l'art. Cet amour de l'art, c'est ce que l'on peut appeler l'&lt;i&gt;amateurat&lt;/i&gt;. Il a une histoire, une histoire qui m'int&#233;resse. D'abord parce que je pense que ce qu'on appelle l'histoire de l'art est n&#233;e avec l'amateur d'art. Je prends le mot d'amateur d'art plut&#244;t dans le sens de collectionneur que de celui qui fr&#233;quente. Ensuite, dans les circonstances extr&#234;mement massives de l'histoire de l'humanit&#233;, le fait artistique comme fait de participation &#224; l'art a commenc&#233; par ce que dit Bakhtine &#224; propos du carnaval. Il y a une division du travail qui s'est faite tardivement entre les artistes et leur public. Mais il y a des soci&#233;t&#233;s enti&#232;res o&#249; ce truc n'a aucun sens. Cela n'a pas de sens en Afrique traditionnelle, en Papouasie, ou dans la plupart des soci&#233;t&#233; pr&#233;-urbaine. Cela n'a ici pas de sens de s&#233;parer un artiste de son public. Cela ne veut rien dire. Ces moment-l&#224; sont des moments cultuels, des moments o&#249; l'art est li&#233; &#224; des cultes, &#224; des rites ou &#224; des f&#234;tes. Ce sont donc des moments &#233;minemment sociaux. C'est ce que j'appelle des synchronies sociales, des moments o&#249; les gens se retrouvent, constituant une callendarit&#233; suppl&#233;mentaire. Ou bien, ce sont des moments de soins tr&#232;s particuliers, comme par exemple le chaman qui va soigner une maladie, une possession. Ici tout un appareil esth&#233;tique se met en &#339;uvre parce que c'est comme &#231;a que le soin va &#234;tre produit. C'est ce qui va soigner les gens comme les candombl&#233; au Br&#233;sil etc. Ces choses-l&#224; existent toujours, y compris dans les pays industrialis&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il se trouve que nous les occidentaux qui vivons dans des mondes modernes voire &#171; postmodernes &#187; ou &#171; hyper modernes &#187; (mots auxquels je mets des guillemets), nous vivons dans un monde tout &#224; fait diff&#233;rent, un monde fait de divisions : nous consid&#233;rons les figures du public d'un cot&#233;, et l'artiste de l'autre. Entre les deux, il y a beaucoup de m&#233;diation que je ne vais pas d&#233;tailler (les professeurs d'art, etc.). Cette division des r&#244;les, j'appelle cela une instanciation des r&#244;les. Nous avons tendance &#224; les naturaliser et &#224; penser qu'il faut regarder les oeuvres d'art de cette mani&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais c'est une finalit&#233; tr&#232;s r&#233;cente. Il y a tr&#232;s peu de temps qu'on regarde les oeuvres d'art ainsi. M&#234;me au dix-huiti&#232;me si&#232;cle, les gens n'acc&#233;daient pas du tout &#224; la musique de cette mani&#232;re. Ils acc&#233;daient toujours &#224; la musique dans des conditions festives ou cultuelles. Ils n'allaient jamais au concert. Cela n'existait pas les concerts. C'est tr&#232;s tr&#232;s r&#233;cent cette id&#233;e de r&#233;unir des publics pour aller &#224; un spectacle. Cela appara&#238;t avec le roi soleil. Ce sont des circonstances tardives. Elles sont li&#233;es &#224; une &#233;volution de la vision du travail. Il faudrait &#233;galement penser cela dans une &#233;volution de la vision du travail : les gens qui travaillent dans les usines, la transformation de l'artisanat, etc. C'est toute une mutation sociale qui introduit cette transformation. Cela va s'aggraver consid&#233;rablement et v&#233;ritablement muter &#224; la fin du dix neuvi&#232;me si&#232;cle, et surtout au vingti&#232;me si&#232;cle avec l'apparition des industries culturelles qui vont v&#233;ritablement mettre une barri&#232;re entre ce qu'on appelle maintenant la production du fait esth&#233;tique et ce qui va malheureusement devenir sa consommation. Je dis malheureusement car un fait esth&#233;tique n'est pas consommable. C'est ce qui va produire une situation d'impossibilit&#233; d'acc&#232;s. Je consid&#232;re en effet qu'aujourd'hui, dans une tr&#232;s grande majorit&#233; des cas, on n'acc&#232;de plus aux &#339;uvres, y compris moi. Je vais vous donner un exemple qui choque beaucoup Pierre Boulez quand il m'entend parler comme &#231;a. Quand j'&#233;tais &#224; l'IRCAM, j'allais souvent &#224; des concerts. Cela faisait partie de mon travail de les organiser. J'entrais dans la salle, j'&#233;coutais une &#339;uvre. Je n'&#233;tais pas disponible du tout pour l'&#233;couter pour la premi&#232;re fois. Pour moi, il aurait fallu l'entendre vingt fois pour pouvoir commencer &#224; rentrer dedans. C'est une exp&#233;rience d'amateur de musique. Je sais qu'il faut du temps pour entrer dans les bonnes musiques, tout comme il faut du temps pour lire les bons po&#232;mes, et d&#233;couvrir les bonnes &#339;uvre en g&#233;n&#233;ral. Une oeuvre peut vous sauter &#224; la figure. Mais c'est assez rare. Ce qui est plus courant, et ce sont les &#339;uvres qui comptent le plus pour moi aujourd'hui, ce sont des &#339;uvres dans lesquelles j'ai eu du mal &#224; rentrer au d&#233;part. C'est aujourd'hui quelque chose de tr&#232;s important dans mon existence. J'ai cinquante quatre ans. Je vois bien qu'il y a des &#339;uvres qui ont tenu la route et ce sont celles qui m'ont demand&#233; du travail.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je parlais de l'IRCAM parce que je pense que c'est un des grands probl&#232;mes de la musique contemporaine que d'avoir &#224; faire &#224; un public qui est soit un public de professionnels c'est-&#224;-dire des gens qui sont dans le business, des producteurs qui viennent l&#224; pour prendre des id&#233;es ; soit, pas de public du tout parce que le public n'est plus qualifi&#233; pour aller &#233;couter certain types de musique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Pourquoi ? Tout simplement parce que la musique savante, au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, par exemple, s'adressait &#224; des non professionnels mais qui &#233;taient tous musiciens. Les gens qui allaient &#233;couter des concerts &#224; la salle Pleyel en 1880 pratiquaient tous la musique. Autrement dit, c'&#233;taient des musiciens amateurs. Je pense qu'alors les situations de r&#233;ception des &#339;uvres, les situations d'exp&#233;riences des &#339;uvres &#233;taient toujours cadr&#233;es par des pratiques. Elles n'&#233;taient pas forc&#233;ment artistiques. Elles pouvaient &#234;tre religieuses, politiques, militaires. Mais elles s'inscrivaient dans des pratiques, c'est-&#224;-dire dans des sch&#232;mes op&#233;ratoires et moteurs. Il y avait des sch&#232;mes sensori-moteurs qui faisaient que la perception se produisait &#224; travers une action. Cette action pouvait consister &#224; r&#233;citer un Pater. Je pense que la situation de passivit&#233; absolue dans laquelle nous sommes a &#233;t&#233; induite tout r&#233;cemment, en particulier par l'industrie culturelle En musique, c'est tr&#232;s clair, la radio a cass&#233; la sc&#232;ne de participation. Le jazz, par exemple, se dansait. Et puis &#224; un moment donn&#233; avec la radio, on s'est mis &#224; &#233;couter du jazz sans plus rien faire. Ceci a &#233;videment des avantages. Proust parle du mus&#233;e comme une esp&#232;ce de sanctuarisation, comme une nouvelle exp&#233;rience de l'art. Malraux en parle aussi. Cela apporte aussi de nouvelles exp&#233;riences esth&#233;tiques. Elles m'ont &#233;norm&#233;ment int&#233;ress&#233;. Au d&#233;part, mon espace de travail, c'est la technique. J'ai beaucoup travaill&#233; sur la reproductibilit&#233;. Je suis surtout entr&#233; dans la musique par le jazz (Charlie Parker est devenu musicien par la radio). Je ne suis pas en train de dire que ces m&#233;diations culturelles conduisent in&#233;vitablement &#224; la destruction de l'exp&#233;rience esth&#233;tique. Je dis que cela cr&#233;e de nouvelles exp&#233;riences esth&#233;tiques.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; J'ai &#233;t&#233; musicien de jazz, mais j'ai surtout &#233;t&#233; amateur de jazz. Je voulais jouer de la musique de jazz. Ce n'&#233;tait pas pour devenir cr&#233;ateur de jazz, je savais bien que je n'&#233;tais pas du tout capable. Non, c'&#233;tait pour pouvoir rendre ce que j'entendais quand j'&#233;coutais de la musique. Comme je n'&#233;tais pas bon, j'ai fini par laisser tomber. Je me suis mis &#224; chanter. Mais je ne chantais pas pour devenir chanteur mais j'avais besoin de chanter ce que j'entendais pour le donner &#224; entendre aux autres. Et comme je n'&#233;tais pas un bon chanteur non plus, je suis devenu DJ. J'avais une discoth&#232;que &#8211; j'ai mont&#233; un bistrot qui m'a d'ailleurs envoy&#233; en prison parce que c'&#233;tait un bar de nuit. Mais j'ai mont&#233; ce bistrot parce que mon truc dans la vie c'&#233;tait de faire &#233;couter aux autres ce que j'entendais (et donc ici en manipulant des platines). Ce que je veux dire, c'est que l'exp&#233;rience esth&#233;tique est l'exp&#233;rience d'un don et d'un contre don : je re&#231;ois quelque chose, j'ai besoin de le rendre. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La figure de l'amateur m'int&#233;resse &#224; cause de cela, &#224; cause de ce don et de ce contre don. Vous savez ce que dit Plotin de l'amour : aimer, c'est donner ce qu'on n'a pas. On donne donc quelque chose qui nous d&#233;borde. Cela passe par nous. On le fait circuler.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'amateur, c'est celui qui donne quelque chose qu'il n'a pas. Il est inscrit dans un circuit de don et de contre don. Et l&#224;, j'entends l'amateur aussi bien au sens du musicien amateur, du com&#233;dien amateur, etc. que l'amateur-collectionneur-fr&#233;quentateur.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais ici pr&#233;cis&#233;ment on glisse progressivement d'un terme &#224; l'autre, de l'amateur au sens initial du terme (l'amoureux qui n'est pas un professionnel) &#224; la figure de l'amateur comme pratique permettant de retrouver une forme de participation effac&#233;e, la pratique disparue qui s'inscrivait dans un circuit.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Oui. Mais moi, je voudrais ne pas les s&#233;parer ces deux figures. Je comprends que c'est pas si simple que &#231;a. Mais c'est ce qui m'int&#233;resse. C'est &#231;a mon chantier. Un v&#233;ritable amateur, dans le premier sens du terme comme dans le second, c'est celui qui a besoin de participer au fait esth&#233;tique de pr&#232;s ou de loin. Cela peut passer par une critique dans un journal, ou un cour. J'ai fille de sept ans. Elle a une institutrice qui est formidable. Elle fait faire des travaux sur l'art, sur la photo&#8230; A mon avis, c'est une amateur. Et elle travaille aussi avec les m&#244;mes pour pouvoir satisfaire son bonheur. Que fait-elle ? Joseph Beuys dirait de la sculpture sociale. Pour moi, un amateur c'est un sculpteur social. Il peut sculpter de diff&#233;rentes mani&#232;res. Cela &#234;tre aller copier des oeuvres dans les catalogues. J'ai fais &#231;a quand j'&#233;tais petit. J'ai fais des faux C&#233;zanne des faux Van Gogh. Enfin ! Des faux ! Je ne voulais pas faire des faux, je copiais. Et j'ai constat&#233; que je regardais infiniment mieux en copiant. Je voyais tout &#224; coup ce que je ne voyais pas quand je ne copiais pas. Donc, je me suis mis &#224; le faire. Ce n'&#233;tait pas pour devenir peintre. Mais je savais que mon oeil voyait avec les mains et que j'avais besoin de manipuler de la p&#226;te, de la couleur. Il fallait que je me confronte au truc pour pouvoir rencontrer finalement ce vert-l&#224;, comment il se produit et comment ce vert-l&#224; se met &#224; cot&#233; de telle ou telle couleur. Quand on a besoin de le refaire tout d'un coup on est confront&#233; &#224; des probl&#232;mes techniques qui nous font d&#233;couvrir des choses. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Pour moi, faire &#231;a, c'est d&#233;j&#224; d'une certaine mani&#232;re &#234;tre un peintre amateur. Ou bien dire &#171; je vais &#233;crire sur Pascal Convert &#187;, ce que j'ai fait r&#233;cemment. Il y a un texte qui n'est pas encore publi&#233; mais qui va sortir bient&#244;t sur Pascal Convert. Pour moi, c'est la m&#234;me chose. Quand je regarde les &#339;uvres de Convert, j'ai besoin de les mettre en mots parce que c'est devenu mon amateurat &#224; moi, les mots. J'y suis plus &#224; l'aise qu'avec les instruments de musique ou les couleurs. Je suis devenu entre guillemets un &#171; amateur professionnel &#187;. Pour moi ? il y a les &lt;i&gt;amateurs-amateurs&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;amateurs-professionnels&lt;/i&gt;. Il y a des professionnels qui ne sont pas des amateurs. Ceux-l&#224; il faut les flinguer. C'est la peste. Il y en a beaucoup. Ce sont ceux qui n'aiment rien. L'amateur c'est celui qui aime.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Apr&#232;s, cette question de l'amateur (peintre musicien &#233;crivain) et l'amateur qui est collectionneur, vous avez raison, ce sont clairement deux figures diff&#233;rentes. Mais en m&#234;me temps, je veux aller le plus loin possible car c'est le m&#234;me m&#233;canisme qui se joue dans les deux. Quand vous regardez un amateur collectionneur, que fait-il ? Il agence des choses. Il est d&#233;j&#224; dans une manipulation. Il est d&#233;j&#224; une esp&#232;ce de peintre amateur. Parce qu'il dispose d'un espace, il prend des d&#233;cision, il travaille une mati&#232;re. Il se constitue un public, y compris lui-m&#234;me en tant que public. Et &#231;a c'est tr&#232;s important. Je vous disais que je suis devenu DJ, que j'avais une boite de nuit, que je passais des disques de jazz ou que je faisais venir des musiciens. Mais avant de faire tout cela, avec mon fr&#232;re a&#238;n&#233; et toute une bande de copains, on organisait des week-ends entiers o&#249; on &#233;coutait tout Coltrane sans arr&#234;ter. On commence &#224; huit heures du matin le samedi et on termine tard dans la nuit le dimanche. On faisait des performances, des exp&#233;riences. C'&#233;tait d&#233;j&#224; des collectifs. Pour moi, c'&#233;tait de la sculpture sociale. On ne prenait pas les disques dans l'ordre chronologique. C'&#233;tait d&#233;j&#224; du montage. C'&#233;tait d&#233;j&#224; du fait esth&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est en ce sens-l&#224; que je ne veux pas opposer les deux figures.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Maintenant il faut clairement les distinguer.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il y a par exemple une figure historique Fr&#233;d&#233;ric 2 de Prusse, grand commanditaire de musique, m&#233;c&#232;ne des musiciens de son &#233;poque. Il est aussi un musicien. Evidemment on ne le voit pas comme un musicien. Mais c'est &#233;dit&#233;. Comment se fait-il qu'il &#233;tait &#233;galement un musicien ? Parce qu'en fait tous ces gens l&#224; &#233;taient musiciens de pr&#232;s ou de loin. Cela faisait partie du mode de vie noble, non pas au sens de noblesse mais de savoir vivre, &#224; un moment donn&#233;, pour se consacrer &#224; ces pratiques que les romains appelaient les pratiques de l'&lt;i&gt;otium&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; J'ai dit, dans un livre, un peu pour emmerder les marxistes dont je fais partie (je revendique cette filiation, en tout cas marxienne sinon marxiste), qu'il y a un &lt;i&gt;otium&lt;/i&gt; du peuple. C'est une mani&#232;re de faire un grand bras d'honneur &#224; Marx : d'accord pour l'opium du peuple&#8230; et l'&lt;i&gt;otium&lt;/i&gt; du peuple alors ? &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Je l'ai combattu &#224; mort l'opium du peuple quand j'&#233;tais gamin. Je r&#233;p&#233;tais ce que disait Benjamin P&#233;ret &#171; quand on rencontre un cur&#233; il n'y a qu'une chose &#224; faire dans la vie : lui cracher &#224; la gueule &#187;. Maintenant quand j'y pense, je me dis &#171; mais quelle horreur &#187;. Ce que j'&#233;tais anti-cl&#233;rical.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Aujourd'hui, vous allez &#224; l'&#233;glise d'Arrezzo et vous voyez les stations de Giotto : les fid&#232;les y sont venus l&#224; pendant des si&#232;cles. Ils ont pratiqu&#233; la peinture comme &#231;a. Et c'&#233;tait aussi leur &lt;i&gt;otium&lt;/i&gt;. Ils chantaient, ils avaient un rapport au chant religieux. Je pense qu'une soci&#233;t&#233; a absolument besoin de d&#233;velopper des pratiques populaires d'&lt;i&gt;otium&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je parlais tout &#224; l'heure des candombl&#233;s. Ceux qui se maintiennent encore viennent d'Afrique avec une tradition tr&#232;s compliqu&#233;e du Br&#233;sil, parce que le Br&#233;sil c'est une stratification de toute sortes d'influences venant du monde entier, en passant par la sc&#232;ne rituelle traditionnelle.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; De l'&#233;glise d&#233;crite par Proust, en passant par l'orph&#233;on bourgeois, ou l'orchestre du coron, le patronat social du nord qui fait bosser les ouvriers mais qui d&#233;veloppe une fanfare, c'est ce qui d&#233;veloppe un &lt;i&gt;otium&lt;/i&gt; du peuple, c'est-&#224;-dire des pratiques sociales, des pratiques esth&#233;tiques de participation o&#249; les gens apprennent quelque chose et d&#233;veloppent des go&#251;ts ou un jugement. C'est ce que le nouvel opium du peuple qu'est la t&#233;l&#233;vision, a d&#233;truit. Ce n'est pas seulement la t&#233;l&#233;vision, mais c'est tout un dispositif. Appelons cela l'industrialisation de la culture qui a fait de la culture une fonction essentiellement d'organisation de la consommation et donc de destruction de ces pratiques parce que ces pratiques sont contradictoires avec nos habitudes de consommation. Voil&#224;, c'est l&#224; que la figure de l'amateur m'int&#233;resse. Et du collectionneur &#224; l'amateur au sens fort, il y a toute une palette apr&#232;s qui se d&#233;cline. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Nous rejoignons pr&#233;cis&#233;ment le fil conducteur envisag&#233;, passant d'une question esth&#233;tique g&#233;n&#233;rale pos&#233;e pour les d&#233;finition de l'amateur &#8211; je pense qu'il est important de garder au plus vif cette d&#233;finition plurielle de l'amateur &#8211; &#224; un enjeu politique. Mettre au centre de la question amateur un enjeu de d&#233;sir (et l'articulation &#224; votre pens&#233;e de la libido), c'est violemment poser la probl&#233;matique de la consommation. La figure de l'amateur est ici vitale et d&#233;terminante car on d&#233;couvre, ou red&#233;couvre, avec elle l'id&#233;e d'une pratique perdue, une pratique qui s'opposerait &#224; la passivit&#233; contemporaine. La pratique amateur n'est-elle pas un enjeu politique d&#233;terminant, et surtout comment l'inscrire dans ce champ et provoquer un engagement politique &#224; ce sujet ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La question des pratiques amateurs se pose aujourd'hui &#224; nouveau frais. J'ai fait faire une recherche. Pour travailler de mani&#232;re syst&#233;matique, j'ai fait faire une recherche par plusieurs personne sur ce qui s'est soutenu comme th&#232;se au cours des cinquante derni&#232;res ann&#233;es &#224; ce sujet. Z&#233;ro. Il n'y a rien du tout. C'est une question tabou, tr&#232;s d&#233;consid&#233;r&#233;e. Je parlais avec Boulez r&#233;cemment. Je me suis f&#226;ch&#233; avec lui parce qu'il consid&#232;re que c'est une question nulle et non avenue, voire m&#233;prisable. Il y a eu une esp&#232;ce de d&#233;n&#233;gation de cette figure de l'amateur qui a co&#239;ncid&#233; avec une destruction de cette figure.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je vais toucher ici &#224; des choses compliqu&#233;es qu'il faut manipuler avec des pincettes. Je ne sais pas s'il faudra le publier. Mais cette d&#233;n&#233;gation est li&#233;e &#224; la professionnalisation des amateurs avec les intermittents du spectacle. Une grande partie du probl&#232;me des intermittents, c'est la professionnalisation des amateurs. C'est une vraie question.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cette question de l'amateur a &#233;t&#233; refoul&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Elle a &#233;t&#233; refoul&#233;e par le syst&#232;me des industries culturelles qui a structurellement besoin de les d&#233;truire. Car l'amateurat est le contraire m&#234;me de ce qu'est une industrie culturelle. Si on en avait le temps, je parlerais de Glenn Gould, parce qu'il avait un discours tr&#232;s int&#233;ressant sur cette question, notamment sur la cha&#238;ne hifi comme instrument de musique et d'&#233;coute.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; D'autre part, il y a une complicit&#233; de&#8230; appelons les &#171; les professionnels de la profession &#187;. Ils se sont bien entendus pour finalement se d&#233;barrasser du public. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le public est toujours chiant. Le public est par nature emmerdant. Moi, je consid&#232;re que ce sont les emmerdements que me cause le public qui me font travailler. Le public est toujours un probl&#232;me. Le public est b&#234;te, je suis toujours agac&#233; par les publics. Mais en m&#234;me temps, c'est la b&#234;tise du public qui me renvoie &#224; ma propre b&#234;tise. La b&#234;tise du public c'est celle que suis capable d'exp&#233;rimenter en moi-m&#234;me. En tous cas il y a eu une esp&#232;ce de conjuration des imb&#233;ciles et des industriels pour &#233;liminer cette figure qui est embarrassante. L'amateur est une figure embarrassante.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'amateur devient l'impens&#233; du professionnel.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Absolument. Je pense que cela devrait &#234;tre sa profession de foi. Mais il y a quelque chose qui s'est produit. Un grand d&#233;rapage. J'essaie de penser &lt;i&gt;organologiquement&lt;/i&gt; les profondes mutations techniques &#233;conomiques industrielles. Elles sont tr&#232;s peu pens&#233;es, pour ne pas dire pas pens&#233;es du tout. Sauf par quelques personnes. Benjamin pensait la chose, mais il y en a peu.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Aujourd'hui la question revient. Pourquoi ? &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il y a de nombreuses raisons, y compris une exp&#233;rience de ce qu'on appellerait la &lt;i&gt;k&#233;nose&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire l'exp&#233;rience du vide. Nous sommes tout de m&#234;me dans une situation un peu limite aujourd'hui. Et &#224; tous points de vue : &#233;conomiquement, politiquement, artistiquement, philosophiquement, scientifiquement. Ca ne va pas bien.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Une autre raison explique ce retour, raison qui explique la premi&#232;re. Nous vivons ce que j'appelle une situation de mis&#232;re symbolique. Nous y sommes tous expos&#233;s. Ce n'est pas simplement les gens des banlieues. C'est une mis&#232;re de vivre dans une soci&#233;t&#233; qui est partitionn&#233;e. Cela me rend toujours malade de penser que je fais des exp&#233;riences qui concernent moins de un pour cent de la population fran&#231;aise, parfois mois de z&#233;ro virgule un, parfois moins de z&#233;ro virgule z&#233;ro z&#233;ro un&#8230; C'est un probl&#232;me. C'est une situation que je ne peux pas accepter. Ca a toujours &#233;t&#233; comme &#231;a d'une mani&#232;re ou d'une autre. Mais je pense que c'est structurellement inacceptable. Et si on se satisfait d'une telle situation, c'est qu'on a tout l&#226;ch&#233;. C'est ce que je disais des professionnels qui n'aiment plus rien. C'est &#231;a qui induit &#233;galement une situation de mis&#232;re symbolique. Elle a consist&#233; &#224; structurellement d&#233;truire les circuits de pratiques d'amateurat, au sens le plus large du terme. Pourquoi ? Parce que ces circuits de pratiques cr&#233;ent des singularit&#233;s. Et les singularit&#233;s sont ennemies des &#233;conomies d'&#233;chelle. Or les &#233;conomies d'&#233;chelle, c'est ce qui fait la consommation. Il faut donc que la consommation d&#233;truise les singularit&#233;s. Il faut faire du standard, du pr&#234;t &#224; porter, du pr&#234;t &#224; consommer, du pr&#234;t &#224; go&#251;ter avec des go&#251;ts tout fabriqu&#233;s par un syst&#232;me qui est l&#224; pour vous dire &#171; cette ann&#233;e c'est &#231;a qu'on aime &#187;. Ca s'appelle les tendances. Le probl&#232;me ce n'est plus le go&#251;t mais les tendances. Le go&#251;t se fabrique, bien entendu. D'une certaine mani&#232;re, un artiste fabrique du go&#251;t. Sauf l'artiste qui fabrique du go&#251;t en allant au bout de son propre go&#251;t, comme la singularit&#233; de son propre go&#251;t. Tandis que fabriquer des go&#251;ts comme tendance, c'est trouver des go&#251;ts avec ce qu'on appelle des renifleurs. C'est tout un m&#233;tier. C'est trouver des cr&#233;neaux pour pouvoir exploiter un moment donn&#233; telle symptomatologie sociale que l'on va pouvoir &lt;i&gt;viraliser&lt;/i&gt; : il y a des gens qui se foutent des trucs dans le nez. Bien ! On va faire un march&#233;. D'o&#249; le d&#233;veloppement du tatoo et du piercing. Il y a des gens qui ne font qu'&#233;tudier ces trucs : il y a l&#224; un cr&#233;neau, on va l'exploiter pendant trois cinq ou dix ans, jusqu'&#224; &#233;puisement. Il y a clairement de telles tendances dans l'art contemporain, comme il y a un march&#233;, y compris le march&#233; de l'art contemporain qui s'est mis en place en syst&#233;matisant cela avec un vocabulaire et une technicit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Non seulement un vocabulaire et une technicit&#233;, mais le monde du marketing contemporain a d&#233;velopp&#233; de nombreux indices statistiques. Aujourd'hui, il y a dans les instituts de sondage des outils qui calculent et cat&#233;gorisent ce qu'on appelle le bruit m&#233;diatique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est ce qu'on appelle le buzz.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il y a des marchands d'art, des collectionneurs qui sont seulement des business man. Eux exploitent leur situation performative. Monsieur Pinaud, par exemple, l'exploite pour faire du fric parce qu'&#224; partir de l&#224;, il peut amortir ses choix. Ici l'amateur est &#233;galement devenu un professionnel de l'exploitation du march&#233; de l'art. C'est en fait un collectionneur qui n'est plus amateur, mais un business man qui a des techniques pour fabriquer.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est un champ extr&#234;mement complexe car on ne peux pas dire qu'il n'y a rien d'int&#233;ressant dans tout ce qui circule sur ce march&#233;. Tout le probl&#232;me est l&#224;. Il se passe, dans ce contexte-l&#224;, des choses tr&#232;s nouvelles. Mais le champ du march&#233; de l'art s'inscrit dans un dispositif beaucoup plus vaste. C'est une fois de plus ce que j'appelle la mis&#232;re symbolique. Elle consiste &#224; d&#233;sindividuer les gens, &#224; les hypersynchroniser, &#224; les d&#233;singulariser, &#224; transformer le singulier en particulier. Le singulier n'est pas calculable alors que le particulier est calculable. J'ai &#233;crit l&#224; dessus je ne vais pas y revenir. Mais il faut en faire une &#233;conomie politique tr&#232;s pr&#233;cise, au sens marxien. Il faut analyser l'&#233;conomie politique de tout cela, comme on l'a fait avec les physiocrates &#224; la fin du XVIII &#232;me si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ma th&#232;se est aujourd'hui la suivante : tout cela a conduit &#224; un &#233;puisement de la libido. Pourquoi l'esth&#233;tique est-elle devenue une fonction de l'&#233;conomie, une des principales fonctions de l'&#233;conomie contemporaine ? Parce que si vous voulez vendre une bagnole ou un t&#233;l&#233;phone, c'est le design, c'est le look qui compte. Ce n'est pas sa qualit&#233; intrins&#232;que qui fait vendre &#8211; les processeurs &#224; l'int&#233;rieur des machines Panasonic ou Nokia sont les m&#234;mes. Ce qui n'est pas la m&#234;me chose, c'est la mani&#232;re dont vous allez le socialiser par un circuit affectif. Le malheureux, c'est que les hommes politiques se vendent &#233;galement comme &#231;a. C'est un concept qui a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; aux Etats Unis, &#224; l'&#233;poque de Ford, au moment o&#249; on a voulu lutter contre la surproduction, etc. Cela a abouti &#224; une exploitation rationnelle de la libido. Mais cette exploitation, &#224; un moment donn&#233;, entre en contradiction avec elle-m&#234;me : quand je veux rationaliser la libido, je la tue. Ce n'est pas que la libido ne soit pas rationnelle, c'est qu'on a limit&#233; le rationnel &#224; certaine conception limit&#233;e du calcul. La raison n'est pas le calcul, c'est le motif. Autrement dit, c'est le d&#233;sir. En tout cas, c'est comme &#231;a qu'Aristote la d&#233;finit. C'est &#224; l'&#233;poque de Descartes qu'on transforme cela en d&#233;clarant que tout motif est calculable. Or ce qui fait que c'est un motif, c'est pr&#233;cis&#233;ment qu'il n'est pas calculable. Parce que c'est lui qui nous met en mouvement. Ce qui nous &#233;meut dans un tableau ou dans un &#234;tre, c'est qu'il nous parait incomparable, et donc incalculable, c'est lui qui cr&#233;e le mouvement. C'est l'incalculable qui cr&#233;e le mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le capitalisme a d&#233;velopp&#233; syst&#233;matiquement une calculabilit&#233; appliqu&#233;e au d&#233;sir. Et il a tu&#233; le d&#233;sir. Aujourd'hui on est en train de vivre cela. Et du coup qu'est ce qu'on voit surgir ? Les blogs, tous les sch&#233;mas participatifs, y compris S&#233;gol&#232;ne Royale et Nicolas Sarkozy, toute une nouvelle id&#233;ologie participative. C'est une invention de la figure de l'amateur, c'est-&#224;-dire du citoyen, parce qu'un citoyen, c'est un amateur de politique. C'est quelqu'un qui participe &#224; la politique, et dit &#171; il n'y a pas de professionnels de la politique, nous sommes tous des politiques c'est-&#224;-dire des amateurs de la politique ; nous aimons la soci&#233;t&#233;&#8230; &#187;. Aujourd'hui, un des probl&#232;mes de la professionnalisation, c'est celui des &#233;narques en France. Ils n'ont plus aucun rapport avec la citoyennet&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est l&#224; qu'il y a un lien fondamental entre politique, art et vie de l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Je pense au blog mais j'aurais pu dire house musique, sampling ou vidjing, toute ces choses qui ont pullul&#233; depuis 1985. En 1985, je suis fier d'avoir lanc&#233; un des premiers travaux sur la house musique (j'enseignais dans une &#233;cole d'art &#224; l'&#233;poque). J'ai fait bosser mes &#233;tudiants sur ce fameux DJ de Bruxelles qui avait lanc&#233; ce disque dans lequel il utilisait le cri &lt;i&gt;sex machine&lt;/i&gt; de James Brown. L'agent de James Brown l'a attaqu&#233; en justice. C'est comme &#231;a qu'est n&#233;e la house musique. C'est ce proc&#232;s qui a socialis&#233; et pos&#233; le probl&#232;me du sample. Les DJ font de la musique au moment o&#249; apparaissaient les sampleurs Attari. C'est comme &#231;a qu'est apparu le probl&#232;me, il y a 21 ans. Depuis, il n'a pas cess&#233; de se d&#233;velopper. A l'&#233;poque, j'ai appel&#233; cela une lutherie &#233;lectronique pour les amateurs. Quand je suis arriv&#233; &#224; l'IRCAM, j'ai d&#233;couvert qu'il y avait un million de fran&#231;ais qui faisaient de la musique avec leur ordinateur.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Alors vous allez me dire est-ce de la musique ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais je m'en moque, moi, de savoir si c'est de la musique ou pas. Ce que je sais, c'est qu'ils &#233;coutent de la musique et qu'ils la manipulent. Donc, ils la pratiquent. Et m&#234;me ce que le ministre de la culture appelle de la &#171; piraterie &#187;, pour moi, c'est d'abord du renvoi. Quand on fait une &lt;i&gt;playlist&lt;/i&gt; et qu'on dit &#171; je t'envoie ma &lt;i&gt;playlist&lt;/i&gt; &#187;, on envoie les choix qu'on a fait. On est d&#233;j&#224; actif. On est en train de sculpter le social. Et &#231;a, c'est d&#233;j&#224; une pratique d'amateur. C'est l&#224; qu'on voit que quelque chose de tr&#232;s important est en train de se passer. C'est ce que j'appelle dans un livre qui va sortir au mois de septembre 2006 &#171; les nouveaux milieux associ&#233;s &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Permettez-moi une petite incidence : en ce moment nous sommes en train de parler. Nous sommes tous des &#234;tres parlants. Aristote dit que nous sommes tous des &#234;tre parlants. Les philosophes ont toujours d&#233;fini l'homme par le fait qu'il a la parole. Il se trouve que chez les Grecs, c'est aussi la raison. Mais qu'est ce que cela veut dire ce &#171; nous sommes tous des &#234;tres parlants &#187;, m&#234;me quand nous sommes sourds ou muets ? Cela veut dire nous sommes tous des &#234;tres symbolisants. Apr&#232;s tout, on peut &#234;tre sourd ou muet et symboliser par d'autre voies que la parole. Mais nous symbolisons. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela signifie que nous sommes dans un milieu o&#249; nous pouvons &#234;tre destinataires d'un &#233;nonc&#233; autant que nous pouvons &#234;tre destinateurs d'un &#233;nonc&#233;. Nous pouvons &#234;tre aptes &#224; entendre quelque chose, et nous sommes aptes &#224; le restituer &#224; quelqu'un d'autre. L&#224; je suis en train de vous parler et je ne vous parle que dans la mesure o&#249; je pose par principe que vous pouvez me r&#233;pondre. Si je posais comme principe que vous ne pouviez pas me r&#233;pondre, je ne vous parlerais pas. Je ne sais pas ce que je ferais mais je ne vous parlerais pas. Je vous parle, je pense que vous &#234;tes capable de m'&#233;couter parce que je sais que vous pourriez m'objecter quelque chose, ou reformuler ce que je dis, ou me poser une question&#8230; Vous &#234;tes parlant comme moi. Nous sommes inscrits dans ce qu'on appelle une &lt;i&gt;communautisation&lt;/i&gt;. Nous avons quelque chose en commun sur le plan symbolique qui fait que nous sommes des destinataires dans la mesure o&#249; nous sommes &#233;galement des destinateurs. Et &#231;a, c'est l'exp&#233;rience de la langue dans la langue. Nous faisons cette exp&#233;rience que tous nous avons voix au chapitre. Tout le monde parle. Et tout le monde m&#233;rite d'&#234;tre &#233;cout&#233;. Pourquoi ? Parce que dans sa parole s'entend une singularit&#233;. Ce n'est pas simplement qu'il ne parle pas comme les autres, qu'il a un accent, etc. Pour le dire dans le langage de Simondon, il s'individue en parlant. Il est une singularit&#233;. Cette situation-l&#224;, c'est ce que j'appelle les milieux associ&#233;s. Je veux dire que dans la langue on est tous associ&#233;s par la langue. Et dans associ&#233;, il y a soci&#233;t&#233;. Il y a le &lt;i&gt;socius&lt;/i&gt;. Le milieu linguistique est le milieu social par excellence. En r&#233;alit&#233;, tous les milieux humains devraient &#234;tre des milieux sociaux, de pr&#232;s ou de loin, d'une mani&#232;re ou d'une autre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je disais tout &#224; l'heure que l'amateur dans un circuit esth&#233;tique est forc&#233;ment de pr&#232;s ou de loin un destinateur, pas simplement un destinataire. Bien entendu, on n'est pas tous Michel Ange ou Emmanuel Kant. Quand j'enseigne la g&#233;om&#233;trie &#224; l'&#233;cole, je ne demande pas d'&#234;tre Thal&#232;s, Euclide ou Riman. Ce que je demande au m&#244;me &#224; qui j'enseigne la g&#233;om&#233;trie, ce n'est pas de me r&#233;p&#233;ter par c&#339;ur le th&#233;or&#232;me, c'est de le d&#233;montrer c'est-&#224;-dire de devenir lui-m&#234;me g&#233;om&#232;tre au niveau de ce th&#233;or&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est &#231;a ce que j'attends de toute forme de savoir. Autrement dit, j'attends qu'il s'associe &#224; la g&#233;om&#233;trie et qu'il soit potentiellement mis en position d'&#234;tre un g&#233;om&#232;tre. En puissance, pas en acte. Qu'il se mette dans une position de g&#233;om&#233;triser.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Pourquoi je parle de cela ? Parce que je pense qu'&#224; partir du XIX si&#232;cle, pour des raisons qui sont li&#233;es &#224; ce que Marx appelle la prol&#233;tarisation et qui consiste &#224; faire que les gens perdent leur savoir et que le savoir passe dans les machines, tout &#224; coup l'ouvrier ne sais plus travailler parce qu'il ne travaille plus. Il n'est plus un ouvrier. Il est un esclave. Il sert une machine. C'est ce que dit, non pas Marx mais Gilbert Simondon lorsqu'il dit qu'on est d&#233;sindividu&#233; par la machine. Cette situation s'est d'abord d&#233;velopp&#233;e dans le monde du travail manuel, &#224; travers les gens des filatures, les gens des manufactures, etc. A partir du XX&#232;me si&#232;cle, cela s'est &#233;tendu &#224; toutes sortes d'autres domaines, non plus seulement du c&#244;t&#233; du travail, mais du c&#244;t&#233; de la consommation : &#171; Vous voulez prendre des vacances ? On va s'occuper de tout, de l'h&#244;tel, du voyage. Ne vous inqui&#233;tez pas, le soir, vous danserez le sirtaki. &#187; Et on vous d&#233;charge de votre existence. Ca a commenc&#233; par la radio et par la t&#233;l&#233;vision. &#171; Vous ne supportez plus votre femme. Pas de probl&#232;me. Le soir vous allez regarder la t&#233;l&#233;vision, vous n'avez plus besoin de vous parler. &#187; On a produit la destruction de ce que Simondon appelle les circuits de &lt;i&gt;transindividuation&lt;/i&gt;. Pour Simondon, le social c'est du transindividuel. Il y a des individuations. Il faut que ces individuations se transindividuent. C'est en communiquant les uns avec les autres qu'ils s'individuent. C'est une &lt;i&gt;transindividuation&lt;/i&gt;. Cela donne des inventions de mots, des inventions d'outils, des recettes de cuisine, des inventions de tout ce qu'on veut. Cela donne du social.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Au XX &#232;me si&#232;cle, s'est d&#233;velopp&#233;e une prol&#233;tarisation du consommateur. Cela a d&#233;truit non pas le savoir-faire du consommateur, mais le savoir-vivre du consommateur. Ce savoir-vivre, c'est ce qui faisait qu'auparavant l'individu n'&#233;tait pas un consommateur mais un amateur. Un amateur de toutes sortes de choses, notamment de peinture, de musique ou de tout ce qu'on veut. Il &#233;tait dans un circuit qui &#233;tait le circuit libidinal des affects produit par la &lt;i&gt;transindividuation&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On retrouve bien ce qu'on disait toute &#224; l'heure : il s'agit de renverser le consommateur pour le faire re-devenir amateur Et d'une certaine mani&#232;re, si j'essaie de remonter le fil de cette id&#233;e du &#171; tous ont droit au chapitre &#187;, ne retrouve-t-on pas ici quelque chose qui serait du c&#244;t&#233; du commun kantien ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On retrouve la question du &lt;i&gt;sensus communis&lt;/i&gt; du commun, mais d'un commun qui est le commun, disons, la communaut&#233; de ceux qui n'ont pas de communaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Plut&#244;t la communaut&#233; que le commun&#8230; non pas le sens commun mais, le sens de la communaut&#233;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Qui passe par le sens commun aussi. Mais avec ceci, le sens commun qui renvoie &#224; cette communaut&#233;, c'est la communaut&#233; de ceux qui n'ont pas de communaut&#233;. Ce que je veux dire par l&#224; c'est qu'il s'agit de la communaut&#233; d'un destin &#224; venir mais qui n'est jamais pr&#233;sent. L&#224; o&#249; Kant est tr&#232;s important c'est quand il pose que cette communaut&#233;, en tous cas c'est comme &#231;a que je le lis, est intrins&#232;quement par d&#233;faut. On ne peut pas tomber d'accord sur le jugement. C'est &#231;a qui est g&#233;nial avec Kant, c'est qu'il dit : on est oblig&#233; de poser qu'il y a du commun, c'est-&#224;-dire de l'universel. En l'occurrence, on est oblig&#233; d'universaliser ses jugements esth&#233;tiques. Si je juge que cette chose est belle, je pose en droit qu'elle est universalisante et tous doivent la trouver belle. Et, en m&#234;me temps, le moment o&#249; on le pose, on fait l'exp&#233;rience qu'en fait, il n'y a pas accord. Donc, ce qui est commun, c'est le &lt;i&gt;dissensus&lt;/i&gt;, ce qu'on partage ...&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le rien en commun...&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est le rien en commun. Et c'est ce que j'appelle le d&#233;faut de communaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; En fait ce n'est pas moi qui l'appelle comme &#231;a, c'est Georges Bataille. Evidemment cela renvoie au singulier. Pourquoi ? C'est ce que je disais tout &#224; l'heure sur le singulier qui est incomparable. Si vous dites un jugement universalisant est un jugement qui va comparer, vous allez faire le constat que vous ne pourrez jamais porter un jugement universel. Vous ne pourrez jamais d&#233;velopper votre jugement universel sur une oeuvre d'art. Ce n'est pas possible puisqu'elle est incomparable. Or un d&#233;veloppement analytique doit comparer. Aristote le dit d&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;le trait&#233; de l'&#226;me&lt;/i&gt;. Deux mille trois cents ans avant Kant. On a donc &#224; faire &#224; une aporie : ce qui constitue la communaut&#233;, c'est son absence. C'est le d&#233;faut de communaut&#233;. Il faut pr&#233;cis&#233;ment affirmer ce d&#233;faut. C'est ce que j'appelle &#171; le d&#233;faut qu'il faut &#187;. C'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que les oeuvres d'art et les oeuvres de l'esprit sont fondamentales. Elles nous rappellent que nous pouvons oeuvrer &#224; produire ce commun qui fait d&#233;faut. C'est ce d&#233;faut qui fait que l'histoire de l'art depuis la grotte Chauvet (quarante mille ans) n'arr&#234;te pas d'explorer la puissance inou&#239;e de ce d&#233;faut . C'est ce d&#233;faut qui a fait que l'on est pass&#233; de Chauvet &#224; Lascau, de Lascau &#224; l'Egypte, etc.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ce qui est vrai dans les arts est vrai dans tout, y compris dans le fait d'&#233;lever ses gamins. Mais &#231;a quand on en perd la pratique sociale, eh bien cela donne le discours de l'inserm sur le trouble des conduites c'est-&#224;-dire le fait que les m&#244;mes qui ont des d&#233;fauts il faut les foutre en h&#244;pital psychiatrique, il faut les mettre sous ritaline. Il faut les shooter, ou bien les foutre en taule.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Oui &#231;a c'est la cons&#233;quence voire la conclusion de ce que, il y a d&#233;j&#224; quinze ans, Fukuyama pr&#233;conisait dans son article autour de la fin de l'homme : la ritaline comme sortie de l'homme. En continuant sur cette lanc&#233;e, la figure &lt;i&gt;amateur&lt;/i&gt; est v&#233;ritablement l'espace de r&#233;sistance dans lequel le singularit&#233; r&#233;siste au conditionnement, si l'on entend &#233;galement le conditionnement comme une question du calculable.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je dirais que c'est aussi un espace d'invention. C'est ce qui m'int&#233;resse chez l'amateur : il ne fait pas que r&#233;sister, il invente. J'ai toujours l'obsession de passer de la r&#233;sistance &#224; l'invention. Parce qu'il faut se battre et que pour se battre, il faut inventer de nouvelles armes. Les armes, c'est ce que l'amateur invente. J'insiste l&#224; dessus parce que c'est tout l'objet d'un combat. Je crois que la question de l'amateur est une question &#233;minemment politique et qu'il faut mener des luttes. Pourquoi ? Parce qu'il y a des groupes d'int&#233;r&#234;t qui n'ont pas du tout int&#233;r&#234;t &#224; ce que la figure de l'amateur se d&#233;veloppe. Parce que cela remet en cause de nombreux avantages acquis et des id&#233;es re&#231;ues. Bien s&#251;r dans l'industrie culturelle, mais aussi dans le monde de l'art. Il y a une sorte de ronron en tous cas pour ceux qui croquent dans le syst&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Peut-&#234;tre ici de poser une petite contradiction par rapport &#224; ce que vous disiez pr&#233;c&#233;demment, en avan&#231;ant dialectiquement. Vous disiez &#171; tous ont voix au chapitre &#187;. Dans ce &#171; tous ont voix au chapitre &#187; il y a aussi une &lt;i&gt;tendance&lt;/i&gt; de l'air du temps induite par les industries culturelles, celle de donner cette illusion d'un &#171; tous ont voix au chapitre &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Oui, bien entendu. Ce &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt;, c'est la question.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; J'ai &#233;crit un petit texte que je vais bient&#244;t publier qui s'appelle &#171; l'adresse &#224; tous &#187;. J'y pose qu'une oeuvre d'art s'adresse &#224; tous.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Une oeuvre d'art qui dirait &#171; je ne m'adresse qu'aux allemands, par exemple, je suis une oeuvre nazi &#187;&#8230; m&#234;me un artiste nazi ne pourrait pas supporter &#231;a. C'est totalement contradictoire. Une oeuvre d'art s'adresse &#224; tous. Mais du coup, sont-ils tous des artistes ? Et comment faut-il l'entendre en restant sur le registre d'un Joseph Beuys ? &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Moi, j'adopte un principe : quand je fais de la philosophie, tous sont philosophes. Je pense qu'on ne peut pas faire de la philosophie si on ne pense pas priori que tout le monde est philosophe. Je suis devenu philosophe professionnel par accident, dans des circonstances particuli&#232;res qui ont fait que c'est devenu vital de faire de la philosophie. Il y a des gens qui font de la philosophie par hasard, parce qu'ils ont un professeur de lettres qui leur dit de faire Henri IV. On devient tous philosophes par accident. Mais en r&#233;alit&#233; c'est parce que on est tous philosophes. Je pose &#233;galement qu'on est tous artistes musiciens, etc&#8230; Sinon on ne pourrait pas entendre de musique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais on n'est pas tous artistes en actes, philosophes en actes.... C'est une pratique pour devenir artiste, philosophe.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; J'ai connu un type qui s'appelait Pablo R&#233;jas. Il travaillait &#224; l'usine et il faisait de la peinture la nuit. Un tr&#232;s bon peintre, un peintre de la r&#233;volution espagnole. Un ancien combattant de l'Espagne. Il peignait la nuit, dans sa cave &#224; Sarcelles, Mais il &#233;tait entre guillemets &#171; peintre amateur &#187;. Le parti communiste l'exposait parce que c'&#233;tait le peintre ouvrier.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Entre celui qui n'a jamais m&#234;me rencontr&#233; le potentiel qu'il porte en lui &#8211; et il y en a beaucoup, il y a des gens qui n'ont jamais rencontr&#233; ce qu'ils portent en eux de musicalit&#233;, po&#233;ticit&#233; de la langue &#8211; et celui qui est Picasso, Le Bernin, il y a toute une gamme. La question de ce &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; est aussi une question politique : un grand d&#233;bat entre Socrate et Protagoras, texte que j'affectionne beaucoup et que j'ai beaucoup comment&#233;. Ce dialogue de Platon, &lt;i&gt;Protagoras&lt;/i&gt; porte sur le destin de la cit&#233;. Platon fait dire &#224; Socrate qu'il faut &#234;tre philosophe professionnel. Je r&#233;ponds qu'on est philosophe quand on n'est pas professionnel, on ne peut &#234;tre que philosophe amateur. C'est ce que veut dire &lt;i&gt;philo-sophie&lt;/i&gt;. Cela veut dire &lt;i&gt;amateur de sagesse&lt;/i&gt;. Sage professionnel, &#231;a s'appelle &lt;i&gt;sophiste&lt;/i&gt;. Les professionnels de la sagesse, ce sont les sophistes c'est-&#224;-dire les anti-philosophes. Ce sont donc des anti-citoyens. C'est &#233;videmment ce que la t&#233;l&#233;vision exploite. J'en ai d&#233;j&#224; parl&#233; dans &lt;i&gt;la mis&#232;re symbolique&lt;/i&gt;. Star acad&#233;mie, c'est par exemple cette mis&#232;re symbolique qui fait que tout le monde voudrait chanter. Du coup on fait effectivement venir des gamins sur la sc&#232;ne, sous les projecteurs. Mais on en fait de la chair &#224; canon. Parce qu'en r&#233;alit&#233;, on va les massacrer ces m&#244;mes ! On va faire fantasmer sur quoi ? Sur le fait qu'on va pouvoir monter sur les planches ? Comment ? On va se retrouver propuls&#233; comme Bruno Cocatrix a propuls&#233; Sheila ou Mireille&#8230; Mireille Mathieu qui n'&#233;tait justement pas Mireille. Parce que Mireille c'&#233;tait le petit Conservatoire de la chanson o&#249; l'on venait apprendre &#224; chanter. Aujourd'hui on va se dire qu'on n'a plus besoin de travailler. Aux Etats-Unis les jeunes ne veulent plus bosser pour gagner du fric. Ils jouent dans les casinos, etc. D'o&#249; un d&#233;veloppement des pathologies du jeu, avec des situations apocalyptiques sur le plan pathologique. On voit aussi cela en France aussi. J'ai &#233;crit, j'ai fait un mouvement contre le &lt;i&gt;rapido&lt;/i&gt; en France. C'est un scandale ces syst&#232;mes de&#8230; je ferme la parenth&#232;se.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Comment devenir chanteur ? Comme &#231;a en claquant les doigts, parce que Endemol vous fait venir sur le plateau de TFI ? Comment je deviens subitement chanteur ? C'est la n&#233;gation m&#234;me de ce que c'est que le chant. C'est la n&#233;gation m&#234;me que le chant s'apprend. Le bonheur c'est d'apprendre &#224; chanter, ce n'est pas de chanter. N'importe quel chanteur qui chante apprend &#224; chanter, &#224; chanter quand il chante. Caruso quand il chante, Edith Piaf quand elle chante, au moment o&#249; ils chantent, ils sont en train d'apprendre &#224; chanter. Le peintre en train de peindre apprend &#224; regarder.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Alors &#233;videmment il y a une fantasmatique du &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; qui est tr&#232;s dangereuse dans ce discours sur l'amateur. Il faut donc faire attention avec un tel discours. C'est compliqu&#233; parce qu'il peut se faire instrumentaliser par une d&#233;magogie de l'amateur. Cela peut donner un discours anti-professionnel, un sens anti-intellectuel, anti-complexit&#233;, anti-tout ce qu'on veut. En bref, ce sont des formes de populisme et de d&#233;magogie.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le probl&#232;me c'est donc le &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt;. Donc qu'est ce que c'est le &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; ? C'est ce que Klee avait appel&#233; le peuple. Parce que c'est le peuple qui manque. Quand je disais tout &#224; l'heure que le commun fait d&#233;faut, je fais &#233;cho au propos de Paul Klee : &#171; le peuple manque &#187;. Le peuple, c'est ce qui, de temps en temps, appara&#238;t comme ce qui manque. Y compris dans des situations r&#233;volutionnaires. Quand il se soul&#232;ve, le peuple se constitue contre le fait qu'il manque. On n'est pas loin en ce moment d'une telle situation en France. Cela va peut &#234;tre mal tourner cette affaire. Il y a un moment o&#249; les &#171; professionnels de la politique &#187;, &#171; de l'art &#187;, etc. ne sont plus du tout reconnus comme repr&#233;sentants d'un peuple.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; D&#232;s lors, le peuple se constitue. C'est l&#224; qu'il appara&#238;t. On n'est pas tr&#232;s loin de &#231;a en ce moment d'autant que les populismes politiques et industriels se manifestent pour exploiter la situation, au risque que &#231;a leur p&#232;te &#224; la figure.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est toute la question de la pratique amateur comme enjeu politique. Mais en prenant la question par ce biais, c'est le terme lui-m&#234;me qui se requalifie. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On a l&#224; l'autre versant. De la question esth&#233;tique pr&#233;c&#233;demment envisag&#233;e &#224; la question politique, toujours centrale, on aborde un troisi&#232;me temps qui est celui l'institution. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je voudrais la poser de mani&#232;re oblique, introduire la probl&#233;matique institutionnelle &#224; partir de la question du calcul, et de l'opposition calcul/ incalculable que vous envisagiez tout &#224; l'heure. Cette question est donc une fausse boutade : Comment concilier la question institutionnelle ou l'enjeu institutionnel de l'amateur avec la LOLF ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je voudrais dire deux choses au pr&#233;alable : d'abord je n'oppose pas calcul et incalculable. C'est pourquoi on cite dans le manifeste d'&lt;i&gt;ars industrialis &lt;/i&gt;ce vers de Claudel, qui n'a &#233;t&#233; souffl&#233; par Pierre Sauvanet : &#171; il faut qu'il y ait dans le po&#232;me un nombre qui emp&#234;che de compter &#187;. Le premier livre de philosophie que j'ai publi&#233; &#233;tait consacr&#233; &#224; Heidegger. J'essayais de montrer contre Heidegger que ce qui permet l'exp&#233;rience de l'incalculable, c'est le calcul. En musique, par exemple, tout est calculable, sauf l'exp&#233;rience de la musique. Les musiciens sont des gens qui font des calculs. Les musiciens tr&#232;s pointus sont des matheux. Donc je n'oppose pas le calcul et l'incalculable. Je dis seulement que l'incalculable n'est pas r&#233;ductible au calcul. Il faut calculer pour produire quelque chose qui n'est pas r&#233;ductible au calcul. La singularit&#233;, c'est du calcul tout le temps &#8211; en peinture aussi, le fameux nombre d'or. Et donc c'est de la technique. Parce que la technique c'est du calcul. Le probl&#232;me est que la technique est ce qui exc&#232;de la technique. Elle est au-del&#224; du calcul. C'est l&#224; que Nietzsche est tr&#232;s pr&#233;cieux. Le calcul, on pourrait finalement appeler &#231;a Apollon, la bonne mesure. Par ailleurs, ce qui donne sa dynamique &#224; cette bonne mesure, c'est Dionysos, c'est-&#224;-dire ce qui n'est pas calculable. Mais il n'y a pas Dionysos sans Apollon non plus.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Alors apr&#232;s la LOLF...&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'&#233;tait une pique, un biais pour envisager le probl&#232;me...&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Non non, &#231;a m'int&#233;resse. Comme je suis &lt;i&gt;lolf&#233;&lt;/i&gt; et que j'essaye de tout politiser, il faut y revenir. Il n'y a pas un Stiegler &lt;i&gt;ars industrialis&lt;/i&gt; et un autre au Centre Pompidou. C'est le m&#234;me. Il ne faut pas compter sur moi pour mettre de l'eau dans mon vin au Centre Pompidou. C'est pourquoi mon discours sur la LOLF est le m&#234;me au Centre Pompidou ou &#224; &lt;i&gt;ars industrialis&lt;/i&gt;. Je suis dans une institution. Cette institution a des comptes &#224; rendre &#224; la repr&#233;sentation nationale. Cela ne me choque pas qu'il y ait des indicateurs de performance. Non seulement, cela ne me pose pas de probl&#232;me, mais je suis contre une fonction publique qui n'aurait pas de compte &#224; rendre. Je suis m&#234;me totalement contre. D'abord parce que les flics ont des comptes &#224; rendre quand ils font des trucs pas bien dans les commissariats de police, on leur envoie la police des police et on leur dit &#171; attendez qu'est-ce que vous avez foutu &#187;. Et on les met en taule. Il n'y a pas de raison que les conservateurs qui ne foutent rien au Centre Pompidou, on ne puisse pas les foutre &#224; la porte&#8230; &#231;a on ne pourra pas le publier , j'aurais un probl&#232;me !!&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Maintenant, le probl&#232;me de la LOLF ou d'autres choses qui permettent de mesurer les activit&#233;s. Il faut de la mesure, Quel est le crit&#232;re de mesure ? Quel est le m&#232;tre ? Si on me dit &#171; Stiegler, vous avez fait combien d'entr&#233;es cette ann&#233;e ? Vous avez augment&#233; de 4 % votre fr&#233;quentation. Boum, on vous tape 10 % de votre budget &#187;. Si c'est &#231;a le crit&#232;re, l&#224; je ne vais plus &#234;tre d'accord du tout. Car ils se trompent de m&#232;tre. Je ne suis pas l&#224; pour augmenter la performance financi&#232;re du Minist&#232;re de la culture. Je suis l&#224; pour augmenter l'individuation des personnes qui viennent au Centre Pompidou. Mais cela se mesure l'individuation. Comment ? Qualitativement. Il y a des mesures qualitatives et des mesures quantitatives. Ce que Kant appelle les grandeurs d'intensit&#233;s sont des processus qui ne sont pas quantitatifs mais qualitatifs. De quel ordre sont-elles ? Du jugement, du jugement critique. Vous n'allez pas juger d'une exposition par le nombre de personnes qui sont venues. Personne n'osera jamais. Aucun Minist&#232;re &#8211; j'esp&#232;re &#8211; n'aura jamais le culot de nous dire &#171; j'ai calcul&#233; la qualit&#233; d'une expo par le nombre d'entr&#233;es &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Enfin tout de m&#234;me, cela existe de plus en plus.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Pierre Dumonthier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est m&#234;me une tendance qui touche l'art contemporain en province.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Non, ils vont vous dire : &#171; je vais calculer l'efficacit&#233; d'un service &#187;. Ils n'oseront pas vous dire qu'ils ont calcul&#233; la qualit&#233; des oeuvres par le nombre d'entr&#233;es. Peut-&#234;tre qu'avec S&#233;gol&#232;ne Royal &#231;a va venir, parce qu'elle est pire que Sarkozy. Donc cela va peut-&#234;tre venir.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais ils n'osent pas encore le dire, et le ministre Donnedieu de Vabre ne le pense pas.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le probl&#232;me c'est qu'il est oblig&#233; de se plier au Minist&#232;re du budget. Le probl&#232;me, c'est que c'est le Minist&#232;re du budget qui &#233;nonce les crit&#232;res de la LOLF. Le probl&#232;me ce n'est pas la LOLF, ce sont les crit&#232;res. Or, le probl&#232;me des crit&#232;res c'est le probl&#232;me de la critique. J'introduis ici un th&#232;me qui me tient beaucoup &#224; c&#339;ur. C'est le th&#232;me de cette institution qui va publier une revue qui s'appelle &lt;i&gt;l'amateur&lt;/i&gt;. Le gros probl&#232;me aujourd'hui, c'est qu'il n'y a plus de critique. Il n'y a donc plus de crit&#232;res. Les inspecteurs des finances d&#233;barquent et disent &#171; nous, on en a des crit&#232;res, on va vous en trouver, pas de probl&#232;me, vous avez d&#233;pens&#233; tant de fric, &#231;a a fait combien d'entr&#233;es ? &#187; La discussion n'est pas possible. C'est catastrophique ! Pourquoi n'y a-t-il plus de crit&#232;res ? Parce qu'il n'y a plus de critiques. Pourquoi n'y a-t-il plus de critiques ? Parce que la critique &#231;a n'est pas la promotion. Or les critiques sont devenus des organes de promotion et de marketing. C'est pas un hasard qu'un artiste comme Claude Closky qui a obtenu la prix Marcel Duchamp, un artiste dont on a beaucoup parl&#233;, fasse une oeuvre qui repr&#233;sente les grilles d'appr&#233;ciation de Pariscope, c'est-&#224;-dire deux &#233;toiles trois &#233;toiles, voil&#224; c'est son &#339;uvre. C'est int&#233;ressant, n'est-ce pas ! Tout &#224; coup cela montre comment la quantification et le sondage se sont substitu&#233;s &#224; la critique. Qu'est-ce qu'un sondage ? C'est quelque chose qui transforme des points de vue &lt;i&gt;qualitatifs&lt;/i&gt; en des choses &lt;i&gt;quantifiables&lt;/i&gt;. Au lieu de vous demander ce que vous pensez de l'Europe, on vous demande si vous voulez voter oui ou non au r&#233;f&#233;rendum ? Si on vous demande un peu plus on va vous demander de quantifier. Parce que tout doit se transformer en 10 %, en 20 %... &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'homme moyen lamine toutes les grandeurs intensives et leur substitue des grandeurs quantitatives. C'est tr&#232;s important de rapporter ce probl&#232;me &#224; celui de la critique. C'est mon chantier pour les ann&#233;es qui viennent. Pourquoi la critique ? D'abord parce qu'en Grec, &lt;i&gt;jugement&lt;/i&gt; vient de &lt;i&gt;krinein&lt;/i&gt; qui signifie &#171; cribler &#187;. Juger c'est cribler. Il y avait une chronique int&#233;ressante &#224; ce sujet dans &lt;i&gt;paris-art.com&lt;/i&gt;, le site d'Andr&#233; Rouill&#233;. Il y a eu un d&#233;bat il y a quelques mois sur la critique d'art, sur le jugement esth&#233;tique. Un critique a dit &#224; cette occasion qu'il n'avait pas &#224; expliquer pourquoi il trouvait cela bien. Rouill&#233; a r&#233;pondu quelque chose d'int&#233;ressant en disant qu'un jugement s'argumente. Plus ou moins bien, mais cela s'argumente. Aujourd'hui, il n'y a plus de critiques. Il y a eu une surchauffe critique extraordinaire dans les ann&#233;es soixante, une sorte d'hyper critique formidable. J'ai &#233;t&#233; form&#233; &#224; &#231;a. Et puis tout s'est effondr&#233; pour des raisons tr&#232;s compliqu&#233;es d'ailleurs : des raisons &#224; la fois esth&#233;tiques, philosophiques, mais aussi et surtout cela est li&#233; &#224; une marchandisation des choses. On a substitu&#233; &#224; la critique une quantification. Une des grandes questions qui se pose aujourd'hui, c'est de reconstituer des appareils critiques. Un amateur qui pratique la musique, il est inscrit dans un appareil critique. Moi, j'ai commenc&#233; par la guitare quand j'&#233;tais petit. J'&#233;coutais de la musique &#224; la mesure de ce que j'&#233;tais capable de jouer. C'est un appareil critique. Tout dispositif organologique des m&#233;diations techniques des arts en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale sont de appareils critiques. Par ailleurs on peut imaginer constituer des pratiques critiques amateur.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je parle beaucoup de ma jeunesse, mais parce que, quand j'&#233;tais petit, je faisais de la musique en amateur, je faisais de la peinture en amateur&#8230; Pourquoi ? C'&#233;tait gr&#226;ce au parti communiste fran&#231;ais. Le maire de Sarcelles organisait des expositions en plein air. J'ai d&#233;couvert Lorjou, le cubisme.... sur l'avenue Joliot-Curie &#224; Sarcelles, l&#224; o&#249; il y a le march&#233; tous les dimanches. La ville de Sarcelles, communiste &#224; l'&#233;poque, organisait l'&#233;t&#233; trois ou quatre jours d'exposition en plein air. J'ai d&#233;couvert le th&#233;&#226;tre parce que il y avait sous un chapiteau un festival de th&#233;&#226;tre o&#249; l'on jouait le grand r&#233;pertoire pour le populo de Sarcelles. J'ai d&#233;couvert le cin&#233;ma parce qu'il y avait un cin&#233; club, et dans ce cin&#233; club j'allais voir tous les films Renoir, Fritz Lang. Apr&#232;s la s&#233;ance, il y avait une discussion sur le film. Il y avait un apprentissage du jugement, on s'exprimait. Je me souviens de films de Fritz Lang comme &lt;i&gt;Le diabolique docteur Mabuse&lt;/i&gt; avec Howard Vernon. Il &#233;tait de passage &#224; Paris. Il est venu &#224; Sarcelles, au centre Th&#233;odore Bullier, dans un petit truc de HLM. Il est venu expliquer comment Fritz Lang faisait ses sc&#233;narios, ses story board. C'&#233;tait g&#233;nial.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; L'appareil critique c'est &#233;galement l'apprentissage du jugement, l'apprentissage de la formulation du jugement&#8230; ce qui a aussi disparu.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Pourquoi n'y a-t-il plus de cin&#233; club aujourd'hui ? C'est tout de m&#234;me incroyable ! Tout simplement parce que les industries culturelles les ont tu&#233;. Le moment de bascule, c'est quand le cin&#233; club est devenu le cin&#233; club de France 2 (&#224; l'&#233;poque Antenne 2). On y parlait vaguement. Claude Jean Philippe en a fait son fond de commerce professionnel. Et finalement, tout &#231;a a disparu.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On travaille ici au d&#233;veloppement d'un logiciel nomm&#233; &lt;i&gt;les lignes de temps&lt;/i&gt;. Il s'agit de faire des appareils critiques de films. On veut reconstituer des cin&#233; club. Quand on sort du cin&#233;ma, on pourrait recevoir sur son t&#233;l&#233;phone portable une ligne de temps sur le film que l'on vient de voir, une nouvelle forme de critique. On pourrait la t&#233;l&#233;charger sur son ordinateur, rentrer dans le film le d&#233;composer. La technologie permet de d&#233;velopper des appareils critiques puissants et raffin&#233;s. Il s'agit de les mettre en collectif. On peut faire des blogs avec cela, de vrais blogs de cin&#233;ma. Il s'agit de constituer des regards, de poser des questions, des engueulades pour que ce ne soit plus un nouveau Claude Jean Philippe qui dise ce que l'on doit aller voir, mais que chacun puisse se constituer comme un public. Je crois beaucoup &#224; cela. Mais il faut accompagner ce d&#233;veloppement par des instruments, des instruments critiques nouveaux. Ils conduisent &#233;videmment &#224; manipuler des images, c'est-&#224;-dire &#224; transformer le spectateur en producteur d'images&#8230; donc en cin&#233;aste amateur. Il s'agit de d&#233;velopper des pratiques.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Si vous me permettez une petite parenth&#232;se personnelle, je me souviens d'avoir propos&#233; des formes de cin&#233; club &#224; un certains nombre d'amis qui s'int&#233;ressaient au cin&#233;ma mais &#224; qui, justement, il manquait des outils. Je leur proposais des programmations de films avec une probl&#233;matique. La s&#233;ance et la discussion &#233;taient l'occasion d'un d&#238;ner, d'une mise en rapport et d'une confrontation des id&#233;es. Les gens ressortaient tr&#232;s heureux, m&#234;me s'ils n'&#233;taient pas du tout d'accord. J'ai r&#233;p&#232;te l'exp&#233;rience &#224; plusieurs reprises, avec diff&#233;rents groupes. Je me suis aper&#231;u d'un essoufflement. Pourquoi ? Parce que l'enthousiasme de d&#233;part ne suffit pas &#224; la p&#233;rennit&#233; de la pratique. Parce qu'elle n'est pas assez ritualis&#233;e, inscrite dans un cadre social, ou de socialisation. C'est aussi la question pos&#233;e par les appareils critiques. N'y a-t-il pas une n&#233;cessit&#233; de retrouver une forme de ritualisation, de retrouver du symbolique ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Pierre Dumonthier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je voudrais juste faire un tout petit commentaire. Ce qui est int&#233;ressant dans la pratique amateur, c'est qu'au-del&#224; de ce qu'on peut appeler des rites, etc. &#231;a existe. Quoiqu'il arrive, &#231;a existe.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est quelque chose de r&#233;current. C'est ce qui fait son int&#233;r&#234;t. M&#234;me si elle n'est pas organis&#233;e, la pratique amateur existe, quoiqu'il arrive. La question reste de savoir comme la comprendre. Mais c'est l&#224;. Les gens travaillent avec l'informatique, avec la musique. Seulement ce n'est pas regard&#233;. Apr&#232;s on peut essayer de voir comment on peut la ritualiser. Mais de toute fa&#231;ons, c'est l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Juste pour rappeler que &#231;a nous &#233;chappe aussi.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cela dit, c'est vrai qu'il y a une &#233;conomie du temps.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je parlais du cin&#233; club quand j'&#233;tais gamin. En 1964, il y avait 30 % de la population qui avait la t&#233;l&#233;vision. Les gens devaient regarder en moyenne la t&#233;l&#233;vision dix minutes par jours. C'&#233;tait la moyenne g&#233;n&#233;rale. Aujourd'hui, on est &#224; quatre heures et quart de t&#233;l&#233;vision par jour, trois heures et demi il y a dix ans. Sans parler des nouveaux m&#233;dias. Il y a donc une captation du temps par tout un dispositif qui s'est substitu&#233; &#224; l'appareil critique. C'est aussi l&#224; qu'est le probl&#232;me. Il y a une guerre du temps, une &#233;conomie du temps. Mon propos est souvent mal per&#231;u mais je pense qu'il faut imposer des choses. Quand Jules Ferry a d&#233;cid&#233; que tout le monde devait savoir lire &#233;crire et compter, il l'a impos&#233;. Evidemment cela peut &#234;tre &#233;trange d'imposer les pratiques amateurs. Je ne dis pas qu'il faut les imposer de force, je pense qu'il faut porter institutionnellement la chose. S'il y a des gens qui font de la peinture &#224; Rueil-Malmaison, c'est parce qu'il y une &#233;cole avec une ville qui le finance. Si en Allemagne il y a beaucoup plus de gens qui font de la musique qu'en France, c'est parce que l'argent mis par les pouvoirs publics est beaucoup plus important qu'en France. Si en Hongrie vous avez encore des quatuors qui jouent ensemble le samedi soir, c'est parce que &#231;a existe toujours. Cela dit, il n'y en a plus pour longtemps. La Hongrie qui vient de conna&#238;tre des &#233;lections perturb&#233;es, est en train de se &lt;i&gt;marketiser&lt;/i&gt; &#224; toute vitesse. Il n'y en a donc plus pour longtemps. Aujourd'hui on n'est pas en Autriche-Hongrie, ni en Union Sovi&#233;tique. Mais on n'est plus &#224; l'&#233;poque de l'&#233;tat providence. C'est fini, que &#231;a nous plaise ou non. Moi cela ne plait pas, mais c'est comme &#231;a. En revanche, je pense que le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie passe aujourd'hui intrins&#232;quement, par le d&#233;veloppement de la culture. On voit que le syst&#232;me industriel est en train de s'intoxiquer, de produire ce que j'appelle du &lt;i&gt;capitalisme pulsionnel&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire quelque chose de plus en plus ing&#233;rable. On va passer par Sarkozy. Mais apr&#232;s il y aura bien pire que Sarkozy. C'est fini la soci&#233;t&#233; lib&#233;rale, d&#233;mocratique, etc. Termin&#233;. On voit bien que si &#231;a continue, &#231;a ne peut que conduire &#224; cette catastrophe sociale. Je pense qu'il faut inventer un nouveau mode de socialisation. De quoi ? Eh bien, un nouveau mode de production de ce que j'appelle une &lt;i&gt;individuation psychique et collective&lt;/i&gt;. L'individuation, c'est ce qui reconstitue de la singularit&#233;, du d&#233;sir. C'est donc de l'amour. C'est ce qu'il faut porter. Alors maintenant que ce soit port&#233; par l'Etat fran&#231;ais, par la ville de Rueil, par la Fnac, ou autres, j'en sais rien. Mais en tout cas, il va falloir que &#231;a soit port&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Parce qu'il y a bien pire que TF1. Il y a Skyrock qui a une politique bien pire que TF1. C'est un fait. Mais &#224; c&#244;t&#233; de cela, il y a aussi un mouvement des blogs. C'est un mouvement spontan&#233;. Il renvoie bien &#224; ces amateurs qui, &lt;i&gt;de toute fa&#231;on&lt;/i&gt;, sont l&#224;. Cela produit quelque chose. Et &#231;a, c'est une chance formidable. Il faut travailler avec cela. C'est ce qu'il faut outiller parce qu'il n'y a pas de tel espace sans outillage. Le probl&#232;me, c'est qu'un outillage technologique est industriel. Il est complexe, et donc co&#251;teux &#224; d&#233;velopper. Il faut donc que l'Etat et les grandes puissances industrielles acceptent ces d&#233;veloppements. Mais on y vient. Je suis certain qu'on y vient parce que les gens du monde industriel que je contacte nous &#233;coutent maintenant. Ils n'en sont pas encore &#224; financer cela. Mais on y viendra. Parce que tout ce machin y compris cette folie du march&#233; de l'art, aujourd'hui ultra sp&#233;culatif, on sait bien que &#231;a se casse la figure, que tout ce syst&#232;me est arriv&#233; au bord de ses limites. C'est d'ailleurs tr&#232;s int&#233;ressant. Mais en m&#234;me temps, on sait que &#231;a ne va pas durer. Il va falloir que &#231;a se recompose, peut-&#234;tre au prix d'un tr&#232;s fort conflit, un conflit social majeur, voire guerrier. Mais &#231;a peut aussi se faire autrement. C'est mon pari. C'est pourquoi je pense que le temps du consommateur est fini. Arrive le temps de l'amateur. Pour moi, c'est un mod&#232;le industriel. Il faut que cela soit port&#233; au niveau du mod&#232;le industriel. C'est pour cela que je cite Beuys. Car il l'avait compris. Apr&#232;s on peut discuter de beaucoup de choses sur Beuys.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le seul moyen de sauver l'amateur, c'est de le porter &#224; ce niveau l&#224;. Mais vous &#234;tes le premier &#224; conna&#238;tre les conflits induits par cette question.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il y a une ligne &#233;trange, qu'on n'a peut-&#234;tre pas encore beaucoup envisag&#233;e en France : &#234;tre &#224; la fois sur le plan d'une critique de l'industrie culturelle &#8211; ligne Horkheimer et Adorno &#8211; mais sans oublier la grande perc&#233;e benjaminienne. Car lui a vu des moyens d'action &#224; l'int&#233;rieur de la critique de l'industrie culturelle, ce qu'Adorno et Horkheimer &#8211; et surtout Adorno &#8211; n'ont pas su envisager.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais on sait bien que dans cette ligne est extr&#234;mement fragile. Et pour prendre ce qui nous occupe, la question de l'amateur port&#233;e au niveau industriel, on sait la fragilit&#233; et la difficult&#233; de la probl&#233;matique. Il faut anticiper les rat&#233;s et les r&#233;cup&#233;rations in&#233;vitables, et de renouveler l'approche critique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Si on avait le temps, il faudrait que l'on parle de la contre-culture. Elle a &#233;t&#233; le foyer de ce que vous venez de d&#233;crire, notamment Sans Francisco. C'est finalement tout ce qui a produit les mod&#232;les de l'industrie culturelle am&#233;ricaine des ann&#233;es 70-80, &#231;a a &#233;t&#233; le laboratoire des recherches d&#233;veloppement des nouveaux mod&#232;les marketing.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je ne m&#233;prise pas du tout cela. Le jazz faisait partie de cette contre-culture et je suis plut&#244;t du cot&#233; jazz. D'autre part, Hollywood qui est une industrie culturelle a produit de grands chefs d'oeuvres du cin&#233;ma. J'aime Resnais, Fellini et bien d'autres, mais les plus grands films viennent d'Hollywood, et donc l'industrie culturelle. Je pense qu'il y a eu une &#233;poque de la consommation heureuse, une &#233;poque que j'ai connue, celle des &#171; bonnes &#187; industries culturelles. Mais c'est fini, la consommation est profond&#233;ment malheureuse, et les industries culturelles ne produisent plus que des saloperies. Il n'y a plus rien qui sort des industries culturelles. Nous sommes dans une sorte de clivage et de fracture. D'un c&#244;t&#233;, il y a un monde industriel, un monde de l'esth&#233;tique industrielle. C'est l'horreur du marketing, l'horreur &#233;conomique qui massacre des esprits. Et d'un autre cot&#233;, il y a des formes qui deviennent des alibis comme un art contemporain radicalement coup&#233; de tout cela. Et paradoxale plus personne ne le regarde en dehors de Pinault. C'est quand m&#234;me emmerdant&#8230; Pas toujours mais souvent. C'est ce que j'appelle l'&lt;i&gt;hyper-diachronisation&lt;/i&gt;, une forme de d&#233;composition. Ce que je veux dire &#8211; et je comprends tr&#232;s bien ce que vous dites car c'est ma position &#8211; c'est qu'il faut &#234;tre dans les industries culturelles. C'est ce que je pr&#244;ne et pratique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Aujourd'hui il faut &#234;tre &#224; l'int&#233;rieur des industries culturelles, sur leurs bords et leurs limites. Il faut changer de mod&#232;le industriel. Et c'est pour &#231;a qu'on revient in&#233;vitablement vers l'&#233;conomie politique. Il faut que le monde des artistes, des &#233;crivains, des intellectuels m&#232;ne un combat. Il faut proposer un nouveau mod&#232;le industriel avec des LOLF dans lesquelles se d&#233;gagent des dispositifs capables de juger. C'est &#231;a les grands moments artistiques. Ce sont les moments o&#249; l'art est au coeur de la cit&#233;. Sans se revendiquer forcement comme tel. Mallarm&#233; n'a pas revendiqu&#233; de faire de l'&#233;conomie politique. Mais Mallarm&#233;, c'est de l'&#233;conomie politique. Il pense la po&#233;sie comme de l'&#233;conomie politique. C'est &#231;a les grandes pens&#233;es. Il pense la po&#233;sie depuis une pens&#233;e de l'argent. Pour moi, ce qui ne peut pas se requalifier &#224; un moment donn&#233; sur ce terrain-l&#224;, ne m'int&#233;resse pas beaucoup. Nous sommes aujourd'hui dans un cas tr&#232;s particulier de crise du mod&#232;le industriel dominant o&#249; la culture est devenue le coeur du mod&#232;le industriel. Il faut que les gens de la culture intellectuels, &#233;crivains, scientifiques, philosophes, se mettent &#224; penser, produire de nouveaux mod&#232;les industriels qui supposent de penser la technologie parce que la technologie c'est le probl&#232;me. Peu de gens pensent la technologie, parce que c'est compliqu&#233;. Mais ce n'est pas seulement la technique, ce sont des processus complexes qui bougent en permanence. Il faut avoir acc&#232;s &#224; des logiques industrielles. C'est ce qui nous ram&#232;ne &#224; des questions qui se posaient au d&#233;but du XX si&#232;cle dans l'art.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Questions S&#233;bastien Rongier, avec la participation de Pierre Dumonthier&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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